Il se demande s'il ose, s'il lui offre la rose tout de suite, ou au dessert. Ni l'un ni l'autre, il attend qu'elle sorte de la salle-à-manger et la pose près de son assiette à soupe. Quand elle revient de la cuisine elle aboie :
— C'est quoi ? Tu as quelque chose à te faire pardonner ?
Il nie, balbutiant, « — C'est pour rien... », intimidé par sa prunelle noire.
Sois courageux pour une fois, ignore ses regards torves et ses bas troués, dis-lui que tu la trouves en beauté, ce soir, ta ravissante épouse.
Dieu sait si elle lui semblait gironde autrefois, cette ivrogne en savates.
Allez, mets-là en confiance, mène-là en haut de l'escalier de la cave en prétextant que tu as une autre surprise pour elle, il suffira d'une seule poussée de tes mains grandes ouvertes.
Un peu plus tard, il monologue en faisant la vaisselle :
— Pourquoi les petits poissons pilotes se sentent-ils obligés de se ventouser à de gros prédateurs marins ?
— Tu te dépêches, au lieu de baragouiner tout seul ? Braille-t-elle du canapé du salon.
— J'ai presque fini !
Puis quand il s'endort, la satisfaction de la prouesse accomplie dessine un sourire sur ses lèvres : il a finalement étranglé le monstre avec la ceinture de son tablier de cuisine...