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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le soleil de nos routes.

Auteur Sujet: Le soleil de nos routes.  (Lu 1213 fois)

Hors ligne Fried

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 016
Le soleil de nos routes.
« le: 30 novembre 2016 à 07:55:18 »
Je suis en vacance au sud de la Turquie, dans la région de l’ancienne Lycie. On se prélasse sur la plage d’Ölüdénice, nos amis Alévis, nous font découvrir la région. Pacha est parti en vadrouille dans le village comme à son habitude, il ne tient pas en place. Emmée discute avec Lotika, ma compagne. Le soleil est revenu, il tape fort. L’eau est douce, la traversée du lagon bleu fait environ un kilomètre de long. Avec benjamin, mon jumeau, nous avons fait de nombreux voyages, nous avons eu notre part d’aventures. Je me lève, j’ai un peu de nostalgie, un vague à l’âme et comme envie de partir à la nage et le rejoindre. Des souvenirs d’autres vacances au soleil me reviennent.

Nous étions arrivés avec les parents en voiture dans les landes. Après deux jours de repos et retrouvailles dans ce camping d’habitués, les sacs à dos à nouveau préparés, notre père nous avait déposés au bord d’une nationale. Nous partions pour trois semaines de vacances, sans les parents, en direction du soleil le plus chaud. Notre projet était de descendre en auto-stop au sud de l’Espagne et si possible aller au Maroc. Si le stop ne fonctionnait pas, ce serait en car ou en train.
Après une heure d’attente, quelle chance, un couple de Basques nous avait embarqués pour San Sébastien. L’Espagne était en vue, Olé !
Dès le premier soir à San Sébastien, nous nous étions fait quelques amis. Un petit groupe de jeunes basques étaient venus nous tenir compagnie sur la plage. On avait partagé le repas et malgré notre faible vocabulaire, après six mois d’espagnol, nous avions fait connaissance. Le feu de camp allumé, ils avaient sorti une guitare et chanté des chansons entrainantes. Ils nous avaient sollicités, Benjamin, ce n’était pas son truc, mais moi sans complexes, j’avais entonné « La jument de Michaud ». Je ne sais pourquoi, si c’était ma voix ou la sangria, cette chanson les avait fait se tordre de rire. Je m’étais rapproché de Dolorès, elle portait bien son nom. Elle avait cette manie de me mordre les lèvres avant de m’embrasser, je lui rendais bien, j’aimais sa bouche au parfum de fruits rouges. Ses copains avaient fini sur une chanson de Paco Ibanez, c’est d’ailleurs ainsi qu’ils m’avaient surnommé, Paco.
Nous avions dormi sur la plage, le ciel étoilé était magnifique. Une « Estrela de la suerte » (1) veillait sur nous.
Deux jours plus tard, le groupe était parti, Dolorès m’avait laissé un goût de promesses, de fille du sud à la langue pas si étrangère. Nous avions repris la route, en sortant de San Sebastien nous longions la mer. Benjamin poussait ses limites à marcher sous un ciel « Azul » en équilibre sur le fronton de mer. Un muret bas qui surplombait la plage. En s’éloignant des faubourgs, la côte devint rocheuse et le surplomb une falaise, il fallut que j’insiste pour qu’il arrête ce numéro d’équilibriste et revienne sur terre.
— Bah ! si j’étais tombé, je serais venu du coté de la route.
Benjamin mon jumeau, nous n’avions pas toujours besoin de parler pour nous comprendre. Il avait contrairement à moi, le goût de l’extrême et quelques séjours à l’hôpital, ce que j’avais toujours évité.
Notre nouveau chauffeur ne parlait quasiment pas un mot de français, mais il voulait à tout prix nous apprendre l’esperanto. Il roulait comme un Fangio et nous fit quelques frayeurs. Arrivé à Santander, dans les petites rues de la vieille ville, nous avions découvert ces petits restaurants dont les barbecues embaumaient « la calle y todo el Barrio ».(2) Les sardinas fritas étaient délicieuses. Nous n’avions jamais mangé de poissons grillés aussi bon. Sur la côte l’aspect industriel de la ville nous avait refroidis. Après réflexion, on voulait aller plus vite et plus loin, nous avions pris un train qui nous avait amené dans la soirée à Lisbonne. Nous fîmes une brève excursion dans le centre-ville grâce à l’un de ces fameux bus à étage. Il n’y avait plus de place dans les auberges de jeunesse, on s’était installé le soir venu devant une entrée de magasin. Au milieu de la nuit, la police nous en avait délogé. Sur leur indication nous nous étions dirigés vers la salle d’attente de la Estacion centrale. L’endroit était hostile, nous avions surpris quelques pickpockets aux mines patibulaires. Dès le matin on reprit le train pour la côte sud.

A l’arrêt dans une petite gare près de la mer, on attendait une correspondance pour l’Espagne. Deux jolies demoiselles espagnoles vinrent s’installer près de nous, sous prétexte de questions on parvint à lier connaissance. Elles allaient dans une ville voisine à Faro, plus exactement sur l’ile face à Faro. Dans leurs robes colorées on aurait dit des gitanes. Le train arrivé en gare, on les avait accompagnées dans le wagon.
Tout en poursuivant notre conversation je m’aperçus en voyant défiler le paysage et la mer par la fenêtre, que l’on partait à l’ouest, le dos à l’Espagne. Qu’importe, la compagnie était charmante. Les présentations faites, benjamin avait un faible pour Esperanza et moi je découvris Blanca. Elles parlaient de danses et boites de nuits réputées à Faro. Venga y vamos a bailar !  (3) C’est ainsi que sur les terres portugaises on découvrit la Sévilliana et le Flamenco. En boites tous les jeunes de notre âge dansaient ces danses qui nous paraissaient folkloriques, quelle ambiance ! On sentait comme une fièvre s’emparer des filles, bientôt par mimétismes, comme elles et tous les autres danseurs, on levait haut les mains et claquait des doigts dans le rythme espagnol. Nous avions fini sur la plage, chacun auprès de sa chacune, un moment de tendresse dans la chaleur de la nuit. 
Le matin venu, l’air était lourd, pour la première fois, le ciel était sombre au pays du soleil. Esperanza et Blanca avaient disparu. Bien plus que moi, benjamin fut consterné et déçu. Il restait là à ruminer son amertume. Les premières goûttes commençaient à tomber, je décidais d’aller me baigner. Mon jumeau vint me rejoindre pour faire quelques apnées. Le soleil revenu j’allais sur le sable me faire sécher. Je scrutais la plage, espérant y revoir les filles et surveillais mon frère en train de nager.
Bientôt je me rendis compte qu’il avait disparu, bah ! Sans doute une apnée un peu plus longue…
Rien à faire, je ne le voyais plus, l’inquiétude commençait à me submerger. Je me levais, scrutais la mer, ce n’était pas possible il allait réapparaître ! je courus dans l’eau vers l’endroit où je l’avais vu la dernière fois. Je n’osais imaginer le pire, sondais les eaux. Je me souviens que ce fut la peur de ma vie…
Mais qu’elle connerie Benjamin et les défis ! Cette infernale limite aux abords du danger.

Trente ans plus tard, il n’a d’ailleurs toujours pas finis de me faire peur, le voilà qui me fait signe au milieu du lagon d’Ölüdénice.
Il a repéré une tortue qui descend vers les profondeurs, je le suis et viens le rejoindre dans le grand bleu.

(1)   étoile de la chance
(2)   La rue et tout le quartier
(3)   Venez et allons danser
« Modifié: 06 avril 2017 à 22:35:41 par Fried »

Hors ligne Hiromi

  • Troubadour
  • Messages: 398
  • Robocopine
Re : Le soleil de nos routes.
« Réponse #1 le: 30 novembre 2016 à 10:26:17 »
Je n'avais pas compris au début, mais il a combien de femmes ?  :o (Lotika, Dolorès...)

J'ai relu et j'ai vu que tu évoquais des vacances précédentes...

Et puis, à la fin, tu ne dis pas comment est réapparu Benjamin...

Sinon, bin c'est une jolie promenade dans le sud de l'Europe !

Meric pour le voyage  ;)

Hors ligne Fried

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 016
Re : Le soleil de nos routes.
« Réponse #2 le: 30 novembre 2016 à 10:50:28 »
Hé hé, il est réapparu plus loin sur la plage,  alors que j'étais en train de prévenir des sauveteurs.
J'ai écris ces souvenirs pour un titre imposé :
Le suicide du soleil.
 ;)
Merci pour ta lecture hiromi.
« Modifié: 30 novembre 2016 à 10:52:21 par Fried »

Hors ligne B.Didault

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  • Messages: 670
  • L'éternel néophyte
    • Bernard Didault
Re : Le soleil de nos routes.
« Réponse #3 le: 25 juin 2018 à 07:23:21 »
Je continue ma plongée dans tes textes, pour le coup vraiment en apnée.
Ces très jolies descriptions retiennent le souffle.
Le changement de temps montre le changement d'époque et de lieu. J'ai beaucoup utilisé cette méthode de flash-back dans une de mes récit que peut-être un jour... Je l'ai vraiment découvert dans le Pendule de Foucault d'Umberto Eco.
Il est vrai que j'ai eu peur de perdre Benjamin. Tes mots sont tellement forts que nous vivons l'évènement.
J'aurais seulement voulu connaître ta réaction lorsque Benjamin réapparut.

Merci pour ce moment.
Bernard
- La poésie est un art, une belle aventure, la dentelle de l’écriture.
- La haine est le venin de l’amour,
  Le sarcasme est celui de l’humour.
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