Bonjour MZK, je pense que tu voudras répondre à Dot Quote, mais je ne peux m'empêcher de réagir. Tu m'obliges à prendre position sur un sujet très grave, j'imagine que je n'allais de toute façon pas y échapper. Pour ma part, je connais très bien ton aversion pour la société de consommation dans ce qu'elle a de dégénérescence et de violence. Je comprends donc très bien le propos de ton texte.
Je vois aussi la rupture qui s'est effectuée dans ton travail de réflexion, la question qui s'est posée. Il est essentiel que tu puisses prendre position dans tous ces chamboulements majeurs en tant qu'écrivain.
En revanche, je ne peux m'empêcher de te renseigner sur quelque chose de grave, un secret que certains cherchent encore à garder et qui pourtant doit être parlé en public : ces attentats ont des conséquences très, très graves sur notre modèle et sur sa capacité à faire face (pour de vrai). Du coup, même si certains seraient contents de voir notre modèle s'effondrer (les profiteurs), beaucoup de monde y perdrait beaucoup. Ce que tu vois encore aujourd'hui, tout peut tomber en ruine d'un moment à l'autre, nous perdrions tous nos droits. C'est ta liberté d'écrire elle-même qui est en danger grave. Il n'y a pour le moment pas d'issue, nous vivons là des heures graves qui appellent tout un lot de responsabilités pour chacun. Le coup des petits somaliens affamés, c'est ce qu'on pourrait appeler de l'empathie ; alors que là, contrairement à ce que quelques uns disent, le coup des attentats, ça nous concerne directement. Toi et moi, MZK, nous sommes la cible d'une haine surpuissante. On ne pourra pas arrêter la machine infernale si facilement, nous devons faire de très gros efforts ; et ce sera aussi l'occasion de proposer un nouveau modèle (dans le meilleur des cas). Ce serait difficile pour moi de t'expliquer en quoi ces meurtres de masse ont des conséquences phénoménales sur l'ensemble de notre existence (en tant qu'Européens), mais je peux t'affirmer qu'il y a une différence fondamentale entre l'empathie d'une époque, qui prétendait véhiculer la générosité, et la peur qui règne aujourd'hui, qui a d'énormes conséquences sur la réalité.
Notre capacité à nous adapter est engagée, notre capacité à nous protéger contre la peur et la haine (d'un point de vue moral), cette capacité à nous protéger nous-mêmes compte énormément.
Ce que je peux te dire, c'est que je suis moi-même engagé dans ce combat, et que le plus important à mes yeux, c'est que ta liberté d'écrire et de t'exprimer soit préservée. Sais-tu que la Seconde Guerre mondiale, ça ne date pas d'il y a très longtemps ? Ceux qui t'ont dit que "c'était du passé" ont menti, le risque est encore total. La société de consommation elle-même pourrait disparaître, au profit d'autre chose (d'un modèle religieux, par exemple, comme les djihadistes qui interdisent la publicité dans les villes qu'ils contrôlent). Rien n'est immortel, et aujourd'hui notre modèle est mort ; il nous en faudra un nouveau. Des livres brûlés, certains ont dit que c'était moins grave que des vies humaines, alors que c'est en fait tout aussi grave dans le sens où l'on efface la contribution de vies entières à la construction de notre identité. Non, il n'y a pas de mise en scène : toute notre vie est en danger, toutes nos libertés. Par exemple, moi, je préfèrerais être assassiné que de voir mon œuvre effacée, car si je voyais mon œuvre effacée, ce serait pire que de me voir disparaître. Les djihadistes ont trouvé un moyen efficace de casser notre modèle, un talon d'Achille, aucun doute. Ainsi, les djihadistes projettent de brûler une partie de notre identité, ce n'est en rien une question de famine ou de banals événements. Il n'y aura pas de miracle qui rétablit l'équilibre, le danger est immense. Crois-moi, l'histoire saura s'en souvenir.
Sache que la ville de Mogadiscio en Somalie est fréquemment touchée par des attentats, il faut donc peut-être voir les choses sous un autre angle.