Voilà un papier bon pour la poubelle, daté du 21 novembre 2006. Enjoy

(je ne me suis pas relu, prévenez moi en cas de faute).
Le fil de l'histoireIl fait nuit, mais ce soir je n'ai pas sommeil. Il faut dire que mes journées ne sont pas très fatiguantes : mon activité physique ne dure que quelques heures par jour, parfois sept, parfois cinq. Sans oublier mon dimanche de repos, chaque semaine.
Mes insomnies sont de plus en plus fréquentes, ces temps-ci. Mon esprit est de plus en plus tourmenté, à force de se poser des questions sur mon existence, laquelle me paraît parfois étrange. J'habite dans une pièce très spacieuse, mais nous sommes plusieurs. Une dizaine de mes semblables partage ma vie, mais ils n'ont pas d'insomnies comme moi, et se contentent de me parler le jour. Dans cette pièce, il y a quelques objets : des lunettes, une matraque, un peu de nourriture, une garde robe contenant les habits de tous les occupants présents, des chapeaux, des ballons, des sacs de toutes les tailles et des instruments de musique, rangés dans des coffres. Nous nous servons de ces objets dans notre activité diurne, que certains appellent "métier".
La nuit est déjà très avancée, et mes insomnies sont insupportables car la lumière s'éteint vers vingt-trois heures et ne se rallume qu'à quatorze heures, ce qui fait des nuits très longues. Pourtant, mes compagnons ne sont guère dérangés par cela. Au contraire, ils s'accommodent parfaitement à leur vie, et quelques fois je me demande si je ne suis pas un peu difficile, ou anormal.
Je continuais de réfléchir jusqu'à la fin de la nuit avant de voir l'un des murs s'écarter, comme d'habitude. La salle où je vis fait partie d'un bâtiment beaucoup plus grand. Je crois même que mes amis et moi vivont dans une pièce située dans une autre pièce, environ cent fois plus grande. Je n'ai jamais vu ce qu'il y a au-dehors, mon travail s'exerçant dans cette pièce même qui nous sert de dortoir. Mes collègues se réveillèrent alors, dormant à même le sol. Ils me regardèrent, et virent que j'avais passé toute la nuit assis dans un coin de la chambre. Je jetais alors un oeil par l'endroit où le mur s'était écarté, et je clignais des yeux, les habituant à la lumière.
Tout ce que j'ai appris dans ma vie, je le tiens de mes excursions dans cette grande pièce qui enveloppe notre chambre. En face, il y a une horloge sur le mur. J'ai donc découvert la notion du temps, et je sais interpréter ce qui est affiché sur le cadran. Comme d'habitude, celui-ci affichait quatorze heures. Mes compagnons s'habillèrent et notre préparation dura une heure, comme à l'accoutumée. Vers quinze heures, nous étions prêts et nous vîmes des enfants et leurs parents prendre place face à notre chambre, assis sur des chaises. Je n'ai pas connu mes parents, et les personnes que j'ai interrogées n'en savent pas plus que moi.
Notre travail commença alors : j'étais dans la pièce, habillé d'une chemise rouge, ma chevelure noire découverte, et je demandai à mes collègues quelle affaire nous devions mener ce jour-là. Les enfants assis nous répondirent alors qu'il fallait retrouver un certain voleur, qui frappe pendant les anniversaires, dans la cohue générale. Le gendarme, à côté de moi, confirma alors et prépara sa matraque en cas de résistance. Elle était très belle et j'aurais beaucoup aimé la lui prendre, mais je ne pouvais pas tendre la main, quelque chose m'en empêchait. Je n'arrivais même pas à demander au gendarme de me la prêter, mes lèvres ne voulaient pas formuler la demande. C'est un des aspects étranges de ma vie qui me fait réfléchir la nuit. J'ai l'impression que mes actions m'échappent le jour, comme si quelqu'un dirigeait ma vie. Une sorte de dieu, finalement.
L'enquête commença alors, et après une demi-heure, nous l'avions retrouvé. En fait, nous n'avions pas bougé de la chambre : le voleur est venu à nous. Une demi-heure passée à spéculer, à occuper le fils du gendarme avec un ballon, et à régler des problèmes entre nous. Le voleur était une connaissance : je le reconnus immédiatement. C'était en réalité un de mes collègues, avec qui j'avais dormi la veille. Le traître ! Je voulus alors le frapper de rage, mais mes bras ne m'obéirent pas. Le gendarme s'en chargea à ma place, à l'aide de sa matraque, et le voleur tomba, assommé, sous les applaudissements des enfants et des parents. J'en vis même certains qui riaient.
Après plusieurs enquêtes de la sorte, nous avions coffré deux autres voleurs, tous des compagnons de chambre. On dirait que tous trahissent jour après jour, sauf le gendarme, son fils, et moi. J'ai arrêté tous mes collègues au moins une fois, mais chaque fois notre amitié a perduré. C'est très étrange, mais au moins ma vie est sans danger, je suis tout le temps applaudi et je ne perds jamais d'amis.
Chacune de mes journées se passe à peu près de la même manière. Vous comprenez sûrement pourquoi je me pose des questions, maintenant. Mais il se fait tard, il va bientôt faire noir à nouveau. Je lève les yeux vers le plafond et je vois des fils disparaître à travers. Je recouvre alors une certaine liberté de mouvement, et peut-être y a-t-il un rapport entre Dieu et les fils, après tout. Dieu nous dirigerait pendant le jour et nous lâcherait pendant la nuit. La lumière s'éteind alors, et le mur se referme, après que quelqu'un ait dit "Rideau". J'observe alors l'éternelle pancarte en haut de ce mur, où il est écrit l'incompréhensible inscription "Le monde des pantins".
Wind.