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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » [Vulgaire] Con-rosé

Auteur Sujet: [Vulgaire] Con-rosé  (Lu 1178 fois)

Hors ligne Julien-Gracq

  • Aède
  • Messages: 163
[Vulgaire] Con-rosé
« le: 28 Juillet 2019 à 12:50:51 »
(Petit texte écrit d'une traite en rentrant de soirée, quelque peu alcoolisé, corrigé du moins possible les idées plus claires.)



Con-rosé, ou rossé....


La gorge chaude brûlée par un vin dégueu; le corps en feu, tout transpirant tout dégoulinant, tout suintant de l'effluve des entrailles de la chair cramée, de la vinasse et du savon clémentine pour gonze, chauffé par la canicule, l'ivresse et le bain bouillant : subtile décoction pour un fin mélange. Bel attardé, beau couillon que je faisais dans cet état. Le travail, les études, l'écriture? Que dalle, débile. Rien que des journées à végéter comme un plouc attardé parce que trop enfiévré de partout, parce que pas raisonnable, parce que trop désireux.

J'avais bu une gorgée de vin frais en début d'apéro. Un  de ces rosé, de ces boissons rosâtres de pimbêches incapables de savourer l'âpreté d'un bon rouge, le sucré d'un bon blanc, le sec d'un bon gris; de ces boissons colorées aussi peinturlurées qu'une putain de quinze sous de l'avenue Foch, aussi vulgaire pareillement... Eh bien je m'en suis resservi, et pas une, et pas deux, et pas trois, et je compte plus... Bien huit-neuf, déjà bourré avec l'airain du ciel qui s'abattait sur nous en cette canicule. Je commençais à divaguer avant même de m'en rendre compte, c'est dire.

Je me laissais aller, traîner, raconter quelques banalités mondaines que je haïssais tant en règle générale, que j'exécrais au point que je me fis hirsute, ou troglodyte dans la grotte du logis de ma vie. Du coup ça m'intriguais forcément, pourquoi est-ce que je devenais sympa d'un coup? c'est pas banal quand même. Alors j'ai vite compris que j'avais picolé sévère, que j'étais fin con, que la soirée allait passer vite certes, mais que j'allais me comporter comme un gland, car ma langue, elle, manquerait pas de fourcher. Et mon corps il manquerait pas de tomber, ma jambe de buter dans les tables, et mes yeux de plonger dans le décolleté voluptueux d'une quelconque trainée bien découverte et trop bandante. Fallait régler ça, sauver les apparences, j'étais un pédé embourgeoisé après tout, pas le choix. Je pouvais être pédant, quelque peu hautain par moment, j'étais riche et bien foutu après tout, mais salaud et bourré, ça non.

Je me maîtrisais donc, bougeais lentement, au combien lentement mais sans bâton dans le fion loin de là : avec grâce, avec un déhanché sensuel pas bovin du tout. Je parlais bien même, je m'étais pris du délire puérile de m'exprimer comme les héros dans Homère : j'interpellais une voisine de cette manière-là : "hola belle Guesséide aux yeux de biche, aux cheveux bien dressés", et non pas à la croupe bien fouettée! Putain que j'avais connu en soirée libertine, qui ce soir là faisait semblant de pas me connaître, vulgaire truie.

Bref, la crémaillère se passait pas si mal. Puis je suis retourné presto chez moi, prétextant une urgence des plus urgentes, inventant la mort de ma mère, et me taillant fissa, laissant les autres fiottes incrédules poursuivre tant bien que mal leur bavache pète-burne après le blizzard que je venais de foutre par ma déclaration.

Enfin je rentrais me cloîtrer; clore le monde, cet éternel étranger; le laisser demeurer dans la lumière lointaine, inconnu de mon bel appart' de fumier. J'eus l'idée saugrenue, bien conne à la réflexion, de me prendre un bain bouillant par cette chaleur, déjà bien étourdi et savamment débile par les vapeurs de l'été, de l'alcool et de la crétinerie des mondanités, j'allais l'être encore davantage par celle de l'eau portée à 40°C.

A poil et plouf dans le bain, je pensais même pas à me branler, l'asticot trop mou, déjà pas bien vigoureux habituellement, il tenait là la comparaison avec une brindille. Je me mis à vide dans le bain, le laissant couler l'eau monter, sans me soucier de rien, divaguant de l'opaque de mon esprit dans la nébuleuse nuageuse de mes sens brouillés, pour me retrouver peut-être vingt minutes plus tard à avaler une grande gorgée de liquide savonneux qui me foutu un goût terrible en bouche, m'emplit le gouffre gustatif de toxines et d'arômes dégueulasses.

Crachant, éternuant comme un goret sur le point de crever qu'on aurait mal égorgé, je tressaillais minablement telle une putain larve, et sorti de la baignoire la peau toute rose, l'esprit pas clair, puis m'effondrai sur la table en verre du salon, fracassant la vitre et m'explosant le crâne et le cerveau.

Je dus rester comme ça jusqu'à ce que mes parents reviennent d'une de leurs sortie-sauterie quinquagénaire immonde qui j'avoue m'avaient franchement intrigués quand j'étais môme. Là je suis à l'hosto, sur mon lit blanc, dans mes draps blancs, avec une sorte de vieux crouleux en lambeaux face à moi; le vieux abruti pas même capable de prononcer un mot tellement il a la gueule fracassée, c'est un truc...

Enfin, j'ai perdu faut croire, un peu de repos, de rééducation... Je sais pas très bien de quoi mais rééducation quand même, parce que l'intelligence ça se regagne pas, faut l'savoir; la mémoire et les maux de tête pas non plus... Quoi qu'il en soit je me sens un peu seul et con... et bien con surtout. J'écris là du peu que mon cerveau le permet, je sais pas pour conbien de temps enconre, bein con oui.



 


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