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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La mort en face

Auteur Sujet: La mort en face  (Lu 1279 fois)

Hors ligne OnceUponATime

  • Tabellion
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La mort en face
« le: 20 Juin 2017 à 14:49:58 »
Bonjour à tous!

Je vous présente un texte du recueil "Tranches de vie". Tranches de vie, c'est avant tout des personnages que l'on croise et qui, l'espace d'un instant, nous laisse entrer dans leurs univers, nous parlent de leurs vies, de leurs ressentis sans y mettre de filtre. Avec l'incisif du scalpel ils nous offrent des tranches de leurs vies. Parfois cynique, parfois drôle, parfois émouvant. Tout le temps tranchant...



La mort en face

La mort me faisait peur.
Vous allez me dire que c’est normal, on a tous peur de la mort. Mais moi j'en avais excessivement peur. Maladivement même je dirai.
Vous par exemple, vous la craignez mais sans vraiment y penser au quotidien. Vous savez que ça peut arriver, que ça rend triste, que ça fait pleurer -enfin si ce n’est pas la votre évidement- et puis c’est tout, vous ne vous en rendez pas malade pour autant.
Moi c’est différent. La mort m’obsédait, je pensais à elle tout le temps, je me disais qu’elle pouvait surgir à tout moment.
Un peu comme si vous aviez la sensation d’être suivi. Vous vous retournez régulièrement et vous ne voyez personne. Mais vous savez qu’elle est là, qu’elle vous observe, et qu’elle peut vous barrer la route à tout moment. Sans prévenir, après avoir passé des années à vous suivre sans rien dire.
Je suis sure que parfois vous l’apercevez de loin mais vous faites votre petit bonhomme de chemin, paisiblement. Oh vous l’avez bien vu en choper un ou deux de temps en temps, des personnes très proche même. Mais comme on dit, « ça n’arrive toujours qu’aux autres », alors vous faites comme si elle n’était pas là. Et puis un jour :
 PAF ! Elle est devant vous.
Et là vous vous sentez bien con d’avoir passé des années à faire comme si elle n’existait pas. Vous vous dites que si vous aviez fait un peu plus attention à elle, peut être que vous ne vous seriez pas retrouvé sur son chemin.
Oh ne vous inquiétez pas, vous n’aurez pas à penser longtemps. Elle vous regardera avec ton petit sourire narquois et elle vous aura réglé votre compte avant même que vous ayez eu le temps de comprendre ce qui vous arrive
Mais bon figurez vous qu’il n’y avait pas que ma propre mort qui me faisait peur. Bien que ce soit déjà assez pénible comme ça j'en conviens. Celle des autres aussi me tétanisait.
Enfin celle des personnes que je connais, entendons nous bien. Non pas que je manque d’empathie au point de me moquer du malheur des inconnus, mais bon reconnaissez quand même qu’on ne peut pas être ému de la même manière par la perte d’un être cher que par celle d’un pauvre homme à l’autre bout du monde. Et heureusement d’ailleurs. Imaginez l’ambiance en famille le soir devant le journal télévisé. 
Mais en ce qui concerne les gens de mon entourage, j’avais même presque plus peur de leur mort que de la mienne. Bon d'accord, vous me mettiez un cercueil, même vide, et un Ave Maria, et je pleurais à coup sûr, c’était par réflexe. Mais il n’empêche que la mort des personnes qui m’entourent me dérangeait vraiment.
 Moi, après tout, je me disais que je ne serai plus là pour me rendre compte de quoi que ce soit le jour de ma mort vu que de fait, je serai mort. Si, je m'en aperçevrait peut être les 15 dernières secondes de mon état de conscience et puis c’est tout. Ça me rassurai un peu de le penser.
 Alors que les autres, on a une vie après leur mort. Parce qu'au moment de passer l'arme à gauche, vous ne pensez pas que vous allez laisser derrière vous des gens triste, des enfants abandonnés, des parents dévastés. Mourir c’est un peu égoïste quand même.
Et puis quand c’est une mamie d’un âge mûr qui en vient à mourir, ce n’est pas si grave. Enfin je veux dire par là qu’on s’était préparé à cette hypothèse. Du coup on pourra dire à l’enterrement qu’elle avait bien vécu, que son heure est venu et que, finalement, c’était mieux comme ça.  Et du coup, ça nous rassurera un peu, on se sera un peu convaincu que la mort été légitime, on aura dédramatisé un peu la situation. La mort ne paraîtra plus à ce moment là comme une faucheuse aveugle qui s’est jeté sur la route d’une pauvre petite vieille mais plutôt comme, en quelque sorte, le vétérinaire des personnes âgées. « Oui elle souffrait trop, on a préféré la faire piquer. Merci docteur. Vous savez elle nous manquera on l’aimait bien. ».
 Mais la mort c’est bien plus vicieux que ça. Vous en connaissez beaucoup vous des gens pour lesquels on peu dire que la mort était légitime ? Non la mort est une perverse, une sadique, une raclure. La plupart du temps elle vous chope quand vous ne vous y attendais pas.
PAF ! Un accident de voiture à 20 ans !
PAF ! Une crise cardiaque à 45 ans !
PAF ! Une fausse couche !
Même parfois dans des lieux où vous ne vous attendiez pas à la voir débarquer. Vous vous réveillez, vous êtes encore un peu endormi mais comme beaucoup de gens au réveil en premier vous devez vider votre vessie. Vous entrez donc dans les toilettes la tête encore un peu embrumée et vous ne voyez dessuite que le WC à fui durant la nuit et que le sol est recouvert d’eau. Vous vous en apercevez au moment où votre pied glisse malencontreusement sur le carrelage. Malheureusement vous n’êtes pas encore assez réveillée pour avoir le reflexe de vous rattraper.
PAF ! Rupture des cervicales sur le rebord de la cuvette !
Et dans ce genre de situation en plus d’être mort vous perdez toute votre dignité à être découvert deux heures plus tard par la femme de ménage, la tête dans la cuvette et le cul à l’air.
Parfois la mort, elle prévient un peu quand même qu’elle va vous tuer. Juste histoire de rigoler.
Un cancer, une maladie génétique…
Un truc dont on ne se doute que de toute façon on ne sortira pas vivant. Mais on espère quand même, parce que de temps en temps, histoire que ça soit encore plus drôle, elle en épargne un ou deux sur le lot. Juste histoire de faire encore plus espérer les autres.
J’ai essayé d’aller voir un psy pour vaincre ma phobie. Oui je parle de phobie parce qu’à la fin j’étais arrivé à un point où je ne dormais même plus. Je me disais que comme ça, si jamais elle arrivai au beau milieu de la nuit, j’aurai peut être une chance de m’en apercevoir et de l’éviter. J’ai appris que cette phobie avait un nom d’ailleurs. On appelle ça la thanatophobie. Mais bon mis à part avoir appris son nom, comme je m’en doutais avant d’y aller, ça n’a absolument rien changé à mon cas.
Mais il parait qu’il faut soigner le mal par le mal.
Oh non je n'ai pas fait de tentative de suicide, ne vous inquiétez pas. Je ne suis vraiment pas assez courageux pour ça et puis en plus ça aurai été lui donner raison.
Non, non, j’ai une autre méthode bien plus efficace. Mon petit facteur aujourd’hui, ça fera le sixième. Un par mois.
Un jeune homme charmant en pleine fleur de l’âge. Ça faisait des semaines que je l’avais programmé. Comme pour les autres. J’ai commencé il y a six mois par ma voisine de palier. Vraiment par hasard d’ailleurs je dois dire, j’ai loupé la première marche de l’escalier et j’aurai du louper par conséquent toutes les autres aussi mais heureusement, elle était là. Elle revenait des courses et était très chargé. Ça ne l’a pas aidé. Elle est morte sur le coup. Hémorragie interne suite au choque de sa boite craniène contre l'ange de la dernière marche. En tout cas moi j’ai de suite été soulagé. Déjà parce que je ne m’étais pas fait mal bien sûr, mais surtout parce que j’avais l’impression tout à coup d’avoir comme un poids qui s’était envolé. Miraculeusement, après des mois d'insomnie, j'ai dormi comme un bébé ce soir là. Et puis je me suis souvenu de ce dicton « on a peur de ce que l’on ne connaît pas ».
Alors j'ai continué. Consciemment cette fois-ci. Ma deuxième victime je dois avouer que je l'ai un peu bâclé. Le manque d'expérience. Je l'ai choisi dans la rue un peu tard dans la nuit. J'ai repéré une proie facile, un peu chétive. C'était une femme d'environ 1m60, 50kg, une jolie brune qui marchait d'un pas pressée. Je me suis de suite dit que c'était la victime idéale parce qu'elle n'avait pas l'air très rassurée d'être seule à cette heure tardive, du coup elle serait plus facile à effrayé et la peur, ça paralyse. Et puis quitte à ce qu'elle ai déjà peur, autant lui donner raison. Je l'ai suivi sur un bon 200mètres, j'ai attendu qu'elle entre dans une ruelle qui me paraissait déserte et je lui ai planté un couteau dans le dos à 6 reprises. Elle n'a pas eu le temps de hurler, juste d'ouvrir de grand yeux, sûrement à cause de la douleur et de l'effet de surprise, et elle s'est écroulée sur le trottoir. Là où je n'avais pas été très malin c'est que je n'avais pas prévu d'affaires de rechange et que j’étais couvert de sang. Même de nuit, traverser la nuit ensanglanté, ça n'est jamais une bonne idée. Heureusement tout s'est bien fini. Du moins pour moi.
Mais depuis je suis plus consciencieux et prend le soin de préparer mes meurtres dans les moindres détails.
J'en ai actuellement deux en cours de préparation : une pendaison et une électrocution dans une baignoire façon Cloclo. Et bien sur ma plus grande fierté : un incendie.
Attention là je vise gros ! Au moins vingt à cinquante personne ! En plus tout le monde va paniquer, se demander si c'est un attentat, la ville va être sans dessus dessous. Non, ça va être génial ! J'avais pensé dans un premier temps à l'attaque à la bombe mais ça fait trop plagiat, pas assez frais, novateur. Alors qu'un meurtre collectif dans un incendie, je n'irai pas jusqu’à dire que c'est de l'inédit, mais ça ne s'est pas vu depuis un bon bout de temps en tout cas. En plus le contexte n'est pas le même, avant on cramait des sorcières, des religieux dans des églises, c'est tout à fait autre chose. Bon par contre niveau organisation je ne vous dit pas à quel point j'en bave là. Non mais parce qu'on croit qu'on se lève un matin en se disant « tient aujourd'hui je buterai bien une ou deux personnes ». Non ! C'est bien plus compliqué que ça ! Si vous ne voulez pas vous faire démasquer, il faut penser chaque secondes du scénario, réfléchir à chaque détails, chaque emprunte, chaque preuve à conviction potentielle. On dit souvent que les tueurs en série sont des personnes très intelligentes, c'est vrai bien sur ! Mais je pense en toute bonne foi que certaines personnes au QI moins élevé essaient de le devenir, sauf qu'elles ne doivent sûrement pas passer le cap du deuxième meurtre. Pas assez d'organisation, d'analyse de leur travail. Elles doivent être trop fouillis et se font pincer de suite. Du coup vu qu'il faut minimum trois meurtres pour avoir le titre de tueur en série, elle n'entre jamais dans cette catégorie là. Eh oui, ça demande un vrai travail pour en arriver à ce degrés de perfection sans se faire attraper ! Il paraît que chaque tueur en série a ce que l'on appelle une signature. Ça serai quelque chose de conscient ou d'inconscient que l'on retrouve dans chaque scène de crime. C'est pour cela que je varie les modes opératoire, c'est plus compliqué pour faire un lien.
Bon j'ai quand même un petit rituel, mais il est très discret. Ils ne risquent pas de la trouver cette signature. Du moins tant que mes meutres réussissent et que mes victimes sont bel et bien morte.
Avant chaque crime, quand je me retrouve face à mes victimes, avant toute chose, je leur raconte mon histoire.
La vérité est dans l'imaginaire

Hors ligne OnceUponATime

  • Tabellion
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Re : La mort en face
« Réponse #1 le: 20 Juin 2017 à 21:47:29 »
Merci pour ta réponse Lila,

Je t'avouerai que faire peur n'ai pas le but du texte mais contente que ça t'ai plu en tout cas. Il n'y aura pas de suite puisque c'est juste un monologue et les autres monologue du recueil ne parlent pas du même sujet.

En tout cas merci pour ton opinion!

Once
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Hors ligne Amy M

  • Scribe
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Re : La mort en face
« Réponse #2 le: 20 Juin 2017 à 22:33:20 »
Un texte plein de fantaisie et d'humour. Trompeur aussi puisqu'on s'attend aux considérations de monsieur tout le monde sur la mort et on se retrouve avec un tueur en série (plutôt attachant d'ailleurs - j'y ai vu un côté Dexter). On réfléchit à ce qui peut faire basculer quelqu'un et le faire passer du côté obscur. On se remémore ses propres pensées sur la mort aussi,  les tristes comme les non avouables (non non je ne suis pas une tueuse en série refoulée - enfin je crois pas).

Merci pour ce partage :)


Hors ligne txuku

  • Calame Supersonique
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Re : La mort en face
« Réponse #3 le: 21 Juin 2017 à 11:07:35 »
Bonjour

J ai trouve ton texte bien ecrit et articule pour ma part ! :)

Et cette solution de transformer une thanatophobie en thanatophilie m a fait sourire. 

Merci a toi ! ;D
Je ne crains pas d etre paranoiaque

"Le traducteur kleptomane : bijoux, candelabres et objets de valeur disparaissaient du texte qu il traduisait. " Jean Baudrillard

Hors ligne Sophie131

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Re : La mort en face
« Réponse #4 le: 21 Juin 2017 à 11:54:15 »
J'adore ton texte  :coeur: bien cynique comme il faut  ;)

Hors ligne OnceUponATime

  • Tabellion
  • Messages: 52
Re : La mort en face
« Réponse #5 le: 22 Juin 2017 à 00:24:17 »
Merci beaucoup pour vos réponses plus qu'encourageante!

A bientôt j'espère dans de nouveaux post!
La vérité est dans l'imaginaire

Hors ligne Scapula

  • Scribe
  • Messages: 74
Re : La mort en face
« Réponse #6 le: 22 Juin 2017 à 13:47:28 »
Eh bien... Quel revirement ! J'ai beaucoup aimé, je trouve que la bascule entre la phobie et la folie est très bien amenée, on a une belle transition. Continue comme ça, c'est chouette comme tout  :P
"Les grilles s'ouvraient sur mille rosiers rose pâle, sur de hautes falaises inclinées d'ormes, de frênes et de marronniers ensoleillés, et un ciel bleu, ô combien bleu". Jonathan Strange & Mr Norrell.

 


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