Bonjour à tous ! Je tenais tout d'abord à m'excuser pour ma non-participation à la vie du forum. J'ai en effet beaucoup de projet en tête qui me prenne du temps sans compter mes études. J'avoue donc que je présente ici un texte en attendant plusieurs avis constructifs sans pour autant en avoir écrits énormément.

Bonne lecture !

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Le peintre macabre
J'ai bien peur de vivre en ce moment même mes derniers instants. J'entends ses pas qui résonnent sur le parquet. Il me cherche. Sous mon lit je me cache, en tentant de faire le moins de bruit possible. Des secondes interminables défilent sans que je puisse émettre le moindre son, car je suis sure qu'un simple de mes mouvement lui indiquerait ma position. Je n'ose même plus respirer tellement j'ai peur.
J'aperçois ses jambes au loin. Des pieds noirs velus, dont les ongles sont longs et pointus. Des jambes recouvertes par un pantalon blanchâtre très sale et très vieux, qui contraste horriblement avec l'atmosphère sombre de la pièce où nous sommes, ma chambre.
J'entends sa respiration, ou plutôt ses hurlements, je peux sentir son odeur corporelle qui me pousse presque aux hurlements de dégoût à chaque respiration calme que je tente de prendre pour ne pas suffoquer. Cette odeur est infecte et je pense qu'il n'y pas d'égal sur Terre.
Il se rapproche, il sonde chaque recoin de la pièce avec ses yeux que j'imagine vitreux. Il déplace avec lenteur chaque objet pour voir si je n'y suis pas caché derrière. Je m'attends, en pleurant, en silence, à le voir bouger mon lit et me retrouver devant son horrible visage, tétanisé de peur.
Étonnement, il fait le tour de mon lit en fouillant chaque endroit sans se préoccuper de ma cachette. L'attente pour qu'il sorte de cette pièce est insoutenable, mon cœur bat n'importe comment et je ne sais même pas comment faire pour m'en sortir si jamais il me trouve.
Un bruit résonne et brise le silence qui était roi jusqu'alors, il est si fort que mon sursaut fut camouflé, du moins je l'espère. Le bruit provenait d'un pot de peinture que le monstre, car oui, c’en est un, avait fait tomber de mon étagère. Un pot de peinture rouge vif, qu'il ramasse en se courbant tel un contorsionniste, je n'ose pas regarder son visage, je ne sais donc pas s'il m'a vu.
Un petit rire se fait entendre, celui du monstre. Un rire indescriptible que même le pire du film d'épouvante ne pourrait retranscrire. Il semblait émaner d'une centrale à vapeur rouillée, qui ne fonctionnait plus depuis des années et qui subitement subirait un dégagement de vapeur nauséabonde non prévisible.
Puis il fracasse le pot sur le parquet, manquant à le faire descendre au rez de chaussé tellement il fut projeté avec force, la peinture enduit le sol, elle coule aussi lentement que le monstre fouillait.
Il trempe ses doigts, oh mon dieu ses doigts ! Longs, plats, noirs et grouillants de vers blanchâtres vivants qui les entouraient tel des bagues, des bagues de pus et de mort. Il les trempe dans la flaque de peinture à la manière d'un enfant. Il bougea vite pour une fois. Et je prends peur une nouvelle fois en imaginant ce qu'il peut faire.
Mais je n'ai pas le temps de réfléchir car le pire des sons m'en empêche, celui d'un ongle qui gratte le mur, je distingue en regardant bien les petits bouts de tapisserie qui tombent et se noient dans cette peinture salie par les pattes de cet être immonde. Il retrempe ensuite délicatement l'un de ses ongles long et poilus dedans en en prélevant une infime quantité, tel une louche.
Je pense qu'il peint sur mon mur. Je ne prends pas de risque en émettant cette hypothèse. Sa lenteur me rend folle et l'idée de sortir de ma cachette pour bondir sur lui me vient à l'esprit. Mais l'autre idée de me retrouver face à l'un de ses vers puants me dissuade grandement.
Il termine son œuvre d'art en sautillant et s'en va précipitamment, en renversant tout ce qu'il touche, sur mon lit et il ne fait plus un bruit, je n'entends même plus sa respiration. C'est comme s'il n'était plus là.
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Des crampes me lancent de partout, je suis obligée de bouger sous peine d'empirer les choses. Je tends le bras, doucement, tout en prenant garde à ne pas le faire dépasser de sous le lit. Puis l'autre, puis les jambes, une par une, comme les bras.
Aucun bruit, plus silencieux qu'un désert sans vent. Une envie irrésistible d'uriner me met en panique. Je décide de tout lâcher, en espérant qu'une quelconque odeur ou flaque ne l'attire pas. Je me sens sale mais je ne pouvais rien faire d'autre.
Un désir naît subitement en moi comme une drogue, ma curiosité me pousse à découvrir ce qu'il a écrit sur ce fameux mur avec la peinture.
Plusieurs minutes de réflexion et je me mets à ramper plus lentement qu'un escargot. J’émets l'hypothèse qu'il s'est endormi. J'espère encore une fois qu'il ne m'entendra pas. Je veux juste voir ce qu'il a marqué, car sortir de cette pièce est impossible tant qu'il est là.
Ma tête sort enfin de dessous le lit. Je la lève, et un profond frisson me parcours la peau, mes poils se hérissent. Car je vois écrit sur le mur, à la peintre rouge dégoulinante, cette phrase suivante :
« Je sais que tu te caches sous ton lit »