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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateur: Claudius) » Fluxus

Auteur Sujet: Fluxus  (Lu 1267 fois)

Hors ligne Aléa

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Fluxus
« le: 02 Juin 2018 à 01:08:40 »
Tentative étrange, test de complémentarité, 235 426èm réecriture sur ce poème, j'en deviens aveugle du coup vous voilà, help '-'






J'ai le cœur lourd
Cœur : chair et air
Eau et sang

Tout le liquide
Où baigne le squelette
Y passe
Au cœur
Du confluent de tous les membres
Il arrive rampant bas
Dans les veines
Bleues. Petit doigt bouge
Poils frémissent,
Car tout le corps tassé
Chemine
En flots
Qui pourtant repartent sur un seul ordre
Et le cœur dégouline de rivières
Cascades
Jusqu'aux digues de chair
Océans-sang ; reflux

Il est lourd, ce cœur, car il bat vite
Il bat toujours plus vite
Hémoglobine qui se multiplie
Encore plus vite
Encore plus présent
Toujours plus
Partout
Plus présent car
Partout plus vite
Des synapses suicidaires
Copulent, fourmillent
Puis se mangent entre-elles
Se sirotent
Dialyse vampirique
Le sang rend gorge
S'il se canalise
– Émulsion –
Il s'étend :
Flaques, vagues, plafond

Quand il bat
Il se frappe
Et ces sont qui résonnent
Trop vite tapageurs, trop alertes
La peur
Alors
Mouvant
Il s'engorge, il s'enfonce
Dans le sang, il pèse lourd dans le temps
Sur les plages de chairs il s'époumone
Gorgé qu'il est,
Tout ce sang va trop vite
Il veut tout reprendre
Tout ce sang va trop loin
Il ne veut rien laisser
Il ne veut plus laisser la douleur
Partir vers ailleurs
Il veut la garder pour lui
Tout garder
Imploser
Exploser

Oublier ses membres
Plus qu'un cœur lourd qui bat trop vite.


***



Mon cœur est si lourd
D'eau et de chair, d'air et de sang
De larmes.

Le liquide de ma coquille vide – ce corps squelette mort-vivant effarouché, présence extraterrestre à mes mains solitaires – tout ce liquide, tout entier, passe en mon cœur. Rameuté depuis tous mes membres, il arrive, rampant sirupeux dans des veines bleuies. Bouge, petit doigt ! Frémissez, poils, car en-dessous glisse vers ce cœur tout mon corps tassé en flots. Jusqu'à l'éruption lacrymale. Dégoulinent fluides en cascades, en rivières, jusqu'aux océans de sang ; le reflux de larmes.

Coule coule coule ; gorge nouée.
Océan génocide du cycle de chaque instant : des globules télépathes s'accumulent, s'entassent et, trop nombreux, se cannibalisent.
Tousse. Quand je regarde les fleurs, elles ne se mouchettent pourtant pas de rouge – tousse je te dis.
Les fleurs de cristal tachetées. Renifle ces larmes, tu coules.

Hémophile, le sang se hait. Il s'apeure, car quand il bat c'est qu'il se frappe. Ces bruits qui se réverbèrent le long des os : la peur qui se donne écho. Sur les côtes plages chairs, trop lourd, trop mouvant, il s'enfonce. Inexorable pressé. Trop. Il s'époumone mais rien ne l'entend. Rien ne doit plus l'entendre, il veut tout reprendre. Tout garder ; la douleur trop forte que l'ailleurs ne doit pas connaître. Qui s'en échappe pourtant ; la retenir quand elle dégouline. Tout pour lui, tout, tout, tout. Ne pas la diluer. Épargner aux autres membres ces coups. Ne plus la fuir. Adieu, poison insidieux : te sentir enfin exploser, imploser.

Oublier ses membres
Plus de vent dans le cou
Plus de main sur la cuisse
Plus de sol sous les pieds
Plus de larmes sur les joues
Plus qu'un cœur lourd qui bat trop vite.
« Modifié: 02 Juin 2018 à 13:28:48 par Ben.G »
Le style c'est comme le dribble. Quand je regarde Léo Messi, j'apprends à écrire.
- Alain Damasio

Hors ligne Nacas

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Re : Fluxus
« Réponse #1 le: 02 Juin 2018 à 02:17:39 »
Moi, je l'aime, ce poème...

Citer
– ce corps squelette mort, vivant, effarouché,
Citer
Ces bruits qui se réverbèrent le long des os : la peur qui se donne écho.
Citer
Ne pas la diluer. |...| Ne pas la fuir.
Citer
Adieu, poison insidieux. Te sentir enfin exploser, imploser.


Je l'aime, je l'aime beaucoup.


Oublier ses membres
Pour plus qu'un coeur qui va trop vite...
Nacas
Les restaurants sont à tous les étages au sommet de la pyramide sociale.

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Re : Fluxus
« Réponse #2 le: 02 Juin 2018 à 13:30:21 »
Eh ben, ca c'est un commentaire qu'il est gentil Nacas !

J'ai fait deux de tes corrections ;)



Content que ca te plaise, j'avoue que je commençais à douter à force de ne plus voir.

Merci pour ton passage !  ;)
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- Alain Damasio

Hors ligne HELLIAN

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Re : Fluxus
« Réponse #3 le: 03 Juin 2018 à 11:15:45 »
Ce poème vous saute à la gorge comme un chat sauvage, mais en deux bon dont le premier semble l'amorce du second. Je m'explique : la partie envers ne me parer plus nécessaire des que l'on aborde la partie en prose (ou mi vers mi pose). En effet, nous avons là deux approches dont la forme différente ne parvient pas à faire oublier certaines redondances. Je pense qu'il appartiendrait à l’auteur de ne nous livrer qu'une seule de ses versions, pour éviter d'affaiblir le propos, un propos pourtant particulièrement puissant. En effet, cette intrusion dans le microcosme organique donne au lecteur l'impression qu'il participe à l'exploration d'un continent, sorte d'aventure terrifiante où il affronte l'origine du monde dans ses convulsions et ses souffrances. Il est particulièrement prenant de voir émerger dans les rythmes et les images, la lame de fond de la douleur. C'est cet aspect qui s'avère remarquablement bien traduit dans la seconde partie et qui devrait pouvoir s'exonérer de la dilution dont il risque de souffrir ici. Souvent l'écriture est le fruit d'un sacrifice…



PS merci de bien vouloir pardonner les éventuelles erreurs orthographiques. Ce texte est issu d'une reconnaissance vocale et ma très mauvaise vue m'empêche de le corriger
cent fois sur le métier...

Hors ligne Fried

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Re : Fluxus
« Réponse #4 le: 03 Juin 2018 à 15:49:01 »
Hello Ben, J'aime bien cette biologie du coeur lourd, par certains cotés cela me rappel les éoliennes de Gage qui tournent à vide, donc et bien que l'ingénérie de cet organe soit superbe, il y a de la pudeur pour une certaine tristesse sous-jacente.
c'est fluide et agréable à lire.

Hors ligne Aléa

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Re : Fluxus
« Réponse #5 le: 03 Juin 2018 à 22:33:50 »
Salut Hellian

Toujours un plaisir de te voir passer par ici !
Cela dit tu m'en vois désolé, j'ai donc raté l'effet que je voulais produire ! En effet je me rends compte que trop d'éléments de la première partie sont repris dans la seconde, là où en fait ils ont tout de même chacun de l'inédit, une répétition toute en variation, bref ca n'a pas fonctionné, peut être que je gagnerai à la réecrire complètement, encore plus glaciale pour contraster avec la seconde partie sans l'affaiblir, puisque le but est de mettre en valeur le retour des sentiments à travers ce faux copié collé, flux, reflux


Bref, je tiens à réussir cet effet, je finirai bien par y arriver. Sinon sacrifier... Il faut savoir se détacher, oui.
Content que ça t'ai plus malgré tout, je vais réfléchir encore à ce que je vais faire



@Fried
Salut
Haha, sympa la référence à Gage :) Merci pour le compliment et ta lecture :)


A la prochaine tous les deux !
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- Alain Damasio

Hors ligne HELLIAN

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Re : Fluxus
« Réponse #6 le: 03 Juin 2018 à 23:43:58 »
Oui, je perçois bien l'articulation du propos. En premier lieu, il me faut te confier que mon système de lecture ne favorise guère l'approche émotionnelle que ton poème requiert. En effet, je suis contraint de lire avec un système de reconnaissance qui n'a pas forcément les intonations d'un pensionnaire de la Comédie-Française. Il en est de même pour ma propre écriture puisque je procède par reconnaissance vocale, puis par lecture artificielle. C'est à la fois un inconvénient et un avantage pour sa propre écriture car il y a tellement de sécheresse dans cette lecture que lorsque je la trouve supportable, mon texte me paraît bon. Il se produit un peu les mêmes effets pour les textes que je découvre sur ce site. Il en est en effet de nombreux qui ne résistent pas à la lecture de mon système. Cela étend dit, je persiste et signe, la seconde partie à franchi l'épreuve haut la main… pourtant, la première aussi… à vrai dire, ton texte me paraît, dans l'intention, assez proche du poème « les djinns » de Victor Hugo où l'on a,donc une première partie consacrée à la montée en puissance de l'intensité, laquelle va baisser jusqu'au silence dans la seconde partie (flux/reflux). Cela étend, Hugo reste toujours versifiant sur le même mode. Je suis, quant à moi, toujours très attentif à la cohérence formelle de
 mon texte. Peut-être manqué-je d'audace, mais ce qui est certain, c'est que je me suis toujours cassé la gueule lorsque j'ai voulu faire dans la distorsion. Bon, il n'en reste pas moins que tu n'es pas éloigné du but recherché. Ça marche sacrément quand même. Peut-être, oui, faut-il que tu travailles sur le registre des redondances simplement que tu les estompes…

Cordialement
cent fois sur le métier...

 


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