Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Départ initial du commencement de mon début (part 1-6)

Auteur Sujet: Départ initial du commencement de mon début (part 1-6)  (Lu 1722 fois)

Hors ligne sonadoré

  • Troubadour
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Départ initial du commencement de mon début (part 1-6)
« le: 31 Janvier 2018 à 14:54:48 »
Comme dit explicitement, c'est mon début. De quoi ? Je ne sais pas encore, mais avant de construire une maison, il faut s'assurer que les fondations sont solides. Il est possible que vous reconnaissiez certains extraits (déjà publiés sur ce forum - par moi bien sûr, j'ai les droits dessus) ;D



   Part 0


   Ce soir est un moment suspendu. Le temps s'écoule lentement, les gestes sont précis et tous les mots comptent. Julien tire sur son joint en regardant les lumières de la piscine changer de couleur. Il a posé une enceinte à côté de lui qui crache l'un après l'autre les morceaux de sa playlist sensuality. Il ne bande pas. En se concentrant, il parvient tout juste à avoir la chaire de poule. Sarah lit un bouquin de Borhinger. Elle le lit avec sa voix à lui, grave et apaisante. Elle l'écoute lui promettre qu'une ville est plus belle la nuit. La musique de Julien ne semble pas l'atteindre. Thomas a les pieds dans l'eau. Il manipule avec habileté un paquet de cartes au dessus de l'eau. Evidement, les cartes frôlent la surface de l'eau sans jamais la toucher. Son monde s'est écroulé aujourd'hui, il veut se prouver qu'il maîtrise encore quelque chose.
   Elea est sous la douche. J'imagine avec délice l'eau couler le long de son corps bronzé. Moi je suis sur un tranzat, un papier et un crayon dans la main. Je méprise silencieusement la musique de Julien en essayant de compatir à la douleur de Thomas. Je voudrais que Sarah soit amoureuse de moi mais ma voix n'a pas la teneur de Borhinger. Dans les poèmes que je fais semblant d'écrire, j'évoque la candeur de Thomas et les insuffisances de sa belle gueule, la mélancolie maladive et exaspérante qui habite Julien depuis son plus jeune âge, les courbes et les mots d'Elea, l'aura de Sarah. De moi, je ne dis presque rien. Je n'entends rien que leurs noms que je dois réécrire sans cesse. Julien, Sarah, Thomas, Elea. Il y a des résonances estivales. Comme un creux aussi, que je ne sais pas expliquer. C'est comme si la lune promettait de nous brûler.
   Les vacances commencent ce soir. Le thermomètre est affolé. Au fond de moi, je sens comme des vibrations. Quand j'étais petit, ma mère appelait ça des papillons d'amour. En grandissant, j'ai les ai rebaptisées échos d'angoisse. Ce soir, je voudrais tirer sur le joint de Julien pour en expirer la fumée dans le creux des seins d'Elea. Jeter les cartes de Thomas à l'eau et me battre avec lui dans la piscine. Ecrire des romans pour que Sarah m'écoute enfin.




Part 1

   Petit, j'aimais le rythme du calendrier. Au matin, la radio annonçait les mêmes choses que les années précédentes. Il s'agissait de trouver la fève en janvier, de s'aimer en février, jusqu'au point d'orgue : Noël. Au sein de ce rythme quasi unanimement respecté, j'entendais parler des examens de fin juin. Les journalistes s'inquiétaient des sujets qui tomberaient, ma mère de la réussite de mes grands frères et sœurs tandis que j'écoutais avec gourmandise les réactions dépitées des candidats à la sortie des épreuves. Les années sont passées et le sujet du baccalauréat s'est peu à peu invité à mes oreilles par d'autres bouches. Il y a eu les évocations discrètes à mon entrée au lycée, l'échauffement à la fin de ma première, puis le mot est devenu capital lors de la terminale. Certains, dont j'ai parfois honteusement fait partie, feignaient l'inquiétude de ne pas l'obtenir. On pensait se normaliser, être plus proches des autres, de cette masse hétérogène où se mélangeaient les élèves moyens et ceux, plus rares, promis à l'échec. L'illusion ne tenait pas et chaque soupçon d'inquiétude que j'échappais maladroitement se faisait rattraper par des remarques acerbes me rappelant que mes notes au bac de français avaient frôlé le vingt. En quelque sorte, j'étais persona non grata parmi les anxieux.
   La semaine de bac s'ouvre toujours pour les filières générales par l'épreuve de philosophie. Autour de moi, les uns se demandaient si une œuvre d'art se devait nécessairement d'être belle, d'autre tentaient de savoir si la raison pouvait rendre raison de tout. Au milieu des étudiants abonnés à la dissertation par conviction de pouvoir y raconter leur vie, je m'attelais tant bien que mal à décortiquer un texte de Hobbes pour combler mes lacunes. Mon année de philosophie s'était déroulée de façon binaire, je découvrais d'abord un texte avec curiosité et réel intérêt puis, au fil des explications déroulées par le professeur, je me détachais progressivement de l'écoute pour gribouiller ou m'échapper loin de là dans le flot de mes pensées.  Poétiquement, je tentais de justifier mon comportement en affirmant que je ne voulais pas laisser le savoir académique altérer mon ressenti. En réalité, j'ai toujours souffert de défauts de concentration.
   A ma sortie précoce de l'épreuve, alors que j'espérais secrètement tomber sur un journaliste curieux de connaître mon avis de lycéen traumatisé, j'ai aperçu Julien au loin qui balançait anarchiquement ses bras pour me faire signe de le rejoindre. C'était sa façon de faire. Lorsqu'un sentiment l'envahissait, il perdait la maîtrise de son corps. A peine avais-je ouvert la bouche pour lui demander des nouvelles de sa dissert de philo qu'il me hurla dessus en postillonnant : « La maison ! On l'a les deux mois, ma grand-mère se barre en croisière. Deux putains de mois à profiter du soleil provençal, si ça c'est pas une bonne nouvelle, mon pote ! ». Me retenant de lui préciser que sa mère avait accepté de nous laisser y aller à la condition qu'il obtienne son bac, ce dont je doutais quelque peu au vu de sa réaction post-philo, je me suis jeté dans ses bras avec un sourire sincère. Les vacances s'annonçaient bien et en plus, elles respectaient à merveille le calendrier médiatique : du 1er juillet au 31 août.


   Part 2

   Je suis réveillé par la claque d'une promesse un peu naïve. Le réveil finit d'assommer mon corps encore alcoolisé. Le soleil est déjà bien installé et je dois me rappeler qu'il y a quelques semaines, au détour d'une conversation légère sur les prochaines vacances, j'avais annoncé fier de moi que je courrais chaque matin pour retrouver ma forme physique d'autrefois. Les baskets sont posées au pied du lit, à côté d'elles le short et le maillot de foot attendent de regoûter à ma sueur. Je voudrais croire que je n'ai pas encore assez grossi. Un effort et douze plaintes plus tard, je suis trempé, suffoquant, parcourant les côtes alentour déjà baignées d'une chaleur insupportable. J'ai tenu dix-huit minutes. Les autres dorment encore. Il est trop tôt pour rentrer. Je veux qu'ils me voient revenir transpirant, qu'ils se foutent de ma gueule, qu'Elea dise que je pue. Alors je pourrai prendre la plus apaisante des douches.
   J'écoute le silence me réciter mes vers préférés. L'albatros survole la région. Kipling donne les consignes à son fils. J'attends bêtement d'avoir quelque chose à dire. Quelque chose d'autre que les banalités d'une vie. De la mienne. Je repense à l'année écoulée. Elle est scolaire, j'ai grandi au rythme des années scolaires. Pour moi, les fêtes de fin d'année intervenaient en juin, à la remise des bulletins. Je me gavais de compliments, ce que a bien meilleur goût que le foi gras.
   Au loin, j'aperçois Sarah qui s'installe sur la terrasse. Elle porte déjà son maillot de bain et tandis que sa main gauche porte à sa bouche ses céréales favorites, sa main droite offre à ses yeux la suite des lettres de Borhinger.
   Je retourne à la villa en courant. Sarah me voit revenir en sueur et me félicite de quelques applaudissements. Je feins l'essouflement en lui disant que ça fait du bien. D'un sourire, elle m'invite à m'asseoir à côté d'elle. Pour engager la conversation, je lui demande de quoi parle son bouquin. Elle hausse les épaules doucement. « Pas grand chose. C'est une balade en prose. Ca ressemble un peu à ce que tu écrivais avant ». Elle marque un silence appuyé tandis que mon cœur s'emballe. « Pourquoi tu n'écris plus ? ». J'attends ce moment depuis longtemps. Je lui demande de m'attendre quelques instants. Je pars fouiller ma valise à la recherche d'une enveloppe nommée Maya. Je la trouve et lui tends. « Lis ça, je lui dis, lis ça et tu me diras si j'écris encore ».

   Je suis tombé hier soir sur un joli morceau de piano dont j'ai instantanément reconnu la mélodie, c'était une une des musiques que tu aimais autrefois à écouter le soir avant de t'endormir. Je me souviens que tu gardais la main posée sur le bouton du volume de façon à accompagner le pianiste vers le silence en même temps que ton esprit vers le sommeil. Le vacarme du début laissait peu à peu la place à une tonalité berçante jusqu'à ce que je ne perçoive plus la moindre note malgré mon oreille collée au bois de ta porte. Ta respiration prenait alors le chemin inverse et s'intensifiait à mesure de ta chute dans les abysses du sommeil. C'était un beau rituel qui s'inscrivait dans les effluves poétiques que ta vie dégageait parfois, qu'il s'agisse des angoisses de Baudelaire ou de l'amour de Ronsart, tes habitudes et tes paroles offraient de temps à autre un spectacle merveilleux auquel j'ai longtemps pris plaisir à assister. Pour m'imprégner un peu mieux de ces souvenirs, j'ai moi-même posé ma main sur le gros bouton du volume et j'ai décliné peu à peu le niveau sonore. Le silence qui s'en est suivi portait ton odeur, Maya.

   Je me suis toujours demandé si tu avais conscience de l'intensité du mystère qui t'entourait, de sa beauté aussi. Tu étais ma sœur, une âme familière que j'avais l'habitude de côtoyer, un doux refuge où je pouvais me confier et fuir cette réalité que tu détestais encore plus que moi ; mais tu étais aussi insaisissable, phobique de certaines convenances, profondément dégoûtée par l'hypocrisie sociétale et en même temps terriblement effrayée par la sincérité des marginaux, tu ne savais pas vraiment te placer sur l’échiquier de la vie, et nous non plus. La seule fois où je me suis battu, tu as pris soin de moi, bien plus que ne le nécessitait la blessure, sans jamais commettre l'imprudence de poser la moindre question. Aujourd'hui, je voudrais te dire que celui avec qui je m'étais battu était un de ces hommes que tu admires, les allégories de la bonne conscience, engagés humanitaires et modestes en toute circonstance. La jalousie incontrôlée, l'effet de l'alcool aussi peut-être. Je l'avais violemment frappé au visage mais éviter de blesser mon propre corps. Il avait riposté de façon proportionnée, il savait se contrôler. Je n'avais pas mal, Maya, c'était des larmes de honte.

   Il m'a fallu un an et le courage procuré par le piano pour oser t'écrire enfin. Le jour de ton enterrement, entouré de toutes ces personnes qui pleuraient abondamment, soit par véritable tristesse soit à cause du transfert d'émotion, j'ai observé papa face à ta tombe en train de lire ce qu'il t'avait écrit, puis mamie, puis le cousin Raf qui avait sans doute trouvé là une façon de se faire remarquer. J'ai senti les regards insistants portés sur moi, certains avaient eu les échos de mon talent d'écrivain, celui que tu aimais toi-même vanter malgré mes réticences à l'assumer. Ils attendaient patiemment que je déplie la feuille qui dépassait de la poche de ma veste et que j'entame ma lecture, aucun ne se doutait que le papier était entièrement vierge. Plus tard, les larmes ont brouillé leurs yeux et le poids s'est fait moins lourd, ou plus exactement, il s'est enfermé à l'intérieur de mon cœur. T'écrire aujourd'hui m'en libère un peu Maya, comme autrefois les moments passés avec toi. Pendant un an donc, j'ai déposé presque au hasard quelques mots sur des bouts de papier. Mes textes n'excédaient jamais deux ou trois phrases et pourtant ils étaient livides, maladroits, déformés, nauséabonds ; si loin de ce que je voulais en faire, si loin de ce que tu aurais mérité.

   Je me suis promis d'apprendre à jouer ce morceau de piano, bien que je ne sois pas un grand musicien. J'espère qu'ainsi, du bout de mes doigts, je pourrais faire renaître tes saveurs favorites et qu'à la manière d'une pierre philosophale, la mélodie te fera apparaître face à moi, que tes yeux rieurs ne laisseront aucune marge d'erreur à la technique chorégraphique de mes doigts. Quand l'intensité du manque sera trop grand, j'irai n'importe où se trouve un piano, dans un bar abandonné ou dans un hall de gare, je poserai mes doigts sur ses touches même si la crasse de mes prédécesseurs y est incrustée, et j'entamerai ma lettre d'amour que j'aurais apprise par cœur, logée au fond de moi. Pour être avec toi Maya, je veux bien devenir un artiste.

   En fait, la mort m'effraie. Une amie m'a dit que la beauté résidait dans les symboles. Selon elle, je devrais être ému par le tatouage que maman a posé sur son bras, tu y es représentée comme un ange que ses ailes ramènent vers le ciel, tu es entourée d'étoiles et des lettres de ton prénom. Je devrais déposer régulièrement des fleurs sur le marbre de ta tombe, embrasser la plaque qui porte ton nom, lâcher quelques larmes et repartir le cœur lourd. On me demande une tristesse démonstrative. Pour tenter d'y répondre, je suis venu au cimetière l'autre jour avec quelques photos que tu avais accrochées au dessus de ton lit. Je te les ai montré Maya, mais même la phrase semble idiote, disons que je les ai tournées vers ta plaque.  Finalement, moi c'est sur l'échiquier du deuil que je ne sais pas me placer. Je suis resté sur chaque case sans qu'une seule ne me retienne. Aujourd'hui, te lire cette lettre ne m'apparaît pourtant pas comme une tentative désespérée et pour te le prouver Maya, je vais déposer le papier sur ta tombe pour que le vent l'emporte, et je vais danser, avec dynamisme et pudeur, en faisant résonner dans le creux de mon esprit les notes musicales qui m'ont rappelées à toi. Secrètement, j'espère former autour de moi un arc poétique.



Part 3

   « Tu écris, Théo. Je dirais même plus, tu t'écris. » Sarah repose la lettre avec émotion. Elle me regarde avec insistance, ses yeux portent l'espoir que je parle à sa place. Les miens tentent de lui répondre que je ne sais plus parler, que j'écris pour compenser.
   Après les drames, tout devient silencieux. Ce n'est que par la suite qu'on se décide à crier. Maman m'a reproché d'avoir continuer de me taire. Elle me disait que Maya aurait aimé m'entendre. Mais moi je ne sais que dire.


Part 4

   L'eau de la douche s'écoule sur ma peau encore blanche. En m'observant dans le miroir, je songe à bronzer. Il faudrait dorer ce corps blafard. J'ai entendu Elea dire que les espagnols sur la plage lui plaisaient beaucoup. Il faudrait muscler ce corps un peu frêle. J'ai entendu Sarah louer les quelques pages que je lui ai fait lire. Il faudrait écrire tous ces mots qui font les femmes amoureuses et les nuits douloureuses.
   Tout à l'heure, Julien a eu l'idée d'une randonnée. Il veut nous emmener sur les hauteurs alpines à quelques kilomètres d'ici. Elea s'est plaint de la chaleur. Sarah préfère rester lire. Thomas n'a rien dit. J'ai accepté. Nous partons bientôt, nous parlerons philo. Je lui dirai que l'année prochaine sera plaisante. Que toutes les années passées sont coupables de malchance. Je lui montrerai les cimes pour qu'il lève enfin la tête. Julien est nostalgique d'un passé qu'il n'a pas vécu. Et moi, je suis l'écrivain d'une histoire qu'il aura conçue.


Part 5

   L'ombre des arbres nous protège de la violence solaire. Julien marche lentement en racontant ses malheurs de l'année écoulée. Je réponds par des hochements réguliers. Je connais son texte par cœur mais j'aime l'écouter encore et encore. « Je suis amoureux d'Elea ». Je me retourne brusquement. Cette réplique est nouvelle. « Comment tu l'as connu ? ». Je tremble soudain, ni elle ni moi n'avons jamais évoqué notre rencontre au reste du groupe. « L'année dernière, je réponds, à la fin de l'été, elle venait d'arriver sur Nantes ». Julien se tait. « Je vais te raconter, je lui dis, je vais te raconter si tu me promets de continuer à l'aimer ».
   « Je lui avais donné rendez-vous au bout de l'avenue Emile Zola, sur un banc toujours vide qui offre chaque soir une place de choix à quiconque veut profiter du coucher de soleil. Les indications étaient claires : l'homme seul assis face au soleil qui s'en va par-delà l'horizon. Je l'avais joué poète pas très moderne parce qu'elle avait eu le malheur de me dire un jour qu'elle vouait une véritable admiration aux poètes maudits, aux Baudelaire et aux Poe. J'avais hésité à l'attendre avec un bouquet de fleurs, peut-être que tenir quelque chose entre mes mains m'aurait empêché de faire n'importe quoi avec. J'avais opté pour une attente vide par fainéantise de faire un détour dans la rue du fleuriste, et je regrettais amèrement cette erreur en regardant ma main curer mon nez, me recoiffer, puis se faire broyer ses ongles sous mes dents stressées. La chaleur de cette fin d'été était discrète mais ma sueur abondante me faisait croire à la canicule aoûtienne que nous venions de vivre. J'étais loin de toutes les promesses auxquelles je croyais pourtant.
   Après une première proposition plutôt timide, je l'avais sentie réticente à l'idée de me rencontrer pour de vrai, je veux dire au-delà d'une conversation protégée par nos deux ordinateurs où les réponses ne sont jamais spontanées et de ce fait, dépourvue de la candeur que les sentiments nous obligent à manifester. Pour la convaincre, j'avais avancé des arguments très jolis mais totalement artificiels : j'avais promis le rêve éveillé, les souvenirs merveilleux à jamais ancrés, le début d'une histoire qui ne se termine jamais. En vérité, je n'étais qu'un gamin apeuré à l'idée de ne pas séduire sa princesse, j'étais un puceau tout tremblant dans une cour de récré qui attend que les copines s'éparpillent pour demander un slow à la prochaine boum. J'avais le corps tremblant et le regard humide à cause des larmes de crispation. Je me répétais les phrases d'accroche que j'avais travaillées la veille afin de me rassurer, mais je n'avais pas préparé celle que la réalité m'a imposée.
   « Ah putain ! » : elle était arrivée dans mon dos et elle avait posée sa main sur mon épaule au moment de dire « coucou ! ». Pour me montrer qu'elle ne m'en voulait pas, elle avait choisi de rire ; pour lui montrer qu'elle avait d'ores et déjà pris mon âme et que je ne contrôlais plus rien, je m'étais laissé rire avec elle de la gêne que j'avais provoquée. Je sus plus tard qu'elle avait fait semblant de croire à mes promesses en l'air, non pas pour me faire plaisir, mais pour s'en amuser. Et ce assez vite, le soir-même en fait. Quand après quelques heures seulement passées à l'avoir écoutée bêtement et à lui avoir répondu par quelques bégaiements inintelligibles, elle m'avait brusquement annoncé qu'elle habitait l'appartement juste au dessus. Et que l'endroit était désert.
   Pour soigner sa mise en scène et  pour faire rêver le jeune naïf influencé par les comédies romantiques de bas étages que j'étais, elle me l'avait murmuré à l'oreille juste avant de s'en aller quelques mètres plus loin. Elle s'était retournée ensuite, m'avait souri discrètement et j'avais lu dans ses yeux des paroles angoissantes « je ne t'aime pas, je me fous de toi, mais je suis seule, et je suis triste, viens avec moi, je me fous de ta peur, viens dans mes bras, tu apprendras et moi, je me lasserai... ». Mes jambes voulaient courir vers elle, tout mon corps désirait se fondre en elle. Mon cœur trimbalait encore le mince espoir que je puisse être à la hauteur des promesses auxquelles elle n'avait jamais cru.
   Quand je suis entré dans l'immense appartement, elle portait un jean et un chemisier somme toute assez sobres mais redoutablement efficaces. Quand je suis entré dans la minuscule chambre presque entièrement habitée par un lit défait, elle ne portait plus qu'une culotte noire. Je ne situe plus exactement mon niveau vestimentaire, en fait, je me suis sans cesse senti nu en sa présence. Je n'avais aucune protection, même ma peau semblait facilement transperçable, tout autant que ses ongles semblaient incroyables aptes à déchirer n'importe quel tissu. Finalement, je crois que je suis entré nu, et que je suis sorti écorché vif.
   Les souvenirs s'effacent aujourd'hui dans un flou difficile à disperser. Sans doute ai-je couvert son corps de baiser, j'ai dû tenté de la mordiller puisqu'en réponse elle m'a littéralement déchiqueté. Quelques instants, mon corps a pénétré le sien et je l'ai entendu simuler des soupirs de soulagement. Elle m'a longtemps frappé de ses caresses, de ses promesses que je savais aussi vaines que les miennes, de ses lèvres déjà abîmées qui ne demandaient plus à aimer. Je me suis laissé battre pour me punir de m'être laissé trompé. Je l'ai laissée me jeter sans résister, sans la force nouvelle qu'offre habituellement l'amour au moment de se faire pardonner des promesses non tenues. »

Part 6

   « J'y crois pas, t'as couché avec elle. » Julien est abasourdi par mon récit.
   A suivre.
   
« Modifié: 23 Mars 2018 à 19:23:19 par sonadoré »
Utopisme

Lettré

  • Invité
Re : Départ initial du commencement de mon début
« Réponse #1 le: 03 Février 2018 à 09:50:03 »

Bonjour !

Tu es le premier que je commente sur ce forum.
Très honnêtement, le texte est bien écrit mais je ne suis pas rentré dans l'histoire, je n'ai pas voyagé à l'intérieur des scènes que tu nous proposes. Peut-être est-ce trop flou ?

À bientôt

Hors ligne Georges Beckett

  • Tabellion
  • Messages: 29
    • Auteur à la petite semaine
Re : Départ initial du commencement de mon début
« Réponse #2 le: 03 Février 2018 à 13:42:31 »
Salut Sonadoré,

je commente rarement, mais je suis tombé par hasard sur ton texte ( le titre amusant y est pour beaucoup, je pense) et j'ai aimé. Je devine ta jeunesse, pourtant il y a beaucoup de maturité dans ton écriture ; phrases simples et courtes, assez peu de fioritures et de vocabulaire tape à l'oeil, c'est fluide et ciselé. Et puis cette langueur estivale au bord d'une piscine subie par des ados désabusés... j'ai pensé à B.E. Ellis et Moins que zero.  Crois-moi,  je ne peux te faire meilleur compliment. Seul petit bémol, pas grand chose, le début de la part 2, les quatre ou cinq premières phrases comportent pas mal de lourdeur. La première par exemple :  " Je me fais réveillé par la claque d'une promesse un peu naïve. " Pourquoi pas : Je SUIS réveillé, tout simplement ?

Bravo, en tout cas, c'est très prometteur.

G.

 ;)
« Modifié: 03 Février 2018 à 13:47:18 par Georges Beckett »
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Hors ligne sonadoré

  • Troubadour
  • Messages: 295
Re : Départ initial du commencement de mon début
« Réponse #3 le: 07 Février 2018 à 11:32:42 »
Lettré, Mys, j'espère qu'une éventuelle suite saurait vous convaincre d'où je veux en venir. Même si j'apprécie le flou, ce qui se rapporte à la prose, il est vrai qu'il faut sur la longueur tenir un peu de cohérence.

Georges Beckett, merci beaucoup pour ce passage plaisant. Je suis touché de la comparaison et de ces mots. J'espère garder de ma jeunesse tout en écrivant avec maturité...
Utopisme

Hors ligne sonadoré

  • Troubadour
  • Messages: 295
Re : Départ initial du commencement de mon début (part 1-6)
« Réponse #4 le: 09 Mars 2018 à 14:04:47 »
Je viens d'ajouter la partie 4&5  ::)
Utopisme

Hors ligne Georges Beckett

  • Tabellion
  • Messages: 29
    • Auteur à la petite semaine
Re : Départ initial du commencement de mon début (part 1-6)
« Réponse #5 le: 09 Mars 2018 à 14:12:11 »
Mon avis se confirme : c'est brillant. Et tu es beaucoup trop jeune pour écrire comme ça. Ne lâche pas le morceau ; ta voie est là. Mille merci, petit diable.

Ps : c'est drôle, tu es nantais, moi aussi.  ;)

G.
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Hors ligne sonadoré

  • Troubadour
  • Messages: 295
Re : Départ initial du commencement de mon début (part 1-6)
« Réponse #6 le: 09 Mars 2018 à 14:27:41 »
Ce commentaire me met presque les larmes aux yeux... Nantes est une belle ville n'est-ce pas...
Utopisme

 


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