Bonjour tout le monde!
Voici la nouvelle version du texte modifié (et amélioré?) grâce aux commentaires de chacun.
J'ai essayé au maximum de faire attention à l'orthographe, malgré tout j'imagine que certaines fautes m'ont échappées... pas trop j'espere...

Bonne lecture et merci à tout ceux qui ont contribué à l'amélioration de ce texte.

L'espagnol
“Dégage. J'en peux plus. Tire toi.”.
C'est la première chose que je lui ai dit ce soir là en rentrant à la maison. Comme ça. Calmement. Sans un brin d'agressivité dans ma voix. Je n'avais aucune raison de l'être puisque je n'avais absolument rien à lui reprocher. Des semaines sans qu'il n'y ai la moindre dispute.
Ce matin là encore, comme à son habitude, en allant acheter le journal il était passé par la boulangerie. Il y avait pris un croissant et un pain au chocolat qu'il m'avait servi avec une tasse de café au lait et une rose rouge. Comme tous les dimanches matin depuis presque vingt ans.
Seulement voila, cet après-midi là, après avoir désherbé les plants de marguerite et arrosé les acacias, je suis sortie sans prévenir. Ça ne me ressemble pas de faire des choses comme ça. Et quand je suis revenue, les mots sont sortis tout seul. Comme s'ils ne venaient pas de moi.
“Dégage. J'en peux plus. Tire toi”.
J'ai du avoir l'air aussi étonné que lui sur le coup, et puis je me suis ressaisie. Pas lui. Il avait toujours cet air de quelqu'un qui ne sait pas s'il doit rire ou pleurer. Ça fait une drôle d'impression ce genre de tête d'ailleurs. Ça a duré un moment, alors je n'ai rien ajouté. J'ai attendu que la nouvelle fasse son chemin. J'avais l'impression que ça faisait des heures que l'on se regardait en chien de faïence quand il a enfin ouvert la bouche. En réalité ça devait faire une minute tout au plus, mais le temps parait toujours très long quand on ne sait pas à quoi s'attendre. Il pouvait tout autant fondre en larme, se mettre à hurler, se mettre à rire ou même partir sans rien dire. Même quand on connaît quelqu'un on ne peut pas prévoir le genre de réaction qu'il aura face à ce genre de situation. On dit d'ailleurs que c'est dans ces moments là que la vrai personnalité se révèle.
Mon mari lui, ne s'est pas énervé, il n'a pas pleuré, il n'a même pas bougé. Il m'a juste demandé le plus sincèrement du monde: “Pourquoi?”
C'est idiot mais je ne m'y attendais pas à celle là.
“Dégage. J'en peux plus. Tire toi”.
Je trouvais que c’était suffisant comme explication. Mais quand j'ai entendu ce “pourquoi” sortir de sa bouche, je me suis tout de suite rendu compte que premièrement non, ça n’était pas suffisant pour justifier une telle décision.Surtout après vingt ans de vie commune sans quasiment aucune fausses notes. et que deuxièmement j’étais bien embêtée parce que je savais que si je lui expliquais pourquoi il n'accepterait pas ma décision. A vrai dire je n'y avais pas trop réfléchi, c’était venu comme ça, poussé tout droit de mon inconscient. Je ne peux quand même pas remettre en cause les décisions prises par mon moi profond.
Mais il fallait bien que je lui réponde quelque chose, on ne peut pas laisser les gens dans l'expectative comme ça.
“J'ai rencontré quelqu'un.”
C’était faux bien entendu mais c'est tout ce que j'ai trouvé sur le coup. Je trouvais ça bien comme réponse parce que ça ne laisse que peu de place à l'espoir, là où un “je m'ennuie, on ne fait pas assez de choses” ou un “tu ne prends pas assez soin de moi” par exemple, permet à l'autre d'entrevoir un axe d'amélioration pour sauver son couple. Alors que dans le cas d'un “j'ai rencontré quelqu'un”, on a peu de solution pour régler le problème. J'en ai même rajouté un peu pour bien montrer que c’était fichu.
“Il s'appelle Pedro, il a cinq ans de moins que moi et il est d’origine espagnole”.
Les hommes ont toujours peur des prétendants plus jeunes, surtout si ils ont un coté exotique. Ça marche aussi avec les italiens, les américains, les mexicains. Par contre il faut à tout prix éviter les chinois, japonais et anglais. Ça ne fait pas exotique du tout. Il faut penser mojito et soirée guitare sur la plage, pas séance de méditation et tea time chez les beaux-parents.
Pour l'age aussi il faut faire attention. Cinq ans de moins c'est une arme redoutable, quinze ans ça fait juste penser à une crise de la quarantaine.
A voir la tête qu'il a fait, j'ai tout de suite su que j'avais tapé dans le mille et j’étais plutôt fière de moi d'avoir pu inventer instantanément un mensonge qui tenait aussi bien la route.
“On s'est rencontré il y a quatre mois a une soirée chez Béa. Tu sais Béa, ma collège de boulot qui organise des soirées salsa. Oh je t'assure, j'ai essayé de résister dans un premier temps et on a essayé de couper les ponts à plusieurs reprises, on s'est dit que c’était mieux de ne plus se voir mais c'est trop difficile quand on est loin l'un de l'autre. Je te promets j'ai essayé. On a essayé”.
Je lui ai sorti le grand jeu: le bel homme danseur, la culpabilité de la tentation, la tentative d'oubli. Il ne fallait surtout pas que je lui laisse entrevoir ne serai-ce qu’une petite possibilité de me récupérer.
Il ne manquait plus qu'à en rajouter une petite couche de manière à déclencher en lui un peu de colère envers moi et ça serai parfait. Sinon il risquerai d'être trop larmoyant, de penser que, évidement, il n’était pas un homme assez bien pour moi, que c’était de sa faute si j'avais rencontré quelqu'un d'autre, que ça devait finir comme ça. Alors qu'un peu de colère ça aide à passer à autre chose plus facilement.
“Je t'ai menti. Quand je te disais que j'allais à mes cours de poterie le mardi soir. C’était faux. En fait j'allais le voir lui. Les poteries que je te ramenai c'est Caro qui me les donnais. Moi je n'en ai jamais fait”.
C’était faux bien sur, ces poteries étaient bien de moi, mais l'aveu d'un mensonge prémédité et répété ça marche toujours.
“Je fais mes valises et je m'en vais. Je te contacterai pour savoir quand je viendrai chercher le reste de mes affaires. J'aimerai que tu ne sois pas là à ce moment là. Je ne veux plus te revoir. Plus jamais.”
Voila ce qu'il m'a dit. Il était toujours calme en apparence, mais je sentais aux tressaillements de sa voix qu'il bouillonnait à l’intérieur et pour lui, c’était déjà beaucoup.
A partir de ce moment là, il n'a plus ouvert la bouche. Je pense qu'il avait peur d’être méchant, d'aller trop loin, de dire des mots qu'il risquait de regretter plus tard. Parce qu'il est comme ça mon mari, il est de nature très gentille même dans les moments difficiles. Il était capable de se mettre dans une situation pénible si c’était mieux pour moi. Souvent le soir, je m'endormais sur le canapé, ma tête posée contre son flanc, lui recroquevillé à moitié sur l’accoudoir. Il me faisait croire qu'il était bien comme ça mais je savais qu'en fait il voulait juste que moi je sois à l'aise. Parfois quand je me levais pendant la pub je le voyais discrètement étirer ses jambes endolories par la position recroquevillée. C'est le genre d'homme qui au restaurant ne choisissait pas le plat qui lui plaisait vraiment mais un des plats que j'avais longuement hésité à prendre, pour que je puisse goûter aux deux.
Certain dirai que c’était trop excessif comme comportement, que ça montre un manque évident de personnalité. Moi je sais que c’était juste des preuves d'amour. C’était nos petits rituels à nous et ça me rassurait de savoir que certaines choses étaient immuables. Chaque soir, lorsque Plus belle la vie commençait, il s'installait avec moi devant la télé et regardait tout le feuilleton avec le sourire. Il n'aimait pas mais savais que j'étais heureuse qu'il partage ce moment avec moi.
On n'avait pas une vie exceptionnelle, plutôt banale même je dirai. On était bourrés de moments programmés, on suivait une routine quasi quotidienne que peu de gens auraient supportée. Presque rien n’était dû au hasard dans notre journée. Mais moi je l'aimais cette vie. J'aimais son coté prévisible. J'aime savoir ce qui va se passer dans ma journée lorsque j'ouvre les yeux. J'aime être rassurée par la répétition des événements.
Maintenant que je suis seule avec mon espagnol imaginaire, je me rend compte à quel point ces petites choses du quotidien sont essentielles à mes yeux. Mais je savais au fond de moi que si mon mari supportait cette vie ce n’était pas parce qu'il l'aimait mais uniquement parce qu'il m'aimait moi. Qu'il voulait mon bonheur coûte que coûte.
La vérité, c'est que cette rupture, c'est la plus belle preuve d'amour que je n'aurai jamais pu lui donner si nous ne nous étions pas séparés. Lorsque je l'ai rencontré, il avait des envies de voyage plein la tête et des étoiles pleins les yeux. C'est d'ailleurs ce qui m'a plu chez lui. Il était tellement différent de moi. J'aimais son coté aventurier, j'aimais vivre milles vies à travers ses envies tout en restant dans le cocon réconfortant de mon appartement. Comme il me le disait souvent lorsqu'il en venait à se remémorer notre rencontre « j'ai raccroché mon sac à dos quand tu m'as accroché avec ton sourire ». Nous avons un peu voyagé les premiers mois de notre idylle. Lui qui avait l'habitude de partir sur des coups de tête préparaient nos voyages avec la minutie d'un chef d'orchestre pour que je puisse les vivre sereinement. Et puis je suis rapidement tombé enceinte. Neuf mois plus tard, notre petite Chloé à vu le jour et notre avenir s'en ai retrouvé tout tracé, jalonné de couches-culottes, de rires d'enfants et d'albums de famille. Nous avons été heureux tout les trois, mais j'ai toujours su que malgré tout l'amour que mon mari nous portait à toutes les deux, quelque chose s’était brisé au fond de lui. Ses rêves de gosses s'étaient envolés lorsqu'il avait choisi aux détriment des siens les rêves de sa gosse.
Maintenant Chloé à presque vingt ans. Elle vit sa propre vie qu'elle écrit, elle aussi avec des envies plein la tête. Pour ça elle tient bien de son père. Alors c'est à lui maintenant de décrocher le sac à dos et de repartir à la poursuite de ses rêves bien trop longtemps ensevelis. Je n'aurai pas eu les épaules pour l'accompagner dans ses envies de conquête du monde et je sais qu'il ne m'aurai jamais demandé de le faire. Il aime l'imprévisibilité de la vie. Comment aurai-je pu le combler, moi qui ne peux pas me vivre sans le côté rassurant de la routine ?
Chloé me donne de ses nouvelles de temps en temps. Il est au Pérou en ce moment. Je ne suis pas étonnée qu'il ai choisi cette destination en premier, il m'avait tant parler de la beauté du Machu Picchu.
Oui j'ai sacrifié mon rêve de vieillir aux cotés de l'homme que j'aime, mais je suis heureuse aujourd'hui. Par mon sacrifice je lui ai rendu les étoiles qu'il m'avait offert.
Par amour, je lui ai rendu sa liberté.