Un six mai, rue Amélie, 21h51.
Fuir, encore et encore. Loin d'ici, loin de ces gens.
Comment peut on aimer une personne et la haïr l'instant d'après ?
Tu comprends maintenant pourquoi je veux partir ?
Loin d'elle, de ce poison. Elle a déversé son venin sur tout ce que j'avais ici, toute mon adolescence est enterrée, à jamais, je n'ai pas pu la pleurer. Mais tu comprends, elle l'aime, elle a perdu la tête pour lui.
Mais il n'en a rien à faire d'elle. Lui il déteste les femmes depuis qu'elle est partie, cinq putains d'années pour elle et puis rien, noir. Le néant. Il déteste la courbure douce des épaules qui soutiennent ces cous graciles. Il les briserait s'il le pouvait, il broie ma clavicule entre ses doigts en me forçant à faire volte-face, ses mots coulent sans importance, je pense à elle. Cette douleur embrasant mon estomac devient insupportable – si tu as un gamin et que tu t'en occupes comme ça, t'es pas dans la merde – il sourit. Chaque millimètre que gagne son rictus est une explosion de plus à l'intérieur – salope-... [Bip bip bip]
Je fuis, mon esprit est déjà loin, mon corps trop présent. Cigarette, brûlure intérieure. Putain ça fait du bien. Un verre ? Ok, précisons-le, je ne connais même pas ton nom, je m'en fous et je ne finirai jamais la soirée avec toi. Enchantée, moi c'est Maylis.
Les escaliers sont raides, j'ai mal à la tête de trop penser, dégage. Ne me force pas à m'asseoir, je vais te frapper. Non je ne parlerai pas.
Tu es là ? Je m'en fous. Embrasse-moi, vas-y. Ta copine est à côté mais c'est normal, connard. Je ne te les rendrai plus jamais. Tu es comme eux, profiteur.
On finit toujours seul... Angie, reviens. Pardonne-moi. Non. Je ne dois pas me laisser faire. [tchii, huuuu] Goudronne-toi les poumons, bravo. Un verre ? Rien ne changera, ok.
Fuis Maylis, fuis putain. Il en est encore temps. Mais où ? Bordeaux ? Le retrouver l'autre et ses beaux discours ? Tu ne m'aimes pas, tu ne m'as jamais aimée. « Héroïne », comment ai-je pu te laisser m'appeler comme ça ? Grandis, arrête de tomber amoureux de toutes ces petites brunes, tes sentiments sont un mensonge. Tu n'aimes que toi. Toi aussi tu viendras me chercher dans vingt ans ? Je ne serai plus là ni pour l'un ni pour l'autre.
Une bière ? J'en aurais rêvé avant, gamine superficielle attachée à un corps. Sers-moi ça, ma gorge brûle, distendue par l'amertume.
[Vrrrr Vrrrr] Oui je veux vous rejoindre, partir loin d'ici putain.
[Vrrrrr Vrrrrr] Premier sourire, je ne sais pas comment il y arrive. Cela ne durera pas, il en aura assez de cette petite fille perdue, sa perte fera mal, très mal. Comment ai-je pu passer trois ans sans me rendre compte de la personne exceptionnelle en face de moi ? J'aime énormément ce type. Il ne le sait même pas, je ne saurais jamais le lui dire, tant pis. Vivons.
Fuis Maylis, fuis.
La plaie est béante, les larmes se dissolvent dans le grenat de ce sang, épais et visqueux.
Fuyez, tous. Je détruirai.
Voilà, il faut bien commencer un jour, ici un texte quand même très court, je préfère ne donner aucune précision à son propos et vous laisser maître(sse)s de la suite.
May