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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Mulaya

Auteur Sujet: Mulaya  (Lu 1174 fois)

Hors ligne Xaba

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Mulaya
« le: 05 Avril 2019 à 17:15:24 »
On dit qu'un jour le vent leva avec lui cette prière :

« Ô Chasseur sévère ! Ne dédaigne pas ma robe, quand bien même celle-ci te déplairait et contrarierait la part la plus aimable de tes mauvais penchants. Je suis une bête parmi les autres, un chien pas moins féroce, une sorte de lycaon qui ne redoute ni la lutte, ni la mort, ni même la plus grande des solitudes, rien, sauf la lune pleine peut être… et son œil blafard.

Il te plaira de dire que tous les monstres que tu as déjà pistés furent plus terribles ; que mon allure défaite, mon poil terne, mon échine basse ne méritent pas que tu t’y intéresses. Je ne serais pour toi qu’une prise de second ordre. En quoi une proie aussi facile, aussi vulnérable, pourrait te satisfaire ? Comment comblerait-elle ta magie prédatrice ? Tu es rompu à des techniques autrement plus complexes en stratégies et en ruses. Tu le prouves, dévoilant parfois, orgueilleux, un palmarès impressionnant de trophées de tout ce que notre Mère la Terre compte d’espèces rares, variées ou habiles. Ton  œil d’habitude noir brille alors d’une couleur sang quand tu évoques et revis, nostalgique, toutes ces exécutions collectionnées sans scrupules...

Maître de la fin et des techniques guerrières, tu fuis pourtant la poudre et condamne le plomb. Tu les exècres et les fustiges. La mise à mort est un rite de passage. On ne doit pas frustrer l’instinct carnaire ni les forces invisibles qui président à la vie et à la mort ; qui rythment hélas aussi les plus cruelles ordalies quand aux ponctions du rabatteur sans expérience s’efface une part abusive de vérité.

L'arme à feu est trop rapide. Elle est expéditive, lâche et facile. Elle ne prolonge ni le geste, ni le bras, ni même le doigt qui actionne sa gâchette. Et la mort reste alors aussi lointaine que l'intention. Sans ménager aucune intimité avec sa victime. Une mort digne doit être, elle, communion. Elle doit se lire aux plus près des yeux du fauve. Elle doit être orchestrée ; ainsi sera t-elle dramatique. Et ce n'est selon toi qu'aux fers, aux crocs ou au tranchant de lames affutées qu’on respecte sa proie, qu’on lui transperce avec fermeté le cœur, puis qu’on lui taille les entrailles. C’est ainsi qu’on la respecte et qu’on l’honore, l'œil dans l’œil , le souffle au creux de son oreille, le sang bouillant et pulsant, chavirant, à sa tempe …

Tu ne le sais pas mais moi je te connais. Tu ne doutes de rien et pourtant… Combien de fois t’ai je entendu marmonner tes incantations jubilatoires tandis que tu brandissais encore remuant un foie ou un cœur, pour y mordre ensuite à belles dents :

Kino kila nkashila bani nkashila bani

Nkashila ba Mulaya kalila mata

Twapenga tulukutukwa na ku nama

Mwe bana ba bene ShiMutobo 1

Et, tranchant tout ce que tu étais en mesure de porter, tu t'éloignais ensuite pour repartir vers ton village, laissant à notre Mère une part de ce tribut, toujours la plus conséquente, puisque tu savais en être à peine un simple et fier dépositaire.

Combien de fois es-tu ainsi passé à portée de ma gueule… et t’ai-je pourtant épargné, songeant que si je devais être un jour capturé ce devrait être par un bourreau aussi digne et droit que toi.

Je suis aujourdhui fatigué. Je me fais vieux. Je sais que ma fin est proche. Je ne veux pourtant pas devenir une seule promesse de festin pour les vautours et les hyènes. Je veux mourir d’une belle mort comme j'ai pu vivre d'une belle vie.

Allons pressons-nous… Ne retiens ni ta lance ni ton ardeur. Et surtout n'hésite pas. Je sens monter en moi ce qui me reste de forces et d’ardeur vitale. Et pourrais être tenté de faire de toi mon dernier banquet »

Les Pères de nos Pères n'ont jamais révélé  si le défi fut accepté. Depuis, l'histoire est restée confiée au vent. Et on dit aussi qu’on la raconte encore dans le Bas Pays à ceux dont le pied peine à toucher les pierres du chemin.

Xaba

(1) A qui laisserai-je cette danse? à qui la laisserai-je?

Je la laisserai à Mulaya le chasseur

Nous souffrons ; faut-il que même les bêtes nous insultent

Vous les enfants d’autrui, le père de Mutobo


Folklore du Katanga – Congo
« Modifié: 06 Avril 2019 à 16:33:13 par Xaba »

Hors ligne Chouc

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Re : Mulaya
« Réponse #1 le: 06 Avril 2019 à 11:40:32 »
Bonjour !

Au fil du texte :

Citer
lui cette prière:
Il manque un espace devant le : . Il faut toujours mettre un espace avant et après chaque signe de ponctuation double (:!,;). Je te le dis pour celui-ci, s'il y en a d'autres dans le texte, ce sera idem  ;)

Citer
sévère!
Genre juste ici ^^

Citer
sans scrupules...
Tu as beaucoup recours aux points de suspension. Je ne suis pas certaine que ce soit toujours justifié.

Citer
l'œil dans l’œil ,
Espace en trop devant la virgule.

Citer
chavirant, à sa tempe …
Espace en trop devant les points de suspension, qui ne me semblent pas très pertinent ici non plus.

Citer
songeant que si je devais être un jour capturé ce devrait être par un bourreau aussi digne et droit que toi.
Je mettrais volontiers une virgule après capturé.

Citer
Ne retiens ni ta lance ni ton ardeur. Et surtout n'hésite pas.
Virgule après lance et virgule après surtout.

Citer
Depuis l'histoire est restée confiée au vent.
Virgule après depuis.

Citer
Et on dit aussi qu’on la raconte
Débuter une phrase par "Et" n'est jamais très heureux, ici ça me semble évitable.



C'était très chouette ! Ce genre de folklore n'est pourtant pas trop ma came à la base, mais je me suis gentiment laissée embarquer  :)
En dehors de quelques boulettes de ponctuation, je ne trouve rien à redire. Les images sont belles et bien rendues. Parfois elles effleurent la lourdeur, sans jamais tomber dedans, donc c'est maîtrisé.

Merci pour le partage, au plaisir !
Tel esprit qui croyait se pendre.

Hors ligne dgpow

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Re : Mulaya
« Réponse #2 le: 06 Avril 2019 à 14:55:48 »
Bonjour Xaba,

J'aime beaucoup ce genre de texte qui s'imprègne d'une réalité bien imagée.

Maintenant, j'aimerais t'offrir les commentaire suivants  :
Citer
Elle ne prolonge ni le geste, ni le bras, ni même le doigt qui actionne sa gâchette

Pour moi le bout "qui actionne sa gâchette" est superflu et diminue l'intensité offerte par la phrase.

Citer
Tu ne doutes de rien

Tu ne "te" doute de rien?

Citer
Tu ne le sais pas mais moi je te connais

ici, j'enlèverais simplement le "moi" pour le remplacer par un ";". Ça augmenterait l'impact d'autant qu'on se doute que "la bête" dont tu parle est déjà le personnage principal.

Citer
...jubilatoires tandis que tu brandissais encore remuant un foie ou un cœur...

Ici, j'aurais soit mis le "encore remuant" en apposition ou bien je l'aurais mis a la fin de la séquence histoire de respecter le rythme du texte.

Sinon, j'ai l'impression qu'une fois que la citation "congolaise" fut inscrite, tu t'es "essoufflé" :)

Le rythme est devenu plus lent et aussi "vieux" que la bête, mais c'est peut-être voulu?

Je remarque que les "..." apparaissent de façon plus sporadiques et pas toujours ajustée dans cette seconde partie du texte.

Sinon je rejoint Chouc lorsqu'elle dit :
Citer
Débuter une phrase par "Et" n'est jamais très heureux, ici ça me semble évitable.
Il y'a beaucoup

d'endroit dans le texte ou les phrases débutent par Et ce qui n'apporte pas nécessairement de "jus" au texte.

Bref, je me suis bien amusé à lire ton texte que je trouve porteur d'une belle histoire, de belles images et d'un vécu singulier.

Hors ligne Xaba

  • Tabellion
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Re : Mulaya
« Réponse #3 le: 06 Avril 2019 à 16:27:17 »
Bonjour !

Au fil du texte :

Citer
lui cette prière:
Il manque un espace devant le : . Il faut toujours mettre un espace avant et après chaque signe de ponctuation double (:!,;). Je te le dis pour celui-ci, s'il y en a d'autres dans le texte, ce sera idem  ;)




Alors là... Vraiment... Je suis très content : le coup des deux signes et la règle associée,  je ne connaissais pas ! (wow... je l'ai déjà intégrée ! ). Je n'ai pas perdu ma journée !   


Citer
Tu ne doutes de rien

Tu ne "te" doute de rien?



Non non je confirme " Tu ne doutes de rien " dans le sens  d'une certitude... et non dans celui d'une possibilité en rajoutant le " te "


merci pour vos interventions

 


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