Abiel vient de passer une heure dans un cachot de la police. Il s’est fait menotter et emmener de force après l’incident qui venait de se dérouler à l’intérieur de l’hôtel. La police à débarquer, n’a posé aucune question, ni chercher à savoir ce qui s’était passé, ils n’ont embarqué le garçon. Deux policiers viennent à présent de le transférer dans les bureaux de la police de Phuket. Ils le brinqueballe dans une salle d’interrogatoire, toujours menotté, Abiel est installé sur une chaise en bois, la pièce est grise, bétonnée, un spot lui éclaire le visage. Un homme est en face de lui, une table les sépare. Abiel est très énervé de la manière dont toute cette procédure se déroule, en tant que citoyen brésilien, il n’a jamais été traité de la sorte. Ils ne cessent de répéter au policier qu’ils n’ont pas le droit de le traiter comme ils le font.
- Mr Intachac, voici le jeune homme qui était sur les lieux.
- Vous pouvez disposer.
Tham-Boon Intachac, commandant en chef du district de Phuket, est en face d’Abiel, de l’autre côté de la table. Mr Intachac est impressionnant dans son complet gris de la police royale thaïlandaise, arborant ses divers écussons de mérites. Malgré son âge avancé, la cinquantaine bien faite, son charisme inspire toujours la peur. Il a le regard grave, le visage sévère, un faciès rectangulaire qui transpire l’absence de compassion. Ces deux gros sourcils noirs au-dessus de ses yeux bruns et sa coupe au carrée lui donne l’apparence d’un GI américain. Son nez empâté se renfrogne dans son visage, les traits fins de sa bouche se crispent aux extrémités lorsqu’il s’apprête à crier tel un démon enragé; ce qui est le cas actuellement. Il crie sur Abiel.
-Où se trouve ton ami ?
Abiel est apeuré, il ne comprend pas ce qui lui arrive. Lui qui venait passez ses vacances en Thaïlande, le voilà dans un bureau de police. Ce type qui à l’air haut gradé lui crie dessus comme s’il était la dernière des merdes que l’humanité ait vu naître.
- Je ne comprends pas ce qui se passe. On m’a arrêté au bar. Je n’ai rien fait de mal ! Je …
Abiel est terrifié par le comportement du policier. Son cœur se met à battre de plus en plus vite, sa gorge se noue, ainsi que son estomac. Sa main droite commence à trembler légèrement. Le commandant Intachack crie de toutes ses forces sur Abiel !
- Ton ami backpacker a agressé un officier de police, qui est maintenant à l’hôpital ! Le fait que tu aies été avec lui fait de toi son complice. Est-ce que tu comprends ? Vous pensez que vous pouvez venir foutre le bordel chez nous. Saloperie de farangs !
La voie d’Abiel tremble de peur. Il bégaye, il s’excuse d’exister.
- Je … Je … Je ne connais pas ce garçon, je vous l’assure. Je l’ai … Je l’ai … rencontré à l’hôtel, mais je ne le connais pas. Il m’a dit qu’il venait de Belgique, c’est tout ce que je sais, je vous l’assure, il s’appelle Julien. Je …
Le commandant rapproche sa tête de celle d’Abiel, il vient presque lui murmurer à l’oreille, sa voix est plus calme, son attitude plus détendue.
- Les filles de l’hôtel m’ont dit que vous étiez bon amis. Ne me prends pas pour un con.
La voix d’Abiel tremble de plus en plus.
- Je vous assure, je ne le connais pas.
Le policier reprend un peu de distance, parle de manière plus détachée tout en accentuant le ton sur la fin de la phrase.
- Tu sais ce que tu risques en étant complice d’agression sur un policier ? La prison. Tu as envie d’aller en prison ?
Abiel est au bord des larmes. Il ne comprend absolument pas ce qui lui arrive, il est dépassé par les événements, il a des difficultés à s’exprimer, il bégaye de peur, il tremble de tout son corps.
- Je vous assure, je ne le connais pas. Mon dieu, je n’ai rien fait de mal, je veux rentrer chez moi.
- Espèce de petit con ! Dis-moi où est ton ami, sinon c’est la case prison. Et d’où viens-tu ? Où est ton passeport ?
- Je viens du Brésil. Mon passeport, je l’ai laissé en caution à la location de scooter, je vous l’assure. Demander au magasin de location de scooter en face de mon hôtel. Je vous assure que je ne sais pas où est Julien. Comment voulez-vous que je sache où il se trouve ? Il devait dormir à l’hôtel où je suis, c’est tout ce que je sais.
- Peut-être qu’une petite nuit au cachot te ravivera la mémoire ?
- S’il vous plaît, je vous en supplie. Je ne sais rien !
Un garde emmène Abiel en le tirant par les menottes, les deux mains derrière le dos. Abiel crie en pleurant, ses jambes tremblantes de peur.
- Vous ne pouvez pas me traiter comme ça. J’ai des droits. Je n’ai rien fait. Je veux parler à mon ambassade. Je ne sais rien de ce Julien !
Abiel est emmené et placé dans le cachot de la prison de Phuket dans le commissariat central.
-
Le sous-commandant Ittiporn entre dans le bureau du commandant Intachac. Il a assisté à l’interview du jeune brésilien, caché derrière cette vitre miroir qui permet de voir sans être vu.
- Mon commandant, vous l’avez bien secoué ce gamin. Ce jeune brésilien ne semble pas savoir quoi que ce soit. Vous avez vu comme il tremblait ? Il a manqué de se pisser dessus. – Le sous-commandant esquisse un sourire complice – il ne semble pas savoir pourquoi ce Belge a frappé notre collègue.
- Ce sont ses farangs, ils se croient tout permis, ils viennent chez nous et se comportent n’importe comment ! Ils pensent qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Ce policier à certainement du lui dire de ce comporter décemment et une bagarre à éclater, voilà tout. La réceptionniste m’a dit qu’il était accompagné d’une jeune femme. Je ne sais pas qui elle est, ni pourquoi elle l’aide, mais cela fait d’elle son complice.
- Des patrouilles parcourent l’île mon commandant, un poste de contrôle arrête les voitures qui tentent de rejoindre le continent, ils n’ont pas pu aller bien loin. Nous sommes allés à son hôtel, on a fouillé son sac, mais on a rien trouvé de suspect. Le gérant de l’hôtel n’a rien remarqué de spécial, il était arrivé cet après-midi, un backpacker habituel. Son passeport n’était pas dans son sac, il n’y avait que des vêtements, rien qui puisse identifier son identité. L’hôtel n’a pas effectué l’identification au check-in, nous n’avons pas son numéro de passeport. Nous ne connaissons pas son identité commandant. Nous pouvons envoyer sa photo à l’ambassade de Belgique afin qu’ils vérifient de leur côté.
- Oui, je m’en charge, j’irai à l’ambassade de France demain, c’est eux qui se chargent des ressortissants belges à Phuket. Il faut que l’on retrouve ces individus. Je ne permettrai pas que l’on agresse des policiers dans ma juridiction! Tenez-moi informé des avancements de l’enquête. Prévenez également les autorités de Phang Nga et de Krabi. Surveillez les côtes, mettez des policiers aux embarcadères principaux, identifiez-moi ces personnes et faites circuler leurs photos avec un avis de recherche. Vous pouvez disposer.
- Bien mon commandant !