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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Dans un parc.

Auteur Sujet: Dans un parc.  (Lu 1159 fois)

Callilepis

  • Invité
Dans un parc.
« le: 17 Avril 2016 à 06:52:10 »
Coucou,

Je partage une simple petite heure passée dans un parc, à attendre.


Quelle allure, avec ce cartable qui lui pend jusqu’au bas du dos. Avec cet énorme sac sur les épaules, il zigzague, il trébuche. Le voilà qui trottine gauchement vers ses copains, tout content qu’il est de montrer son nouveau gadget. Surement que c’est de ça qu’ils causent aujourd'hui, les gamins.
Je suis trop vieux, je me rappelle plus de ce qui me faisait jacasser à cet âge. Les filles, peut-être. Oui, ça devait être aux filles que je pensais au collège. Il fallait toujours que les belles se mettent avec les belles. Moi j’arrivais, je savais pas quoi faire ni qui choisir, face aux groupes de jolies demoiselles. C’est trop d’un coup. La minette, faut pouvoir l’isoler, lui montrer que c’est toi le plus fort sans devoir le prouver à toutes ses copines. La galère.
Il ferait mieux de se demander de quoi il à l’air avec ce sac. C’est pas tout essoufflé de l’avoir trimballé qu’il va en trouver, des filles. Les cerfs femelles, dans la forêt, elles pourraient aimer ça de voir un mâle porter un truc aussi gros. Leurs histoires de bois et compagnie, sélection sexuelle je sais plus quoi. Mais le petiot est pas cerf, il est juste petiot. Vas-y mon enfant, va courir avec ça, va te mettre la honte, va bousiller ta colonne.

Lui par contre, il a une bonne foulée. Pressé, l’homme d’affaires. Ces mecs-là, toujours occupés. Même en mangeant le soir devant la télé, ça doit être la course. Regarde-le, avec sa montre en argent. Peut-être que le temps passe plus vite, avec une montre en argent.
Il vend forcément des immeubles, ça se voit à son air hypocrite et volontaire. Il doit en avoir sali, des paillassons, à l’entrée de tous les immeubles qu’il a vendus. J’aimerais pas être un  paillasson. Passer ma journée à me faire racler le nez par des chaussures, non merci. C’est pas une vie, d’être un paillasson.
Ce gars, on dirait qu’il a une mission à remplir. Tu sais, une mission cruciale, vitale même. Vendre le plus possible dans la journée, que s’il fait pas son boulot à fond, il va mourir déchiré en deux par une lame enflammée. C’est pour ça qu’il file des coups d'œil à sa montre.
Je sais plus quand c’est la dernière fois que j’ai regardé l’heure, moi. Avant un rendez-vous surement, avec une fille. Mon moment préféré, c’était de les voir arriver de loin, quand elles s'avançaient vers moi, tout sourire. J’aimais pas louper ça, alors j’arrivais tout le temps en avance. J’en ai eu, des filles. Mais les visages sont partis, j’ai plus que les démarches, les manières, toutes différentes. Il y en avait une, son bras gauche pendait plus bas que l'autre. Une autre, quand on se promenait dans les magasins, elle relevait toujours ses coudes très haut pour écarter les vêtements dans les rayons.

J’ai toujours détesté les vieilles, avec leurs manies de te voir comme un représentant de la nouvelle génération, toujours à te décortiquer. Mais les vieux sont plus sympas, ils te parlent de leurs époques mais demandent pas à connaître la tienne. Ils s’en fichent. Et le vieux là, il est mignon.
Avec le poids d’une vie dans les guiboles, il traine son vélo comme un pro qui fait sa pause. Si ça se trouve, il l'utilise même pas, il fait que le pousser. C’est une canne sans en être une, pour pas montrer qu’il est fatigué. Avoir son âge et cacher sa faiblesse par une béquille à deux roues, c’est digne. Quand je serai vieux comme lui, j’aurai oublié les autres, plus besoin de dignité. La dignité, ça existe parce que les autres existent. Mais déjà maintenant, dès qu’on me parle, ça m’ennuie. Je vois pas les autres. Si je suis trop malade pour avancer sans canne, j’en prendrai une et puis voilà.
Une fois, j’ai rencontré un vieux. Il avait fait la guerre, je sais plus laquelle. Mais on avait surtout parlé des filles. De la petite boulangère à Paris, qu’il allait visiter tous les matins. Un jour, il avait pu l’emmener sur le bord de la Seine pour l'embrasser. Ce vieux avait vu des gens mourir et il me parlait d’un baiser, d'un très vieux baiser. Je sais pas quel souvenir il en avait gardé. Est-ce qu'il avait toujours dans la la tête l’odeur du cou de la fille ou la saveur de ses lèvres ? Non, il a dû finir par se l'imaginer, après toutes ces années. Les sensations, ça reste pas. Peut-être que le moment était pas si fort, finalement. Peut-être que ça aussi, il l'a inventé.

« Modifié: 18 Avril 2016 à 08:22:40 par Callilepis »

Hors ligne Vir

  • Aède
  • Messages: 165
Re : Dans un parc.
« Réponse #1 le: 17 Avril 2016 à 16:16:48 »
Citation de: Callilepis link=topic=20585.msg335250#msg335250
Quelle allure, avec ce cartable qui lui pend jusqu’au bas du dos. Mais il marche,
Tu devrais mettre "Pourtant" à la place de "Mais" et bien expliciter que c'est parce que son sac est gros que le fait qu'il marche est surprenant.

 
Citation de: Callilepis link=topic=20585.msg335250#msg335250
le garçon, il marche presque normalement avec un énorme sac sur les épaules.
Là, tu as besoin d'un mais ou d'une opposition. "Il marche mais pas tout à fait normalement."
Citation de: Callilepis link=topic=20585.msg335250#msg335250
Pourquoi il fallait toujours que les belles se mettent avec les belles ?
Que dirais-tu d'une inversion : Pourquoi fallait-il ?
Citation de: Callilepis link=topic=20585.msg335250#msg335250
Il ferait mieux de se demander pourquoi il a besoin d’un sac comme ça.
On dirait que tu vas nous parler de l'école et nous sortir "il ferait mieux de réviser". Je crois que ce que tu veux dire là c'est plus : Il ferait mieux de se demander quel effet son gros sac a sur les filles.

Citation de: Callilepis link=topic=20585.msg335250#msg335250
Les cerfs femelles, dans la forêt, elles pourraient aimer ça, d'être aussi petit et de porter un truc aussi gros.
A reformuler. Car là, on dirait que ce sont les cerfs femelles qui aimeraient être petites et pouvoir porter des gros trucs.

Citation de: Callilepis link=topic=20585.msg335250#msg335250
Vas-y mon enfant, va courir avec ça, va te mettre la honte, va bousiller ta colonne.
Tyraniques parents x)
Citation de: Callilepis link=topic=20585.msg335250#msg335250
Tu sais, une mission divine, vendre le plus possible dans la journée, que s’il fait pas son boulot à fond, il va mourir déchiré en deux par une lame enflammée.
Vendre le plus possible dans la journée n’est pas très divin.
« Une mission divine, genre Dieu lui a demandé de vendre le plus possible dans la journée sous peine de se faire couper en deux par une lame enflammée »
Citation de: Callilepis link=topic=20585.msg335250#msg335250
J’aimais pas louper ça, alors j’arrivais tout le temps en avance.
J’avais tellement peur de les louper que j’arrivais tout le temps en avance plutôt ? Si tu parles d’avoir peur de louper le moment où tu les vois arriver, tu devrais placer cette phrase après :

Mon moment préféré, c’était de les voir arriver de loin, quand elles s'avançaient vers moi, tout sourire. J’aimais pas louper ça, alors j’arrivais tout le temps en avance.
Citation de: Callilepis link=topic=20585.msg335250#msg335250
Avoir son âge et faire encore attention aux autres, c’est de la magie.
En quoi fait-il attention aux autres ? Avec son vélo ?

Je trouve qu’il manque des connexions entre tes idées, ce n’est très fluide, un peu haché. C’est fidèle à un fil de pensée, oui, on sent bien qu’on est dans la tête de quelqu’un qui regarde tranquillement autour de lui et qui laisse son esprit vagabonder. Mais le truc, c’est que quand on pense, on passe un peu trop du coq à l’âne.
Citation de: Callilepis link=topic=20585.msg335250#msg335250
Mais le petiot est pas cerf, il est juste petiot. Dedans, il doit avoir son gouter, sa trousse et trois cahiers, rien d'autre. Les parents, je te jure. Vas-y mon enfant, va courir avec ça, va te mettre la honte, va bousiller ta colonne.
Là par exemple, tes trois phrases ne s’enchaînent pas. Elles n’ont aucun lien entre elle. Déjà on s'attend à ce que tu conclues cette histoire de cerfs mais tu nous parles du contenu de son sac. Ensuite, avec ce « rien d’autre », on se dit que le sac est juste gros, pas lourd. Sauf qu’après tu nous dis qu’il se bousille la colonne avec. Ca n'a pas de sens. Alors tu devrais enlever le "rien d'autre" et au contraire rajouter des objets dans le sac parce que trois cahiers, ce n'est pas grand chose.
Citation de: Callilepis link=topic=20585.msg335250#msg335250
Il doit en avoir sali, des paillassons, à l’entrée de tous les immeubles qu’il a vendus. J’aimerais pas être un  paillasson. Passer ma journée à me faire racler le nez par des chaussures, non merci. C’est pas une vie, d’être un paillasson
Là par contre, ça passe très bien c’est plus fluide. Peut-être parce que tu vas au bout des idées, que tu conlues en quelque sorte : c'est pas une vie, d'être un paillasson.
« Modifié: 17 Avril 2016 à 16:31:19 par Vir »

Callilepis

  • Invité
Re : Dans un parc.
« Réponse #2 le: 18 Avril 2016 à 00:30:05 »
Hey !

Merci bien ! J'ai revu quelques petites choses, mais c'est vrai que concernant le côté volontaire d'une oralité décousue, j'ai probablement pas trouver le bon dosage. Je préfère garder le ''il fallait'' par contre, que remplacer par ''fallait-il''. J'ai épuré là où j'ai senti ton malaise, à voir si ça améliore le tout.

Encore merci !

Hors ligne Vir

  • Aède
  • Messages: 165
Re : Dans un parc.
« Réponse #3 le: 18 Avril 2016 à 14:14:23 »
  Je préfère cette version, super !  :)

 


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