(Hiver 2010)Souvent,
L'hiver manque.
Tranchant de ciel trop pur, fond de l'air qui ne se décide pas à me transporter de froid.
En moi tout s'étonne de n'être pas saisi. Je rêve, salement tiède, de refermer une main sur une poignée de neige. En attendant, dans des chambres perchées en haut d'un hôpital, je ne fais qu'effleurer la mort moite, la pétrir, la frotter doucement, pour faire couler sa terreur hors de vieilles âmes en phase de désincarnation. Parfois, mes mains peuvent.
Parfois pas.
Alors je referme la porte, et maugrée après ce ciel absurde, ciel souriant d'une bienveillance moqueuse à la fenêtre des mourants. Ciel-hors-de-question allongé de tout son long sur les toits, jamais blessé, jamais piqué, même si antennes-paraboles-cheminées... signaux-de-fumée.
Heureusement, les plafonds existent. On peut mourir à l'ombre même quand l'hiver manque, on peut refuser le soleil imperturbable d'une saison en retard.
Et puis je redescends. En marchant, je songe à mon antique dieu à barbe blanche, truffe humide et bonhomie profane, toquant sur le verre d'un baromètre. Soupire sans brume. Alors soupire encore. Se dit que la récolte des arbres à gel sera mauvaise. Aucun petit bourgeon sous zéro. Soupire, toujours. Jette un œil au ciel, comme moi. A-b-s-e-n-c-e.
Se demande pourquoi d'autres antiques dieux ne veulent pas laisser le monde s'engourdir.
Je continue à penser, crassement échaudée, à ma main sur la neige.
Fête : le jour où elle viendra, point de gant dans ma poche... il n'y a rien à protéger, en disette de froid.