Max est seul. Max est triste. Max est fatigué.
Max, cheveux ébouriffés d'un noir effrayant, des cernes creusés sous ses yeux vides et profonds, ses lèvres usées de ne plus sourire, habillé d'une chemise froissée et d'un pantalon trop grand pour lui, fixait cet homme, dans cette rue bercée par les lumières éclatantes des lampadaires.
Il fixe cet homme qui titube, une bouteille d'alcool à la main, un sourire d'heureux d'un soir sur ses lèvres, et les gestes imprécis d'une personne alcoolisée.
Max avait peur de terminer comme cet homme, avec comme seule tentation l'alcool et la drogue. Et rien d'autre. À attendre ou voler de l'argent pour pouvoir boire.
À attendre impatiemment le soir, pour se bourrer et oublier tous les problèmes.
Ce sont pour les faibles, pense-t-il.
Mais pourtant, Max n'est pas loin de succomber à cette tentation. Car il en a marre.
20 ans, ses problèmes qui pèsent plus que son propre poids, et aucune famille pour l'aider.
Alors il erre toute la journée dans la rue, à penser, à rêver, à observer toutes ces personnes, pressées, téléphone à l'oreille, mine fatiguée, mine agitée, mine heureuse, mine amoureuse, toutes ces personnes qui se bousculent, qui font leur vie, abritée par cette foule.
Toutes ces odeurs mélangées, ces sentiments, ces personnes...
Max adore cette sensation ; d'être caché par ce monde, si vivant, il adore cette sensation, de ne pas être jugé, de ne pas être montré du doigt, oh, il pourrait rester dans cette foule toute la journée.
Mais pour l'instant, Max résiste.
Alors il observe et s'apitoie sur ce pauvre homme bourré à ne plus pouvoir parler qui titube dans tous les sens et qui se rapproche de Max.
-Eeeh, Ga... Gammmin! T'es gentil toi hein?
Max haussa un sourcil et se demanda s’il était préférable de répondre ou non.
-Gammin, je dois faire pitié, hein. Regarde mmoi, ma gueule déechirée, on dirait un resssscapé d'une guerre hahaha!
À ces mots, l'homme tombe brutalement sur le sol, tel un gros amas de poussière réduit à rien.
Max de sa trop grande gentillesse naturelle se precipite à l'homme.
-Tu vois, gammmin, t'es trop g'til, j'en étais sûr. Allez, j'peux t'dmander un service?
Max hésita. Cet homme est bourré. Il n'est pas conscient de grand-chose...
-Ou...Oui, allez-y.
-T..Tu sais.. la vie.. c'te put..putain de vie...
Max souffla...
Encore un déprimé dramatique...
-La vie.. T'sais.. j'ai 70 piges... J'lai vécue c'te putain..de vie.. Et petit cons... conseil... Sois pas trop gentil Petit... Parcque ça se voit direct.. t'es trop gentil... Et complet perdu.. hein? J'ai pas raison? T'es perdu, tu l'sais toi même. T'es tout pâle, dis moi... Que ce qui t'arrives ?
Max blêmit. Cet homme arrive à lire en lui comme dans un livre.
-Allez, bouges toi. Tu dois avoir 20 ans même pas. T'a toute la vie devant toi... Et tu sais je suis peux-être bourré mais ça se voit direct que tu passes ton temps à te morfondre... Bouges !
Max commença à s'énerver intérieurement. Depuis quand un bourré peut lui donner des conseils ?
-Je n'ai absolument pas besoin de conseil. Surtout pas de votre part. Je suis très bien dans ma vie, au contraire de vous.
L'homme éclata d'un rire gras et fort, ce qui donna un mouvement de recul à Max.
-Si tu t'arrête et me trouve pitoyable car je suis bourré... Je peux rien faire pour toi mon petit. C'est toi qui fait pitié, tu ssais... Si je croise un gamin comme toi dans la rue, la mine fatiguée, limite qui a envie de se suicider tu vois, je peux t'assurer que j'aurais aussi pitié que toi à ce moment. Tu sais, tu n'es pas parfaiit, moi non plus. Aloors, essaie de ne pas juger seulement à mon humeuur de ce soir, bourré comme je suis, car sinon je pourrais très bien jugé que toi t'es un pauvre suicidaire, gamin.
Max ne savait pas comment réagir. Les paroles de cet homme lui faisait l'effet d'une flèche en plein cœur, douloureuse et vraie. Les paroles de cet homme lui faisait faire penser à pleins de choses différentes. Et si c'était vrai? Et s’il ressemblait à un suicidaire ? Et s’il faisait Pitié?
Il rugit intérieurement. Non, il ne peut pas faire pitié. Non! Il a bien trop souffert de cela étant enfant, il s'est bien trop ramassé sur lui-même pour revivre encore une fois cela. Il ne fait pas pitié. Mais ce bourré, si. Alors devant la colère de Max, l'homme continua son récit.
-Gamin, je sais ce que tu te dis. "Pff, que ce qu'il dit celui-là ? Un bourré qui me donne des conseils... N'importe quoi ! " Mais essaie de voir plus profondément dans mes paroles. Essaie de comprendre, gamin. Ça se voit que t'es intelligent. Alors réfléchis.
Et ramène-moi chez moi.
Max hésita. Et si cet homme faisait semblant d'être bourré et allait le tuer quand il aura baissé sa garde ? Et si cet homme était sans-abris et qu'il va devoir le loger chez lui ? L'homme coupa son fil de pensée et lui dit : "J''habite 30 rue fleuries dans une petite maison. Allez, je ne vais pas te poignarder gamin. Tu penses vraiment que j'en ai la force ? "
Max à contrecœur releva l'homme et ils marchèrent pour aller dans la sois disante petite maison. Ils marchèrent dans la rue silencieuse, seulement coupée par le rythme saccadé du vieil homme dont l'alcool ne le réussit pas. Max observait comme un petit-enfant en levant la tête le ciel dégagé qui lui permettait de voir ces choses brillantes et belles qu'on nomme "étoiles". Il a toujours aimé leur parler. Quand il était petit, il racontait tous ses problèmes aux étoiles. Il a deux étoiles préférentielles. Une s'appelle Alexandre et l'autre Ilan. Il s'est toujours dit que ces deux étoiles remplacent ses parents et ses amis qu'il n'a jamais eus. Alors il a gardé cette habitude de regarder le ciel étoilé chaque soir, pour voir si Alexandre et Ilan y sont. Et à ce moment précis, elles y sont. Et brillent comme si elles étaient sur le point d'éclater, de répandre de la poussière d'étoiles partout, d'asperger les personnes avec, pour nous rendre la vie meilleure, pour qu'on puisse voir avec des étoiles dorées dans les yeux, pour qu'on puisse être souriant, pour qu'on puisse danser avec. Max est un grand rêveur. Tellement rêveur, tellement la tête dans les étoiles, que ce poteau, devant lui, ce grand poteau en fer, qu'il le prend en plein visage, ce qui, dû à sa fine taille, le fit voler dans les airs. Il lâcha un juron, essaya de ne pas se concentrer ni sur la douleur ni sur sa honte, et continua son chemin avec le vieil homme qui ne fit aucune remarque.
Après 15 minutes de marche, l'homme montra une vielle maison du doigt et dit que c'était la sienne. La façade de la maison était en briques rouges. Vieillottes mais qui possède un charme unique. Comme la maison de notre grand-mère. Max eut soudain l'envie de rentrer chez cet homme, de s'isoler dans cette maison, dans cette antre secrète. Il se mit à côté de la maison, accompagnant cet homme, qui lui parla :
"On est arrivé. Merci gamin. Sans toi, j'aurais galéré. J'ai jamais été aussi bourré. Tu le vois à ma face hahaha ! Je sais que tu t'en fiches d'un vieux comme moi, mais je m'appelle Balthazar.
L'homme lui sourit et Max fut soudain frappé par une drôle de douleur. Qui lui donna envie de prendre cet homme dans ses bras, avec plein de douceur, pour ne pas casser ses membres qui ont l'air si fragiles.
L'homme regarda Max.
Max bascula.
L'homme avait de grands yeux bleus. Un bleu qui représente la mer profonde, en pleine tempête. Quelque chose d'orageux, de terriblement beau, d'affreusement dangereux. Mais dans ces moments, on prend son courage à deux mains, on part à l'aventure, et on subit les bourrasques de vent, et on contemple.
C'est ce que ses yeux représentaient pour Max.
"Tu as perdu ta langue ou quoi gamin ? Hahaha. Allez, à plus tard, peut-être. La prochaine fois, tu essaieras de ne pas te prendre un poteau en pleine tronche. Tu as une bosse aussi grosse que ton nez.
Cet homme est doué pour gâcher un spectacle.
-Au...Au revoir Ba... Balthazar.
Et l'homme claqua la porte devant Max, ce qui lui donna le coup de fraîcheur indispensable pour se calmer.
Pourquoi cet homme qui lui faisait pitié 10 minutes avant l'intrigue tant maintenant ? Pourquoi cet homme qu'il trouvait misérable possède ce rire si expressif et joyeux? Pourquoi cet homme était bourré, d'ailleurs? Il a l'air si joyeux... Impossible que ce soit l'effet de l'alcool. Et pourquoi encore les yeux de cet homme, ses putains d'immenses et magnifiques yeux bleus, si... Beaux.
Pourquoi.
Alors Max se retrouve là, devant la maison d'un vieil homme, à 4 heures du matin, dans les rues froides et sombres. Il rentre alors chez lui, décidé à dormir toute la journée.
De retour dans son petit studio, il s'étale sur son lit, tel un énorme rocher qui ne peut plus tenir debout.
Il bougea dans tous les sens, chercha des questions à ses réponses, son esprit est en ébullition, ses pensées sont sans dessus dessous, cet homme, cet homme, si mystérieux, si étrange, si...
Et Max s'endormit.