CONSTRICTION
" Tes bras c'est le plus bel endroit au monde. "
Bien que pas dégueulasse, j'avais du mal à considérer mon torse comme un rival aux plages tahitiennes ou même un concurrent sérieux à la beauté sauvage d'une île déserte de toute empreinte. C'était sûrement lié à un sentiment de protection, une carapace de pangolin pour son corps prêt à quitter sa chrysalide.
Les bras du monde comme une forteresse inasiegeable, une muraille de muscles rocailleux, un périmètre de sécurité à l'intérieur duquel l'espace vital est sauvegardée. Ma constriction comme preuve d'amour, tu rougis de plaisir, de fierté à te sentir au centre du monde, protégée par l'incandescence magmatique de mes yeux cyclopéens et cette langue érectile de reptile assassin quand la proie se montre trop imprudente.
Avec ton sourire de gamine insolente tu nargues du bout de l'index les pétasses du passé, les connards sans respect, les souvenirs mal digérés. J'engloutis les points noirs de ta mémoire et dresse en tapis rouge la promesse d'une éternité nonchalante où Clyde et sa Bonnie n'ont plus d'autre obstacle que la mort. Je suis copieusement attaqué du bulbe mais je partage avec toi cette haine viscérale de la pandémie humaine. Cette prolifération virale, cette surnatalité, ce besoin incoercible de mettre bas, très bas, la barre au dessous de laquelle les principes, au premier abord dégueulasse, d'eugénisme, deviennent une évidence d'instinct de survie.
- " Sers-moi encore plus fort "
J'ai pris une profonde inspiration et autour de ton corps est venu se fondre le mien en gilet par-balles, en armure de mithril, en mue de passé révolue, en tenue de camouflage pour pouvoir jurer qu'on y était pas, qu'on ne vient pas de là et qu'il suffit d'un souffle pour rejoindre sans grabuge ou turbulences le bout de l'univers.
Tu sers et lacères, taillades dans sa chair des stigmates indélébiles, tatoués au brasero du confort-thermomètre de tes bras de héros.
Quelques pas de danse improvisée, la bal-affre des angoisses qui s'envolent, dégringolent en confettis de gens heureux. Ta thérapie constrictive, comme des doigts hypertrophiés de masseur sadique sous tes murmures masochistes et mon plaisir qui gonfle, dilate les zébrures veineuses de mon membre non circoncis tout frétillant.
Ce qui est tout en bas est aussi tout en haut. Du fond de tes abysses, il ne tient qu'à toi de grimper sur le dos d'une étoile filante et de l'éperonner jusqu'au 8'ciel. Quoi ? Mais non, le 7' c'est pour les petits joueurs, moi je te parle d'un orgasme de plusieurs semaines pas d'un coït spasmathique aussi soudain qu'éphémère... La bonne défonce aux sentiments purs, un aperçu du nirvana les pieds sur terre, toutes les activités chronophages réduites à ce délicieux sentiment d'éternité mixé à l'advienne que pourra, à ces choses absurdes, trop humaines que l'on remet à demain sans avoir besoin de se justifier. Et puis comme les lendemains s'emboîtent à l'infini en Matriochka inflammables, tu grattes une allumette, tu transformes en cendres tes projets d'existence et tu puises au jour le jour le nectar du nec plus ultra.
J'appuie encore un peu mon étreinte.
Il te reste un soupçon de souffle pour me dire que tu m'aimes.
Alors ne dis rien.
In - Constriction -
2015