Salut

Je m'étais déjà inscrit il y a quelques années, mais comme vous le verrez dans ce texte, ma vie a radicalement changée.
Désormais j'ai 18 ans, je ne pense pas m'être amélioré, j'ai vécu pas mal de temps en foyer car je n'en pouvais plus de ma vie, bref.
Je met un lien vers ma présentation, un petit poème qui signe le début de mon histoire et vers mes 2 textes si ça intéresse quelqu'un

Ce texte représente donc ce qui m'est arrivé d'une manière un peu onirique, je ne sais pas comment finir cette histoire vu qu'elle ne l'est pas encore, je n'écrirai donc pas la suite maintenant.
J'écris actuellement un court roman sur ma vie quotidienne actuelle.
Présentation:
http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,18582.msg296946.html#msg296946Samaël:
http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,18599.0.htmlMâyâ:
http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,18578.0.htmlPoème:
http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,18580.msg296985.html#msg296985Bonne lecture!
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La lettre M.
« Fumer pour s’obliger d’exister, entraver la vie par la mort et tout faire pour l’apprécier. »
Chapitre 1 : 03h11, première clope.
Levé par l’envie d’en griller une, peut-être est-ce un démon, peut-être est-ce une envie, oui, c’est un pléonasme qui me maintient en vie.
Je regrette et cependant je récidive, la lettre que j’écris est pour toi, même si mon existence est un pêché, je me lève au plein milieu de la nuit en ne pensant qu’à toi... mes cauchemars cependant t’illustrent mais ne représentent en rien ce que je voudrais ressentir à tes côtés.
Dernièrement j’ai appris pourquoi tu avais été si distante envers moi. L’amour que je te portais devait être quelque chose de délicat et d’agréable. A chaque instant il me vient en tête ton portrait aussi bien mental que physique et je m’en vais susurrer ton portrait, espérant que le plus cruel des dieux ressentirait bien en mon amour un peu de bonté.
— Elle représentait la lettre « M », disais-je penché à la fenêtre de mon hôtel miteux. Oui, elle représentait toute l’ampleur de cette lettre. Lancée d’une manière nonchalante, elle donnait un sens à chaque mot. Un simple « merde » devenait un évènement à ne pas rater. Elle était elle aussi une créature nonchalante maintenant que j’y repense. Loin de tout, loin de moi et cependant bien concrète, un mirage qui n’en était pas un. Rien ne m’intéresse plus que de penser à elle désormais, je dois me contenter de ça et je me rends compte que le souvenir du temps passé à ses côtés commence à s’estomper, le temps passe Michelle, oui, le temps passe et je demeure inchangé, finissais-je de dire toujours penché à la fenêtre sortant une cigarette de ma poche.
La solitude, la vraie, c’est ce que je désire mais elle me fait défaut, tu m’accompagnes désormais et ce pour toute ma vie, aucune échappatoire n’est possible, non, aucune.
La journée de demain te sera consacré, une sorte de rite visant à ne pas t’oublier. Il était désormais 03h45, le soleil n’était toujours pas levé, dans la rue le bruit d’une seule voiture suffisait à couvrir les murmures émanant de mon esprit. Cependant l’esprit est plus fort que le corps, et nul ne pourrait l’empêcher de s’exprimer.
— Oh, tu es encore là ? Toujours penché à ta fenêtre, entrain de nous décrire cette foutue Michelle ? Tu le sais, comme je le sais… la vie sans l’abandon pourrait être comme la nuance livide qui peint les personnes que nous détestons, dit mon esprit en ricanant. Je vois bien que tu voudrais tout rattraper, allons, ne te laisse pas abattre, laisse-moi allumer ta cigarette et enlise-toi de cette fumée, elle te protégera de la souffrance.
Sur ces mots, mes jambes se mirent à déambuler dans ma chambre, la direction semblait viser mon armoire. Effectivement, mes mains aussi se mirent à bouger, et j’ouvris donc l’armoire qui en son sein abritait un briquet, le feu de mon existence. Je me posais sur mon lit, j’allumais ma cigarette, l’esprit continuait sa sérénade à la haine de Michelle quand tout à coup, un son assourdissant résonnait dans l’hôtel et même dans la rue. Merde, c’était le détecteur de fumée qui n’appréciait guère cet effluve de malheur. Plusieurs choix s’offraient désormais à moi, cependant je ne fis rien. Le condamné ne cherche plus à se défendre, il savoure chaque moment quand il le peut encore. La porte se mit à s’agiter violemment, était-ce un signe de l’apocalypse ? Bordel, on s’entend plus penser avec cette alarme. Peut-être était-ce un autre habitant de l’hôtel qui s’inquiétait ? Impossible, je ne suis plus humain, nul ne s’inquiéterait pour la chose que je suis devenu. Mais mes pensées firent interrompues par un flot de jurons qui sonnaient d’une manière peu flatteuse aussi bien pour moi que pour la personne qui les prononçait :
— Bordel, Sofiane, fais comme tout le monde, fous cette fichue chaussette sur ton satané détecteur avant de fumée, tu sais quoi ? ouvre cette porte enfoirée ! dit un voisin dont le nom ne me revint pas… sûrement car je n’avais jamais cherché à l’apprendre, je l’appellerai Jean désormais car au fond de lui brillait la flamme de Prométhée, c’était forcément un saint.
Que faire lorsque le dernier des cons qui en fait un saint vous donne un ordre ? Ce n’est pas à moi d’y répondre, moi, j’agis et j’obéis en temps normal. Cependant cette porte devait être un sceau désormais bénit de la main de Jean. Un sceau visant à isoler la bête, peut-être me disait-il ça sous forme de défi ? Je ne pense pas… me voir comme une bête sauvage n’est bon que pour les individus de peu de foi, moi, je le sais, ancré en moi brûle un feu ardant qui se matérialise au bout de ma clope. Jadis entravé par l’amour, plus rien ne me retient, oui, comme une bête sauvage qu’un individu de peu de foi peut s’imaginer, tout ce qu’il me reste à faire c’est d’ouvrir cette porte finalement.
— Putain, 20 minutes pour ouvrir une porte, tu t’es endormi avec ton bédo ou bien ? Peut-être que je te réveil ? TU N’ENTENDS PAS UN PUTAIN DE BRUIT CONNARD ? Comme par exemple le son d’un réveil ou d’un appel entrant ? OU BIEN D’UNE ALARME CAUSEE PAR UN ABRUTI ?! dit-il de bon cœur.
— Ah, répondis-je sincèrement.
— Ah ? Ah ? AH ?! T’as que ça à dire alors que tu réveilles tout le monde à 4h du mat ?! sur ces mots, j’observais du coin de l’œil d’autres saints dans le couloir cherchant à me faire vivre en concubinage avec Dieu.
— Je suis désolé Jean, mon cœur est déjà pris par une personne qui s’est d’avantage sacrifiée pour moi que Jésus. Cependant, tu peux t’en aller l’esprit tranquille, l’alarme ne dure jamais, elle prévient puis s’en va dans le silence. Je te souhaite une bonne fin de soirée mon ami, disais-je en refermant la porte, une dernière phrase s’émanait de la porte pour laisser place au silence.
— Putain mais quel enculé ce con, il est totalement défoncé.
L’alarme se tût, le silence revint, mes souvenirs aussi, une dernière clope pour tuer ma vie et le sommeil me fît sombrer dans un rêve bien trop réel.
Chapitre 2 : Le rêve.]
Le malheur, le bonheur, rien n’a d’importance lors d’un rêve. Certains philosophes s’entêtent à penser que l’esprit d’un individu matérialise une nouvelle forme de conscience oubliée, jugée sans importance, mais bien sûr marquante, du moins assez pour l’effort, le réconfort, qu’il cherche à se montrer.
Mais moi, je ne me voilais pas la face, le temps d’un rêve tout ce que je souhaitais c’était oublier, je m’imaginer voler très haut dans le ciel armé de pouvoirs divins, prônant une justice radicale, je me voyais déjà punir les justes et aimer les injustes.
Mais rien, tout devient flou, l’esprit ne juge plus, il exécute tel un bourreau qui somnole en chacun de nous. J’étais condamné à me laisser faire, je devais laisser mon humeur que je qualifierais de neutre en suspens, tout me laissait croire que les signes de l’apocalypse allaient concrétiser un enfer, le choix m’était laissé, devrais-je me réveiller ? Ou accepterais-je ma nature ?
Je ne décidais plus, elle le ferait pour moi, mon ange gardien, je te sens, je t’entends et je te vois, ne m’abandonne plus s’il-te-plaît, pardonne-moi.
Désormais, j’étais seul dans mon esprit, et je voyais la cicatrice que je lui avais laissé. Une énorme entaille sur la poitrine signe de mon incompétence humaine. Elle avait voulu se donner la mort, son cœur avait dû arrêter de battre, ils l’ont ouvert et l’ont réparé. Là où se logeait l’amour, logeait la mort qui en son sein désirait vivre. Il m’était possible de tout voir, et je voyais.
Je suppose qu’un soir les souvenirs l’ont tué, mais dans ce cas, pourquoi vit-elle encore ? Peut-être est-ce pour moi ? Oui, je devrais m’en assurer.
— Je me présente donc à toi fille de l’Homme, moi, le démon vêtit d’amour. Dis-moi Michelle, m’aimes-tu ? Me détestes-tu ? Trop longtemps tu as laissé le silence me ronger et désormais, au fin fond d’un rêve, j’exige que tu me répondes.
Mais rien d’autre qu’un sifflement se fit entendre. Peut-être que les anges qui veillaient sur elle tentaient par ce simple stratagème de m’éloigner. Et dans ce sifflement je voyais ma vie, ma naissance. C’était un drôle d’événement, ma mère déjà malade ne pouvait m’accoucher, je suis donc sorti de ses entrailles sans être né, emportant un rein avec moi. Déjà là, on aurait dû me tuer, ma vie n’était dès lors destinée qu’au malheur des autres. Mais son amour m’avait couvé.
Je vis aussi mon enfance, moi, un enfant désemparé, un père violent, une mère aimante et un frère né de cette haine dissimulée en amour. Nous étions à nous deux les seuls plaisirs de ma mère, nous nous préoccupions d’elle, nous l’aimions mais nous n’étions que des enfants. Lui, comme mon père, destina sa vie à la haine. Moi, comme ma mère, je me destinais à aimer. J’étais le genre d’enfant non-réactif, endormi qui se contentait de faire ce que l’on attendait de lui. Jamais présent, jamais absent, je demeurais et malgré tout, je survivais.
Le plus dur était mon adolescence. Mon père était parti à l’étranger se remarier, ma mère souffrait de son amour oublié. Mon frère désorienté se mit à s’intéresser à l’argent. Et moi, je survivais. J’étais un enfant turbulant aux capacités gâchées par la misère sociale. Je m’identifie à cette misère sociale, nous sommes dissimulés dans les abysses et lorsque nous surgissons, nous emportons haine et amour pour ne laisser que de simples pantins. Dans ma classe il y’avait cette fille, première de la classe, qui était intriguée par la liberté que je semblais montrer. Si seulement elle avait su que j’agissais par ma nature démoniaque. Cette fille m’invita à son anniversaire, et c’est là que je rencontrais Michelle pour la première fois. Elle n’arrivait pas à trouver l’appartement de mon ancienne amie. Je suis donc sorti pour la chercher n’ayant pour unique information qu’elle se tiendrait au parc derrière la mairie. Il y avait plein de monde mais mon regard se perdit en elle. Au premier coup d’œil, j’avais su que ce serait elle. Elle portait une veste léopard, certains signes ne trompent pas décidemment. Je n’osais rien dire, je l’accompagnais donc à l’appartement. Je ne mangeais rien, je ne disais rien, je ne voyais rien, mais je pensais et je ne pensais qu’à elle.
Nous nous parlions par messages types SMS ou encore Facebook. Sa voix m’hypnotiserait sinon et je n’aurais guère était très intéressant. Nous dialoguions donc par de longs messages, parlant de tout et de rien. Chacun prenait son temps pour y répondre, plusieurs heures, plusieurs dizaines d’heures. Nous n’étions pas obligés d’assouvir les conventions sociales, nous œuvrions à la perfection. Ces messages étaient parfaits, tout se passait bien. Pour la première fois, je ressentais l’amour comme ma mère, mais je ne savais pas qu’elle serait comme mon père.
Bien au-delà de la violence physique, elle tenait mon âme, ma vie, mes ennuis, mes nuits et mes rêves. J’étais à elle, mais elle ne semblait pas à moi. Peut-être était-ce sa manière de se protéger ? Que nenni, je suis le fils du démon, je t’aurai ma Michelle, tu deviendras mienne peu importe si tu dois en souffrir. Très vite, les rôles se sont inversés, j’étais devenu mon père et elle ma mère. Je ne m’attendais cependant pas à ce qu’elle disparaisse pendant trois jours sans me prévenir. J’étais désemparé, cette fois-là, j’avais goûté à l’abandon, celui qui faisait mal et qui n’était pas protégé par votre enfance. Je comprenais, peut-être me dis-je aujourd’hui, j’interprétais.
A la suite de cet événement, ma raison s’en était allée, et je sombrais à quinze ans comme sombrait un toxicomane éprouvé en manque.
Je tissais donc une relation avec l’amie m’ayant invitée à son anniversaire, là où j’ai rencontré Michelle. Ce que je voulais était clair, je voulais me débarrasser du fardeau que serait l’amour. Je ne pouvais cependant pas me résigner à rejeter Michelle, oh que non, sa présence était devenue essentielle. Je jonglais donc entre les sorties avec cette dernière et les messages faussement dissimulés que j’envoyais à mon amie. La situation vira au drame lorsque les deux voulurent concrétiser leur relation avec moi. Un simple baisé pour Michelle, un engagement moral pour l’autre. Nous nous voyions donc avec Michelle au parc, nous demandant comment embrasser, les jours passèrent, les sorties aussi, et rien ne se passa. Il était malgré tout plus facile de concrétiser ma relation avec mon amie par l’intermédiaire de messages prétextant une vie compliquée afin de sécher les cours et de l’esquiver. Cela nourrissait plus son amour pour moi, symbole de la liberté. Mon amie, fière de m’avoir eu, se vanta auprès de Michelle. Comment expliquerais-je cela ? Cette question m’obsédait mais je n’ai même pas eu besoin d’y répondre.
La passion que je dégageais envers Michelle, même si elle ne montrait aucun signe de compréhension, elle comprenait parfaitement. Cette harpie se nourrissait de mon amour sans se soucier de ma raison, elle ne répondait plus à mes messages.
Une semaine avait passée, je lui avais envoyé une bonne centaine de messages, des milliers de phrases, des dizaines de milliers de mots. Sa réponse fût rapide, une phrase, quatre mots, pas vraiment français mais compréhensible, une forme de langage oubliée, il ne s’agissait pas de conventions sociales entre elle et moi, il s’agissait de perfection. Et je vis son message sans avoir le temps de le lire, rien d’autre qu’un sifflement se fit entendre.
— Tu me demandes si je t’aime, mais toi, est-ce-que tu m’aimes ? semblais-je entendre émaner d’elle, sa bouche était fermée, ses poings étaient serrés.
Et comme aspiré par elle, je me vis entrer dans le trou que lui avaient laissés en pleine poitrine les médecins bienpensants.
Je découvrais donc un nouvel endroit. Un jardin sacré, j’étais finalement arrivé là où je voulais être, là où les sentiments naissaient, j’étais en son cœur.
Chapitre 3 : Délire onirique.
Tout était bel et bien fonctionnel, son cœur pompait du sang qui était emmené là où il devait l’être. Je voyais des plaques de cellules se hisser en rang jusqu’à sa plaie afin de lui permettre de cicatriser, d’oublier. Ce ne fût pas bien long, ce qui devait durer dix minutes pour mon corps endormi semblait être une seconde pour mon esprit malade. Et désormais, la plaie était fermée, la noirceur de son âme se manifestait, j’étais enfermé en elle mais avant tout avec moi-même. Je décidais donc d’aller explorer le reste de son corps. Tantôt ici, tantôt là, tout était noir, je me perdis. Je me retrouvais dans son esprit, j’entendais le susurre de ses pensées. Aucune ne m’était adressée directement, comme si elle avait oublié que j’étais là.
— Je ne pense pas, je ne pense pas à lui, disait-elle désemparée. Non, c’est faux ! Il n’a plus aucune importance à mes yeux.
Cela avait-il de l’importance pour moi ? Mon esprit engagea une discussion avec elle et moi, je me contentais de l’observer lui parler, comme un messager qu’un gosse envoi pour s’exprimer à celle qu’il pense aimer.
— Michelle, tu lui manques, reviens lui, je n’en peux plus de ses jérémiades, fais de lui un homme, exprime-toi ou ne t’exprime pas, mais sois présente pour l’amour de Dieu, lui dit-il comme s’il ne me supportait plus, mais je le sais, il se nourrit de moi lui-aussi.
— Je ne vois pas, je n’entends pas, je ne parle pas, je pense et j’y repense, susurra-t-elle feignant de ne pas nous voir.
— Soit, dans ce cas, tout tes sacrifices seront vins, j’effacerai de sa mémoire tout souvenir, tout sentiment qu’il dégage pour toi.
Mon esprit revint vers moi, il pointa de son doigt ma tête, tout en se rapprochant, il finit par m’effleurer le visage. Un drôle de sentiment parcouru mon corps, la panique !
Je me hâtais pour retrouver mon chemin, je déchirais de mes doigts ensanglantés la plaie fraichement cicatrisée, et je m’extirpais de là, la tête la première, comme le damné que j’étais. Mais une fois passé le bassin, l’une de mes jambes resta coincée, son corps en une seconde c’était de nouveau refermé. La panique reprenait le dessus, j’étais coincé avec elle, elle qui n’était qu’un vague souvenir à présent.
Je ne voyais plus son visage mais une forme lugubre synonyme de mort et d’effroi. Et son visage se rapprochait lentement de moi. Je ne sentais plus rien, je me dis que j’attendais quelque chose… que quelqu’un viendrait veiller sur moi, mais rien que l’oubli et l’effroi embrassèrent mes lèvres.
Un puissant flot de lumière pointa mes yeux, ça brûlait, mais je ne pouvais plus bouger. Ses lèvres posées contre les miennes, la panique avait fait place au bonheur. J’étais comblé que cette chose lugubre m’embrasse. J’avais beau essayé de bouger, rien ne se passait. Je sentais mes membres s’atrophier, les courbatures devenaient insoutenables. Puisant sur mes dernières réserves de haine, je penchais mon corps subitement vers la droite, conscient que cela me couterait mon épaule. Mais aucune douleur ne se fit ressentir, je détournais la tête de cette lumière, les courbatures étaient encore présentes mais mon épaule ne semblait pas cassée. J’étais réveillé de ce rêve abominable qui m’avait tant réchauffé le cœur, une phrase s’échappa de mes lèvres :
— Michelle, je t’aime, disais-je à voix basse, couvert de honte.
Je m’habillais des mêmes vêtements de la veille, il était déjà 16h37, encore une journée de gâchée songeai-je. Une boule s’était nouée dans mon estomac comme à chaque fois que je me réveillais après avoir pensé à elle, je ne pouvais rien manger.
J’allais pisser, puis je revenais, il était 16h42, les vêtements que je portais commençaient à sentir fort, qu’allais-je faire de cette journée ? Ah oui, je me souviens, je m’étais dit que je la consacrerai à Michelle mais après cette nuit d’effroi, tout ce que je voulais c’était de ne plus penser à elle, l’espace d’une journée. Mais il se faisait tard, le ciel allait bientôt sombrer dans ses heures les plus noirs, et mon domaine qu’est la nuit lui appartiendrait dorénavant.
Chapitre 4 : Mélanie.
Le temps passait, une clope à la bouche, je songeais à ce que je pourrais faire aujourd’hui. Je n’ai pas beaucoup d’amis, ma dernière vraie amie, celle qui me comprenait était lassée de ma dépression, elle ne supportait plus que je lui parle de Michelle. Faut dire que je la comprends, j’ai déjà fait deux tentatives de suicide rien qu’en allant la voir. La première fois, j’avais pris avec moi mes cachets pour le sommeil et mes anti-dépresseurs, Xanax, Tercian, tout ce qui passait sous ma main était planquée sous mon manteau. Nous avions prévu d’aller à un concert d’un rappeur que nous apprécions énormément, tous les ingrédients qu’il fallait pour passer une bonne soirée étaient présents. Une fois au concert, je commençais à tout absorber, tout devint noir, réveil à l’hôpital. Elle me raconta que son père était venu me chercher, je ne tenais plus droit, une fois dans la voiture, l’envie d’uriner m’avait pris et que son père avait dû me tenir… vous avez compris quoi.
La seconde fois, même schéma d’attaque, sauf que j’opérais dans le train qui m’emmenait chez elle. Une fois arrivé à la gare, je commençais à devenir spectateur de ma dépravation. Je l’appelais pour la prévenir que j’étais arrivé. Mais ce n’est pas tout à fait ce que j’ai dit. Tous les sentiments que j’avais tentés de dissimuler avaient refaits surface. Je la blâmais de ne pas avoir su me comprendre et de s’y être mal prise avec moi. Elle me reprochait la première tentative que j’avais fait et je rétorquais une promesse que nous avions fait lors de notre rencontre. La promesse que si l’un de nous voulait se suicider, l’autre l’accompagnerait de l’autre côté pour que nous ne soyons plus jamais seuls. Elle raccrocha, je la comprends, je m’en veux et je me sens minable. Mais pourquoi m’arrêter sur une si belle lancée… j’appelais donc quasiment tous mes contacts afin de leur dire leurs quatre vérités.
Maintenant vous comprenez pourquoi je n’ai plus d’amis.
Mais l’histoire avec Mélanie ne s’arrête pas là. Nous avions une relation assez étrange, nous nous étions rencontrés au club cinématographique de notre lycée. J’étais en internat et elle était externe à l’établissement. Nous avons directement commencé à nous parler le soir même de notre rencontre. C’était une fille passionnante, très calée en cinématographie, elle m’amusait et moi je l’intriguais. Je lui avais parlé de Michelle, bon Dieu la lettre « M » quand tu nous tiens, et elle me parlait des troubles qui l’affectaient. Elle était nymphomane, incapable de s’attacher elle éprouvait malgré cela de l’amour. Personne ne la comprenait, il était plus facile pour un saint de la traiter de salope.
Mais au fond de moi, j’étais son exact opposé. Je me pensais incapable d’aimer et malgré tout, je m’attachais. Nous avons fait cette promesse que nous jugions sacrée, nous avions trop peur que l’un de nous se foute en l’air en premier en laissant l’autre seul dans son désespoir.
Cependant, Michelle me rongeait, je devenais distant, cette promesse ne devait plus avoir la moindre importance à ses yeux, elle qui était déjà seule dans son désespoir.
Pour en revenir à ma deuxième tentative de suicide, elle appela malgré tout les secours et je fusse emmené de nouveau aux urgences d’où je m’échappais le moins discrètement possible et en emportant avec moi divers compresses, seringues, tenues de patients et autres gants et matériel de douche.
Lorsque le mal surgit, il annonce sa venue comme dans les livres bibliques. Mélanie avait commencé à se tailler les bras, de long en large. Je pense que sa consommation excessive d’herbe lui a permis de tenir le coup. Elle songea à l’hôpital psychiatrique, mais finit par déménager dans le sud avec ses parents. Je ne lui parlais plus mais j’observais un changement dans sa vie, elle devenait plus axée sur sa guérison que sur son malheur.
-Zakar