Il y a quelques jours, la fête des amoureux battait son plein a grand coup de fleurs et de suaveries douteuses.
Là je me demande si l'on ne pourrait pas instaurer le jour de la personne que l'on déteste.
Attendez, attendez, on ne va pas le faire de façon lâchement débile ou avec nos gros souliers de brute épaisse.
Ah non, on va se la jouer subtile, rempli de malice, comme une danse, mieux, un ballet.
Imaginez: invitation dans un restaurant à la cuisine exquise, pour lui montrer que l'on a du gout.
Lui Parler du dernier livre de mécanique quantique, ou, déblatérant sur un roman de Balzac pour lui changer des théories de bistrot du dernier match d'une équipe de huitième zone ou de je ne sais quel ragot de presse people.
Lui faire servir un vin aux arômes fruité bien que tannique au lieux d'une piquette à deux balles, lui montrer que l'on restera aussi longtemps au fond de sa mémoire que le gout délicieux de ce nectar sur les parois de son œsophage.
Lui en resservir un deuxième puis un troisième, on n'est pas pingre.
Payer l'addition en lui montrant que ça nous fait plaisir, que finalement le plaisir de faire plaisir et bien plus important qu'un compte en banque. Quand on aime, pardon on déteste, on ne compte pas.
Ne pas le, la laisser après le repas, non, il faut une touche finale. Prendre un taxi pour un lieu magique, un belvédère à la vue panoramique, moment agrémenté d'un petit vin sucré. Ravissement pour les yeux et le palais ce qui ne manquerait pas de lui rappeler que l'on ne manque ni de hauteur, ni de saveurs.
Enfin l'accompagner jusqu'à son domicile en lui laissant entendre que pour nous, la soirée n'est de loin pas terminée. Un ami ou une amie nous attend avec impatience. Le reflet de sa solitude lui éclatera à la figure comme son image décrépite dans le reflet du miroir d'un ascenseur l'amenant à son appartement désespérément vide.
Et ce n'est pas terminer, non, ce jour doit être parfait. Lui envoyer un message le remerciant de sa compagnie, lui disant que sa présence nous a fait un bien fou. Qu'après cette soirée on pourra dormir tranquille, car l'on a aucun regret de ne pas l'apprécier, les heures à venir sauront se faire moins ennuyeuses.
Le dicton dit : qui aime bien chamaille bien. Là on a fait tout le contraire, on a choyé ce que l'on détestait, joli pied de nez à un sentiment que l'on voudrait autant étranger que la personne à qui l'on a fait ce cadeau empoisonné.
Je vais peut-être un peu trop loin, c'est vrai. Mais quel plaisir de contourner l'imbécile tentation de lui crier tous les mots qui pourtant ne demanderaient qu'à sortir.
Vociférer insultes et mépris n'amèneraient à rien mis à part lui donner le plaisir jouissif de nous avoir touché une fois de plus.
Et retourner la situation à notre avantage ne pourrait que nous donner le sourire, et pourquoi pas l'euphorique envie de l'inviter à nouveau..... non, on est pas masochiste quand même, il ne faudrait pas pousser mémé dans les orties non plus.
Là je me dis, que se serait une sacrée bonne idée que cette journée et quel bien ça nous ferait.
Je vais arrêter de vous torturer avec mes idées à deux balles, assez de souffrance pour aujourd'hui.... et sincèrement celui qui à orthographié le mot misanthrope devait détester le genre humain ce n'est pas possible autrement.