Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

30 Septembre 2026 à 07:36:04
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Derniere connexion

Auteur Sujet: Derniere connexion  (Lu 2004 fois)

Hors ligne Lilyma

  • Tabellion
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Derniere connexion
« le: 03 Septembre 2019 à 15:10:14 »
Salut tout le monde!

Alors, mon premier texte à 9 pages donc je vais tenter de le diviser en partie pour ne pas être trop lourd à lire. je pense qu'il y aura pas mal de fautes d'orthographe même si j'ai vraiment essayé de les filtrer. Depuis que je vis en Angleterre je suis devenue une taupe en orthographe -.- ...
 J'espère que ca vous plaira!

---------------


   
      La pluie tombait sur Londres et rafraichissait les rues brulées par la canicule de ces derniers jours. La ville avait frôlé les quarante degrés. On n’avait jamais connu un tel été de mémoire de Londonien. Les gouttes s’abattaient à un rythme régulier contre les vitres de la cuisine mal éclairée. L’ampoule du plafonnier s’était cassée au début du mois d’avril et n’avait pas été remplacée. Les journées s’allongeant, personne n’avait trouvé le besoin d’aller en acheter une nouvelle, mais aujourd’hui, le ciel gris portait préjudice à une telle décision.
Élisa ne put s’empêcher de regarder le plafond mais un souvenir lui fit baisser les yeux. Le plafonnier. Une ampoule était cassée dans le grand lustre en verre dans sa chambre. Elle secoua la tête pour chasser ce souvenir de son esprit. Il ne lui répondait plus. Il n’y avait plus de raison d’y penser. Elle se tourna pour regarder pas la fenêtre. Elle s’empara de son téléphone et ses doigts cherchèrent son profil. Dernière connexion le 7 Juillet. Cela faisait désormais un mois qu’il ne s’était pas connecté. Il avait changé de numéro. Il n’avait pas besoin d’elle dans sa vie. « Tu es trop douce pour moi, tu comprends ? Oui, trop douce, J’ai besoin de quelqu’un avec plus de caractère, tu ne dois pas le prendre personnellement. Tu es une personne adorable, mais nous ne sommes pas faits pour rester ensemble. »
   Elle sentit son cœur battre entre ses yeux. Il lui fallait une grande tasse de café. Voilà ce qu’elle voulait, une grande tasse de café, voilà qui lui ferait du bien. Elle savait bien qu’il était un peu tard pour prendre un café, elle dormirait mal. Mais est-ce que cela importait ? Il n’y avait désormais plus de différence entre le jour et la nuit, elle ne trouvait pas le sommeil. Depuis qu’il l’avait quitté, il n’y avait plus de temps, plus de besoin, il n’y avait qu’une longue suite d’événements qui n’avaient aucun sens à ses yeux. Le travail pendant la semaine, les interminables dîners entre amies, les appels de sa mère, lent et redondants. Au début, elle avait tenté de lutter contre cette incroyable force qui la poussait à rester immobile. Elle avait tenté d’aller courir, de faire du yoga, de lire. Mais rien n’y avait fait, son esprit restait mou, incapable de se focaliser sur une idée. Finalement, les longues journées au bureau était devenu son oasis de paix. Elle ne travaillait que de manière automatique, évitant toute discussion, toute réflexion. Il fallait rester concentré, ne pas penser, ne pas réfléchir, ne pas se souvenir. Dans les bureaux, personne ne savait, personne ne se doutait à quel point elle se sentait cassée, abîmée, vide. Après dix-sept heure trente, une fatigue irascible l’envahissait tout entière. Le week-end était devenu une épreuve. Si seulement elle avait pu aller dormir et se réveiller le lundi matin. Il n’y avait plus de faim, de soif. Elle n’était qu’un corps exténué qui ne trouvait pas le sommeil, comme une énorme fissure dans cette réalité. Elle avait tenté de partir pour un séjour entre amies. Elle pensait qu’être entourée pourrait l’aider, mais au contraire, c’était une nouvelle source de souffrance. Lors d’un voyage dans les Cornouailles avec trois amies, elle avaient découvert les champs du sud de l’Angleterre, elles avait gouté des pastries, bu du thé avec l’air désabusé, roulé au pas derrière des tracteurs et  toutes ensemble, elles avaient fini leurs nuits autour de bouteilles de vin importées d’Italie. En théorie, cela avait été parfait. En réalité, elle avait fui ses amies pendant trois jours, elle avait passé de longues minutes assises sur la cuvette de toilette pour apprécier sa solitude, elle avait regardé les décors de cartes postales en s’imaginant à son bras, elle était allée marcher seule sur les plages entourées de falaises. Mais elle sentait sa présence partout où elle allait. Elle sentait son regard dans sa nuque, elle l’apercevait dans les rues, les magasins, les restaurants. Comme une ombre la poursuivant sans cesse. Et elle s’en était voulu d’être si faible, de n’être pas capable d’apprécier l’instant. Elle avait lu un jour dans un livre dont elle ne se souvenait plus du nom, qu’on apprend aux hommes à se passer des femmes et qu’on apprend aux femmes que leur succès vient du fait de savoir garder un homme. Elle avait failli. Elle n’était rien, pas une bonne femme et pas non plus une bonne amie. Comme elle aurait voulu oublier, ne plus sentir, ne plus penser. Son dernier regard, ses yeux bleus. Il l’avait prise dans ses bras avant de la raccompagner à sa porte. « Tout ira bien, je prendrais de tes nouvelles dans quelques mois, le temps qu’on s’oublie l’un et l’autre. » Ne pas penser. Le café. Le café. Voilà ce qui lui fallait, décidément. Machinalement, ses mains firent le chemin entre le café et la cafetière, entre le robinet et la bouilloire. Le ronronnement de l’eau qui bouille la rassurait. Elle aimait les sons quotidiens. Cette pluie aussi l’apaisait. Londres se lavait de toutes ses longues soirées d’agonies. Finalement, le ciel leur faisait la faveur de leur donner de la fraicheur. Il y avait quelque chose de réconfortant dans la pluie londonienne. Élisa avait toujours pensé que le soleil n’avait rien à faire dans cette ville. Les habitants l’accueillaient comme un cousin lointain qu’on n’aurait pas vu pendant un certain temps et se réjouissaient quand il finissait par disparaître. Elle regarda de nouveau son téléphone. Dernière connexion le 7 Juillet.

*

   Élisa avait fini l’université l’année précédente. On lui avait dit tant de fois que ses années universitaires seraient les meilleures de sa vie. Mais elle ne s’en souvenait pas de cette manière. Elle n’avait profité de rien. Non, elle était trop occupée avec Paul, le garçon avec qui elle était sortie pendant cinq longues années. Mais est-ce que cela valait le coup ? Est-ce que Paul était celui qu’elle voulait dans sa vie ? Que lui réservait la vie avec lui ? Une maison avec jardin, un chien et une Fiat? Voulait-elle vraiment finir comme ses parents dans cette ville de province ?
   C’est en répondant par la négative à ces questions qu’Élisa avait décidé de quitter Paul un mardi, de quitter sa ville natale un mercredi et de trouver un travail à Londres un jeudi. À vingt-six ans, célibataire, Londres lui ouvrait les bras. Elle avait très vite rencontré d’autres filles de son âge et le printemps se montrant clément, elles étaient sorties chaque soir. C’était comme une nouvelle jeunesse. Qu’avait-elle fait pendant cinq ans de sa vie ? Elle s’était emprisonnée dans une vie qui ne lui ressemblait pas, attachée au cou d’un jeune ingénieur faible et incapable de prendre une décision sans sa mère. Pourtant, au début, ça n’avait pas été ainsi. Ils étaient d’accord sur tout. Paul était jeune, pas vraiment beau, mais il avait une certaine allure. La confiance que l’on reconnaît aux fils uniques, des manières. Elle aimait le fait qu’il soit si organisé, car elle, au contraire, manquait tellement d’ordre, de discipline. Et ils rêvaient tous deux d’évasion. Il était hors de question de rester dans cette ville. Pour eux, il n’existait que Paris, Rome, Berlin. Et pourquoi pas Los Angeles ? Non, New York plutôt, Élisa avait un faible pour les villes nordiques. Il trouverait un travail et mettrait de l’argent de côté, et elle, elle finirait ses études. À la fin de sa licence, ils partiraient, ensemble. Ce n’était qu’une question de temps. Deux petites années. Son avenir serait merveilleux, elle était promise à quelque chose de spéciale. Rien ne pouvait contrecarrer ses plans. Mais deux ans étaient passés et voilà que Paul adorait son travail. « Et puis pourquoi partir ? On ne sait pas ce qu’on trouvera ailleurs. » Elle se souvenait encore de leurs disputes.
« J’ai un bon travail, moi, un bon salaire. Tu ne peux pas me faire partir pour rien, sans savoir ce que je vais trouver. Et si je ne trouve rien ? Arrête ! Tu te comportes comme une gamine. Tu ne sais même pas ce que tu veux, Londres, Berlin, Rome. Tu changes d’avis tous les jours. C’est ridicule. »
Finalement, Élisa s’était jetée la tête la première dans un Master et ils s’étaient donnés de nouveau deux petites années pour penser à leur projet. Mais quand elle avait reçu son diplôme, il était clair que Paul n’aurait pas fait un pas de plus vers une nouvelle vie. Au contraire, il commençait à prendre du poids, s’était fait pousser la barbe et parlait d’acheter une maison. Tout prenait de l’âge dans ce grand garçon. Tout s’enracinait. Son corps et ses idées perdaient de leur vitalité. Élisa s’était sentie trahie.
Puis quelques semaines après avoir reçu son diplôme universitaire, il lui dit. Il avait acheté une maison, pour elle, avec un jardin, des bégonias à l’entrée et c’était une belle affaire, les anciens proprios leur avaient même laissé toute la cuisine.
Alors, tout devint limpide. Elle ne voulait rien de tout ça, avec lui. Elle ne voulait plus de cet homme à barbe, dont les boutons de la chemise tiraient sur le tissu et laissaient entrevoir un morceau de peau. Elle ne voulait pas de maison, pas de chien, pas d’enfant et surtout pas de bégonias. Il lui avait volé ses années de jeunesse en lui promettant encore et encore qu’ils partiraient et l’avait enfermé dans cette petite ville de rien du tout. Elle lui en voulait. C’était comme un poids dans sa poitrine qui tentait de sortir. Elle aurait voulu hurler, reprendre ses années perdues. Taper, lui griffer la figure. Elle regarda le plafonnier sans lumière et serra le poing. Douce ? Le pauvre idiot pense que je suis trop douce ? Mon dieu, s’ils savaient tous, ce que j’ai dans le coeur. 
Parfois, des accès de rage sans nom lui venaient et elle se sentait alors si prête à agir violemment qu’elle préférait ne pas affronter la situation, se taire. Finalement, elle avait attendu qu’il parte à l’étranger pour son travail et elle l’avait quitté en quelques minutes au téléphone, sans prendre la peine de le voir. Elle avait profité de son absence pour faire ses valises et partir vivre chez une amie à Londres.
Élisa savait que cela avait été mesquin de sa part. Cinq ans de relation auraient mérité une meilleure fin que cela, il aurait fallu attendre son retour et le quitter poliment, avec plus de respect. Mais au fond, est ce que tout cela importait? Elle ne voulait pas le revoir, elle était incapable de faire semblant. Cette fin était inéluctable, cela avait même trop duré.
Deux semaines après son arrivée à dans cette nouvelle ville, il était venu pour en parler. Il y avait sûrement un moyen de sauver leur relation, elle ne pouvait pas l’avoir rayé de son présent ainsi. Elle le regardait comme un enfant quémandant trop d’attention. Elle ne comprenait pas pourquoi il avait voulu venir, pourquoi perdre tant de temps et tant d’argent dans un billet d’avion. Le pauvre garçon devait être bien stupide pour penser qu’elle changerait d’avis. Elle n’avait même pas tenté de cacher son indifférence. « Ne me regarde pas comme ça. Tu ne peux pas me dire qu’après toutes ces années, tu ne ressens plus rien du tout. Tu veux vraiment tout jeter à l’eau comme ça ? » Elle avait cherché une réponse adéquate, mais rien ne lui était venu. « Paul, c’est fini. Tu devrais partir maintenant. ». Désormais, elle le méprisait.
Il s’était levé et s’était éloigné de la table de café à laquelle ils s’étaient installée vingt minutes plus tôt. Elle ne l’avait plus jamais revu. Il appartenait désormais à son passé.


« Modifié: 07 Septembre 2019 à 09:39:39 par Lilyma »

Hors ligne Manu

  • Calame Supersonique
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Re : Derniere connexion
« Réponse #1 le: 03 Septembre 2019 à 20:02:19 »
.
« Modifié: 12 Juillet 2022 à 10:47:46 par Manu »

Hors ligne Lilyma

  • Tabellion
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Re : Derniere connexion
« Réponse #2 le: 04 Septembre 2019 à 15:06:05 »
Merci beaucoup pour ton aide!
Oui tu as raison pour tout, je ne sais pas si ça fait ça aux autres, mais mes relectures au niveau orthographique ou grammaticales sont pratiquement inutile, plus je relis, moins je vois les fautes.
Le début avance lentement mais j'ai essayé de donner des informations qui vont servir dans la suite...

Hors ligne derrierelemiroir

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 209
  • orque magnifique et ténébreuse
Re : Derniere connexion
« Réponse #3 le: 04 Septembre 2019 à 18:36:38 »
Salut Lilyma,

Au fil du texte:

J'aime bien ce premier paragraphe. Il pose bien l'histoire et l'ambiance,

Citer
Elle sentit son cœur battre entre ses yeux.
Cette expression m'a parue bizarre. Je vois ce que tu veux dire, je crois, mais du coup j'aurais plutôt mis "sang" que "coeur"

Citer
voilà qui lui fera du bien
l'utilisation du futur ne semble fausse ici. J'aurais mis un conditionnel aussi

Citer
les dîners entre amies dont elle trouvait les conversations sans intérêts
je trouve cette phrase un peu maladroite

Citer
Elle ne travaillait que de matière automatique,
manière?

Citer
tout réflexion.
toute?

Citer
rester concentrer
concentrée?

Citer
Mais elle sentait sa présence partout où elle allait
Je ne suis pas sûre que le "mais" soit nécessaire ici

Citer
Elle avait lu un jour dans un livre dont elle ne se souvenait plus du nom, qu’on apprend aux hommes à se passer des femmes et qu’on apprend aux femmes que leur succès vient du fait de savoir garder un homme. Elle avait failli.
j'ai l'impression qu'il y a comme une contradiction ici. Ce livre dont elle se souvient, j'ai eu l'impression qu'il faisait une critique de cet apprentissage, du coup je perçois une contradiction dans le fait qu'elle pense qu'elle a failli...je sais pas si tu m'as comprise

Citer
ses mains firent le chemin entre le café et la cafetière, entre le robinet et la bouilloire.
alors soit tout est très rapproché, soit elle a des mains élastiques  :D

Citer
Londres se lavait de toutes ses longues soirées d’agonies.
:coeur:

Alors, si je comprends bien, ceci n'est que la première partie?

Alors en général, j'ai bien aimé l'ambiance pluvieuse de Londres qui se lave de ses soirées, j'ai bien aimé le côté introspectif du texte. Il y a quelques fautes à corriger et peut-être le texte pourrait encore gagner en fluidité. Au niveau de l'écriture, ça m'a l'air ok, rien de très original mais ce n'est sûrement pas le but.

Pour le moment, tu as capté mon attention donc je repasserai sûrement pour la suite.

"[...] alors le seul fait d'être au monde
  remplissait l'horizon jusqu'aux bords"
  Nicolas Bouvier

Hors ligne Lilyma

  • Tabellion
  • Messages: 22
Re : Derniere connexion
« Réponse #4 le: 05 Septembre 2019 à 11:02:35 »
Merci beaucoup pour ton passage! j'ai corrigé toutes les fautes d'Orthographe que tu as remarqué et je vais relire mon texte pour le rendre plus fluide. Je posterais la suite ce vendredi.

Merci encore!

Hors ligne Merlok

  • Scribe
  • Messages: 95
Re : Derniere connexion
« Réponse #5 le: 05 Septembre 2019 à 12:03:37 »
Bonjour Lilyma,

Comme l'orthographe a déjà été relue plusieurs fois, voici quelques observations personnelles sur ce joli texte  ;):

De manière générale, je trouve la structure de paragraphe très imposante. Ce serait bien plus fluide en les scindant.

Citer
La pluie tombait sur Londres et rafraichissait les rues brulées par la canicule de ces derniers jours.
Que penses-tu de : "La pluie tombait sur Londres. Les rues brulées par la canicule de ces derniers jours se rafraîchissaient enfin."

Citer
Oui, trop douce, J’ai besoin de quelqu’un avec plus de caractère, tu ne dois pas le prendre personnellement.
Cette pensée me paraît étrange. (Vive l'argumentation ! :o)

Citer
Depuis qu’il l’avait quitté, il n’y avait plus de temps, plus de besoin, il n’y avait qu’une longue suite d’événements qui n’avaient aucun sens à ses yeux.
J'aurais mis un point après "besoin".

Citer
son esprit restait mou
"Mou" est original, mais je ne sais pas si l'idée passe bien.


En espérant que ma petite contribution aura été utile.





Hors ligne Lilyma

  • Tabellion
  • Messages: 22
Re : Derniere connexion
« Réponse #6 le: 05 Septembre 2019 à 12:09:46 »
Merci pour ton aide Merlok et c'est vraiment marrant que tu me dises de scinder mes paragraphes parce que pendant longtemps... on m'a reproché de faire des phrases trop courtes -.-... Dans ce texte j'ai du faire un vrai travail sur moi-même pour allonger mes idées. Clairement j'en ai trop fait xD



Alors, avant de poster la suite... j'ai relu vos commentaires avant de poster et j'ai fais deux trois modifications à la premiere partie du texte.

Citer
j'ai l'impression qu'il y a comme une contradiction ici. Ce livre dont elle se souvient, j'ai eu l'impression qu'il faisait une critique de cet apprentissage, du coup je perçois une contradiction dans le fait qu'elle pense qu'elle a failli...je sais pas si tu m'as comprise

@derrièrelemiroir, je sais, mais c'est ce que je voulais aussi, je voulais montrer qu'Elisa vit dans sa propre réalité.

Alors voici la suite et je l'ajoute aussi à mon premier message:

*

Élisa avait fini l’université l’année précédente. On lui avait dit tant de fois que ses années universitaires seraient les meilleures de sa vie. Mais elle ne s’en souvenait pas de cette manière. Elle n’avait profité de rien. Non, elle était trop occupée avec Paul, le garçon avec qui elle était sortie pendant cinq longues années. Mais est-ce que cela valait le coup ? Est-ce que Paul était celui qu’elle voulait dans sa vie ? Que lui réservait la vie avec lui ? Une maison avec jardin, un chien et une Fiat? Voulait-elle vraiment finir comme ses parents dans cette ville de province ?
   C’est en répondant par la négative à ces questions qu’Élisa avait décidé de quitter Paul un mardi, de quitter sa ville natale un mercredi et de trouver un travail à Londres un jeudi. À vingt-six ans, célibataire, Londres lui ouvrait les bras. Elle avait très vite rencontré d’autres filles de son âge et le printemps se montrant clément, elles étaient sorties chaque soir. C’était comme une nouvelle jeunesse. Qu’avait-elle fait pendant cinq ans de sa vie ? Elle s’était emprisonnée dans une vie qui ne lui ressemblait pas, attachée au cou d’un jeune ingénieur faible et incapable de prendre une décision sans sa mère. Pourtant, au début, ça n’avait pas été ainsi. Ils étaient d’accord sur tout. Paul était jeune, pas vraiment beau, mais il avait une certaine allure. La confiance que l’on reconnaît aux fils uniques, des manières. Elle aimait le fait qu’il soit si organisé, car elle, au contraire, manquait tellement d’ordre, de discipline. Et ils rêvaient tous deux d’évasion. Il était hors de question de rester dans cette ville. Pour eux, il n’existait que Paris, Rome, Berlin. Et pourquoi pas Los Angeles ? Non, New York plutôt, Élisa avait un faible pour les villes nordiques. Il trouverait un travail et mettrait de l’argent de côté, et elle, elle finirait ses études. À la fin de sa licence, ils partiraient, ensemble. Ce n’était qu’une question de temps. Deux petites années. Son avenir serait merveilleux, elle était promise à quelque chose de spéciale. Rien ne pouvait contrecarrer ses plans. Mais deux ans étaient passés et voilà que Paul adorait son travail. « Et puis pourquoi partir ? On ne sait pas ce qu’on trouvera ailleurs. » Elle se souvenait encore de leurs disputes.
« J’ai un bon travail, moi, un bon salaire. Tu ne peux pas me faire partir pour rien, sans savoir ce que je vais trouver. Et si je ne trouve rien ? Arrête ! Tu te comportes comme une gamine. Tu ne sais même pas ce que tu veux, Londres, Berlin, Rome. Tu changes d’avis tous les jours. C’est ridicule. »
Finalement, Élisa s’était jetée la tête la première dans un Master et ils s’étaient donnés de nouveau deux petites années pour penser à leur projet. Mais quand elle avait reçu son diplôme, il était clair que Paul n’aurait pas fait un pas de plus vers une nouvelle vie. Au contraire, il commençait à prendre du poids, s’était fait pousser la barbe et parlait d’acheter une maison. Tout prenait de l’âge dans ce grand garçon. Tout s’enracinait. Son corps et ses idées perdaient de leur vitalité. Élisa s’était sentie trahie.
Puis quelques semaines après avoir reçu son diplôme universitaire, il lui dit. Il avait acheté une maison, pour elle, avec un jardin, des bégonias à l’entrée et c’était une belle affaire, les anciens proprios leur avaient même laissé toute la cuisine.
Alors, tout devint limpide. Elle ne voulait rien de tout ça, avec lui. Elle ne voulait plus de cet homme à barbe, dont les boutons de la chemise tiraient sur le tissu et laissaient entrevoir un morceau de peau. Elle ne voulait pas de maison, pas de chien, pas d’enfant et surtout pas de bégonias. Il lui avait volé ses années de jeunesse en lui promettant encore et encore qu’ils partiraient et l’avait enfermé dans cette petite ville de rien du tout. Elle lui en voulait. C’était comme un poids dans sa poitrine qui tentait de sortir. Elle aurait voulu hurler, reprendre ses années perdues. Taper, lui griffer la figure. Elle regarda le plafonnier sans lumière et serra le poing. Douce ? Le pauvre idiot pense que je suis trop douce ? Mon dieu, s’ils savaient tous, ce que j’ai dans le coeur. 
Parfois, des accès de rage sans nom lui venaient et elle se sentait alors si prête à agir violemment qu’elle préférait ne pas affronter la situation, se taire. Finalement, elle avait attendu qu’il parte à l’étranger pour son travail et elle l’avait quitté en quelques minutes au téléphone, sans prendre la peine de le voir. Elle avait profité de son absence pour faire ses valises et partir vivre chez une amie à Londres.
Élisa savait que cela avait été mesquin de sa part. Cinq ans de relation auraient mérité une meilleure fin que cela, il aurait fallu attendre son retour et le quitter poliment, avec plus de respect. Mais au fond, est ce que tout cela importait? Elle ne voulait pas le revoir, elle était incapable de faire semblant. Cette fin était inéluctable, cela avait même trop duré.
Deux semaines après son arrivée à dans cette nouvelle ville, il était venu pour en parler. Il y avait sûrement un moyen de sauver leur relation, elle ne pouvait pas l’avoir rayé de son présent ainsi. Elle le regardait comme un enfant quémandant trop d’attention. Elle ne comprenait pas pourquoi il avait voulu venir, pourquoi perdre tant de temps et tant d’argent dans un billet d’avion. Le pauvre garçon devait être bien stupide pour penser qu’elle changerait d’avis. Elle n’avait même pas tenté de cacher son indifférence. « Ne me regarde pas comme ça. Tu ne peux pas me dire qu’après toutes ces années, tu ne ressens plus rien du tout. Tu veux vraiment tout jeter à l’eau comme ça ? » Elle avait cherché une réponse adéquate, mais rien ne lui était venu. « Paul, c’est fini. Tu devrais partir maintenant. ». Désormais, elle le méprisait.
Il s’était levé et s’était éloigné de la table de café à laquelle ils s’étaient installée vingt minutes plus tôt. Elle ne l’avait plus jamais revu. Il appartenait désormais à son passé.


Modération : messages regroupés, il faut éviter les doublons pour plus de lisibilité.
« Modifié: 07 Septembre 2019 à 12:39:18 par Claudius »

Hors ligne Claudius

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Re : Derniere connexion
« Réponse #7 le: 07 Septembre 2019 à 12:36:28 »
Bonjour Lilyma,

Je suis un peu perdue, pourquoi ajouter un message avec la suite et la recopier dans le premier message ? Cela perd un peu le lecteur tu ne crois pas ?

Petit conseil de présentation :
- soit tu modifies ton message initial à chaque suite (ce qui ne permet pas de remonter le texte et tes lecteurs ne sauront pas que tu as posté un autre extrait)
- soit tu postes  en suivant les messages et en reliant les posts entre eux par un lien, (deuxième icône de la deuxième ligne au dessus de ce cadre, ça te donnera ces balises, tu colles ton lien entre les deux grandes parenthèses du milieu)  -

Exemple :

Suite 2 = [url*]le lien ici [/url*] (sans les étoiles)

j'espère avoir été claire, sinon je suis à ta disposition.

Et pour finir, il faut éviter de poster deux messages à la suite sous un même sujet, la fonction modifier que tu sais utiliser est là pour ça.

Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l'inspiration sortir. Sylvain Tesson

Ma page perso si vous êtes curieux

Hors ligne Lilyma

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Re : Derniere connexion
« Réponse #8 le: 07 Septembre 2019 à 17:12:24 »
Pour être tout a fait honnête Claudius, puisque tu me demande mon avis, non,  je sais que chaque clic compte, je pense que forcer les internautes à retourner à chaque fois dans le premier message peut démotiver beaucoup de lecteurs de lire la suite. Au contraire, le premier message est là pour les nouveaux qui voudrait tout lire du début. 

Ensuite, puisque ce sont les règles du forum je m'y plis sans aucun soucis

Pour le doublon, je suis désolée, j'avoue que je n'ai pas pensé à modifier mon premier message, la prochaine fois je serais plus attentive.
« Modifié: 07 Septembre 2019 à 17:17:32 par Lilyma »

 


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