Rien faire ça ne veut pas dire penser qu’à soi. Et quand il s’agit tout de même d’un moment à soi il est, sans conteste, le plus menacé d’entre tous. La plupart des égoïstes sont des gens qui font quelque chose de leur journée. Bien sûr, on pourra me demander ce qu’il en est des assistés. Il n’y a pas plus altruiste qu’un assisté. Ce qu’il ne fait pas, il l’offre à l’autre et lui permet en plus de ne penser qu’à sa gueule en s’oubliant. Rien de plus égoïste que s’oublier dans une activité. Là encore on me dira : « Et les actions humanitaires alors ? » Rien de plus qu’une dynamique de neurones qui s’auto-accusent et se déculpabilisent sur le dos de pauvres malheureux en leur délivrant des soins : ces gens sont en thérapie bordel !! Les crève-la-faim, eux, sont leurs blanchisseurs d’âmes, on devrait aussi les nourrir de reconnaissance. Qu’il soit malade, incapable ou (soit-disant) profiteur, l’assisté, d’un instant ou de chaque instant est la revalorisation, la sublimation absolue de celles et ceux dont l’ambition s’est retrouvée honteuse d’un égoïsme patent. Oui je vous le dis, l’assisté est confronté à un grave problème : celui de culpabiliser à ne rien faire car les pénitents en pleine frénésie leur prennent de plus en plus une place qu’ils n’occupent même pas ! Un comble !!
Tu ne te positionnes pas? Très bien, je me positionne à ta place. Ohhh!!! C’est à l’autre de prendre sa place, et s’il ne la prend pas elle lui appartient toujours! C’est du vol, d’un genre encore méconnue de la justice mais un vol quand même. Et puis merde, la plus grande majorité des gens qui ne font RIEN est peut-être tout bonnement si saturée de pensées pour les autres qu’il ne leur reste plus aucune énergie pour faire quelque chose d’eux-même.
Mais quand ils n’ont ni maladie ni bouddhas, on les méjuge à la mesure dont on les assiste. Ce faisant on se gargarise, du moins en pensée, du fait de se sacrifier pour eux. Combien d’assistants par exemple, sont restés authentiquement ébahis devant le coup de reins imprimé d’un ado pour passer de la position allongée à celle assise, sur son canapé, afin de se saisir d’un verre de coca ? Où est-il allé trouver cette énergie alors qu’il est, depuis qu’il s’est levé à 11h30, déjà complètement vidé d’efforts métaphysiques en tout genre qui nous dépassent et pour beaucoup d’entre nous ?? Rien faire peut véritablement cacher une dépense psychique colossale pour tenter de se repérer mentalement dans une société où toutes les “bonnes actions“ gages d’approbation, sont pré-listées. Les pulsions brimées, contrecarrées, trop satisfaites, singulières ou acculées à une norme qui exprime seulement la folie quasi militaire de l’Homme, finissent par tisser un réseau de malaise interne à travers lequel il s’agit quand même de se développer. Un cancer peut facilement y trouver une aubaine. La folie normale aussi. Admettons que la vie continue, vient alors la peur de développer un cancer, un infarctus rien qu’en se souciant tout à coup de sa propre évolution, toute tordue et trop longtemps cachée. Il faudrait vraiment s’affranchir de pas mal de réactions intellectuelles qui ne se savent même pas être seulement des sbires, des rejetons, d’une société encore trop gonflée en effectif bien-pensant juste parce que les périodes bien commodes de sa population dépassent toujours la moyenne des moments solitaires, introspectifs, malheureux. Or ces derniers sont trop souvent imagés par le fameux “toucher du fond suivi d’une extension de la patte pour un retour en surface en bon et du forme“ Youpiiiii!!! J’ai suffisamment morflé dans ce combat entre mes singularités et ce qu’il est attendu de moi pour… mettre un peu plus de côté l’inattendu au service de mon tortionnaire ! Alors que pour endiguer le grand malaise, ce parcours intérieur du combattant putain devrait être une consécration de l’inverse. Et en douceur en plus. Peut-être une longévité supérieure saurait connaître plus souvent tel rebondissement mais pour l’heur, l’échéance moyenne de la mortalité ne peut encore nous permettre d’atteindre un nombre de reculs suffisants.
Et puis il y’a ces commentaires récurrents sur des photos où l’on voit deux enfants s’amuser, avec un rien. On entend alors souvent: “Quand je vois nos enfants se plaindre j’ai envie de leur montrer ce que c’est que LA DURE VIE !“
Pourquoi parler de leur vie comme d’une “vie à la dure“ ? Sous entendant qu’on pourrait la leur faciliter en tout leur donnant, comme aux nôtres? Envie qu'ils sombrent eux aussi dans notre consumérisme de gâté/pourri confinant à l'ennui alors qu'ils s'éclatent, épargnés de ce "talent" qu'on a nous à se lasser rapidement de tout parce qu'il y'a toujours mieux? Vouloir rendre plus heureux des gens qui le sont plus que nous, j'appellerais ça de la jalousie renversée.
Je ne suis pas désolé de le dire, mais sur terre il y’a avant tout: RIEN A FAIRE ! Vous n’êtes pas d’accord ? Vous voulez vous battre contre la violence du monde? Vous en ajouterez seulement. Quelle humanité a déjà tenté jusqu’au bout de ne pas réagir? Aucune, au final tout le monde se débat et affronte la mort dans un sursaut pour lui échapper, lui offrant ainsi sa coloration douloureuse et surtout la persistance de son statut de maître absolu. Si l’inverse de l’attentat confine lui aussi au sacrifice, la mort totalement assistée est la forme de lutte la plus désarmante qui soit pour faire penser différemment celles et ceux qui croient avoir trouvé la rébellion suprême en s’arrogeant le droit de tuer. Mais je sais bien, ma façon de penser demanderait encore plus de courage que pour les affronter. Laissez votre place se prendre, de toute façon votre vie n'est pas là où elle est prise d’assaut. Du simple rapport humain au couteau sous la gorge.