Vous avez décrit avec justesse les (dures) réalités de ce pays que je connais que trop, où je vais plusieurs fois pas an.
Cette région du Sahel qui aujourd’hui subit régulièrement des attaques « terroristes », est oubliée du reste du pays. Personne ne veut aller là-bas, ni les médecins, ni les infirmières.
J’ai aimé la progression de votre texte. Les certitudes que vous affichées au début, les doutes et votre révolte à la fin.
Parce que votre texte est juste, il ne tombe pas dans le misérabilisme.
Je suis le plus souvent sur la capitale, à Ouaga, et on pourrait croire que cette ville bénéficie de plus de moyens que la brousse. Pourtant dans certains quartiers ou en périphérie, c’est aussi la brousse. Des femmes meurent dans les salles d’attente, en attendant la venue d’une infirmière qui l’aidera à accoucher sur un matelas mousse taché du sang de cent autres patients. Un jeune qu’on va amputer parce qu’il a trop attendu pour venir se faire soigner une plaie infectée. Et lorsque l’infirmier lui demandera : « Pourquoi tu n’es pas venu avant ? », il répondra : « Parce que vieux-papa n’avait pas l’argent ». (Oui, parce que pour se soigner il faut l'argent). Vieux-papa qui casse du granit dans la carrière de Pissy et qui est borgne d’avoir un jour tapé trop durement sur un bloc. Celui-ci a fini par se venger en lui projetant un éclat dans l’œil, etc. Il y a mille histoires comme celle-ci.
Heureusement que le Burkina n’est pas que ça, sinon j’aurai fini par me pendre.
Juste une anecdote qui est amusante et dramatique à la fois.
J’allais rendre visite à des amis à la fameuse carrière de Pissy (justement) et je rencontre Bernard. Je lui demande :
— Tu as des nouvelles d’Abdoulaye ?
— Oui, j’en ai.
— Et alors, il va bien ?
— Non, il ne va pas bien.
— Et qu’est-ce qu’il a ?
— Bah… il est mort.
Bonne journée,
Berth