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13 Août 2026 à 17:45:50
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Le Monde de L'Écriture » Encore plus loin dans l'écriture ! » L'Aire de jeux (Modérateur: Claudius) » Roman Interactif (salle des textes)

Auteur Sujet: Roman Interactif (salle des textes)  (Lu 3508 fois)

Hors ligne Mister Pim

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Roman Interactif (salle des textes)
« le: 19 Avril 2016 à 18:01:02 »
En cette année 3051, la prospérité régnait sur Mars ; à l'inverse de la Terre, avec un chiffre record de 40 milliards atteint par sa population, laissée à l'abandon dans l'espace comme l'une de ces zones de non-droit qu'on appelait jadis au XXIème siècle quartiers sensibles. Sur la planète rouge, les usines hydroponiques, les synthétiseurs de protéines fournissaient largement à chacun de quoi se sustenter. Il n'y avait pas de guerres. Et il n'y avait plus d'amour, résultat d'une politique de fer menée par les dirigeants martiens. En effet, si, par le passé, le bien pouvait naître d'un conflit armé entre deux ou plusieurs nations, un amour malheureux pouvait conduire une femme au suicide ou laisser un homme en lambeaux sur le trottoir telle une loque, ce qui, sur le plan démographique et de la main d'œuvre, était contre-productif. La science alors, sous la pression des gouvernements, avait entrepris des recherches sur comment sans dommages annihiler le sentiment amoureux dans le cerveau humain. Aujourd'hui 100% fiable, cette opération de chirurgie mini-invasive, appelée innanapsie, consiste à sectionner au laser certaines fibres nerveuses au niveau de l'hypothalamus, le patient ensuite se doit de suivre un traitement médicamenteux à vie dont les effets bloquent la sécrétion des hormones sexuelles. Le coût exorbitant de l'opération et du médicament, les deux non remboursés par les mutuelles santé – quant aux régimes sociaux, ils avaient périclité depuis le XXIIème siècle –, permettait de filtrer les demandes d'émigration vers Mars : là-bas, seuls les individus ayant subi une innanapsie étaient tolérés.

(Aïsha prend la suite...)

Invité

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Re : Roman Interactif (salle des textes)
« Réponse #1 le: 19 Avril 2016 à 18:27:18 »
   Débouchant de la ruelle grisaillée où une brume brunâtre épaisse stagnait, l’homme, qui s’appelait Roger, se dirigea vers la chaumière où une fumée s’y échappait par la cheminée, encore plus noirâtre que le smog.
   Il poussa la porte grinçante et promena un regard las dans l’intérieur morose. Les gens se retournèrent mais n’y prêtèrent davantage d’attention.
   Roger, tâtant son revolver Smith & Wesson calé dans sa ceinture à l’arrière de son pull, une antiquité pour l’époque dans laquelle il vivait, clopina devant une petite table où étaient entourées des âmes perdues dans un monde chaotique. Ils ne semblaient pas se connaître, préférant boire leur alcools et autres sodas, du moins celles fournies par les dernières multinationales, de véritables consortiums, qui restaient de ce monde – The Coca-Cola Company pour n’en citer qu’une.
   Il maugréa : « Une clientèle périclitante que voilà. »
   Ils semblaient discuter des temps anciens où les titres de propriété étaient fiables et que maintenant le secteur immobilier n’était plus qu’un vaste mellah, de misérables agglomérations sans hygiène où s'entassaient de pauvres gens qui se regroupaient comme ce fut autrefois dans le ghetto de Varsovie.
   Parmi eux, quelques femmes.
   L’une d’elles le regardait avec une tête de chouette, semblant plutôt petite, maigre, et un peu avachi, avec en plus sa tête qui penchait un peu.
   Alors que Roger allait se diriger au comptoir, il remarqua que la femme continuait à le regarder.
   Il n’aimait pas ce regard.
   Vraiment pas :
   — Qu’est-c’que t’as toi ?
   Elle détourna les yeux tandis que Roger ne lâchait pas prise, laissant un certain temps à cette femme de lui répondre… puis il reprit :
   — Tu veux ma photo ?… Hein ? Tu veux m’sucer ?
   Elle leva le regard, intimidée, et chuchota :
   — Pauvre mec.
   Roger, qui était face au comptoir, changea sa posture pour se mettre face à cette « mégère » et s’approcha d’elle.
   Apeurée, elle se leva de son tabouret, tandis que les autres autour de la table ronde considérèrent ce qui s’y passait sans intervenir.

(Navilys prend la suite...)
« Modifié: 19 Avril 2016 à 20:32:56 par Aïsha »

Hors ligne Navilys

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Re : Roman Interactif (salle des textes)
« Réponse #2 le: 20 Avril 2016 à 16:40:56 »
Roger sortit son Smith & Wesson et le plaqua d'un geste sec sur sa tempe. Elle blanchit, visiblement elle connaissait l'arme.
Il approcha son visage du  sien, et son haleine gorgée de mauvais tabac lui emplit les poumons lorsqu'il rugit:
— T'as quequ'chose à m'dire? J'te plais pas, c'ça?
La femme frissonna. Pas d'aide à attendre des badauds, l'assistance à personne en danger avait été proscrite il y a de nombreuses années. "Aggravation de situation délictueuse", c'était le nom qu'on lui donnait à présent. Et elle n'avait pas d'arme sur elle. Tant pis, perdu pour perdu:
— Non, pauvre mec. Si tu t'excites comme ça pour un regard, tu n'te feras pas d'vieux os ici. Les Rémouleurs font pas dans la dentelle et leur QG est à trois rues.
Elle avait parlé avec autant d'aplomb que la situation et ses nerfs le lui permettaient. Roger se calma presque aussitôt, l'évocation de la police migratoire spatiale avait eu l'effet escompté. Leur surnom venait de l'état des pauvres types qu'ils interrogeaient, majoritairement des clandestins en partance pour Mars. Les malheureux en sortaient  usés, les cheveux blanchis et l'air hagard, comme s'ils avaient été consciencieusement moulus, hachés, pour l'exemple. En tant que base de lancement, la ville de Cape Ytrebil avait la joie extrême de les accueillir comme forces de sécurité.
— Fais pas trop la maline, seront pas toujours là ces fumiers, siffla-t-il entre ses dents avant d'aller s'asseoir au comptoir.
La "maline" attendit que les clients aient repris leur conversation pour regagner son tabouret.
— Désolé de t'avoir laissée dans la panade, Chirine, s'excusa son voisin de droite. On n'a pas vraiment les moyens de se rendre plus visibles qu'on est d'jà. Surtout si ce type est un informateur, ajouta-t-il d'une voix à peine audible.
— Pas d'quoi, c'est un plaisir intense de m'faire buter.
Chirine s'en tint là pour les critiques acerbes, les faces de ses compagnons étaient bien assez sombres comme ça. De plus, la prudence réclamait de mettre un terme à cette réunion.
— A part ça, on s'fait un gueuleton chez Marco ce soir. Spécialités italiennes, de quoi vous faire voyager! Vingt-et-une heures pétantes, vous savez à quel point il est à cheval là-dessus. Ah, oubliez pas d'apporter la boisson, on ira pas loin sans elle. Je vais devoir y aller, faut que je l'aide à tout préparer. A ce soir!
Se levant, elle risqua un oeil furtif en direction de Roger. Pas la moindre réaction. Ce type la mettait mal à l'aise, depuis le moment où elle l'avait vu entrer et la dispute n'avait fait que confirmer son appréhension. Qui pouvait être assez suicidaire pour déclencher une bagarre ici? Mettant un terme à ses pensées, Chirine poussa la porte d'un coup d'épaule et s'en alla lestement. Son épais manteau brun se fondit bientôt dans le brouillard.

(Say prend la suite...)
« Modifié: 20 Avril 2016 à 16:48:47 par Navilys »
C'est parfois en faisant des étincelles que les problèmes s'éclairent.

Hors ligne Say

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Re : Roman Interactif (salle des textes)
« Réponse #3 le: 21 Avril 2016 à 00:23:14 »
Dans la rue, il y avait de l'agitation. Enfin, plus que d'habitude. Entre la crasse et les déchets recouvrant le bitume, deux Remouleurs à la carrure d'ours brun encadraient un homme chétif, voûté, qui semblait suer à grosses goûtes. Chirine, en les croisant, s'écarta des trois individus, et longea le mur : il valait mieux ne pas chercher les problèmes. Elle comprenait les sueurs de l'homme. A son allure, et à ses habits légèrement au dessus de la norme de Cape Ytrebil, elle devina qu'il était en chemin pour une migration vers Mars. Dans ces cas là, il valait mieux avoir des gardes compétents pour survivre jusqu'à la station d'embarquement. Elle détourna le regard : pour le moment, des affaires plus importantes la préoccupaient.

   Cyril n'était pas à l'aise. Il sortait à peine de son innanapsie, réalisée la veille au gigantesque complexe hospitalier Epsis. Le centre Epsis était un des derniers endroits fréquentables de la ville. Et pour cause :  à moins d'être très fortuné, le centre était inaccessible, on racontait même que ce grand hôpital pouvait donner aux terriens un avant goût de la saveur que pouvait avoir Mars. Les affaires du complexe, d'ailleurs, étaient gérées directement depuis là bas depuis plusieurs années. Le personnel lui même était martien, et ne travaillait sur Terre que temporairement : rares étaient les martiens à accepter de passer plus de six mois d'affilés sur la planète grise. Toutefois, travailler sur Terre était aussi synonyme d'une paye bien supérieure, et le jeu pouvait en valoir la chandelle, si l'on évitait de trop traîner dans les rues.

   Le jeune homme métisse, vêtu ce qu'il imaginait être une tenue habillée pour son départ vers Mars, se posait beaucoup de questions, la plupart de celles ci concernant son maintien en vie dans les minutes à venir. C'était quelqu'un qui réfléchissait beaucoup, sans doute trop, et il avait mis énormément de temps à se décider à passer le pas de l'opération. Financièrement, cela n'avait pas été si compliqué. L'argent, il ne l'avait pas vraiment, mais il avait eu moyen de récolter une certaine somme, ça et là, plus ou moins légalement. Pour le reste, il s'était débrouillé et avait réussi à obtenir un prêt, à taux d'intérêt très élevé certes, mais il réglerait ça plus tard. Pour ce qui était du test psychologique, il ne lui avait pas non plus posé trop de soucis. C'était autre chose qui le préoccupait.
   Il s'y attendait, et cela ne manqua pas. Si il arrivait que les badauds ne profitent de la portée d'un futur martien pour tenter un carnage - et ils arrivaient parfois à leurs fins -, la plupart du temps ils se contentaient de moins que ça. Se jetant devant le cortège, deux ou trois couples crasseux commencèrent à s'embrasser goulûment en se hurlant des je t'aime bruyants. Le jeu psychologique, c'est tout ce qui leur restait. L'amour et le sexe, c'était le seul pouvoir des terriens face aux martiens, et ils aimaient le montrer plus que nécessaire. En vérité, des quelques couples qui narguaient Cyril, aucun ne s'aimait vraiment. L'un d'entre eux n'était même pas vraiment un couple.
   Les Rémouleurs poussèrent violemment les gêneurs. Cyril réprima son léger pincement au coeur. L'Amour, ça l'avait fait hésiter, un long moment. Il n'était toujours pas sûr de vouloir le laisser derrière lui, mais c'était trop tard, maintenant. Il toucha un vieux prospectus froissé, dans sa poche, faisant la promotion de séances de yoga pas chères, et un poil mystiques. Tous les soirs depuis un mois, il en relisait les quelques phrases bateaux en boucle, tentant maladroitement de se convaincre qu'il y avait plus important dans la vie d'un homme que tous ces sentiments futiles. « Trouvez votre place dans l'univers. » « Ne faites plus qu'un avec la nature. » « Laissez votre esprit dépasser votre corps. » Il les connaissait par cœur.
   Sur Mars, tout le monde allait être comme lui. Sur Mars, il y aurait peut être même de la philosophie. Les sentiments primitifs, il pourrait les laisser en arrière.
   Dans la rue, tout le monde le huait sur son passage. Difficile de les entendre au milieu de ses pensées. Au loin, il vit la station d'embarquement. Sur Mars, tout irait mieux.

(BenG prend la suite...)

Hors ligne manigairie

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Re : Roman Interactif (salle des textes)
« Réponse #4 le: 14 Mai 2016 à 04:46:25 »
Un bleu baliverne nimbait ces yeux apprêtés au bordeaux mordant lorsque sur Mars, le Mars des soirs d'ivoire, une lune lointaine faisaient baigner la roche et son entourage dans la laitance d'une voûte céleste propre à cet astre, et à nul autre. Cyril comprit que tous ces regards lui seraient à jamais familiers, qu'une co-fraternité aussi recherchée qu'introuvable sur terre ici le jugeait d'un oeil égal. En atteste Deimos, ce corps étranger cosmique qui eut permis aux créatures varappantes de sa planète hôte de s'accrocher aux contrastes les plus prononcés de toute la voie lactée.
ébahi par tant d'effet stellaire  il en oublia Chirine et se mit à courir de gratitude par monts et par vaux, contre vents et marées. C'est un laser au-delà de toute technologie terrestre qui, ne le ramenant pas sur Terre, le tétanisa dans une paraphilie martienne plus que totale: C'est bouche ouverte, n'osant resserrer les mâchoires sur le faisceau séparant incisives du haut et du bas, âpre rappel de sa mission, qu'il fixait maintenant ce point de mire le mettant en garde comme contre le moindre de ses faits et gestes. Il n'allait falloir s'agiter pas plus que dans un bon polar. Telles deux plantes extraterrestres en fanaison il laissa ployer ses yeux sur son poignet immobile: l'heure indiquait pourtant qu'il était tant d'agir.
Je l'ai sûrement fait exprès

Hors ligne Mister Pim

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Re : Roman Interactif (salle des textes)
« Réponse #5 le: 15 Mai 2016 à 18:20:30 »
     Non loin de l'astroport, dans le centre de Daedaliapolis, l'ambiance n'était guère sous le signe de la contemplation astrale. L'agence Marsfrontex, entre janvier et août 3051, avait recensé 150 000 personnes arrivées sur la planète illégalement ; le total en décembre dépasserait sans doute les 300 000. Cette recrudescence causait des divisions et des tensions diplomatiques entre les hauts-dirigeants martiens, réunis aujourd'hui au Sénat en séance extraordinaire. Climat électrique. Mines assombries. On peinait à se mettre d'accord sur l'attitude à adopter.

     — Certes, pour les qualifier, les termes sont multiples et dépendent de la sensibilité de chacun. Or je vous prie d'éviter le débat sémantique qui cacherait un débat politique. Monsieur le porte-parole des innanapsiens nous ayant fait savoir qu'il n'arrivait pas à départir ces migrants d'un essaim de mouches à merde – j'espère ne pas déformer vos dires ?

     — Aucunement, monsieur le président.

     — À tous, je réclame un vocabulaire digne de notre rang.

     Le PDG de Akvar-Synergie demanda la parole. Sur le revers de sa veste, à la boutonnière, le logo du groupe : en bleu les initiales A.S. surmontées de trois gouttes d'eau d'un bleu moins clair ; quant au métal doré de l'insigne, il était à l'image des bénéfices que réalisait l'entreprise. Premier leader dans l'hydro-commerce, Akvar-Synergie vivait par et pour l'eau, c'était même dans un contexte de monopole que le producteur, raffineur et distributeur inscrivait son action. En l'espace de 7 années martiennes (un peu plus de 13 terriennes), ce géant avait réussi le pari de mettre en service près de 210 centrales hydroponiques, subvenant à lui seul aux besoins de la population. L'homme patientait debout. Un menton volontaire qui accusait l'impression de dureté et de détermination apportée par un nez fortement busqué, un nez de chef, de seigneur, un nez d'escroc de haute volée. Le président du Sénat, d'un geste, accéda à sa demande.

     — Merci, monsieur le président. À l'évidence, messieurs, la situation constitue une réelle menace pour l'idéal, pour les valeurs que nous défendons. L'immigration irrégulière a dépassé tous les pronostics. En une seule semaine – j'ai le rapport Marsfrontex sous les yeux –, plus de 1000 clandestins, et selon les prévisions nous allons sur un rythme annuel supérieur à 350 000 arrivées. A l'horizon 3060, 1 million, pour peu que sur Terre de grands pays comme le Brésil, la Russie ou le Nigeria sombrent à leur tour dans la révolte sanglante.
 
     — Sans oublier l'Europe ! De nouvelles vagues sont à craindre, il faut agir ! Quadruplons les effectifs des Rémouleurs, vociféra le porte-parole des innanapsiens en récoltant les bravos des trois-quarts de l'assemblée.
   
     — Allons messieurs, messieurs ! Je signale au représentant des innanapsiens, s'il s'avise encore d'intervenir sans mon autorisation, que je procèderai à son exclusion séance tenante. Monsieur le président-directeur-général, vous avez toujours la parole. 

     — L'Europe, oui, avec une population avoisinant les 10 milliards d'habitants. Pourtant même si décupler les effectifs, recourir à la force militaire, même si instaurer des régimes plus durs semble frappé au coin du bon sens, c'est à la filière des passeurs que nous devons en tout premier lieu nous attaquer !

On venait de crever l'abcès. Un « Ah ! » de satisfaction parcourut les bancs de l'hémicycle. L'orateur poursuivit :

     — Chaque semaine, à travers les couloirs de trajectoires de transfert rapides, des navettes mercenaires déversent dans la zone de Cydonia, à proximité du « visage »*, des centaines de clandestins qui ont fui le chaos terrien. Comment se procurent-ils les fonds nécessaires à l'opération innanaptique et au voyage spatial ? Comment, une fois sur Mars, la prolongation du traitement renouvelable tous les 6 mois puisse-t-elle leur être délivrée ? Corruption du corps médical ? Usage de faux ? Commerce parallèle de médicaments ? Voici les questions auxquelles nous devons répondre sans plus attendre !

Ces mots déclenchèrent avalanche de réactions :

     — Un scandale ! Au nom de l'Union Martienne des Omnipraticiens, j'exige que ces propos soient retirés sur-le-champ !

     — Non, il a raison ! Le ver est dans la fruit. Nous devons arroser les passeurs afin qu'ils larguent toute cette marmaille dans l'espace !

     — Exactement ! Nul égard envers la pourriture qui remonte des égouts ! Mars n'a pas à avoir de fibre compatissante.

     — Messieurs, messieurs..., fit le président du Sénat. Tout le monde s'égosillait, levait les bras, s'agitait en même temps. Animé par la crainte que le paradis rouge devienne bientôt un enfer, la séance s'acheva dans l'indiscipline générale. 

* :


(Navilys prend la suite...)
« Modifié: 18 Mai 2016 à 17:53:16 par Mister Pim »

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Re : Roman Interactif (salle des textes)
« Réponse #6 le: 25 Mai 2016 à 19:52:29 »
Marco était un gars méticuleux, le genre à passer lui-même un coup de balai derrière son Breezor dernier cri, pour être certain d’avoir éliminé le moindre grain de poussière de l’intérieur de son restaurant. D’un tempérament complaisant, il se montrait le plus souvent de bonne humeur, et son accueil autant que sa cuisine attiraient de véritables foules dans son établissement. Ce soir pourtant, c’était congé, et tant l’apparence déserte du lieu que l’énervement de son propriétaire avaient de quoi faire tiquer plus d’un habitué.
-   J’ai eu beau chercher dans tous les coins, faire jouer mes contacts auprès des Rémouleurs, pas la moindre indication sur cet informateur ! Personne ne sait qui il est, d’où il est venu ni ce qu’il fait. Cette histoire sent très mauvais.
Chirine acquiesça silencieusement d’un signe de tête. Si même les relations de Marco ne parvenaient pas à identifier le bonhomme, c’est que celui-ci avait mis une énergie considérable à passer inaperçu. Il avait sans doute bénéficié de contacts en haut lieu.
-   On est déjà mouillé jusqu’au cou dans l’affaire, il faut les faire passer le plus tôt possible, au mieux cette nuit. Plus on laisse de temps filer, plus on a de chances de se faire repérer. Surtout vu le communiqué agressif du Sénat Martien qu’on a reçu aujourd’hui : ils ont décidé de nous cibler directement.
Marco émit un juron bien senti, synonyme chez lui de profond désarroi et de colère dirigée aveuglément contre l’Univers mal fichu, les nombreux imbéciles qui le peuplent et le désordre qui venait s’immiscer dans ses plans.
-   Tu sais qu’il faut qu’on leur fasse passer un stock de traitement, histoire qu’ils puissent tenir au moins vingt ans chacun. Tu sais bien que la contrebande ne peut se faire que petit à petit, pour ne pas trop attirer l’attention !
-   Combien de temps nous faut-il pour compléter le stock ?
-   Au moins trois bonnes semaines…
Chirine déglutit bruyamment. Trois semaines, c’était plus que suffisant pour que tous soient bloqués sur place. Le communiqué avait évoqué un renforcement massif de Rémouleurs pour inspecter les astroports terriens.
-   Oublie les circuits d’approvisionnement standards, s’ils ne sont pas partis dans trois jours on ne parviendra jamais à leur faire passer les nouveaux barrages de Rémouleurs. Je ne vois qu’un moyen de nous fournir en si peu de temps.
-   Le centre Epsis…
-   Exactement, l’hôpital regorge de traitements…
-   Tu te souviens qu’après l’astroport, c’est l’endroit le plus étroitement gardé de Cape Ytrebil ? Qu’on ne peut y rentrer qu’avec un certificat officiel d’innanapsie ? Ce document holographique si compliqué qu’aucun faussaire n’a jamais réussi à en produire une imitation satisfaisante ?
Chirine soupira, le côté maniaque de Marco en faisait un allié de poids pour la préparation des opérations, mais l’incertitude et l’improvisation l’angoissaient à tel point qu’il en devenait proprement incapable de réagir positivement.
-   Bien sûr, je sais tout ça. Cela veut simplement dire qu’il va falloir convaincre un innanapsié de nous aider…

(Say prend la suite)
C'est parfois en faisant des étincelles que les problèmes s'éclairent.

 


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