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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La poutre

Auteur Sujet: La poutre  (Lu 1856 fois)

Hors ligne camdailclot

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La poutre
« le: 05 Octobre 2009 à 15:09:27 »
Un soir de déprime, un peu trop abusé de la dive bouteille sans doute
Bof, nous n'avons qu'une vie

La poutre


      La porte du bar se referma derrière moi avec un claquement sourd. Devant moi tout avait changé. Le trottoir ondulait comme une vague. Je m'appuyais sur le réverbère pour garder un semblant d'équilibre. Ces mouvements du sol me donnaient la nausée. La rue avait disparue, un gouffre béant l'avait remplacée. Je me penchais pour voir, j'avais le vertige. Il n'y avait rien, rien que le vide, un vide impénétrable où toute lumière se perdait. Il me fallait traverser pour rentrer chez moi. L'autre bord était beaucoup trop loin pour pouvoir franchir la distance d'un bond. Et quand bien même, je n'aurai pas été en état de le faire. Il fallait trouver un pont. Un peu plus loin il y avait un feu rouge, l'ancien passage piéton était remplacé par une poutre blanche tendue au dessus du vide. Je lâchais précautionneusement le réverbère, et je me dirigeais vers ce pont de fortune. Le sol tanguait de plus belle et moi aussi, j'avançais irrégulièrement. Le gouffre m'attirait, je devais faire mille efforts pour ne pas y tomber. Une bouffée nauséeuse me submergea, un hoquet violent me secoua, je me mis à vomir devant moi, j'enjambais la flaque nauséabonde fis deux pas en déséquilibre et tombais à quatre pattes à un mètre du feu et de la poutre. Ma bouche et ma gorge me brûlaient. Je toussais, je soufflais, j'avais chaud et froid, je grelottais d'un extrême à l'autre. Je marchais à quatre pattes jusqu'au bord du précipice, je laissais mes yeux s'accoutumer à l'obscurité. Je finis par les voir tout au fond, tapis dans l'obscurité, entremêlés comme la chevelure d'une gorgone. Des milliers de serpents jaunes et noirs gorgés de venin mortel. Ils tendaient vers moi leur tête triangulaire et sifflaient en agitant leur langue fourchue. J'eus plusieurs frissons et une sueur glacée perla entre mes épaules. Je rampais jusqu'à la poutre, me redressais en m'agrippant au poteau du feu rouge. Pas de doute, trop étroite pour y marcher à quatre pattes, assez large pour tenter d'y marcher debout, la poutre était ma seule issue. Je respirais à fond, fermais les yeux un moment pour me concentrer, puis je me lançais.
   Le vent se leva d'un coup, sifflant entre les rues et les venelles, je mis un pied sur la poutre, je tenais bon, un deuxième pas plus chancelant, un troisième très hésitant, impossible de revenir en arrière. L'angoisse me serrait le cœur. Les rafales de vent s'accentuaient, à chaque fois je vacillais un peu plus. Je n'avais plus le courage de faire un pas. Une nuée d'oiseaux sombres se profila entre la rangée d'immeubles, elle tournoyait comme une tornade dans un bruit d'orage. Elle se dirigea soudain vers moi m'évitant au dernier moment. Je perdis l'équilibre et commençais à tomber très lentement. Mon estomac se contracta et je vomis à nouveau. Je fus retenu au dessus du sol par une immense toile d'araignée. Je voyais sous moi les serpents s'agiter frénétiquement, je serrais convulsivement les fils de la toile, elle se mit à trembler, je levais la tête, une gigantesque épeire diadème s'avançait vers moi en agitant ses mandibules. J'essayais en vain de hurler, aucun son ne sortait de ma bouche. Les oiseaux revinrent, l'araignée prit la fuite, les oiseaux déchirèrent la toile, je m'agrippais à elle, je fus projeté sur la paroi et perdit connaissance lorsque ma tête heurta la roche.
   Je ne sais combien de temps plus tard je me réveillais dans une pièce étroite et sombre, ça sentait l'urine et le vomis. Je mis un moment à me relever, j'avais terriblement mal au crâne, devant moi il y avait une grille métallique, la porte était ouverte, je suis sorti en me tenant aux murs pour ne pas tomber, j'arrivais dans une vaste salle éclairée par des néons blafards, en cercle devant moi il y avait trois hommes à  tête de hyène. De la bave blanche perlait à la commissure de leur babines. Lorsqu'ils se sont jetés sur moi je n'ai pas eu le temps de faire un geste. Mon âme s'est détachée de mon corps, j'ai vu les monstrueuses créatures lacérer ma chair de leurs crocs avides, il y avait du sang partout, mes os d'une blancheur incroyable étaient éparpillés sur les lambeaux de mes vêtements.
   Là où je suis maintenant il ne peux plus rien m'arriver de fâcheux. À moins bien sûr que je me réveille.
amoureux de littérature et de musique
musicien de jazz, voyageur, aquarelliste
théâtreux par moments
aime la vie
timide et imaginatif
très (trop) sensible

Hors ligne Kathya

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Re : La poutre
« Réponse #1 le: 07 Octobre 2009 à 14:16:37 »
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La porte du bar se referma derrière moi avec un claquement sourd. Devant moi tout avait changé.
Je n'ai pas trouvé la tournure du "derrière moi" / "devant moi" très élégante.

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La rue avait disparue, un gouffre béant l'avait remplacée.

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je me mis à vomir devant moi,
"Se mettre à" me gêne, c'est une action tout de même assez spontanée. "Devant moi" me semble une précision superflue car frôlant le pléonasme.

Citer
tombais à quatre pattes à un mètre du feu et de la poutre. Ma bouche et ma gorge me brûlaient. Je toussais, je soufflais, j'avais chaud et froid, je grelottais d'un extrême à l'autre. Je marchais à quatre pattes
Répétition.

Ce texte me laisse perplexe.  :o
De deux choses l'une, soit le narrateur a abusé de la bouteille et d'autres substances illicites, ce qui justifie sa démarche douteuse et ses hallucinations, et il n'y a rien à comprendre, soit j'ai rien compris.  :D
Bon j'avais bien une explication tordue comme toujours, genre quand il se réveille dans la pièce, la grille aurait pu correspondre à la toile qu'il avait imaginé, etc... mais mon explication globale du texte vire ensuite au n'importe quoi.
Il se peut également que ce malheureux narrateur vive dans un univers peuplé de bestioles bizarres, auquel cas il manque une vraie fin et quelques approfondissements.  ><
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

pehache

  • Invité
Re : La poutre
« Réponse #2 le: 07 Octobre 2009 à 20:59:32 »
A mon avis, ça commence plutôt bien. Même si la sueur glacée qui perle, etc. me semble bien convenue.
Le deuxième paragraphe me semble plus faible. Un peu trop d'adjectifs sans surprise. Les passés antérieurs, un peu "décalant", si j'ose dire.

   "Je ne sais combien de temps plus tard,,, je me réveillais dans une pièce étroite et sombre, ça sentait l'urine et le vomI. "
"j'arrivais" - est-ce le bon temps ?
blanche perlait à la commissure de leurS babines.
Lorsqu'ils se sont jetés sur moi je n'ai pas eu le temps de faire un geste. Mon âme s'est détachée de mon corps, j'ai vu les monstrueuses créatures lacérer ma chair de leurs crocs avides, (Là, par e'xemple, pour les adjectifs...)
" il y avait du sang partout, mes os d'une blancheur incroyable,,,"
les lambeaux de mes vêtements. (ou des lambeaux ? ou de mes vêtements en lambeaux?)
   Là où je suis maintenant,,, il ne peux plus rien m'arriver de fâcheux. À moins bien sûr que je me réveille.

 


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