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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Zébrure

Auteur Sujet: Zébrure  (Lu 701 fois)

Hors ligne Welaïr

  • Buvard
  • Messages: 5
Zébrure
« le: 30 Mars 2017 à 11:25:53 »
J'attends fébrilement que l'homme devant moi finisse de parler avec le réceptionniste. Il a un problème avec la clé de sa chambre. Pour la troisième fois. On utilise des clés magnétiques dans cet hôtel, il arrive qu'elles n'aient plus aucune efficacité. Je n'ai pas envie de m'attarder dans ce hall, même s'il représente tout le luxe qu'on peut rêver d'avoir. Je suis pressé, je veux aller m'isoler dans la foule des rues de Paris, sentir les odeurs de la ville, voir les couleurs de la diversité. Écouter le trépignement de l'agitation aussi, et palper l'air de la ville. Je suis venu ici pour me ressourcer, las des préoccupations de la vie. Mais avant d'aller fouler les pavés et virevolter au fil des rues, je dois régler la chambre.
Enfin, c'est à mon tour. Que puis-je pour vous? Effectuer le règlement? Bien sûr. Ça vous fait 900 euros Monsieur. Évidemment, 300 euros la nuit. Je n'avais même pas regardé le prix avant de venir. Je paye, range ma carte dans mon portefeuille. Je relève la tête, une silhouette attire mon regard.
Elle est là, descendant l'escalier monumental de l'hôtel. Toujours plus belle. Toujours autant d'aisance, autant de charisme. Elle déambule le long des marches. Elle porte une robe qui lui arrive juste au dessus des genoux, qui lui cintre la taille. Elle est parsemée de zébrures et les zébrures ondulent autour de son corps, suivant le mouvement du tissu.
Quelle fatalité de la trouver ici, en même temps que moi. Une secousse, voilà ce que c'est. J'ai subi un choc en la voyant, les souvenirs ont refait surface avec plus de rapidité qu'ils n'avaient mis à s'éclipser. Je suis enchaîné à l'amour que je lui portais. Ou que je lui porte encore ? Je ne sais comment expliquer le flot d'émotions qui me traverse, la voir est tel un coup de poignard. Douloureux. Je connais d'autres douleurs, mais celle-ci me consume. Elle me dévore de l'intérieur et ne laissera qu'une coquille vide, que je mettrai des mois à remplir. A chaque fois cela se passe ainsi. Inévitable. Je la vois et je meurs à petit feu, ranimant toutes les blessures de notre liaison passée, à laquelle je ne peux plus me raccrocher. Mon cœur est un brasier naguère alimenté par l'amour et entretenu par les souvenirs. Je me sens chanceler. J'imagine quelles expressions se dessinent sur mon visage. Étonnement ? Tristesse ?
Elle continue de descendre, elle s'apprête à sortir. Je suis sur le chemin menant à l'extérieur. Nos regards se croisent, je suis repéré. Nouvelle décharge d'émotions lors de ce contact visuel. Ressent-elle la même chose ?
Elle passe à côté de moi. L'odeur de son parfum fruité me parvient. Je me remémore sans le vouloir celle de sa peau. Chacun de mes sens est en éveil à son contact.
Elle est sortie, sans s'arrêter. Ma raison me dit de l'oublier, comme toujours, pour toujours. Je ne sais si j'y arriverai. Il est certain que je me souviendrai encore longtemps des zébrures de cette journée.
Elle me manque.

 


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