Le soleil se lève et perce de ses premiers rayons les remparts du château du seigneur d'Esmérance. Le silence de l'aube ensommeillée se voit seulement troublé par le chant des oiseaux, et on pourrait croire à la quiétude confiante des gardes qui arpentent inlassablement le sommet des murailles .
Mais leur vigilance ne saurait tromper l'observateur à peine averti quant à la nature de ces veilleurs : ces hommes sont des soldats aguerris, lourdement armés, qui ne cessent de scruter la plaine alentour comme si une menace devait se manifester à tout instant. Malgré tout, on sent leur fatigue en ce début d'un nouveau jour, après cet enfilement de nuits éveillées, durant lesquelles leur surveillance n'a fait que s'accroitre.
Le raclement des épées contre la pierre taillée signale l'arrivée de la relève. Même si l'horaire est respecté, et leur arrivée, attendue, des regards attentifs se posent sur les nouveaux venus. Car la surveillance est de mise jusqu'au sein du château.
Les soldats se saluent, les yeux fatigués des noctambules se teintent de soulagement tandis qu'ils échangent les informations sur la nuit passée.
- Rien à signaler, lieutenant?
- Les Dieux semblent toujours disposés à nous accorder leur protection, capitaine.
Le capitaine adresse un sourire las à ses hommes :
- Mais pour combien de temps encore? Nous savons tous qu'une attaque est imminente. Le seigneur Jad a prévu d'envoyer des missionnaires au royaume des Elfes pour solliciter leur aide. C'est dire l'urgence de la situation, ironise-t-il. -il se tourne vers le soldats relevés - bon repos, messieurs, soyez prets dès...
L'exclamation d'un garde l'intime au silence.
- Cavaliers en approche !
Les regards se précipitent vers la colline, où le martèlement des sabots précède l'arrivée d'étrangers. On les distingue à peine dans les premières lueurs du jour, mais leurs chevaux lancés au plein galop et leur harnachement de combat plonge les soldats dans la hâte.
- Robin, Diffrey! Aboie le lieutenant. Allez immédiatement quérir le seigneur Jad et le Général. Calipso, réveillez tous les hommes, je les veux sur cette muraille en tenue de combat. -il se tourne alors vers son supérieur : Capitaine, quels sont vos ordres ?
Celui ci-fronce les sourcils, ses yeux passent d'un cavalier à l'autre :
- Il se passe quelque chose..., marmonne-t-il, songeur. - Ce rythme effréné, sans aucun souci de discrétion, le petit nombre d'assaillants, et cette silhouette à cheval, toujours en tête, comme si elle fuyait le reste du groupe - Nom de Dieu! Lieutenant, ce n'est pas une attaque, c'est une course-poursuite !
A suivre...