Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

15 Septembre 2026 à 21:39:22
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Un crime inné?

Auteur Sujet: Un crime inné?  (Lu 1672 fois)

Hors ligne Navilys

  • Scribe
  • Messages: 96
Un crime inné?
« le: 04 Mars 2016 à 15:30:49 »
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Au tribunal.
LE JUGE :
Mesdames et Messieurs les jurés, les preuves à l’encontre et en faveur de notre accusé ont été montrées à chacun de vous. Vous avez pu entendre tour à tour l’accusation et la défense, le procureur et l’avocat vont à présent vous expliciter leur préconisation. Ecoutez-les bien attentivement, le sort d’un mot dépend de votre jugement. En votre âme et conscience, vous pourrez ensuite décider de la culpabilité ou de l’innocence du prévenu, Discriminer. La parole est à l’accusation.
Le procureur se lève.
LE PROCUREUR :
Merci, Votre Honneur. Mesdames et Messieurs les jurés, l’affaire qui nous réunit aujourd’hui est grave. Elle ne concerne pas seulement ce mot, mais porte aussi en elle des troubles capables de saper les fondements mêmes de notre société.
Rappelons ici les faits. Le prévenu est à l’origine un mot sans histoire, à la jeunesse tranquille. Fils du latin discriminatio, il cherche comme son père à opérer la séparation. Il se fait l’ami et devient très proche du terme Distinguer, et s’ouvre par là des études scientifiques poussées. Grâce à ses recherches en mathématiques, Discriminer permet de remonter à la racine des problèmes, en particulier en les prenant au second degré.
Hélas, ce fils tranquille et de bonne compagnie n’en est pas resté là. Non content de ses prouesses algébriques, il a commencé à s’attaquer à la question sociale. « S’attaquer » est le terme qui convient, car Discriminer n’a pas montré plus d’égards pour les Hommes qu’à l’encontre de ses objets calculatoires. Or, nos citoyens ne sont pas, à la différence de ces derniers, de simples formules interchangeables. En traitant nos semblables de la sorte, c’est la valeur même d’égalité devant la loi qui est mise en cause.
Notre démocratie toute entière s’est bâtie sur ce premier article de la Déclaration Universelle des Droit de l’Homme de 1789 : « Les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. ». Discriminer, avec son obsession de la catégorie, n’a pas hésité à détruire le ciment de notre unité républicaine.
Les distinctions d’origine ethnique, le racisme, prétendent séparer nos citoyens selon leur origine  et selon leur sang : n’avons-nous pas connu suffisamment de troubles honteux, sur le sol européen comme dans nos colonies d’antan, pour enfin en tirer la leçon ? Comment pourrait-on prétendre que cette distinction puisse le moins du monde apporter quelque chose au bonheur de tous ?
Les distinctions de sexe, le sexisme, séparent notre pays entre les hommes et les femmes. Malgré des progrès ces dernières années, le fossé reste imposant. Moins bien rémunérée, en proie à des restrictions sociales, vestiges de traditions séculaires éculées, les femmes sont aussi bien moins représentées, tant au niveau des postes à hautes responsabilités qu’à celui de l’échiquier politique : une dame pour seize pièces, est-ce là notre idéal de représentativité démocratique ? Quant aux hommes, bien que les schémas caricaturaux les concernant soient de moindre incidence sur les plans économiques et politiques, ils sont également un sujet important. Peut-on, doit-on accepter que les vies de nos citoyens soient gouvernées par leur naissance, en opposition frontale avec le socle de notre Constitution ?
Les distinctions d’opinions, d’origine sociale, de langues constituent autant de barrières que Discriminer, dans sa volonté de tout séparer, place entre les membres du genre humain. Il ruine par là tout espoir d’ouverture, toute opportunité de changement, tout développement culturel. En empêchant les mélanges de genre ou même leur simple coexistence, il interdit le débat.
Récapitulons. Discriminer, dans sa folie théorique de classification de l’humanité, a profondément endommagé l’un des piliers de notre société, l’égalité de chacun des habitants qui la constitue. A travers lui, ce sont des pans entiers de l’humanité qui se délitent. La justice est mise à mal en proposant des représentants trop homogènes, la créativité est en berne car la parole ne circule plus, la démagogie s’insinue de partout en s’appuyant sur ces grotesques caricatures.
Je requiers donc, Mesdames et Messieurs les Jurés, la peine maximale à l’encontre du prévenu : sa dégradation en place publique et sa déchéance dans tous les dictionnaires aux épithètes d’injuste et d’illégitime.

Le procureur se rassoit.
LE JUGE :
Vous avez pu entendre les arguments de l’accusation, la parole est maintenant donnée à la défense.

L’avocat se lève.
L’AVOCAT :
Merci, Votre Honneur. La défense tient également à remercier l’accusation pour son exposé brillant, auquel nous allons opposer un démenti aussi complet qu’inattaquable.
Sur un point cependant, l’accusation partage notre pensée : cette affaire dépasse effectivement de loin l’accusation faite à mon client.
La jeunesse de Discriminer a été fort justement narrée précédemment, mais la suite relève malheureusement de ce qu’un tribunal peut craindre de pire : l’erreur judiciaire. Le procureur est revenu deux fois sur une parole, comme pour en blâmer le prévenu : la catégorie. Loin d’être aussi infamante que se plaît à le croire l’accusation, elle est au contraire la clef d’une égalité bien pensée, ce qui non seulement innocente notre client, mais l’élève encore au rang des protecteurs véritables de notre société.
Discriminer est essentiel à notre compréhension. En effet, comprendre (littéralement, prendre avec) signifie séparer un élément de son environnement pour le faire sien. En ce sens, on ne peut comprendre l’arbre qu’à partir du moment où l’on parvient à le distinguer de la forêt où il pousse. Comprendre, c’est d’abord isoler quelque chose et lui donner un nom, un contenu en soi. Et pourtant, cette distinction n’est pas sans conséquences sur l’objet ainsi sevré de son environnement. L’arbre se construit en fonction de ce qui l’entoure. Que le vent soit violent et il tourne alors ses branches et arbore des feuilles en drapeau. Que la forêt soit dense, et il monte, monte, son tronc longiligne poussant démesurément en quête de lumière. Que le sol soit drainant et ses racines plongent, creusent de profondes galeries à la recherche d’eau potable.
Couper l’arbre de son histoire, c’est l’amputer de toute une dimension, mais c’est seulement à ce prix que tout arbre peut être reconnu et compris comme un arbre, et que la science peut partir de cette identité commune pour en comprendre ses différentes manifestations. « L’arbre », en tant que tel, n’existe pas. « Le pin » et « le cyprès », pas davantage. En revanche, Discriminer permet que tout pin ne puisse pas être confondu avec un cyprès, ni tout cyprès avec un pin. Grâce à ces catégories, imparfaites et irréelles, le monde devient intelligible.
Si Discriminer répartit les personnes selon leurs origines ethniques, il permet de mieux comprendre chacun et d’éviter les contresens culturel. Discriminer est donc nécessaire pour comprendre les besoins et ressentis propres à chaque culture de manière à pouvoir plus facilement voir se côtoyer des Hommes d’origines diverses.
Si Discriminer envisage différemment les personnes selon leur sexe, il fournit également les clés pour les accompagner dans les difficultés spécifiques que rencontrent leurs corps.
Si enfin Discriminer sépare les opinions et les langues, il leur permet du même coup d’exister : une opinion ne se définit que par différence avec d’autres : là où l’opinion est seule, elle s’appelle savoir, elle s’appelle propriété. Une opinion, par nature, n’est jamais seule. Le concept de langage n’existerait tout simplement pas s’il n’y en avait pas de différents, il serait simplement le mode de communication humain et n’aurait pas de légitimité à être pensé différent de lui-même. Discriminer, en faisant naître l’altérité, créé en même temps le dialogue et la possibilité de changement : il est un chemin incontournable vers la détermination de la valeur.
Revenons sur cette idée de valeur, ou plus exactement de jugement de valeur : elle est, je crois, la source des actes dont on condamne le prévenu. Les catégories une fois mises au monde, une hiérarchie de valeur s’installe entre les différents segments ainsi séparés. C’est cette hiérarchie même qui est tant décriée, lorsqu’elle est injuste, et qualifiée d’atteinte à l’égalité de tous. Discriminer ici n’est plus en cause : il s’est borné, en bon scientifique, à séparer les classes selon leurs caractéristiques. C’est le jugement qui l’a suivi qu’il nous faut condamner, pas Discriminer lui-même.
L’accusé, contrairement à la diatribe qui vient de le frapper, n’est nullement coupable des inégalités : au contraire il met celles-ci en évidence. En revanche, il construit les bases d’une égalité qui ne soit pas simpliste : fondée sur les besoins propres à chacun plutôt que sur la rigueur arithmétique, celle-ci correspond bien mieux au premier article des droits de l’Homme cités plus haut : les distinctions sont fondées sur l’utilité de tous.
Si le prévenu a été mis en accusation et son nom traîné dans la boue, cela vient d’une tendance grave de changement du sens même de l’égalité. Les média et le législateur ont entériné ce glissement, les premiers en le popularisant, le second en l’inscrivant dans le corps de la loi depuis 2004. A travers ce nouveau sens de Discriminer, c’est le fondement même de la compréhension qui est considéré comme illégitime et injuste : en ce sens, l’égalité serait qu’il n’y ait plus de catégories du tout. C’est un glissement sémantique dont les conséquences à terme sont sans limites : pareillement, pourquoi distinguer entre malades et sains, entre mineurs et majeurs, entre petits et grands…
Parce que notre égalité ne peut  pas être juste sans tenir compte de nos différences, parce que Discriminer, avec ses cases certes imparfaites, permet d’appréhender ces différences et de s’y adapter, je demande, Mesdames et Messieurs les jurés, la réhabilitation complète du prévenu, son sens originel rétabli, et ces jugements de valeurs que sont le racisme, le sexisme ou autres, regroupés sous un autre vocable, l’injustice. Seule la clarté sur les mots permettra d’éviter la démagogie.

L’avocat se rassoit.
LE JUGE :
Mesdames et Messieurs les jurés, vous avez entendu les plaidoiries de l’accusation et de la défense. Vous allez vous retirer pour délibérer. Veuillez vous rappeler que la définition d’un mot est confiée à votre jugement. Les discours que nous venons d’entendre laissent à penser que l’enjeu est même d’une portée bien plus étendue que cette seule décision. Soyez certains de bien peser chaque mot, afin qu'après mûre réflexion, vous soyez sûrs de votre choix.

Les jurés se retirent, délibèrent et reviennent.
LE JUGE :
Eh bien, qu’avez-vous décidé ? Aux jurés la parole.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
« Modifié: 05 Mars 2016 à 21:28:13 par Navilys »
C'est parfois en faisant des étincelles que les problèmes s'éclairent.

LéonT

  • Invité
Re : Un crime inné?
« Réponse #1 le: 04 Mars 2016 à 16:28:31 »
On est donc invité à répondre?  ::)

C'est vraiment très bien écrit, tant sur la forme que sur le fond. A la fin du premier argumentaire on est convaincu (on se laisse l'être) et à la fin du second on l'est de nouveau: ce sont donc deux excellents argumentaires.
J'ai pas de critiques constructives (négatives), ça reprend avec beaucoup de pertinence des sujets sociaux très actuels: statistiques ethniques et discrimination positive entre autres...Merci pour cette réflexion claire!

Hors ligne Navilys

  • Scribe
  • Messages: 96
Re : Un crime inné?
« Réponse #2 le: 04 Mars 2016 à 16:40:25 »
Bonjour LéonT,
merci beaucoup pour ton commentaire, j'ai essayé de présenter ça de manière équilibrée et neutre-même si j'ai une position sur la question-.
Plus largement que ce mot-ci (qui est un peu provoc', parce que le sujet est sensible), je m'intéresse aux avis que peuvent avoir les gens sur les contours des mots, leur définition en général, et l'effet que cela peut avoir sur les modes de pensées.
Citer
On est donc invité à répondre?  ::)
Oui, c'est l'idée :)
C'est parfois en faisant des étincelles que les problèmes s'éclairent.

Hors ligne JigoKu Kokoro

  • Prophète
  • Messages: 688
  • Quiche fourréé tapant n'importe quoi
Re : Un crime inné?
« Réponse #3 le: 04 Mars 2016 à 16:58:07 »
J'aime beaucoup l'idée, derrière ce texte ^^

C'est très sympa, très bien argumenté et aussi pernicieux que ce qui s'entend en tribunaux. En clair on presque envie de retourner sa veste à chaque fin  réquisitoire et plaidoirie  :D

Si je devais me prononcer sur ce fameux jugement je dirais qu'il n'y a guère de vilain mots et que seul ce qu'on en fait change notre point de vue. Finalement l'accusé réel dans cet texte ce n'est pas le mot mais l’assistance qui l'emploie. Il y aura toujours de vilains mots pour expliquer des choses horribles tout comme de parfait incompris qui pourtant ne sont pas à l'origine des faits.  :)

Pour finir, un petit détail, en France, au tribunal, on dit "Mr le président" quand on s'adresse aux juges et non "Votre honneur".  ;)
Ningen soto, bakemono naka....
"L'amour et la haine sont les deux faces d'une même pièce qu'il est bien trop aisé de retourner..." - JK

En ligne Luna Psylle

  • Modo
  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 051
  • N'weti Harellan.
    • Ma page perso du Monde de l'Ecriture
Re : Un crime inné?
« Réponse #4 le: 04 Mars 2016 à 17:59:14 »
L'un des jurés se lève.
LE JURE :
Votre Honneur, après maintes réflexions, voici notre réponse. Certes elle ne sera aussi belle et complète que les plaidoiries nos amis procureur et avocat, mais au moins aura-t-elle l'espoir d'être aussi sincère.
Ce mot n'a pas la vie belle depuis un moment déjà. Utilisé à tort et à travers, il a fini par obtenir cette connotation négative que nous lui connaissons aujourd'hui. Mais est-ce vraiment de son fait ? Nous n'en sommes pas certains. Certains d'entre nous pensent que, dans cette sombre et tortueuse histoire, d'autres sont à blâmer. L'évolution d'abord, pour avoir laissé un mot si simple et si utile être ainsi utilisé sur des sujets aussi délicats que les différences humaines. Ensuite, nous sommes d'avis que l'information a elle aussi une part de responsabilité dans cette affaire, utilisant comme elle l'entend cette victime ainsi que d'autres. Et enfin, un duo qui finit d'anéantir l'origine même et l'histoire de ce mot et de beaucoup d'autres, l'opinion publique. Car si chacun dit savoir la vérité derrière le mensonge, elle lui semble pourtant bien lointaine lorsque l'effet de groupe entre en jeu.
Notre verdict est donc que si ce mot est coupable, tous les autres le sont avec lui, car il n'est pas de pire coupable qu'un innocent à l'honnêteté détruite par une image dont il n'est pas l'origine.

Le juré se rassoit.



Très bien écrit ce texte. Il n'appelle à aucune critique et je me suis prise au jeu en tentant de répondre le plus honnêtement possible alors que je ne sais même pas argumenter sur ce genre de débat.

Je suis assez d'accord avec JiKo' pour dire qu'un mot seul ne peut être mauvais.
 
Et là-dessus, je pense que c'est le désir d'uniformité entre tous les êtres qui ajoute cet aspect négatif (je voulais rajouter quelque chose, mais je pense que ce serait un peu trop conséquent et je n'ai pas envie de faire polémique ou je-ne-sais-quoi d'autre).

Pour finir, un petit détail, en France, au tribunal, on dit "Mr le président" quand on s'adresse aux juges et non "Votre honneur".  ;)

Ah bon :o ? J'ai trop joué à Phoenix Wright :-¬?.
ar lath ma, vhenan
source avatar - The secrets of darkest magic, by Nipuni

Hors ligne Navilys

  • Scribe
  • Messages: 96
Re : Un crime inné?
« Réponse #5 le: 05 Mars 2016 à 10:26:31 »
Bonjour et merci d'avoir lu le texte  :)

@ JigoKu Kokoro
Merci d'avoir apprécié (ça fait toujours plaisir!).
J'avais essayé de faire les deux argumentaires solides, je vois que ça marche bien selon toi.   :)
Citer
Si je devais me prononcer sur ce fameux jugement je dirais qu'il n'y a guère de vilain mots et que seul ce qu'on en fait change notre point de vue. Finalement l'accusé réel dans cet texte ce n'est pas le mot mais l’assistance qui l'emploie. Il y aura toujours de vilains mots pour expliquer des choses horribles tout comme de parfait incompris qui pourtant ne sont pas à l'origine des faits.  :)
C'est pas faux, mais le texte parle vraiment d'un mot dont la définition a changé au début des années 2000. L'idée derrière le texte est aussi : faut-il accepter ce changement de définition ou craindre une confusion avec la première définition du mot ?
La question concerne aussi ta citation : la normalité est à la base une notion de statistiques. Sans normalité un médecin aux prises avec des symptômes similaires ne saurait pas choisir entre deux maladies : la normalité lui fournit une méthode et il choisit celle qui arrive le plus fréquemment en priorité, quitte à changer le traitement ultérieurement. Le principe de majorité qui constitue notre démocratie se fonde aussi sur la normalité : l'avis le plus représenté est considéré comme a priori le plus juste. Sans cette considération on se retrouve en position d'oligarchie, ce qui n'est pas juste non plus.
Ta citation ne devrait pas critiquer la normalité, ce qui est absurde (si tout le monde évite ce qui actuellement correspond au plus grand nombre de personnes et choisit autre chose, une autre normalité sera celle de cet évitement), mais le fait d'imposer que chacun corresponde à cette normalité. En ce sens, la démocratie n'est pas la "dictature de la majorité". Seulement, elle doit prioriser ses décisions en fonction du nombre de personnes concernées.

Pour ce qui est de Votre Honneur ou Mr le président, j'hésite à modifier même si tu as raison : je trouve "Votre Honneur" tellement plus classe!!  :D~

@Luna Psylle
J'aime beaucoup ta réponse, c'est bien écrit  :coeur:
Et même si tu prétends ne pas savoir argumenter ce genre de débat, moi je trouve ta réponse claire et bien argumentée!
Citer
Je suis assez d'accord avec JiKo' pour dire qu'un mot seul ne peut être mauvais.
Un mot seul ne peut pas être mauvais, sans doute, mais un mot n'existe pas seul. Il existe parce que des gens l'utilisent : dès lors le risque est qu'il y ait confusion dans sa définition, en particulier lorsque la définition du mot vient à changer, et que les gens ne se comprennent plus.
Citer
Et là-dessus, je pense que c'est le désir d'uniformité entre tous les êtres qui ajoute cet aspect négatif (je voulais rajouter quelque chose, mais je pense que ce serait un peu trop conséquent et je n'ai pas envie de faire polémique ou je-ne-sais-quoi d'autre).
Je pense effectivement que ce désir d'uniformité entre tous se nourrit de la confusion dans la définition du mot (la nouvelle définition rend discriminer illégitime par nature, ce qui par extension à l'ancienne définition, fait dire que les différences elles-mêmes sont illégitimes) : d'où l'intérêt de choisir clairement une définition. :)
Merci pour tes compliments!
« Modifié: 05 Mars 2016 à 14:19:06 par Navilys »
C'est parfois en faisant des étincelles que les problèmes s'éclairent.

Hors ligne M.Aèh

  • Scribe
  • Messages: 64
Re : Un crime inné?
« Réponse #6 le: 05 Mars 2016 à 17:45:11 »
Salut !
Bon j'ai rien à dire sur ton style d'écriture (c'est fluide), c'est bien écrit, on se prend très facilement au jeu, c'est un texte très interessant ; donc que le débat commence.
{ à prendre en compte :  je commente au fur et à mesure que je lis }

«Vous avez pu entendre tour à tour l’accusation et la défense, et le procureur et l’avocat vont à présent vous expliciter leur préconisation. » → trop de « et » non ? Ça fait un peu lourd, pour ma part.
« Discriminer, dans sa folie théorique de classification de l’humanité, a profondément endommagé l’un des piliers de notre société, l’égalité de chacun des habitants qui la constitue. » Selon moi, Discriminer est là depuis bien longtemps, avant même la création des piliers…

« Il ruine par là tout espoir d’ouverture, toute opportunité de changement, tout développement culturel. En empêchant les mélanges de genre ou même leur simple coexistence, il interdit le débat. » → Oui mais n'empêche pas le développement culturel au sens propre. Discriminer, qu'il soi là ou non, on peut observer dans l'Histoire une évolution de la culture (qu'elle soit bonne ou néfaste, qu'elle soit diriger que par les grands qui discriminent ou les discriminés… enfin je sais pas si tu vois ce que je veux dire). Pour ce genre de texte, chaque propos, de préférence, il faudrait les justifier aux maximum. Genre se faire un dialogue socratique. C'est à dire prendre des argument et chercher les opposé afin de mettre en place, si on peut, une bonne argumentation qui prend en compte les futurs critiques (autant que possible), par exemple dire qu'il interdit le débat, et bien il faut le justifier → Pourquoi ? Est-ce vrai ou bien est-ce une phrase toute faite qui nous semble jolie pour notre cœur ? L'interdit-il vraiment ? (je sais pas si là, tu as compris ma remarque)

Puis je vois que tu fais « blanc noir » en gros. Que tu dis environ pourquoi c est pas bien et pourquoi Discriminer est innocent, ma remarque se retrouve dans le fait que le pourquoi n'est pas assez clair. J'ai plus l'impression que les phrases sont sorties parce qu'elles nous plaisent mais pas vraiment le sens profond du pourquoi du comment.  Je m'explique : Quand on écrit une thèse, on doit argumenter jusqu'à l'origine même de la chose pour qu'elle soit la plus crédible possible. (Bon c'est l'étudiante ne philosophie qui te parle, donc oui je suis chiante. Mais bon on nous apprend à argumenter toutes nos phrase même celle qui nous paraissent injustifiable.  Donc quand tu dis que Discriminer empêche le développement de la culture, tu dois dire pourquoi il le fait et même donner un exemple générale. Quand tu dis que Discriminer internet le débat, tu explique l'origine de cette interdiction → En quoi l'interdit-il ? Et quand tu dis applique Discriminer à l’Algèbre → explique le nous ! Aussi quand tu compare Discriminer et distinguer… Il faut nous faire comprendre ( petit clin d’œil au deuxième paragraphe) en profondeur le lien. ( la Logique serait approprié je pense)

« En ce sens, on ne peut comprendre l’arbre qu’à partir du moment où l’on parvient à le distinguer de la forêt où il pousse. Comprendre, c’est d’abord isoler quelque chose et lui donner un nom, un contenu en soi. » → Un argument bien vicieux ! Discriminer, à mon sens n'a strictement rien à voir avec distinguer. L'intention n'est pas la même et le résultat non plus. C'est pour ça que plus haut, j'ai fait la remarque de développer cette pensée là, parce que comme ça je me dis que l'accusation se plante complètement et que la défense ne s'en rend même pas compte. Ensuite, si on calque cet argument sur les Hommes… Pas sûr que ce soit « bien » : isoler des hommes de même couleur de peau pour les « comprendre » n'est en rien défendable. Déjà, isoler quelque chose n'est en rien comparable à isoler quelqu'un. Isoler quelqu'un c'est avoir du pouvoir sur lui et donc restreindre sa liberté. Et donc le prendre pour inférieur à soir. Et si je le prend pour inférieur à moi dans le mesure ou je me donne le droite de l'isoler afin de le comprendre, j’enfreins les règles donnés par les droits de l'Homme, or je doute que la défense doit dire ce qui est illégal, non ? ( bon je sais pas si j'ai été comprise du coup...)
« L’arbre se construit en fonction de ce qui l’entoure. Que le vent soit violent et il tourne alors ses branches et arbore des feuilles en drapeau. Que la forêt soit dense, et il monte, monte, son tronc longiligne poussant démesurément en quête de lumière. Que le sol soit drainant et ses racines plongent, creusent de profondes galeries à la recherche d’eau potable. » Objection. Blabla trompeur pour embrouiller le jury (Un avocat quoi).
« Couper l’arbre de son histoire, c’est l’amputer de toute une dimension, mais c’est seulement à ce prix que tout arbre peut être reconnu et compris comme un arbre, et que la science peut partir de cette identité commune pour en comprendre ses différentes manifestations. « L’arbre », en tant que tel, n’existe pas. « Le pin » et « le cyprès », pas davantage. En revanche, Discriminer permet que tout pin ne puisse pas être confondu avec un cyprès, ni tout cyprès avec un pin. Grâce à ces catégories, imparfaites et irréelles, le monde devient intelligible. » → Objection ! L'avocat vient d'avouer que Discriminer fait en sorte de ne pas confondre deux choses qui en réalité n'existe pas. (je me trompe?) Donc si on suit cette logique elle fait en sorte de « distinguer » deux choses qui n'existent pas afin de les.. séparé, alors qu'à la base rien de toute cela n'existe, si je reprends ta première argumentation. Et admettons l'argumentation, en quoi c'est mal de les confondre ? Nous ne sommes pas des arbres. Le fait de différencier deux hommes selon tel critère afin de ne pas les confondre me semble être plus un argument pour l'accusation que pour la défense, à part si celle si veut emmener son client en prison. Car si l'on suit cette explication, on doit différencier un homme…. Blanc (allez le classique) d'un homme noir afin de ne pas les confondre parce qu'ils sont fondamentalement différents et qu'ils doivent donc, si ils sont différents, être traités d'une façon différente dans la mesure ou lorsque nous sommes différents, nous avons des besoins différents et que nous devons être traités en fonction de (je sais pas si tu vois, je parle pas de « différence » individuelle mais dans l argument de l'avocat je te parle de la différence » que Discriminer apporte). Sinon la première phrase sort d'où ? Une justification de ses dires ne serait absolument pas de refus.

« Discriminer est donc nécessaire pour comprendre les besoins et ressentis propres à chaque culture de manière à pouvoir plus facilement voir se côtoyer des Hommes d’origines diverses. » → Discriminer c'est pas Distinguer ! Et si on parle de besoin, on a pas besoin de Discriminer pour les comprendre ; ils sont tous les mêmes chez les Hommes. La culture ne rentre même pas en jeu, celle ci va juste mettre des codes plus ou moins sérieux aux besoins universelle de l'Homme.
« Si Discriminer envisage différemment les personnes selon leur sexe, il fournit également les clés pour les accompagner dans les difficultés spécifiques que rencontrent leurs corps » → Dans le domaine public, faire ce genre de distinction ne sert strictement à rien, c'est même néfaste.

« Si enfin Discriminer sépare les opinions et les langues, il leur permet du même coup d’exister : une opinion ne se définit que par différence avec d’autres : là où l’opinion est seule, elle s’appelle savoir, elle s’appelle propriété. Une opinion, par nature, n’est jamais seule. » → Objection. On a pas besoin de Discriminer pour observer qu'une opinion est différente d'une autre. Notre raison à elle même se suffit. D'ailleurs Discriminer va juste rabaisser une opinion à une autre en voilant notre raison pur. Par exemple, on peut avoir deux hommes du même milieu, même couleur de peau etc bref Discriminer les trouve identique, et pourtant que leur opinion diffèrent.

Bon je vais m'arrêter là niveau commentaire  :mrgreen: :mrgreen:

Sinon, étant donné la défense, qui pour ma part ne tient pas la route, je vote coupable ! sans aucune culpabilité pour l'accusé  >:D >:D

Bon je sais pas si j'ai été clair...
“La solitude offre à l'homme intellectuellement haut placé un double avantage : le premier, d'être avec soi-même, et le second de n'être pas avec les autres. ”

 Arthur Schopenhauer.

Hors ligne Navilys

  • Scribe
  • Messages: 96
Re : Un crime inné?
« Réponse #7 le: 05 Mars 2016 à 21:21:53 »
Bonsoir M. Aèh,
merci beaucoup d'être passé et d'avoir pris le temps de commenter  :)
Merci aussi d'avoir apprécié!
Egalement un grand merci pour être tombée dans le panneau (ça prouve que ce texte est utile):  ;)
Je te suggère de lire la définition de discriminer dans le Larousse:
http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/discriminer/25879
Il n'y est nulle part question de jugement de valeur (l'étymologie le rapproche de distinguer).
Depuis une vingtaine d'années, l'autre définition (négative) a été fortement médiatisée et est même entrée dans la loi en 2004. Elle est cependant assez antagoniste avec la première. Le but de ce texte était de montrer pourquoi.
Si tu lis la suite, je vais revenir sur chacune de tes remarques (je le fais en spoiler)!
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Voilà, le but du texte était vraiment de mettre en évidence que ce mot posait problème : si l'on conserve les deux définitions sous le même mot, on en arrive à dire que distinguer deux personnes est mal. Or distinguer deux personnes est avant tout utile (savoir que je suis Navilys permet de t'adresser à la bonne personne). Le problème est d'y lier une notion de valeur différente. Bien des détournements peuvent être faits en jouant sur l'ambivalence de ce mot, comme par exemple estimer qu'identifier ou considérer une différence est mauvais ou contraire au principe d'égalité (j'espère t'avoir donné assez d'exemples en commentaire pour te persuader du contraire : vouloir la santé pour tous, c'est considérer celle de chacun dans ce qu'elle demande de particulier, par exemple...)
Quel que soit ton choix de définition, soit consciente que l'autre existe pour éviter la confusion : l'avocat et le procureur n'avaient pas d'autre but en prononçant leur discours que de te forcer à faire un choix, tout en écoutant la version de l'autre...
J'espère que tu m'excuseras de t'avoir menée en bateau, mais je crois que ça en valait la peine  :-¬?
« Modifié: 05 Mars 2016 à 21:46:52 par Navilys »
C'est parfois en faisant des étincelles que les problèmes s'éclairent.

Hors ligne M.Aèh

  • Scribe
  • Messages: 64
Re : Un crime inné?
« Réponse #8 le: 05 Mars 2016 à 21:50:53 »
Bon ben du coup, je me suis plantée... Ayant pris la nouvelle définition en tête je suis nécessairement passée à côté du truc...
Bon je retire une partie de ce que j'ai raconté et l'accusation finale...  :mrgreen:
“La solitude offre à l'homme intellectuellement haut placé un double avantage : le premier, d'être avec soi-même, et le second de n'être pas avec les autres. ”

 Arthur Schopenhauer.

Hors ligne JigoKu Kokoro

  • Prophète
  • Messages: 688
  • Quiche fourréé tapant n'importe quoi
Re : Un crime inné?
« Réponse #9 le: 05 Mars 2016 à 22:52:12 »
Citer
Ta citation ne devrait pas critiquer la normalité, ce qui est absurde (si tout le monde évite ce qui actuellement correspond au plus grand nombre de personnes et choisit autre chose, une autre normalité sera celle de cet évitement),
Je n'ai pas envie de rentré dans un débat, cette citation m'appartient, elle est effectivement personnelle et découle de mes propres réfléxions sur la société en générale. La normalité n'est que le point de vue du plus grand nombre en fonction de l'évolution d'une société. Ce qui est normal pour la majorité des uns, deviendra ailleurs, dans d'autres lieux, dans d'autres sociétés anormal pour une autre majorité et ainsi de suite.  ;)
Si tu souhaites en débattre en détail, je t'invite à le faire par MP pour ne pas animer le topic de ton texte par un autre débat et surtout une autre chose que les commentaires sur ton texte originel.  :)
Ningen soto, bakemono naka....
"L'amour et la haine sont les deux faces d'une même pièce qu'il est bien trop aisé de retourner..." - JK

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.02 secondes avec 23 requêtes.