Quand le nectar touche ma langue, un sourire étire mes lèvres. Il a exactement le même goût que celui de maman. A une époque, je refusais de boire autre chose tellement j’aimais le goût sucré de la boisson.
« Tu devrais goûter. »
Ma voix est calme et posée, elle vient briser le silence qui règne dans la cuisine. Je sens son regard sur moi, il ne dit rien.
« Je sais que tu fais régime, mais ne t’en fait pas, je ne pense pas que ça puisse te faire grossir. »
Alors que le silence reprend sa place, je pense à mon enfance avec Harry. Je nous vois courir dans les champs autour de la maison. Dieu, combien de bêtises avions-nous pu faire dans la grande cour de derrière.
« Tu te souviens du coucher de soleil à l’arrière de la maison ? C’est vraiment un moment magnifique. »
Je regarde ma montre. 19h23. Dommage, le soleil est déjà couché à cette heure. Ce n’est pas étonnant, nous sommes en plein mois de décembre. C’est pour ça que j’ai toujours préféré l’été. Les longues journées sont agréables. Rester sous le soleil avec la brise chaude caressant ma peau jusque tard dans la soirée n’a pas de prix.
« Ah, Harry… »
Il ne bouge pas, il me regarde. Nous sommes le 24 décembre et la neige ne tombe pas. J’adore la neige. Je ne compte plus le nombre de batailles nous avons fait dans la poudre blanche. Toujours dans la cour de derrière. Toujours avec Harry.
« Un Noël sans neige, ce n’est pas un véritable Noël… »
Je soupire et termine mon verre que je pose sur la table de bois en face de moi. Il restera là car je déteste faire la vaisselle et Harry le sait bien. Il passe toujours après moi pour ranger mes affaires.
« Vive le vent, vive le vent, vive le vent d’hiver… »
Je murmure, ma chanson est presque inaudible. Je ne le regarde toujours pas. Je n’en ai pas besoin je le connais par cœur. Je sais que ses cheveux bruns sont en bataille, comme d’habitude. Je continue de chanter, la porte s’ouvre. Je lève les mains.
« Madame, vous êtes en état d’arrestation. »
Je ne dis rien. Je souris.
« Posez votre arme. »
Je m’exécute, je la place juste à côté de mon verre de jus.
« Levez-vous. »
Je m'exécute. On me passe les menottes et une poigne de fer me fait sortir de la cuisine de mon enfance. Je me remets à chanter alors que j’abandonne mon verre vide, mon arme et le cadavre de mon frère.