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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Nouvelle mexicaine - El llorón

Auteur Sujet: Nouvelle mexicaine - El llorón  (Lu 1693 fois)

Hors ligne Agapanthe

  • Tabellion
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Nouvelle mexicaine - El llorón
« le: 21 Septembre 2018 à 15:41:45 »
Quand Archibald m’annonça qu’il partait pour le Mexique je fondis en larmes. Je lui dis que ma grand-mère était décédée la veille, ce qui était vrai, et que ma tristesse venait de cette perte, ce qui était faux. La nouvelle de son départ me déchira le cœur, mais je ne pouvais pas lui dire. Dès lors, je feins de me réjouir pour lui, à défaut de ne pouvoir me réjouir pour moi.
« Modifié: 07 Octobre 2018 à 00:52:13 par Agapanthe »

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Nouvelle mexicaine - El llorón
« Réponse #1 le: 21 Septembre 2018 à 19:50:41 »
Bonjour Agapanthe,

Je me suis plongé dans ce texte que j'ai trouvé bien écrit, auquel j'ai eu le sentiment que tu portais une certaine implication sans pour autant vraiment y croire.

Disons que c'est l'impression que j'ai pu percevoir à la lecture, comme une inspiration qui est passée par là, que tu as saisie sans la prendre avec engagement ; et par la même occasion, j'ai comme éprouvé le fait que tu y mettais une partie de toi-même, partie que tu cachais sous un certain voile.

Je crois que le mot qui résume cette lecture, c'est : beaucoup de pudeur.

« J’ai envie de partir maintenant. Je n’ai aucune certitude sur la pérennité de mon désir. Si je travaille demain, aurai-je toujours envie de voyager après demain ? Je n’en sais rien. Ce que je sais aujourd’hui c’est que je n’ai pas envie de passer les mois à venir dans un bureau à Miromesnil.
"As-tu seulement pensé à l’avantage que représente ce boulot ? En deux ans tu auras gagné assez d’argent pour en voyager cinq !
– Je n’éprouve que du mépris pour l’argent.
– Parce que tu en as toujours eu !
– Jusqu’à aujourd’hui, oui. Mes parents ne financent pas ce voyage et tu le sais. Je suis allé voir mon conseiller bancaire avant-hier, nous avons signé le contrat de prêt. Tu n’imagines pas comme il est excitant d’être enfin libre !
– Tu viens de t’enchaîner à ton banquier, ce n’est pas ce que j’appelle la liberté. Tu es hypocrite. Tu aurais pu t’engager pour un projet humanitaire, j’aurais eu une once de respect pour ton projet.
– N’est-il pas respectable de vouloir être enfin soi ?
– Rendre malheureux tes parents et tes amis c’est ça que tu appelles l’accomplissement de soi ?
– Arrête de parler de mes parents. Je n’ai jamais rien été d’autre que ce qu’ils voulaient. S’ils ont été assez naïf pour croire que je ne me rendrais pas compte qu’ils n’ont jamais aimé que l’image qu’ils se faisaient de moi je ne peux rien pour eux.
– Pauvre de toi… Comme tu as été mal aimé… Tu es ingrat, Archibald. Tu détestes tes parents quand d’autres n’en n’ont pas.
– Est-ce que savoir que mon voisin n’a pas de parents rend les miens plus supportables ? La douleur des autres n’a jamais atténué la mienne.
– Ta douleur n’est qu’un caprice bourgeois. Comme ce voyage. Tu ne t’émanciperas jamais, il faudrait que tu sois capable de te remettre en question pour ça. Tu reproches à tes parents ce que tu ne supportes pas chez toi-même.
– Avale ton venin et empoisonne-toi. Moi, je passe mon tour ».

En ce qui concerne ce dialogue, je te dis à peu près ce que j'y ai interprété :

Camille ne veut pas voir Archibald partir et cherche donc tous les arguments qu'on saurait inventer pour le faire rester ; ceci agace Archibald, obstiné et borné comme à son habitude.

Je dois avouer que si mon interprétation est bonne, j'ai pas mal douté quand même et je me demande si un travail sur le dialogue ne permettrait pas de le rendre plus lisible. Sinon j'ai trouvé la scène très réaliste, et en même temps hésitante quand on pense au reste du texte.


Quand je m’assis autour de la petite table où étaient disposées des verres de vin blanc Archibald se tourna vers moi :

Ici, je pense que tu as tout intérêt à employer la virgule, un quelque chose comme : Quand je m’assis autour de la petite table, où étaient disposés des verres de vin blanc, Archibald se tourna vers moi


– Bah ! La nature ne nous rappelle rien du tout ! La perception que tu as des choses et tes interprétations toujours plus subjectives à mesure que le temps passe t’empêcheront systématiquement d’approcher l’essence des choses. Je crois au contraire que cette histoire montre que nous ne sommes pas des animaux comme les autres car nous ne pouvons pas assister aux choses simplement. Nous nous évertuons à tout romancer. La nature et ses merveilles ne sont pour nous qu’un prétexte. On l’utilise pour rêver au lieu de rêver avec elle. On ne sait pas la considérer sans qu’une foule d’arrière-pensées égotiques ne s’immisce entre elle et nous.


Ici, tu ne précises pas qui parle. Je devine que tu nous évoques le fait qu'il n'y ait qu'Archibald qui s'exprime ainsi, mais je me demande si ce n'est pas faire un peu de tort à Camille...


Ah ! Une dernière chose... Aimes-tu les voyages ?
« Modifié: 21 Septembre 2018 à 19:52:42 par Alan Tréard »

Hors ligne Agapanthe

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Re : Nouvelle mexicaine - El llorón
« Réponse #2 le: 21 Septembre 2018 à 20:28:54 »
Bonsoir Alan,

Merci infiniment pour ton retour, il me touche beaucoup. C'est la première fois que je mets en forme quelque chose pour le proposer à la lecture. Je crois que tu l'as deviné assez habilement.

Ce que tu dis sur ta lecture me questionne et me donne à réfléchir. Il me semble que le dialogue que tu cites est bâclé et passe à côté de l'essentiel. Tu confirmes mon sentiment par ton commentaire avisé.

Bien sûr que j'aime les voyages, tu en doutais ?! Le manque d'implication que tu suspectes est peut-être lié au fait que le voyage m'intéresse davantage que l'histoire entre Camille et Archibald. Peut-être n'est-elle qu'un prétexte pour écrire quelque chose d'autre. Tu me permets de croire que je n'ai pas été suffisamment sincère avec le "but" (si on peut parler ainsi) de ce texte.

Merci encore !
A.

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Nouvelle mexicaine - El llorón
« Réponse #3 le: 21 Septembre 2018 à 20:51:21 »
Merci infiniment pour ton retour, il me touche beaucoup. C'est la première fois que je mets en forme quelque chose pour le proposer à la lecture. Je crois que tu l'as deviné assez habilement.

Heureux de participer à ce premier pas, Agapanthe, et j'espère que d'autres t'apporteront encore des retours ; c'est toujours agréable de bénéficier d'un regard extérieur, différent, malgré les doutes.

Bien sûr que j'aime les voyages, tu en doutais ?! Le manque d'implication que tu suspectes est peut-être lié au fait que le voyage m'intéresse davantage que l'histoire entre Camille et Archibald. Peut-être n'est-elle qu'un prétexte pour écrire quelque chose d'autre. Tu me permets de croire que je n'ai pas été suffisamment sincère avec le "but" (si on peut parler ainsi) de ce texte.

Ah ! On peut aussi inviter quelqu'un à voyager ; c'est un autre regard encore, et peut-être était-ce l'espoir de Camille après tout ? Partir à deux...
« Modifié: 21 Septembre 2018 à 20:55:16 par Alan Tréard »

Hors ligne Mandemassa

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Re : Nouvelle mexicaine - El llorón
« Réponse #4 le: 24 Septembre 2018 à 00:38:14 »
Bonjour Agapanthe,

J'ai bien aimé ton texte. J'ai eu un petit peu de mal à y croire au début. Mais petit à petit, je suis vraiment rentré dedans et j'ai trouvé certains passages très beaux. J'ai éprouvé de la tendresse pour ta narratrice, à qui je trouvais une certaine naïveté adolescente. Sa recherche d'authenticité dans un ailleurs fantasmé,  puis la désillusion résumée dans cette phrase "Je ne suis qu’un vulgaire touriste.". (ça m'a fait penser à "l'Idiot du voyage" de Jean Didier Urbain qui déconstruit l'opposition voyageur/touriste. Bref, ce n'est pas le sujet). La structure flottante de ton récit m'a aussi beaucoup plu. C'est réussi.

Pour être honnête avec toi, j'ai moins aimé les dialogues, que je trouve un peu trop "littéraires", un petit peu surfait et ne laissant pas assez de place à l'interprétation du lecteur. J'ai eu plus du mal à y croire.

En tout cas merci pour ton partage.

Mandemassa




Hors ligne Agapanthe

  • Tabellion
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Re : Nouvelle mexicaine - El llorón
« Réponse #5 le: 24 Septembre 2018 à 07:55:15 »
Bonjour Mandemassa,

Merci d'avoir pris le temps d'écrire ce commentaire ! Je dis surtout ça parce qu'il est encourageant.

Sur l'opposition voyageur/touriste ce n'est peut-être pas si éloigné du sujet. Il y a dans la démarche initiale d'Archibald quelque chose de très élitiste, son rapport au voyage trahit une certaine vanité. Au moins un orgueil. L'expérience révélera autre chose.

Je sentais bien que les dialogues auraient un goût d'inachevé, d'artificialité, merci de me le confirmer.

A. 

 


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