Bonjour
un texte ambiance western déjanté du 21eme siècle .
Bien sûr des références
ce n'est qu'un début à savoir ce que sa vaut, à vous ami lecteur de me dire ce que vous en pensez.
Le Falcon avait la réputation d’être un trou à merde. Pas juste un bar mal famé, mais le genre d’endroit où même les cafards hésitent à poser leurs pattes. Soit, encore une fois, l'un des plus vénérables trous à merde qu'une ville de trous à merde puisse proposer. L’homme au chapeau noir le savait, et ça l’amusait. Il observa le vieux clodo crasseux à l’entrée, dont les cheveux gras et la barbe grisonnante semblaient avoir survécu à une apocalypse personnelle. Un décor parfait pour un film de série Z.
D’un geste calculé, il effleura le bord de son chapeau, comme un chat qui joue avec une ombre. Le vieux ne broncha pas, ses yeux morts fixés sur lui comme s’il voyait à travers ses secrets. À sa hanche, un revolver dans un étui usé. Et une putain de rapière. Sérieusement, qu'elle foutu tarée se balade avec une lame de duel en plein vingt-et-unième siècle ?
Chaque pas soulevait une poussière vengeresse, comme si le sol lui reprochait d’exister. Ses santiags, plus fatiguées que cirées, racontaient des kilomètres de galères. Les néons rouges de l'établissement projetaient des ombres grotesques sur des visages plissés, tous marqués par la méfiance. Le Falcon, c’était une autre planète, et il venait d’y atterrir.
L’entre-deux de My Baby Shot Me Down résonna dans la pièce. La chanteuse, une blonde filasse vêtue d’une tenue courte et douteuse, se déhanchait mollement sur une paire de tablées en guise de podium. Elle chantait, ou du moins elle essayait.
La salle au parquet clouté était peuplée d’une trentaine d’hommes noyant leur méfiance dans l’alcool, les yeux rivés sur la précieuse chanteuse. Tous arboraient la même veste de motard. Même effigie. Même nom. Desperados sans foi ni loi, sans la moindre subtilité.
Six autres, des femmes aux courbes avantageuses, servaient des verres à qui voulait s’enfoncer un peu plus dans l’oubli. Derrière elles, un long miroir renvoyait l’image des âmes échouées au bar. Le gérant astiquait le comptoir, le regard perdu. Et puis l’homme au chapeau entra.
Le silence fut immédiat. Total. Sauf pour la chanteuse, trop distraite et trop imbibée pour capter l’ambiance glaciale qui venait de s’installer.
Tous les regards s’étaient tournés vers lui. La méfiance transpirait. Et ce n’était rien à côté du mépris qui brûlait dans les yeux des desperados. Le gérant, lui, avait une pensée bien claire derrière son bar : Un cowboy avec un flingue et une putain de rapière ? Dans mon bar ? Sérieusement ?
Deux longues, très longues minutes passèrent. Un silence presque gênant.
Puis, comme un coup de feu, quelqu’un éclata de rire.
Et Bonnie ! J’en ai une bonne ! Ça fait combien de temps que tu baises ta sœur, sale baiseur de sœur ?!
Les rires éclatèrent comme une grenade. La bagarre qui suivit était aussi prévisible qu'un mauvais western. Les deux abrutis volèrent sur le comptoir, les verres explosèrent. Tout reprenait son rythme normal : insultes, coups de poings, chaos.
L’homme au chapeau noir s’approcha d’une table vide, indifférent à la scène. Une serveuse apparut, plantée devant lui.
— Qu’est-ce qui vous ferait plaisir, cowboy ?
Il ne réfléchit pas.
— Servez-moi un whisky. Pas de cette flotte, du vrai.
La serveuse s’éloigna, ses talons claquant sur le parquet clouté tandis qu’elle disparaissait derrière le comptoir. Il s’enfonça dans son siège, santiags croisées, le chapeau légèrement incliné comme un homme qui attend la catastrophe avec la résignation de ceux qui ont déjà vu l’enfer. Il fit tourner son whisky dans son verre, lentement, comme s’il cherchait une réponse au fond.
Puis, il la vit.
D’abord dans le miroir derrière le bar. Un mirage brûlant. Puis, en chair et en os, lorsqu’elle se leva avec cette grâce féline, ce genre d’assurance qui ne s’achète pas. Sa robe fendue flottait au rythme de ses pas, le rouge sombre collant parfaitement à son sourire carnassier. Un sourire qui disait : Tu vas pas aimer ce que j’ai à dire, cowboy.
Elle prit place face à lui, s’installant comme si elle avait toujours été chez elle ici.
— J’espère que ton whisky est bon. Tu vas vouloir quelque chose de fort après ce que je vais te balancer.
Il fit claquer son verre vide sur la table. Son doigt effleura le manche de sa rapière, un geste inconscient, automatique.
— S’il est mauvais, je lui survivrai. Pas sûr que ce soit le cas pour tes foutues nouvelles.
Elle haussa un sourcil, moqueuse.
— Toujours optimiste.Cette putain de pierre, dit-elle. Une semaine qu'elle a disparu.
Son regard s’assombrit. Il inspira profondément, puis pencha la tête, l’air de mesurer l’ampleur du désastre.
— Tu veux dire qu’elle est cachée ?
Elle ricana, froidement.
— Non, frangin. Je veux dire qu’elle s’est volatilisée. Comme ta foutue chance.
Il esquissa un sourire, un vrai sourire de pistolero. Celui qui a vu trop de morts pour s’inquiéter d’une catastrophe de plus.
— C’est marrant. D’habitude, c’est moi qui fous tout en l’air.
Elle s’adossa à la chaise, l’observant comme une prédatrice qui décide si la proie mérite d’être achevée ou simplement torturée un peu plus.
— Félicitations. Pour une fois, c’est pas toi qui merde.
Un silence tendu. Puis il finit par hausser les épaules.
— Ça sent quand même la merde.
Elle leva son verre avec un sourire brillant.
— Plusieurs. Probablement un bon gros tas.
Puis le bruit.
Un bruit sourd, un roulement de bottes contre le sol, une présence qui aspirait l’air à elle seule. Le Capitaine.
Il ne se retourna pas. Pas besoin. Il sentit le changement dans l’atmosphère, la façon dont le bar avait cessé d’être un endroit bruyant pour devenir quelque chose de beaucoup plus dangereux.
Elle passa un doigt sur le bord de ses cheveux pourpres, l’air presque amusé.
— Une bande de motards du coin. Et maintenant… lui.
Il fit tourner son verre entre ses doigts. Lentement. Son sourire était toujours là, plus fatigué que véritablement amusé.
— Alors commande-nous un autre whisky. On va avoir besoin de se sentir invincibles pour cinq foutues prochaines minutes.
Elle s’apprêtait à lever la main pour appeler la serveuse quand il s’arrêta net.
Son regard dériva légèrement vers la fenêtre crasseuse du bar.
Un mouvement. Une silhouette floue.
Il plissa les yeux.
Le clodo.
Le même vieux clodo crasseux qui squattait l’entrée, celui qu’il avait remarqué en arrivant. Sauf que cette fois…
Cette fois, le type était debout, bras écartés, complètement à poil sous la lumière blafarde du lampadaire.
Lui et sa sœur restèrent figés une seconde, comme si leur cerveau refusait d’accepter ce qu’ils voyaient.
Le vieux semblait en pleine transe, murmurant quelque chose à la lune, son corps flasque oscillant doucement sous la brise nocturne comme une méduse bourrée.
Elle arqua un sourcil.
— Dis-moi que je rêve.
Il ne répondit pas.
Le clodo fit un pas en avant, puis deux, puis trois. Lentement, avec une solennité qui aurait presque été majestueuse… s’il n’avait pas été nu comme un prophète défoncé à la tequila.
— Frangin, il va faire un truc stupide, dit-elle, sa voix baissant légèrement.
Il souffla du nez, l’air impassible.
— Il est déjà au-delà de la stupidité.
Le vieux leva les bras encore plus haut, comme un prêtre prêt à bénir une foule imaginaire. Puis, dans un élan soudain… il hurla quelque chose d’incompréhensible et se jeta dans une poubelle ouverte avec un cri de triomphe absolu.
Un bruit sourd.
Un long silence.
Puis, de quelque part dans le bar, une voix rauque lâcha :
— Putain, c’est du génie.
Lui et sa sœur échangèrent un regard.
Elle haussa les épaules.
— On vit dans un monde malade.
Il acquiesça, impassible.
— Et pourtant, il est toujours plus sain que moi.
Il fit claquer son verre sur la table.
— Je crois qu'on va plutôt prendre la bouteille en entier.
Elle attrapa le whisky et le fit glisser sur la table.
Un bruit sec. Il déboucha la bouteille d’un geste lent, versa une bonne dose, comme un homme qui savait exactement combien il allait devoir boire avant que tout ne parte en vrille.
Il s’apprêtait à boire quand quelque chose changea dans l’air.
Un frisson imperceptible.
Un mouvement lent et calculé.
Le Capitaine.
Il s’arrêta à une table, où un autre homme l’attendait. Celui-là portait un long manteau sombre, des lunettes rondes, un sourire figé quelque part entre le médecin, le psychopathe et le type qui creuse des trous sans poser de questions.
Ils étaient là, comme des spectateurs d’un théâtre dont le troisième acte allait bientôt commencer.
Le pistolero leva son verre. L’observa une demi-seconde avant de l’avaler d’un trait.
Le médecin, lui, ne bougeait pas. Il réajusta ses lunettes avec une précision chirurgicale, comme un homme qui dissèque une scène avant de la découper au scalpel.
Le Capitaine prit enfin la parole.
— C’est fascinant, vraiment.
Il attrapa son verre avec la lenteur d’un type qui avait tout vu, tout vécu, et qui se croyait toujours au beau milieu de la guerre de Sécession.
— Un clodo nu qui se prend pour un prophète...
Il leva son verre, l’examina sous les néons rouges du bar avant de boire.
La chanteuse, complètement bourrée, s’était mise à massacrer une autre chanson. Une voix rauque et brisée, noyée dans l’alcool et le désespoir, qui faisait souffrir les oreilles comme une corde de pendu trop tendue.
Le médecin, toujours impeccable, posa son verre, l’observa comme s’il allait lui diagnostiquer une cirrhose juste à l’écoute.
— Sinatra va se retourner dans sa tombe, murmura la sœur, en reprenant une gorgée.
Le Capitaine esquissa un sourire, comme s’il était vaguement amusé par l’idée qu'il venait d'entendre.
Le pistolero releva légèrement son chapeau, échangea un regard avec sa sœur.
— T’écoutes toujours trop, sœurrette.
Elle haussa un sourcil.
— Et toi pas assez.
Il servit de nouveau, le whisky coulant sans précipitation.
Le Capitaine les observait encore. Puis, avec une nonchalance presque insultante, il posa ses bottes sur une chaise. Le médecin attrapa un verre et le remplit aussitot, sans un mot.
—Une semaine. Il inspira lentement. Ça fait juste une semaine, Victoria.
Il porta le whisky à ses lèvres, l’alcool brûla comme une lame rouillée contre sa gorge fatiguée.
Un frisson. Pas à cause du froid, mais à cause de tout ce qui était en train de se mettre en place autour d’eux.
Elle leva son propre verre, observa le liquide ambré danser sous les néons crasseux, avant d’en boire une gorgée.
Le whisky mordit. Il avait ce goût âpre des erreurs trop anciennes pour être réparées.
— Ça fait une éternité.
Un silence pesant.
Le bar n’était qu’un décor en arrière-plan. Une prison flottante où se mêlaient voix brisées et âmes trop fatiguées pour espérer encore quelque chose de bon.
Quelque part dans l’espace confiné, la chanteuse, complètement bourrée, massacrait à présent Creep de Radiohead.
Victoria esquissa une grimace.
— Putain, Dante. Elle fit tourner son verre entre ses doigts. Si elle continue, elle va finir par se prendre une balle en pleine tête.
Il souffla un rire sec, sans joie.
— Avec un peu de chance, elle nous évitera de le faire nous-mêmes.
Victoria posa son verre, croisa les bras, le regard sombre.
— Rappelle-moi à quel moment exact on a décidé que laisser cette foutue pierre entre les mains de prêtres aux têtes ahuri était une bonne idée ?
Dante reposa lentement son verre, l’alcool lui brûlait encore la trachée.
— Ah, tu veux parler du moment où on s’est retrouvés avec trois flingues sur la tempe et une messe improvisée ?
Victoria haussa un sourcil.
— C’est ça. Le moment où j’ai cru voir Jésus me faire un clin d’œil avant qu’ils nous confisquent la pierre.
Dante grimaça, se resservit sans précaution.
— Ouais. Ce jour-là.
Elle se pencha légèrement, son regard brûlant, ses lèvres entrouvertes comme une prière non-dite, ou une malédiction prête à être lâchée.
— Et maintenant, elle est où ?
Dante leva son verre comme un toast maudit, sa voix râpeuse.
— Dans les mains du Vatican. Ou brûlée. Il prit une gorgée, le whisky explosa contre sa langue. Ou en train de provoquer un exorcisme quelque part.
Victoria ricana, amer.
— Tu veux savoir ce que j’en pense ?
Dante s’adossa, fit signe de continuer.
Elle se rapprocha légèrement, son sourire trop froid pour être innocent.
— Je pense qu’elle va revenir.
Il la regarda, longtemps, puis attrapa la bouteille, remplit son verre comme un condamné remplissait son dernier shot avant l’échafaud.
— Je sais.
Ils trinquèrent.
Un hurlement dehors.
Probablement cet autre clodo qui avait trouvé une nouvelle révélation sous la lune, entre deux délires fiévreux.
Ils s’en foutaient.
Le vrai problème, c’était cette foutue pierre noire.
Dante reposait son verre quand il entendit les bruits de bottes lourdes s’approcher.
Victoria n’eut même pas besoin de lever les yeux. Elle sentit l’air changer, une odeur de cuir usé, de bière tiède et d’emmerdes sur le point de commencer.
Trois motards. Des tronches qui semblaient sculptées à coups de barres de fer, tatouages criant des histoires aussi fausses que leur moralité, et une attitude qui disait clairement : On est venus pour casser quelque chose.
Le premier, une armoire à glace avec des épaules comme des portes blindées, tira une chaise et s’installa sans invitation.
— Iscariot.
Dante leva les yeux, lentement, comme un homme qui savait que l’heure allait être longue.
— Si t’es là pour me vendre une assurance-vie, je vais te spoiler la fin : elle vaut pas le coup.
Le deuxième motard, un blond famélique avec un sourire de hyène, éclata d’un rire guttural.
— Putain, t’as vraiment pas l’instinct de survie, toi.
Victoria fit tourner son verre entre ses doigts, calme en surface, mais prête à envoyer un tesson dans une carotide si nécessaire.
— Et vous, vous êtes vraiment aussi con qu’on le dit ?
Le troisième motard, un type avec une cicatrice qui lui barrait le cou comme un vieux compte qu’il n’a jamais réglé, s’appuya contre la table, tapotant le bois du bout des doigts.
— T’as une dette, Iscariot.
Dante haussa un sourcil, se resservit une rasade, comme si la conversation l’ennuyait déjà.
— J’ai plein de dettes. Précise.
Le colosse croisa les bras, son regard appuyé comme une massue prête à s’abattre.
— L’affaire de l’entrepôt.
Victoria esquissa un sourire qui n’avait rien de bienveillant.
— Ah. Vous parlez du bordel dans l’entrepôt.
Le blond se pencha, ses mains aussi épaisses que des battoirs écrasant le bord de la table.
— On a entendu dire que t’as été le dernier à sortir avant que ça parte en fumée.
Dante leva son verre, avala une gorgée comme si ça l’aidait à mieux digérer la stupidité ambiante.
— Et moi, j’ai entendu dire que vous étiez les derniers à vous barrer avant que ça dégénère.
Le motard à la cicatrice grimaça, fit craquer ses phalanges comme un avertissement non-dit.
Victoria posa lentement son verre, ses yeux noirs de promesses sanglantes.
— Écoutez, on va faire simple les trois petits puceau.
Elle se pencha légèrement, sa voix glaciale.
— Soit vous me donnez une raison valable de pas vous éclater la gueule maintenant…
Elle fit rouler son verre entre ses doigts, comme un préambule à quelque chose de violent.
— …soit vous buvez à vous en pisser dessus et vous fermez vos gueules.
Les trois motards échangèrent des regards.
Dante leva son verre, son sourire fatigué, mais tranchant comme une lame sale.
Victoria se leva d’un seul mouvement, fluide comme une panthère, le revers de sa veste découvrant la crosse sombre d’un revolver niché à sa hanche. En une demi-seconde, elle l’avait dégainé et pointé entre les yeux du blond, son regard noir figé dans une ligne de feu.
— Je t’avais dit de pas me donner une raison, souffla-t-elle, sa voix aussi tranchante qu’une lame. Le blond ne broncha pas, mais l'armoire à glace glissa sa main derrière son dos, ressortant avec un semi-automatique cabossé qu’il braqua sur elle, juste sous le menton.
— T’es rapide. Moi, j’suis nerveux, murmura-t-il, un sourire sale aux lèvres, comme s’il savourait le danger.
D’un claquement sec, un autre chien s’arma. Dante, resté jusque-là assis, venait de pointer son magnum 500 Smith & Wesson directement sur la tempe de l'armoire à glace tout en brandissant le fil de sa lame sur le type avec une cicatrice qui lui barrait le cou.
— Et moi, j’suis d’humeur chiante, dit-il, le ton désinvolte mais les yeux brûlants de détermination. J’compte jusqu’à trois, mais c’est juste pour le style.
— Nous sommes en plein dilemme, Iscariot, grogna le colosse, sa voix résonnant comme un tonnerre dans la pièce.
Le silence était devenu une entité propre, une masse lourde qui pesait sur chaque respiration dans la pièce. Tic-tac, tic-tac. Une horloge invisible scandait le temps, insupportablement lent, comme une menace sourde.
Le barman avait cessé de polir ses verres, ses doigts crispés contre le comptoir, les jointures blanchies. Un filet de sueur glissa le long de sa tempe, s’attardant avant de disparaître dans son col trempé.
La chanteuse, figée près du piano, les épaules secouées d’un soubresaut, poussa un hurlement bref, étranglé, comme une jument qui met à bas. Elle recula d’un pas trop brusque, son talon heurtant le bois du plancher avec un claquement sec.
Le capitaine, toujours figé comme une statue, observa le manège sans un mot, son regard d’acier tranchant l’espace entre les protagonistes, évaluant, attendant.
Le médecin, lui, tremblait d’un frisson incontrôlable, mais pas de peur. D’excitation. Ses yeux suivaient la scène avec une avidité malsaine, comme un charognard qui sentait la chair bientôt disponible.
Victoria ne bougeait pas, immobile comme une lame prête à frapper, son revolver braqué avec une précision glaciale. Son souffle était contrôlé, presque imperceptible, et pourtant, chaque battement de son cœur résonnait comme un tambour de guerre.
Dante affichait une désinvolture exagérée, mais son regard, lui, disait autre chose. Alerte, précis, un fil de rasoir suspendu dans l’attente. Il tapota du bout du doigt sur le canon de son arme, rythmique, presque joueur, un contraste cruel avec l’urgence de la scène.
Les motards, eux, figés, tenaient leur position avec une crispation visible. La mâchoire du blond se serra, un nerf palpitant sous sa peau. Le colosse, lui, inspira lentement, étirant ses épaules massives, comme si son propre corps pesait trop lourd dans cette tension.
Puis, le bruit.
Minuscule. Insignifiant.
Un pets grossier qui glissa légèrement de derrière le comptoir.
Pas une chute. Pas un éclat. Juste un déplacement, imperceptible, accidentel.
Et pourtant, il brisa l’équilibre fragile.
Les regards tournèrent, simultanément, vers cette interruption ridicule.
Tout le monde savait ce que ça signifiait.
La chanteuse avait les lèvres serrées, son corps tremblant. Le barman porta une main mal assurée à son front, comme si effacer la sueur pouvait faire disparaître le problème.
Dante inspira très lentement, un sourire minuscule sur ses lèvres. Trop calme. Trop sûr.
Victoria, elle, cligna des yeux une fois.
Sans un bruit, un autre chien s’arma, juste derrière la tête de l’armoire à glace.
Pas un battement de cils n’avait capté son arrivée, pas une ombre n’avait bougé.
Et pourtant, maintenant, il était là.
Calmement. Trop calmement.
Accoudé au bar, un verre à la main, une téquila qui semblait briller comme un trophée dans ses doigts.
Négan Iscariot.
Tout le monde le connaissait ici. Tout le monde faisait semblant de ne pas le connaître.
Il leva son verre, sans un mot, le fit tourner entre ses doigts, puis poussa un soupir exagéré, brisant cette tension qui était devenue presque sacrée.
— Eh ben… c’est sacrément dramatique ici. On dirait un épisode de télé-réalité où tout le monde finit par pleurer ou mourir.
Personne ne bouge. Même le verre du barman semble figé dans le temps.
Dante ne lève pas les yeux. Victoria ne bronche pas.
Mais les motards, eux, réagissent.
Le blond cligne juste une fois, l’armoire à glace serre un peu plus sa prise sur son arme, et le type à la cicatrice fronce les sourcils.
Négan les voit. Il voit tout.
Et ça le fait marrer.
Un sourire étire lentement ses lèvres, comme un gamin qui s’apprête à appuyer sur le gros bouton rouge juste pour voir ce que ça fait.
— Oh, ne me regardez pas comme ça. J’suis juste là pour boire un coup. Et regarder ce magnifique ballet de regards tendus et de sueurs froides.
Il prend une gorgée de sa téquila, comme si le monde entier pouvait attendre qu’il ait fini.
— Sérieusement, les gars. Vous avez l’air tellement tendus que je pourrais jouer du violon sur vos nerfs.
Le blond serre les dents, un tic nerveux apparaissant sur sa joue.
— T’es qui, toi ? grogne-t-il, sa voix rauque.
Négan hausse un sourcil, comme s’il venait d’entendre la question la plus stupide de l’univers.
— Moi ? Je suis juste un type avec un colt python dans la main prés a transformé ta tête en tarte à la fraise.
Il se tourne vers le barman, qui tremble toujours derrière son comptoir.
Puis un bruit. Encore.
Un pet trop bruyant du barman, qui avait essayé de retenir son souffle trop longtemps.
Négan tourna lentement la tête vers lui, puis pouffa de rire.
— Franchement, mon pote, si quelqu’un devait briser le silence, j’aurais parié sur moi.
Le barman devint livide.
— Bon, champion. T’as pas un bol de cacahuètes pour accompagner ce chef-d’œuvre de tension ? Non ? Bon, tant pis.
Victoria, toujours immobile, laisse échapper un soupir.
— Négan, t’as fini de jouer ?
Il se retourne vers elle, un sourire éclatant, presque enfantin.
— Jouer ? Moi ? Mais non, grande sœur. Je sauve la soirée. Regarde-les.
Il désigne les motards d’un geste nonchalant.
— Ils sont tellement concentrés qu’ils pourraient résoudre un Rubik’s Cube avec leurs sourcils.