Pinocchio était-il socialiste ?
Voila une question qui depuis l'adolescence me taraude. Certes pas en ces termes où se devine la patine des études et réflexions universitaires. Mais protégés de l’idéologie dans notre armure d'expériences, écartant la démagogie de notre bouclier de culture, c'est ainsi qu'elle se doit d'être posées aujourd'hui; à vous adultes consentants, à nous adultes consentis : Pinocchio était-il socialiste ?
(Aparté - S'entend ici par "Socialisme" la conception théorique imaginée par ce philosophe et historien Allemand dont les idées utopistes, sans doute mal comprises par de futurs adeptes voulant les mettre en pratique, sont à l'origine de millions de pauvres et de morts de part le monde. Il est à ce titre intéressant de rappeler que notre barbu de teuton utilisait dans son œuvre autant les termes "socialisme" que "communisme". Point n'est ici donc question de ces courants modernes dont les maquillages publicitaires cachent l'incompétence de leurs dirigeants qui se soucient plus de leur personne et de leur clientèle que du "bien social". Un comble ! - Fin d’aparté)
Si l'on sait les Nains résolument capitalistes, à partir ainsi en "compagnie" chaque matin (samedi et dimanche compris) afin d'exploiter leurs mines; si l'on sait Le Grand Méchant Loup proche des idéaux d’extrême droite, à manger des Grand-Mères ou souffler des maisons (des porcheries !), on sait assez peu de chose des tendances et sympathies politiques de bien des autres personnages de notre enfance. Passées les instables et opportunistes jeunes filles qui d'un milieu à l'autre passent sans qu'en soit le moins du monde atteint leur conscience et intégrité morale, que savons nous donc ?
(Aparté - Afin de ne pas perturber les royaumes aux destinées desquels elles "président" dorénavant, il a été fait le choix de ne pas citer nommément ces girouettes. Sachez juste que l'une a "les cheveux couleur de cendre" et l'autre "la peau couleur de neige"; je n'en dirais pas plus. - Fin d’aparté).
Nous reste "Prince Charmant", ce bellâtre à dos de pur-sang, agité par l'auteur afin de justifier un côté masculin dans une histoire qui devenait par trop féminine, prétexte à une "fin heureuse" mais que d'aucuns qualifient de centriste, qui de gauche, qui de droite, tant ses actions sont ténues, ses paroles sommaires et sa présence charismatique.
(Aparté - Il est intéressant de noter que dans un monde où la pauvreté le disputait à la maladie et dont l’espérance de vie avoisinait 30 ans, la "fin heureuse" de ces contes passait invariablement par mariage et force d'accouchements.
Que l'on me damne si je faillis mais, sans même aborder l'immoralité de l'union forcée pour raison "politiques, comment considérer comme heureuse une fin qui sous-entend au sein d'un royaume moult guerres et massacres fratricides pour s'assurer la maitrise du pouvoir ? Il est un fait indéniable, moteur de bien des crimes : plus un roi a de frères, plus sanglant sera son règne.
Conditions historiques, situations conflictuelles : un tant soit peu de jugeote aurait dû pousser les conteurs à d'autres perspectives que celles bien trop souvent annoncées comme "heureuses". - Fin d’aparté).
Ayant fait le tour de certains des plus célèbres personnages de nos contes, sans y trouver à vrai dire plus de politique que de raison, penchons-nous dorénavant sur le propos qui nous occupe au premier chef et la raison première de la présente réflexion : Pinocchio était-il socialiste ?
"Répondre c'est analyser" avait l'habitude de dire mon percepteur; et c'est donc par l'étude que nous allons essayer d'apporter réponse. Pour ce faire, il convient de distinguer le héros Collodiste dans son contexte, ses actes et ses paroles.
1) Le Contexte
Geppetto est pauvre. A l'époque de Pinocchio, toute l'Italie est pauvre, plus proche du moyen-âge que des temps modernes.
(Aparté - A titre d'illustration, rappelons que Geppetto vit dans une "maison" d'une pièce dans laquelle "brûle" une cheminée en trompe-l’œil. Si ce n’est pas là signe de misère... - Fin d’aparté)
Geppetto est si pauvre que ça n'est même pas lui qui acquiert le bois dont il projette de faire un pantin. Ce bois lui sera donné par son ami Maître Cerise, qui, il faut le préciser, en avait une peur bleue de l'avoir entendu parler.
(Aparté - Maitre Cerise ainsi appelé de par la pointe de son nez, toujours rouge (socialiste ?) et brillante (ah non). Quant à Geppetto, "Polenta" est le surnom dont les enfants l'affublent, se moquant ainsi de sa perruque jaunâtre. - Fin d’aparté).
(Aparté - "Une peur bleue" qui ira jusqu’à changer la couleur de son nez. - Fin d’aparté)
Geppetto emmènera la buche, d'un bois dur mais quelconque, et de ses mains fabriquera la marionnette de ficelle et bois qui plus tard deviendra garçon de chair et d'os.
(Aparté - Il convient de s'arrêter ici quelques instants. Personnellement, j'ai toujours été très intrigué par ce besoin, cette envie d'avoir un fils; et d'autant plus de la part d'un vieux bonhomme, sans ressources,... ni épouse. Demandez à n'importe lequel de nos ainés encore en age de copuler s'il préférerait vivre "gratuitement" dans un harem ou un orphelinat. Que croyez-vous qu'il répondra ? Un fils ! Un Geppetto, sans Geppetta, qui veut un Geppetit. N'y aurait-il pas là quelques allusions de nature immorales, des tendances par trop viles pour les clairement présenter ? Je me le suis souvent demandé.
Comme je me suis souvent interrogé sur le bonheur que pouvait avoir Heïdi de vivre auprès d'un grand-père bourru et taciturne. Et de l’intérêt "champêtre" que manifeste son ami Peter pour ses chèvres. Des questions, encore des questions... - Fin d'aparté)
Misère, Père, Unique : voilà sommairement posé le cadre, le "matérialisme social" cher à notre Karl. C'est dans ce contexte qu'évoluera Pinocchio, et c'est dans ce contexte que se forgera son caractère, ses idées. Ses convictions. Et c'est à l'aulne de ce contexte que l'on se doit d'observer et analyser ses actes.
2) Les Actes
Pinocchio est résolument mauvais : menteur, bien sûr, mais aussi désobéissant, ne sachant tenir ses promesses, vicieux. Il serait trop aisé de conclure à "socialiste" au regard de ces épithètes peu flatteurs. Mais les faits sont là : Pinocchio est ingérable, instable. Une plaie.
(Aparté - Collodi n'aimait pas les enfants, Collodi n'avait même aucun enfant et n'en a jamais eu. De l'aversion au conte, il ne faut pas chercher plus loin le caractère si noir de son héros de marionnette. - Fin d’aparté).
Pinocchio est une telle plaie que Collodi le fera d'abord mourir au bout du XVème chapitre, pendu pas des brigands qui en voulaient à son argent.
(Aparté - L'édition définitive du conte d'abord paru en épisodes dans un supplément pour enfants d'un quotidien romain comprend XXXVI chapitres - Fin d’aparté).
Mais la marionnette avait déjà touché le cœur de bien trop de bambini; aussi Collodi dût-il inventé... la Fée.
Au travers des différentes aventures de Pinocchio, il est un caractère qui constamment revient et anime le récit : sa faculté bien singulière de se retrouver dans les coups les plus fourrés, dans les situations les moins enviables.
Qu'on en juge par ses différents stades anthropomorphiques, par exemple : De marionnette, Pinocchio se retrouvera successivement obligé de faire le chien de garde, près d'être frit comme un poisson, transformé en âne, pour enfin, tout à la fin, humanisé sous les traits d'un petit garçon. Et que dire de ses ennuis judiciaires ?
Une telle instabilité physique, de telles déconvenues carcérales, n'est-ce-pas là le signe de penchants définitivement socialistes ? Il se peut.
Mais à ce stade de la réflexion, une incontestable et première conclusion s'impose : s'il est mauvais sans pour "nécessairement" être qualifié de socialiste, Pinocchio est con. Résolument crétin. Mais que pouvait-on attendre d'un morceau de bois, me direz-vous.
N'est-il pas simplement "innocent", "candide" ? La candeur n'excuse pas la bêtise, et à faire confiance à des filous qui vous ont déjà escroqué, on ne montre pas de la candeur, mais bien de la bêtise.
(Aparté - On dit d'un âne que jamais il ne trébuche deux fois sur la même pierre. Pinocchio, en plus de se bruler les pieds dans un feu (si faut pas être bête), saura faire montre d'une telle confiance en la supposée honnêteté de ses contemporains que ça en frise l'inconscience. Un trait particulier mais bien tangible de la bêtise, s'il en faut. - Fin d’aparté).
Pinocchio est donc mauvais. Et con. Mais est-il pour autant socialiste ? La réponse se cache peut être encore une fois dans ce que le conte a de plus pernicieux, de plus inavoué : sa relation au père.
La marionnette est bête, nous l'avons vu. Et de bêtises en bêtises, Pinocchio en revient chaque fois auprès de son père : qui de lui réparer (refaire) les pieds (ce pour quoi, il ira jusqu'à vendre son unique manteau), qui de lui donner son propre repas (et rester sur sa faim), qui de lui acheter un abécédaire (que Pinocchio revendra,.. pour aller au théâtre... de marionnettes).
On le voit, le pantin de bois est manifestement un assisté. Autant l'on ferait pour un enfant, autant l'on éluderai pour un jouet quelconque. Une fois, à la rigueur, mais trois ! Et c'est bien là que se trouve le trait propre au socialiste, le cœur et le fondement de l'utopie faite régime : l'assistanat. Et pour le coup, marionnette ou pas, il n'y a pas à tergiverser : Pinocchio est un assisté, profitant des uns (son père) et des autres (la Fée); comme il s'est vu lui-même exploité par tant de personnages rencontrés (Chat et Renard, Mangiafoco le marionnettiste, son "ami" La Mèche, le charretier, le directeur du cirque, etc.).
Nous avons là une marque essentielle, pour ne pas dire "capitale" du socialisme : au mépris du dogme, n'exploite pas des richesses, mais exploite des hommes. Alors une marionnette qui parle, pensez donc !....
3) Les Paroles
Difficile d'extrapoler les tendances politiques de Pinocchio au travers de ses paroles. L'on peut juste noter que promettre, mentir et parler de travers, et c'est bien là ce que fait Pinocchio, est une des caractéristique principale du politique. Qui n'a pas ce talent inné peut l'apprendre auprès de ces congénères politiciens, mais rien ne remplace l'aplomb et certitude affichées par l'homme politique naturellement doté de ce don et qui promet à ses concitoyens plus que de raison, utilisant pour ce faire tous les artifices du pathos, tous les registres de l'émotion. S'il est un comportement abject, c'est bien celui-ci.
De par l'histoire, les socialistes l'ont-ils plus utilisés que les autres ? C'est possible, tant leur utopie repose sur des mensonges (non, l'homme est foncièrement malhonnête, prêtres compris). Mais s'il s'agit là d'un élément supplémentaire pouvant confirmer ce que précédemment a déjà été soupçonné, soyez certain que pris à part et tout seul, ça n'est guère suffisant. Un rayon dans notre faisceau de preuves, dirons-nous, rien qu'un rayon.
(Aparté - Donner à sa marionnette tout juste née les mêmes facultés linguistiques et cognitives qu'à un enfant de 8-10 ans; c'est quelque chose qui m'a toujours profondément intrigué; une sorte d'appel à la révolte scolaire, à la grève des études. Un principe et une doctrine profondément "révolutionnaires" et insurrectionnels, mouvements populistes allégrement évoqués et encouragés par notre teuton de penseur... - Fin d’aparté.
Point besoin de s'étendre plus avant sur la recherche d'indices "socialisants" dans les locutions verbales exprimées par Pinocchio. De part ses actes, le pantin de lui-même a parlé. Et s'il est des circonstances atténuantes, c'est dans la conclusion de l'étude que l'on devra les trouver.
(Aparté - voir plus bas - Fin d'aparté)
4) La Conclusion
En trois partie et un, deux,.. huit,... onze, douze...
(Aparté - voir ici : non treize, histoire de gêner les plus superstitieux d'entre vous; et parce que 666 est un chiffre bien trop difficile à atteindre... - Fin d'aparté)
... Donc, en trois parties et treize apartés, nous avons ainsi parcouru, analysé et mis au détails les différents points du conte de Collodi devant nous permettre de trancher cette fâcheuse obsession et question d'origine : "Pinocchio était-il socialiste ? "
Et force est de constater que la réponse est positive. Assurément positive.
Eut-il vécu plus longtemps, eut-il bénéficié des bons appuis que Pinocchio serait devenu une autre Staline, un "Stalinocchio" (ou un "Pinocchine") ? Rien ne permet de l'affirmer. Et c'est même plutôt le contraire : s'il est un des travers socialistes que Pinocchio n'a pas, c'est bien le prosélytisme, ou son grand frère le despotisme. La dictature.
C'est que voyez-vous Pinocchio est un socialiste qui s'ignore. Et c'est là la beauté du conte, la morale du récit et ce qu'il nous faut retenir au-delà du sempiternel et discutable "c'est pas bien de mentir" :
A faire le mal sans le savoir, est-on vraiment coupable ?