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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Un dehors sans dedans

Auteur Sujet: Un dehors sans dedans  (Lu 1238 fois)

Hors ligne Ollin

  • Troubadour
  • Messages: 377
Un dehors sans dedans
« le: 14 Juin 2018 à 03:44:47 »
Bonjour à tous. On continue la reconquête de l'écriture avec, je l'espère, un texte qui n'est pas trop hermétique, qui est court mais qui m'a demandé quand même pas mal de temps.  :mrgreen:

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    Il y a un voile, épais et lourd, sur la figure de l'être, une ombre massive, un fantôme accablant qui s'étend sans partage et sans condition ; lancinant, absolu, il s'invétère à l'infinitif mais se formule avec la sévérité de l'impératif ; il n'a ni nom ni forme et pourtant dit et déforme, il n'a ni raison ni sens et pourtant déraisonne et encense. Il n'est rien mais le voilà partout qui déploie l'envergure de l'absurde, qui masque les cendres du monde qu'il a calciné, de fond en comble, pour sanctifier l'immensité des semblances, pour célébrer les hurlements de surfaces qui demeurent insipides. Il n'est rien, il n'y a pas d'intériorité à ce dehors infaillible, pas de chair à ce lisse épiderme – il n'y a que des silhouettes infinies.

   Ce n'est qu'un monstre qui n'a d'amour que pour l'énorme, qui n'a pour profondeur que la pléthore, qui s'étend, qui remue son corps mais n'effleure plus le sol qu'il a désormais rongé ; il est en exil, perché sur sa solitude, comme il a troqué la musique pour l'éternité et chassé toute substance pour cette unique tonalité. C'est une imperfection qui ne sera jamais comblée, un miroir qui a gardé l'empreinte de ce qui a disparu, qui retient l'illusion et l'allure sans qu'existe encore avec le contenant le moindre contenu. Seules ses absences, ses manques et ses vides ont une matérialité. Il n'y a en lui que des écarts et ses interstices n'ont d'affinité qu'avec l'abîme et l'ineffable : les mots peuvent nous mystifier, pourtant face à la mythologie des façades, tout dire se tait et se retire en silence.

   Ce monstre est le nôtre, partout et fuyant, démesuré et impalpable, là, invisible, tant au bout des lèvres qu'il s'échappe au-delà, d'une palette qui repousse toujours les couleurs, d'une musique qui n'est finalement toujours qu'un bruit, qu'un unique bruit solitaire, vrombissant et indistinct. Car il n'y a d'être que pour des apparences fatiguées, et si ce monde ne se laisse jamais saisir, c'est qu'il respire d'un souffle infini.
« Modifié: 14 Juin 2018 à 03:50:58 par Ollin »
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Hors ligne Eva Dam

  • Tabellion
  • Messages: 55
Re : Un dehors sans dedans
« Réponse #1 le: 15 Juin 2018 à 13:51:25 »
Enigmatique, profond et luxuriant.
Il y a un voile, fait de plis...
Le langage y est un remous signifiant, autant qu'un signifié exilé... toujours plus loin, jusqu'à ce lieu où la proximité côtoie l'au-delà du signe...

Hors ligne Chapart

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 639
Re : Un dehors sans dedans
« Réponse #2 le: 17 Juin 2018 à 15:15:02 »
Salut salut,

Bon, j'ai relu plusieurs fois ton texte en essayant de trouver les bons mots pour formuler l'impression qu'il m'a laissée.

En fait, en lisant un texte comme ça, ma première envie c'est d'oublier le fond et de juste me focaliser sur la musique des mots. Car je trouve qu'il ya un rythme, il y a une recherche dans le vocabulaire, et les phrases que tu écris me sont agréables 'à entendre'.
 
Par contre, j'ai quand même essayé de voir ce qui ressortait du fond, et là j'avoue que j'ai buté ; j'ai l'impression d'un texte très abstrait (... et en règle générale, je raffole de ce qui est abstrait), pourtant j'ai trouvé des associations de mots et d'idées trop imprécises pour que ça m'évoque quelque chose, pour que ça suscite une réflexion, etc. J'aime bien les textes qui se veulent ouverts, qui nous laissent diverses perspectives, qui suscitent des questions plus qu'ils ne donnent des réponses, mais là j'ai l'impression de n'être même pas à ce stade-là, j'ai l'impression de quelque chose de trop flou pour que ça suscite une curiosité chez moi. Soit ça peut être un choix de ta part, soit c'est moi qui suis passé carrément à côté de quelque chose (par exemple ce "monstre" dont tu parles, quel est-il au final ? est-ce nous-mêmes, est-ce une face de nous-mêmes, est-ce encore autre chose ? les possibilités me paraissent tellement variées, sans que j'arrive à trancher, que du coup, ben je me sens plus dérouté qu'autre chose. Encore une fois, il se peut parfaitement que je sois passé complètement à côté d'une subtilité que d'autres lecteurs détecteront).

Quelques remarques plus détaillées

il s'invétère à l'infinitif mais se formule avec la sévérité de l'impératif

là typiquement, je trouve l'association de mots très belle, mais je comprends pas très bien ce que tu veux dire

pour célébrer les hurlements de surfaces qui demeurent insipides.

ici typiquement, "surfaces" pour moi c'est beaucoup trop vague, du coup je me dis soit l'objet du texte est quelque chose que je suis censé deviner et j'ai pas trouvé, soit... ben ça peut être tellement de choses une surface, que du coup je visualise pas. (en fait je crois qu'il y a de ça, j'ai une peine à 'visualiser' des choses à partir de ce texte, après ce n'est pas nécessairement l'objectif d'un texte de le faire, c'est juste que je fonctionne comme ça, et du coup là ça me fait buter).

il n'y a que des silhouettes infinies.

le mot 'infini' revient tout à la fin du texte et je crois qu'aux deux endroits je ferais la même remarque: l'association de mots m'a paru étrange. Des silhouettes infinies, dans quel sens ? en nombre infini, ou d'apparence (surface ?) infinie ?

   Ce n'est qu'un monstre qui n'a d'amour que pour l'énorme, qui n'a pour profondeur que la pléthore, qui s'étend, qui remue son corps mais n'effleure plus le sol qu'il a désormais rongé

un peu beaucoup de 'que' et de 'qui'

à la mythologie des façades, tout dire se tait et se retire en silence.

idem ici, "mythologie des façades" c'est très intéressant comme association et ça sonne bien, mais ça ne m'évoque rien et je ne comprends pas bien ce que ça veut dire. 

Voilà, désolé si je n'ai pas plus accroché

Merci pour le partage  :)
Chapart

 


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