Petit jeu avec contrainte sur mots imposés :
Pour avoir votre avis, texte écrit en une heure.
Pervers, espérance, jardinière, acuité, lucidité, vision, candélabre, romantisme, création, chemin euphorie, calembour, tolérance.
Lorsque j'étais enfant j'aimais jardiner avec mon père, mais aujourd'hui dans mon deux pièces au 26ème étage de la tour principale de la ville, c'est plutôt coton !
Un jour une idée à germé dans mon petit cerveau : un jardin sur le toit de l'immeuble ! Voilà une création bien originale et tout à fait dans mes cordes. Mon acuité innée d'architecte paysagiste, me fit entrevoir un joli jardin à la Française, avec ces petits chemins qui dessinent les massifs, une fontaine pour les moineaux et pigeons, quelques arbustes nains, deux ou trois candélabres pour éclairer les soirs d'été... Ah ! Mon romantisme me perdra !
Tout à mon euphorie, j'entrevoyais déjà le résultat, mais il me fallait tout de même garder une certaine lucidité : proposer mon projet au propriétaire de l'endroit, ce n'était pas gagné. Je préparais mon discours, des mots porteurs : espaces verts obligatoires, environnement, bien être, plaisir des locataires du lieu, augmentation du loyer.
Il m'écoutait, et à ce dernier argument, il s'écria : « accordé ! » Je jubilai.
Cette réponse allait au delà de mes espérances, mais ce fut de courte durée. Il rajouta d'un ton qui se voulait doucereux :
— J'y apporterai tout de même une condition : je tiens à ce qu'il y ait un coin potager, pour mes légumes bio, dont vous vous chargerez de la culture, c'est évident !
Je savais qu'il était pervers, mais à ce point ! C'était trop tard, j'étais encore embarquée dans une aventure inextricable. J'aurais pu lui dire que c'était un calembour, une fadaise, une blague ; mais j'avais tellement préparé mon argumentation pour le faire fléchir, que je savais ces excuses peu plausibles. Il me fallait donc m'exécuter.
Après avoir imaginé tout dans ma petite tête, dessiné l'esquisse du jardin d'agrément, prévu le potager, le petit coin parasol et les fauteuils bain de soleil, les plantes, etc... j'ai réalisé que si je devais rajouter l'irrigation du tout, le coût de revient serait sacrément élevé. Cette vision utopique d'un jardin en pleine ville était un gouffre financier, il me fallait l'admettre ; mais comment m'en sortir ? Je ne pouvais pas faire machine arrière ! Non seulement il était capable de me pourrir la vie, mais de plus me virer carrément pour non respect de contrat oral. Je le connaissais bien, tolérance n'était pas son second prénom !
Ma voisine ayant eu vent de ce contrat, par la femme du proprio, frappa à ma porte.
— Dis ma belle, c'est bien beau ton histoire de jardinières, mais t'y accèdes comment au toit de l'immeuble ? Tu fais un trou dans le plafond ?
Ce jour là, ma voisine m'a sauvé la vie, le proprio dut se rendre à l'évidence, mon projet ne verrait jamais le jour.
Depuis j'ai déménagé, j'ai acheté une petite maison, et je cultive mon petit jardin d'agrément et mes légumes bio.