Le vague à l’âme
Il prend ses sources à marée basse et se fond dans la brume.
Il a la nostalgie d’un âge de cristal où le moindre souffle à son importance.
Il vacille, il chancelle, il est fluctuant, imprécis, il ne découle de rien, il ne se justifie pas, il n’a pas de raison d’être.
Il est frêle, ténu, peu résistant aux émotions fortes, très vite effarouché.
Il s’embue facilement, s’efface devant l’adversité, s’escamote face à l’autorité, se dissout dans l’effort.
Il n’affiche pas de couleur dominante, il est gris, avec quelques nuances de nacre et, en transparence, des touches de bleu très pâle.
Il a la délicatesse d’un duvet d’oisillon, la fragilité d’une aile de papillon de nuit.
Il est au-delà de la tristesse, il n’a pas le goût du malheur mais il est rarement satisfait de son sort et palpite à la moindre inquiétude.
Il aime la mélancolie de l’automne, les embruns de l’été indien, le romantisme échevelé des landes et la nonchalance des dunes sableuses.
Il a l’élégance de ne pas s’imposer et l’impolitesse de ne pas s’annoncer.
On ne sait jamais quand il arrive mais on sait qu’il va, qu’il vient et qu’il repart toujours.
Le vague à l’âme…