Bonjour à tous,
J'ai écrit ce court texte il y a quelque temps déjà . Je ne sais pas du tout s'il est intéressant , si cela vaut la peine de l' améliorer. Merci beaucoup de vos réactions

L'aigle
Je suis tombée en panne juste après avoir tourné la page ! J'avais pourtant fait le vide avant de partir à l'aventure sur le chemin des mots. C'est un participe passé qui m'a lâché. Le temps de remarquer au plafond un morceau de peinture écaillée pfffttt… il avait disparu. J'ai pensé que j'étais fatiguée, j'ai baillé un bon moment et j'ai du bien faire car en revenant sur ma feuille, il était à nouveau là.
C'est à cet instant qu'il s'est mis à tanguer.
Calée au fond du fauteuil, je l'ai vu clairement s' étirer de tout son long sur la table. Je n'ai pas bougé, lui non plus, et cela a duré deux ou trois minutes. Puis quelqu'un a sonné, j'ai du sortir.
En revenant tout semblait normal. Mais devant mon cahier vert mes mains ont frémi : ll était maintenant entièrement recouvert de ma propre écriture. Le participe s'était multiplié à l'infini : " habité habité habité habité habité habité habité habité habité habité habité… "
J' ai fait quelques pas, ouvert la fenêtre, regardé loin devant moi et réfléchi.
" Bon. J' écris le récit d'un homme, un ancêtre de la tribu des Dogons . ll raconte les falaises, son adolescence. Je me suis arrêtée à : " L'aigle fait face à la foudre pendant que je compte les secondes. Il semble habité. " Voilà. Je ne me sens pas fatiguée, il est 17 heures et. . . QUE SE PASSE -T-IL BON DIEU ?.. "
A force de guetter le moindre mouvement dans la pièce, j'ai eu soif. Dans la cuisine, le ciel brillait par la fenêtre comme jamais. Je me suis demandé si j'avais pris un somnifère la veille et pendant qu'un "non" net éclairait mon cerveau, le silence de la pièce voisine m'a troublé, j'y suis retournée.
En approchant du cahier j'ai pâli : il n'avait plus de couverture.
Je l'ai retourné dans mes mains moites et me suis rendue à l'évidence.
Clap Clap clap clap ont cogné mes chaussures sur le carrelage, tlap tlap tlap sur la moquette : vite ! A moi ma chambre ! m'écraser dans un sommeil de plomb, sans rêve, sans images, oui, oui, voilà ce qu'il me faut !
Dans mon élan je n'ai pas prêté attention au léger souffle qui s'échappait du poêle à bois près de la table.
Eteint depuis six mois il chauffera toute la nuit sans que je l'ai allumé. L'odeur du feu me réveillera tôt le matin et je resterai bouche bée en ouvrant sa porte. Au milieu des cendres s'étaleront pêle-mêle un reste noirci de la couverture verte et. . . intacte, immense, lumineuse. . . une plume.
"Une plume ? " Ma gorge se serrera. " Oh non. . . la. . . la tribu des Dogons, la foudre et. . . l'aigle. . . oh mon Dieu " Mes jambes me lâcheront, j'irai m'asseoir.
Et je resterai longtemps ainsi à compter les secondes dans mon esprit ."