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Auteur Sujet: Prologue: Engage le jeu que je le gagne  (Lu 1356 fois)

Hors ligne Jeune Duc de Corcoué

  • Buvard
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Prologue: Engage le jeu que je le gagne
« le: 25 Juin 2019 à 17:51:21 »
Il s'agit du premier chapitre, voire prologue, d'un roman pour adolescents et jeunes adultes que je suis en train d'écrire. Bonne lecture et merci de vos retours!

1

    Il n’y a absolument aucun doute sur le fait que mon frère Alexis était un parfait égoïste. Son caractère impulsif et égocentrique est de notoriété publique. Pourtant, cela n’a pas empêché les gens de se déplacer en cette matinée d’avril, jour de son enterrement.

   J’assiste à ce genre d’évènement pour la première fois, parfaitement conscient que ce ne sera pas la dernière. Tout le monde sait pertinemment que l’on y aura  rendez-vous un jour ou l’autre, chacun préfère l’ignorer et le repousser, comme le dentiste.
   C’est ainsi que je me retrouve tout de noir vêtu, arborant une veste de costume neuve de quelques années car selon ma mère « on ne sait jamais ». En effet, on ne sait jamais.

- Ca va aller Julian, me dit Emile en suivant le cortège funèbre.

   Mon meilleur ami a raison. Alexis avait vingt ans, soit deux de plus que moi. De par notre faible différence d’âge et notre sexe commun, nous aurions dû passer une enfance ponctuée de jeux et de moments d’amusement ensemble. Cependant la vérité est bien loin de ce rêve utopique, les bons moments passés avec lui en quasiment dix-huit ans d’existence à ses côtés se comptent sur les doigts de la main. Voire même sur les phalanges du doigt. Il était complétement obnubilé par sa passion dévorante envers la musique. Alexis ne songeait qu’à ça, ne vivait que pour ça. Et cette passion est l’unique chose sur terre qui a pu le relier à moi. Avant qu’Alexis ne parte tenter sa chance sur Paris, il lui arrivait de débarquer à l’improviste dans ma chambre le soir, histoire de me montrer ce sur quoi il travaillait d’arrache-pied. En quelque sorte, j’étais celui qui validait ou non ces ébauches secrètes. Enfin valider est un bien grand mot, la plupart du temps il cherchait seulement une oreille à qui faire écouter ses créations et non une bouche. Je ne sais s’il a déjà retenu un seul de mes conseils avisés. En tout cas une chose est sûre, si mon frère les a pris en compte, ils dorment désormais avec lui.
 
 La masse noire continue de progresser en silence le long des tombes grises qui jonchent le cimetière tandis que je traîne en queue de peloton. Je ferme la marche. L’idée d’être le leader du cortège me semble incongrue ; si je suis proche de lui ce n’est que par les liens du sang, et au-delà de ces simagrées familiales, il existe des personnes plus aptes que moi à diriger la masse noire. Ainsi, je clos le groupe entouré de Lola et d’Emile. La tristesse de la situation me cloue au sol bien plus que la tristesse qui nous réunit, et c’est bien triste. J’ai été touché en apprenant la nouvelle il y a une semaine, bien évidemment. Le week-end a été dur, quelques larmes ont coulé puis plus rien. Je ne vais pas dramatiser la situation seulement car elle le mérite alors que je m’en sors très bien. La vérité est là ; mon frère s’en foutait royalement de sa famille et ne gênait guère pour nous le faire comprendre, et désormais le vide s’installe à l’intérieur des albums photos plus que dans mon être.
 
Marchant juste à ma droite, Lola laisse échapper quelques sanglots. Qui est-elle pour être plus impactée que moi ? Ma sœur ? Alexis et moi sommes les deux seuls enfants de mes parents. Une cousine ? Bien que nous ayons dix-sept ans tous les deux, nous ne sommes unis par aucun lien du sang. La copine d’Alexis ? Peut-être en avait-il une, peut-être pas, en tout cas il me parlait trop peu pour que j’en sois au courant. Qui est donc Lola ? Elle est à ce jour ma seule ex petite amie et réciproquement, depuis je l’ai convertie en ce que certaines personnes de mon âge appelleraient meilleure amie. Cela fait presque un an et demi que nous sommes séparés soit à peu près la même durée que celle de notre relation, pourtant elle et mes parents sont restés proches pour ne pas dire amis. Là où les relations avec les beaux-parents ne sont que respectueuses et impersonnelles, eux trois y ont vu le début de liens se créer puis se nouer au fil du temps. Aujourd’hui, Lola fait autant partie de la famille que mon frère Alexis, d’où sa présence.
Dans une timide tentative ayant pour but de la consoler, je la serre contre moi tout en la prenant par l’épaule droite. Tout en avançant, Lola colle sa tête le long de mes trapèzes. Cette position est rendue possible grâce à la grandeur de Lola, loin de la considérer comme une péniche humaine, elle doit mesurer presque un mètre quatre-vingt, tout comme moi.

- Je sais que c’était ton frère, tente-je pour détendre une atmosphère très tendue, mais il sera bien accueilli là-haut.
Elle renifle de la manière la moins sexy du monde et me réponds à voix basse :
- Chut.

Je décide de chercher du réconfort auprès d’Emile que les gens de mon âge auraient tendance à appeler mon meilleur ami. Pour cela, je dois baisser la tête pour admirer son costume noir et sa petite taille. Ses origines asiatiques sont la première chose que j’aperçois sur son visage plutôt mignon. En guise de soutien, il hausse les épaules comme pour dire « tu l’as cherché ». Lola se redresse, éponge ses larmes avec un mouchoir blanc et laisse traîner sa main le long de mon coude pour me remercier.

 Soudain, le cortège se stoppe. Nous sommes sûrement postés devant la tombe d’Alexis. Je pourrais me mettre sur la pointe des pieds et vérifier, mais l’idée d’apercevoir ce trou à l’intérieur duquel gît mon frère me répugne. Alors pour oublier cette vilaine pensée et me ressaisir, je cherche des dates dans ma tête :
« 1515 Marignan, 1534 Jacques Cartier aborde le Canada »

C’est totalement absurde, je le sais. Depuis petit, j’ai développé un amour inconditionnel pour les évènements historiques sans doute grâce à ma mère qui est professeur d’histoire à la fac. Le tout a donné un mélange étrange ; je suis devenu un moteur de recherche historique. En cours d’histoire, mieux vaut me demander que taper sur Google, ça ira plus vite. Maintenant, dès que je suis bloqué au sein d’une situation embarrassante, je me repasse le cours du temps pour voir plus clair. Va savoir pourquoi.
 
 Bloqué derrière les nombreuses personnes venues au cœur de cette froide matinée savoyarde, je me rapproche des premières lignes, doublant Lola et sa chevelure de feu ainsi qu’Emile et sa coupe en brosse. J’atterris à côté de Viviane, ma grand-mère. En m’apercevant, elle me saisit tendrement le bras et glisse :
- J’imagine que ça doit être difficile pour toi mon Julian.
- Nous n’étions pas vraiment proche tu sais mamy, réponds-je à voix basse.
- Oh oui je suis au courant. De qui était-il proche dans la famille ? Personne. Pourtant, doit-on le lui reprocher ? Les trois quarts des gens présents ce matin sont des amis à lui. J’imagine qu’Alexis était heureux parmi eux.
Deux garçons que je reconnais comme étant les partenaires musicaux d’Alexis sortent du cortège et se postent face à ce dernier.
- J’imagine oui.

L’un d’eux entame un discours poignant, ponctué d’anecdotes en tout genre que je ne connais bien évidemment pas. Certains de ses amis réagissent avec des rires timides lorsque les histoires les concernent. Après de longues minutes, l’orateur fond en larmes et regagne les rangs dans un silence de mort. Le voir autant bouleversé fait monter en moi de la compassion liquide, que je parviens à retenir lorsque mes parents prennent la parole devant tout le monde :

- Alexis, entame ma mère en larmes.

La figure de la mère pleurant devant le corps de son fils aîné déclenche une ouverture des vannes chez beaucoup de personnes, y compris moi. Je baisse le menton et ferme les yeux pour que ça passe, comme si je n’acceptais pas de chialer au milieu de tous ces gens que j’imite, parce qu’au fond mes raisons de le regretter sont bien plus minces que les leurs, eux qui le connaissait vraiment.

« Louis XIV 1638- 1715 »

Une fois l’orage passé, je jette un coup d’œil à ma gauche, là où ce sont réunis ses amis. La plupart ont le regard rivés sur mes parents tandis que d’autres s’éloignent, sans doute pour se recueillir seul. Je m’attarde sur un duo situé à trois quatre mètres de moi : un garçon portant une chemise noire et un catogan s’agenouille et pose ses mains contre les graviers blancs du cimetière. Une fille qui paraît plus jeune que lui avec un sweat à capuche, une jupe et un collant l’imite pour le consoler. Sa longue chevelure très blonde et ondulée illumine la scène. Les pleurs du jeune au catogan retentissent dans toute l’assemblée. Je passerai la fin de mes jours chez le dentiste pour ne pas revoir ce spectacle.

- Tes parents auraient dû lui dire tout ça de son vivant, me glisse mamy une fois le discours terminé. Les choses auraient peut-être évolué.
- Alexis ne les aurait pas écoutés. Jamais ils ne se sont entendus. Je ne pense pas qu’une déclaration d’amour comme celle aurait pu changer les choses.
- En tout cas il est trop tard désormais. Un accident de voiture et me revoilà à nouveau dans un cimetière, lance-t-elle les yeux dans le vide. J’en ai vu passer en plus de soixante-dix ans. A chaque fois en ressortant, je me dis le même truc, aujourd’hui encore plus.
Mamy se tourne vers moi et lève les yeux :
- Julian, tu as dix-sept ans. Tu es beau, tu es jeune, tu es intelligent, tu as toute la vie devant toi. Il arrivera forcément un moment dans ta vie où tu te diras : si je lui avais dit ça, si je lui proposé de faire ça, mon monde serait différent, exactement comme tes parents aujourd’hui, comme nous tous d’ailleurs. Mais il est trop tard. Offre autant d’amour aux vivants qu’à ceux qui viennent de mourir, peut-être que Dieu les laissera plus longtemps à nos côtés.

Elle m’offre un câlin durant lequel j’essuie mes dernières larmes. L’absence de discours nous enrobe de silence. Une fois l’étreinte terminée, je rejoins mes parents partis discuter avec les amis d’Alexis. En chemin, je passe devant la jeune fille blonde accroupie qui réconforte son ami au catogan. Les yeux mouillés et le maquillage ruisselant, elle me lance un regard désemparée auquel je réponds par un sourire non dissimulé, histoire d’exaucer le vœu de mamy.
Le roman n'est pas une confession de l'auteur, mais une exploration de ce qu'est la vie humaine dans le piège qu'est devenu le monde. - Milan Kundera

Hors ligne BAGHOU

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Re : Prologue: Engage le jeu que je le gagne
« Réponse #1 le: 26 Juin 2019 à 10:13:56 »
Bonjour,

"Engage le jeu que je le gagne", le titre en dit beaucoup, sans savoir vraiment où il veut nous emmener. Mais, à la lecture de ce prologue ou premier chapitre, on ne sait pas où on va, c'est frustrant, très frustrant même. Il manque donc un petit quelque chose à se mettre dans la dent creuse pour déclencher un intérêt et une envie d'y revenir pour connaître la suite. ;)
Le style d'écriture n'est pas inintéressant, bien que pas assez dynamique (on a tendance à s'ennuyer au risque de décrocher). Les personnages sont posés, reste à savoir s'ils sont amenés à rester dans l'histoire.
En remettant un peu de "peps" et de souffle dans le texte, en donnant quelques indices sur la suite, le tout pourrait s'avérer prometteur.
Il faut continuer ... 8)
"La critique, art aisé, se doit d'être constructive." Boris Vian dans "Les chroniques du menteur".

 


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