Le permi d'enfanter.
Kimberley,
De longues boucles rousses qui tombent en cascade sur une chute de rein tatouée. Kim trimballe sa silhouette nonchalante entre les murs de son appartement. Comme le soleil filtre à travers les rideaux pour éclairer ce tableau dans la douceur du matin, JMI se dit qu'il a réussi sa vie.
Une tasse de café à proximité, son ordinateur sur les genoux, de son balcon il regarde sa compagne choisir une robe légère et l'enfiler. Elle aime jouer à l'ignorer et il se ravit de la voir interpréter pour lui la diva magnifique.
- C'est prêt demande-t-elle en prenant place en face de lui.
La brise que la mer rapporte jusqu'à leur terrasse, la surprend de fraicheur. La fraicheur n'est pas le froid, le froid elle l'a connu dans les bas fond de son enfance. Et c'est dans l'appartement luxueux de JMI qu'elle combat la misère aujourd'hui. Elle n'aura plus jamais froid, elle voudrait qu'aucun enfant n'ait plus jamais froid.
- Il est prêt ton texte, redemande t-elle.
Elle est vive, impatiente, parfois sanguine, il traine à répondre, réfléchit, modère ses propos et l'âge ne joue pas pour lui.
- Tiens, lis le, dit-il en tournant vers elle l'écran de l'ordinateur.
- Oh, non ! Lis pour moi, j'ai à peine dormi cette nuit, je veux regarder la mer. Dans une heure je dois rejoindre mon équipe pour retravailler ma présentation du texte de loi prévue mercredi. Lis moi ton texte que je sache un peu ce qu'en dit la presse.
Kimberley rit, et quand elle rit, sa voix tombe en cascade comme ses cheveux. Ses doigts vernis enlacent une tasse de chocolat chaud, son regard se perd très loin sur la mer. Elle écoute. Elle écoute toujours attentivement, c'est comme ça qu'elle a appris. Quand on l'a retirée de sa famille, elle avait treize ans. Elle est entrée en foyer pour enfant placé comme on sort la tête de l'eau. Elle avait un bureau, des feuilles que personne ne jetait à travers la pièce, des stylo qui écrivaient bien, et chaque matin, elle pouvait de nouveau partir à l'école. Elle a écouté et elle a appris. Certains enfants étaient durs, elle l'était plus qu'eux, certains faisaient peur, elle les effrayait encore plus, certains savaient mentir, elle le faisait toujours mieux. Petite elle avait du être forte, plus grande, elle a appris à devenir instruite. Aujourd'hui elle est députée.
JMI est journaliste, ou bien il l'a été. Il est parton de presse, parce que c'est ici que le pouvoir se joue. Est ce qu'il aime l'argent ? Est ce qu'il aime se pavaner et se faire flatter ? Rien de tout cela. Ce qu'il aime, il le partage avec Kim. Il l'a aimée en un instant, quand il a vu dans ses yeux qu'elle brûlait du même feu. Ils ont le même combat, ils éradiqueront un jour la misère. Et ce combat se gagnera avec le PE.
- Alors tu me le lis ton édito sur le Permis d 'Enfanter!
- Je n'en ai fait qu'une relecture. Tu connais Julien, je lui dis oui ou je lui dis merde. Il ne retravaille jamais un texte à ma demande.
- Julien est un con, tu devrais écrire tes édito toi-même, ils seraient bien meilleurs.
- Julien est un homme brillant avec un caractère de merde. Je suis content de l'avoir, c'est important de lui laisser sa liberté d'écriture.
- Tu ne crois pas toi même à ce que tu dis, tu as déjà viré trois éditorialistes !
- Ils étaient mauvais, ils ne pensaient pas comme moi.
C'est JMI qui rit et tout de suite, le rendu est bien différent. Il incarne malgré lui la classe dominante, la satisfaction, l'homme blanc vieillissant, ce fameux pouvoir. C'est pourtant lui qui a accompagné Kim marche après marche, qui lui a donné la clef des portes trop dures à enfoncer.
Kim l'aime, aime le voir rire, aime le voir se battre, elle admire son aplomb, sa patience, sa tendresse aussi quand il est avec elle. Il fallait bien être le jour et la nuit pour mener un combat qui prendra des décennies et qui usera toutes leur forces.
Alors demande Kim, tu le lis ce texte ? Ou bien je devrais utiliser mes armes pour l'obtenir...
Edito :
Le permis d'enfanter est-il une forme d'Eugénisme ?
à suivre...
