Salut, voilà un texte pour un AT sur les océans du futur, j'espère avoir quelque retours histoire de le peaufiner un peu avant envoi, d'avance merci
Je suis un argonaute. Un de ceux qui ont colonisé et exploité Thétys Prime, la lointaine planète recouverte d’océans à cent pour cent, pour y élever nos espèces marines terriennes qui n’étaient plus suffisantes pour nourrir les milliards d’individus peuplant la Terre. Je sais que je ne reverrai pas ma planète d’origine. Je sais même que je n’en ai plus pour longtemps. La station océanique s’est effondrée sous l’eau et je suis coincé dedans à quelques mètres sous la surface miroitante et mouvante sans espoir de m’échapper. Les reflets jouent sur les panneaux de contrôle à demi submergés du sas dans lequel j’ai trouvé refuge. Il me reste quelques heures d’oxygène tout au plus en comptant la réserve de mon scaphandre. Assez normalement pour enregistrer ce message à l’attention de la mission de secours qui arrivera, peut-être, ici. Qu’ils sachent ce qu’il s’est réellement passé. Pour qu’au moins une fois dans son histoire l’espèce humaine évolue vraiment et ne répète pas inlassablement les mêmes erreurs qui nous ont conduit entre autre sur cette planète océane. Enfin c’est le seul espoir qui puisse me rester à présent car ce qu’il s’est passé ici n’est pas unique… Seule l’ampleur l’est.
Mais avant toute chose, je me sens un peu obligé de resituer l’histoire de notre installation ici, des fois que le temps en ait effacé les traces sur Terre ou ailleurs.
Il y a de ça une soixantaine d’années, un de nos vaisseaux d’exploration abordait cette planète aux mers infinies et prometteuses. L’absence de terres émergées avait anéanti la possibilité d’en faire une Terra bis, du moins dans l’avenir proche. Par contre le Comité pour l’Agroalimentaire Universel avait très rapidement saisit l’occasion d’en faire une planète nourricière pour palier aux restrictions alimentaires imposées par notre population élevée et le manque cruel de surfaces destinées à la culture et l’élevage. Six ans plus tard, une seconde mission accostait cette planète, N204 à l’époque, avec des échantillons d’espèces marines terriennes pour en permettre le développement. Hélas, si les conditions climatiques et environnementales se révélèrent totalement adéquates, la vie marine indigène le fut beaucoup moins. Chaque poissons, chaque mollusque et chaque algue que nous tentions d’introduire étaient systématiquement attaqué et anéanti ou tombaient malade. Pendant deux années les scientifiques de la base provisoire expérimentèrent différents procédés organiques ou chimiques pour lutter contre ces rejets réguliers, en vain. La mission revint sur Terre, vaincue.
Cela aurait pu s’arrêter là… Cela aurait dû s’arrêter là.
Mais le C.A.U. avait déjà projeté et investit bien trop d’argent et de ressources dans ce programme pour abandonner. La population humaine avait besoin de cette manne possible de nourriture. L’entreprise était alléchante. Alors ils se tournèrent naturellement vers la puissante et influente MSC, la MonSanto Corp©, titan invincible de la génétique et de la chimie aux compétences et ressources cyclopéennes. Avec la perspective des bénéfices colossaux qu’ils pourraient espérer engendrer s’ils maîtrisaient cette planète rétive, ils scellèrent un accord et établirent leurs plans. La MSC imposa ses règles, les mêmes qu’à chaque fois depuis des décennies : éradiquer et annihiler toute trace de vie naturelle par des procédés chimiques pour ensuite y introduire des espèces immunisées contre ces produits meurtriers. Et c’est donc chargé de cent vingt mille tonnes d’agent A©, trente mille tonnes de cellules R© et plusieurs millions d’œufs de poissons et animaux marins de toutes sortes que l’Argos, fleuron des chantiers spatiaux dont le MSC possédait plus du tiers du capital, quitta l’orbite terrestre en direction de Thétys Prime, nouveau nom de la planète commercialement plus accrocheur que N204.
Il y a donc quarante six ans de cela, l’Argos déversait sa cargaison honteuse d’agent A© sur toute la surface des mers de Thétys Prime afin d’en stériliser la totalité. En l’espace de quelques jours les eaux se couvrirent de milliards de cadavres flottants qui se mirent à pourrir lentement, empuantissant l’atmosphère d’une odeur d’holocauste environnemental sans précédent. Cette masse organique morte asphyxia les rares espèces qui résistèrent à l’attaque chimique. Un délai de presque deux ans s’écoula avant que toutes les études de terrains assurent la destruction de chaque forme de vie indigène. Les cellules R©, qui avaient été cultivées pendant ce laps de temps, furent ensuite disséminées pour assainir les eaux et les remodeler selon les normes édictées par la MSC. Pendant trois ans ces enzymes se nourrirent des déchets physiologiques de cet infamie écologique.
Grands Dieux ! Qu’avons nous fait ?
Il fallut encore patienter près de deux autres années pour que les premiers organismes génétiquement adaptées soient introduits dans les eaux mortes. Algues, planctons et autres micro organismes qui allaient servir de base nourrissantes pour les autres espèces furent ainsi répandus un peu partout, les courants marins se chargeant de les éparpiller complètement. Six mois plus tard, devant les relevés optimistes, les premières variétés de poissons et de petits crustacés furent à leur tour lâchés.
L’Argos quitta ensuite Thétys Prime, laissant quelques centaines d’ouvriers et de scientifiques sur place, sur deux sites temporaires, pour veiller à l’évolution et la mise en culture des espèces telles que crabes, sardines, raies et même cétacés.
Il revint six ans plus tard avec de nouvelles réserves d’organismes mais surtout avec du matériel pour établir enfin une base plus pérenne à la surface des eaux turquoises et calmes. Et l’année d’après, les premières pêches se firent. Un cargo avait été affrété et en trois mois de « moisson », il quittait Thétys Prime avec près de quatre vingt mille tonnes de poissons et fruits de mer congelés.
Moi, je suis arrivé sur cette planète avec la quatrième mission Argos il y a près de quinze ans, en même temps qu’un contingent de travailleurs, administrateurs et autres avec leurs familles, soit près de vingt mille personnes en tout. Déjà à cette période nous exportions pas loin de deux millions de tonnes de nourriture par trimestre et chaque semestres de nouveaux personnels arrivaient et quelques uns quittaient la planète. Et tout se passait pour le mieux.
Bien sûr, de temps à autres nous étions tout de même obligés d’anéantir toute une souche d’animaux qui échappaient au contrôle de leurs normes de production. Ces éléments inappropriés étaient récupérés pour servir d’engrais pour les cultures en sol et hors sol de Mars et Io.
En gros, tout était sous contrôle et les journées locales de trente deux heures s’enchaînaient les unes aux autres dans la routine de pêches et de cultures embryonnaires. D’autres installations furent construites pour maximiser les récoltes. Dans les régions polaires nous effectuâmes trois forages pour assurer enfin notre pleine indépendance énergétique.
Depuis douze ans la population locale a dépassé les cent mille âmes et d’importants travaux d’urbanisation des hauts fonds est en cours pour accueillir, à terme, pas loin de cent millions d’habitants et élever Thétys Prime au rang de sixième colonie extra terrestre après Mars, Europe et d’autres exo planètes.
Maintenant que j’ai fait ce petit topo, je crois pouvoir enfin décrire ce que je sais de la situation actuelle, comment elle a dégénéré à ce point et pourquoi je suis condamné moi aussi.
Je me nomme Stan Stilivitch. J’ai trente neuf ans, pas de femme et pas d’enfant. J’occupe un poste subalterne de niveau deux dans la section de développements larvaires numéro six, celle qui gère les incubateurs de calmars et de seiches car, comme toute espèce génétiquement résistante et programmée, nos produits, pardon, nos animaux sont totalement stériles. Cela les rend plus enclin à grandir vite et les dote d’une passivité qui frise l’apathie de masse. Très pratique pour les « récoltes ».
Il y a environ sept ou huit mois, j’ai vaguement entendu un bruit de couloir venant d’un chercheur de niveau un qui s’entretenait avec un de ses confrères de même échelon. J’étais dans la même pièce qu’eux, en train de travailler à la correction cellulaire d’une série d’ovules de seiche, et même si je n’écoutais pas intentionnellement, j’ai chopé des bribes de leur échange. L’homme en question soutenait qu’une équipe de collecte avait rencontré un problème lors de la relève d’une nasse pour la pêche à l’anchois. Ils parlaient à voix basse et le faible bourdonnement des incubateurs et de leurs pompes parasitait un peu ma perception, mais en gros il semblait que les poissons se soient comporté anormalement. Qu’au lieu de rester inerte comme ils étaient programmé au fond de leurs moindres cellules, ils avaient réagi de manière « violente » à leur capture entrainant un certain désordre. Je pu saisir aussi qu’une équipe avait récupéré des spécimens afin de les étudier pour comprendre d’où pouvait venir ce dysfonctionnement. Ensuite, ils sortirent du labo. La porte étanche coupa leur discussion et moi, je me remis au travail comme si je n’avais pas surpris cette conversation.
C’était la bourrasque qui annonçait le cataclysme. A peine dix jour plus tard, ce fut deux robots dragueurs de crevettes qui s’abîmèrent dans l’océan sans la moindre explication logique ou technique. Ce fait fut tout juste mentionné dans les infos comme une simple panne, les vidéos de pilotage ne révélant aucune cause particulière selon les médias. Seulement, lorsque le lendemain un chalutier avec ses dix huit hommes d’équipage sombra par temps clair et clément, cela éveilla un quelque chose en moi, comme un bouton d’alerte, et mit en éveil ma curiosité. Mais dans notre entreprise nous ne sommes pas payé pour soumettre des idées ou des théories hors de notre domaine de compétence. Je ne connais rien à la navigation ni à la pêche donc je n’ai pas relevé plus que ça. Le soir j’apprenais que le seul survivant secouru tenait des propos totalement décousus et affabulateurs et que les autorités en conclurent que son « témoignage » n’était pas exploitable pour comprendre l’incident. En tout cas c’est ainsi que les infos en parlèrent brièvement avant de relayer des résultats sportifs et des bulletins prévisionnels des jours à venir, informations ô combien plus attractives pour l’ensemble des citoyens de Thétys Prime..
De nature solitaire, je passe beaucoup de temps à errer dans les moindres recoins autorisés de la station et j’ai développé un attrait pour tout et rien. Je surfe aussi beaucoup sur les réseaux numériques et j’ai un petit penchant pour tout ce qui est faits divers et accidents industriels. Je sais que certains diraient que c’est un hobby malsain… Mais franchement c’est à des milliards de parsec de ce que nous avons osé faire ici, je veux dire le C.A.U. et la MSC dont je dépend. Je mesure maintenant l’abjection que représente en fait mon boulot. Manipuler les gênes et les cellules afin d’en prendre le total contrôle pour convenir à des normes déterminées par des businessmen qui n’y voient qu’un produit au même titre qu’un composant électronique ou des pièces de vaisseau.
Enfin, tout ça pour dire que lorsque deux jours après le naufrage nous avons reçu une circulaire scellée, de la plus haute importance donc, nous ordonnant de détruire près de quatre-vingt pour cent de nos embryons et de reprendre à zéro tous les protocoles sur les vingt pour cent restant, j’ai rapidement pigé qu’il y avait une sacrée merde quelque part. Selon cette notice, nos produits n’étaient pas tous aptes à servir de nourriture.
Mon cul, ouais !! Ah ! Les enflures !!
Je pense qu’ils avaient déjà plus ou moins une idée de ce qui se tramait. Mais bon que représentent quelques milliers de travailleurs face à leurs sales profits pécuniaires de chiotte et leur monopole de merde ? Rien. Donc, blackout sur tous les troubles qui ont pu se produire par la suite. Mais ma curiosité était en alerte et je guettais la moindre allusion aussi minime qu’elle fut. C’est ainsi que j’ai pu commencer à deviner ce qui s’ourdissait dans les profondeurs de Thétys Prime et dans celles des bureaux de nos sombres employeurs immoraux.
Alors que l’on perdait notre temps à assurer la stérilité parfaite de notre production, dehors, à quelques brasses sous la surface, la nature nous avait déjà vaincu en ayant réussi à permettre aux différentes espèces de se reproduire sans notre contrôle. Mais s’il n’y avait eu que ça… Les animaux qui naissaient en pleine eau s’étaient adaptés et avaient même subi d’autres modifications, d’autres mutations sauvages que celle d’être indépendants. Les sardines… Les thons rouges… Les baleines… Tous semblaient avoir acquis une sorte d’intelligence, ou plutôt de conscience partagée qui était entrée en guerre contre nous et notre technologie contre nature.
J’en ai la certitude car dans le mois qui suivit, le nombre d’incidents augmenta causant des dégâts de plus en plus importants. Grâce à ma sagacité, je fus en mesure d’obtenir des infos assez fiables et régulières sur ce qu’il se passait au dehors. Par exemple, j’ai pu apprendre que les baleines se jetaient, parfois à plusieurs, sur nos bateaux pour les faire chavirer ou les briser, précipitant les hommes à l’eau où ils périssaient immanquablement. Ailleurs, les drones de pêche sombraient, emportés par le poids des nasses qui opposaient des résistance supérieure à leur capacités de levage. Des bancs entiers de nos poissons amorphes se faisaient dévorer par des espèces devenues belliqueuses. Mais tout ça… Pffff ! De la rigolade…
Je ne sais pas quelles options ou décisions ont pu être prises en haut lieu mais ce que j’ai réussi à savoir c’est qu’il y a eu une contre attaque. A l’aide des quelques drones militaires que nous possédions, comme le stipule le règlement de toute colonie, les cétacés furent prit pour cible principale et en une semaine de raids intensifs, des centaines de cadavres de baleines dérivèrent au gré des courants. Officiellement les attaques contre nos machines diminuèrent notablement. En marge, nous avions reçu l’ordre de lâcher des bancs entiers de requins, barracudas et autres prédateurs voraces, totalement stériles et programmés au niveau cellulaire pour ne survivre qu’un mois au grand maximum. Cela sembla fonctionner car au cours de ce laps de temps les attaques ralentirent puis cessèrent.
Nous pensions avoir remporté la principale bataille et nous reçurent même une prime pour notre zèle à lutter contre ce « regrettable incident » et surtout fermer nos gueules. Et si tout ne rentra pas totalement dans l’ordre, les choses se tassèrent, la tension aussi, et nous reprîmes le travail avec quelques petites modifications de procédures sur quelques points qui s’étaient révélés un peu instables aux vues des événements.
J’ai beau être solitaire, j’ai tout de même quelques potes dont un qui travaille au « contrôle qualité » et qui avait effectué quelques uns des examens sur les animaux nés naturellement…
Malgré les interdictions de communiquer que l’on nous imposait concernant ces incidents, il m’a filé quelques infos sur les métabolismes mutants qu’il avait eu l’occasion d’étudier. D’emblée, il avait noté la présence d’un organe inconnu situé à la base du cervelet des poissons et qui ressemblait presque à un corps parasitaire indépendant, continuant à « vivre » alors que son hôte était bel et bien mort, les tripes à l’air. Quand il l’avait sectionné, et donc tué, il m’annonça que les différents spécimens encore vivants autour se mirent à s’agiter frénétiquement comme pour s’indigner de ce meurtre barbare. L’expérience fut reconduite avec immanquablement le même résultat. Dès lors lui et ses collègues durent étudier et tenter de comprendre ce pseudo organe pour tenter de le contrer, voire de le contrôler. Mais ce genre d’analyses et de tests pouvait prendre des mois ou même des années, délai que nous n’avions pas sans encore le savoir.
Comme mon pote se lâchait, il me raconta aussi que des modifications au niveau cellulaire et même ADN s’étaient opérées, immunisant apparemment ces espèces contre la plupart des armes bactériologiques que nous avions utilisées lors de l’adaptation des mers. De fait, nous étions totalement désarmés pour lutter contre eux. D’après lui ces altérations profondes pouvaient bien se révéler toxiques pour nous. Mais dans quelles mesures ? Et puis, depuis combien de temps ces animaux existaient-ils ? Se pouvait-il que certains aient été exporté parmi des produits sains ?
Quand je lui fit cette réflexion, il me dévisagea un moment avant d’ouvrir lentement la bouche pour finalement dire : Oh ! Putain !!! et de bondir hors de son fauteuil et quitter ma piaule comme une particule dans un collisionneur.
Deux jours après, une nouvelle notice nous parvint concernant l’urgence de produire d’autres prédateurs en quantité car de nouvelles attaques s’étaient produites récemment. Dans ce document, on nous sommait de parvenir à rendre nos nouveaux requins résistants aux cellules altérées de leurs proies futures car certains de ceux que nous avions lâché précédemment s’étaient vu « infectés » et avaient « rejoins les rangs adverses ».
Tu parles d’un merdier…
Nous étions en prise avec le pire ennemi que nous puissions connaître et c’est nous qui l’avions créé. Les apprentis sorciers que nous sommes commettent les mêmes erreurs. Toujours… Sans jamais en tirer les bonnes conclusions. Le profit… Toujours le profit… Rien d’autre. Se substituant à la prudence ou à la morale.
Finalement, j’espère vraiment que des poissons mutants arriverons dans l’assiette de nos dirigeants et qu’ils connaissent une agonie comme celle qui me guette.
De nouveaux soubresauts ont ébranlé la station la faisant glisser un peu plus bas, m’éloignant encore de la surface. Je me demande s’il y a d’autres survivants sur les autres plateformes. Honnêtement, j’en doute. Je ne dois mon répit qu’au fait que j’ai pu passer ce scaphandre et me réfugier dans ce sas qui malheureusement n’est plus tout à fait étanche, bien que complètement bloqué. Je dois désormais passer le casque pour gagner encore un peu de temps et finir de relater la catastrophe au mieux.
C’est étrange… Je suis condamné, foutu. Je sais que d’ici tout au plus une heure je serai cané. Asphyxié ou noyé. Et pourtant je reste relativement calme, comme si mon âme avait déjà accepté l’inéluctable et que tout espoir est vain. Mais putain je suis terrorisé ! J’ai une trouille pas possible… Peur du moment fatidique où j’agoniserai pour avaler mon bulletin de naissance. Mais pour l’heure, il me faut absolument terminer mon récit, c’est la seule chose qui compte encore. Je crois…
Merde ! J’ai perdu le fil… Où en étais-je ? Ah ! Oui.
Alors que dehors la vie aquatique s’en prenait à toutes machines de pêche ou de transport, nous tentions l’impossible pour stopper cette guerre insensée. Grâce aux procédés de croissance accélérée, nous avons pu relâcher quinze jours plus tard près d’un milliers de Carcarodon carcarias qui se révélèrent d’une efficacité redoutable. Les eaux se teintèrent de rouge sur de grandes portions. Mais c’était néanmoins dérisoire. Face à nous il y avait des milliers et des milliers d’animaux de toutes sortes ligués contre nous. Et puis il y a eu autre chose…
Un autre choc vient de secouer la base puis un autre. J’espère que ça s’entendra dans l’enregistrement. Je ne sais pas exactement ce que c’est que ce truc qui nous attaque mais c’est quelque chose de colossal au delà de toute mesure ou de toute imagination. Une créature capable de faire trembler une station de plusieurs milliers de tonnes pour la faire basculer vers une fosse marine qui s’ouvre à quelques encablures d’ici, voilà ce qui se passe dehors.
Ce truc est apparu d’un seul coup, sans crier gare, il y a quoi ? A peine dix jours. Personne n’a pu en donner une description même sommaire, tout juste a-t-on pu discerner une ombre immense sur certaines vidéos ou sur les sonars de pêche. Impossible donc d’en connaître la taille ni la forme réelle, ni même sa nature véritable. Tout ce que je sais, c’est que dès qu’il a frappé, les quelques rescapés l’on directement nommé Léviathan. Et je crois que du peu que je connaisse de la mythologie, c’est exactement ça que c’est. En tout cas ça a été d’une soudaineté et d’une violence sans précédent et les différentes plateformes ont été coulée chacune en quelques instants ne laissant quasiment aucune chance à leurs occupants. Ce monstre est si puissant et gigantesque qu’il peut anéantir notre présence ici comme on se débarrasserait de quelques insectes nuisibles. Ça y est, il se déchaîne encore sur la base. Je ressens les craquements et grincements lugubres de la structure métalliques qui se tort et se disloque sous ses coups démentiels et sauvages. Tout bouge. Qu’avons nous engendré ?! Sainte Mère de Dieu !!! Je perçois les bruits sourds des fondations qui cèdent libérant la station de ses ancrages. J’espère que, qui que vous soyez, vous entendrez le fracas qui ébranle la station et la déplace inexorablement vers le gouffre béant des abysses océaniques. J’espère que tout ça sera dans l’enregistrement. Que l’on puisse entendre cette fureur immense qui se venge de nos horreurs et de notre arrogance. Et que…
Oh !!! Mon dieu !!!! Non !!!!
KONG ! TRKK ! Crrrr… Cr… Shiiiii..Crrr.. Crrr. Shiii. Shrikkkk….
- C’est bon ! Stoppez moi ça !
Les crachouillis et l’image se figent laissant un silence malsain dans le bureau aux décors de métal et de bois au prix exorbitant. Le parterre de décisionnaires et d’actionnaires influents ici réunit reste un moment perplexe devant cet enregistrement, seul vestige récupéré sur Thétys Prime après que la colonie a cessé de transmettre et qu’un des cargos n’arrive sur place et lance une mission de sauvetage. Quelques débris et le corps sans vie de cet homme et son témoignage sont tout ce qu’il reste des milliers de colons et de leurs installations de technologie de pointe.
- Vous croyez à ce récit ?
- Hmmmm. J’ai franchement du mal à croire qu’un banc de sardines, de krill et d’encornets ait pu mener pareil action et saboter et tuer les milliers de pisciculteurs et leurs installation Hi-Tech. Et ce soit disant Léviathan, je n’y crois pas un instant non plus. Comme si pareille chose avait pu se développer seule et en si peu de temps sans qu’on s’en aperçoive, non.
- Mais pourtant quelque chose à bien détruit tout ça…
- Ou quelqu’un.
- Vous pensez à ces éco terroristes qui ont tenté il y a une trentaine d’années de rendre les océans terriens aux poissons ?
- Et pourquoi pas ? Cela me paraît bien plus plausible et réaliste. De plus, il se peut que cet enregistrement soit celui du responsable qui aura tenté de nous faire avaler des couleuvres en racontant cette histoire rocambolesque. Conclusion : je ne crois pas un traitre mot de ce « Fake ». Nous pouvons dores et déjà préparer et envoyer une nouvelle mission Argonaute vers Thétys. Nous ne pouvons pas nous passer de cette manne nutritionnelle et des bénéfices que nous avons pu créer depuis que nous avons implanté des unités de productions là bas. Qui vote pour ?
Epilogue
Je suis un argonaute. De la cinquième mission Argonaute. Il s’est produit des choses totalement insensées sur Thétys Prime. Pourvu que mon message puisse parvenir aux responsables… Qu’ils sachent…