Voilà un nouveau texte.
Pour une fois, j'ai essayé d'y incorporer un semblant de dialogue.
Si vous êtes curieux à propos de la maladie évoquée, je peux répondre à toutes vos questions.
Merci !
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Sur sa peau, Lisa dessine du bout des doigts. Aujourd’hui, elle trace une fleur, une rose plus exactement. Puis, elle arrête. Son regard fixe son bras avec attention. Au bout de quelques secondes, le dessin apparaît sur la peau de la jeune fille. Rouge vive, boursouflée et entourée d’une démarcation blanche, la rose trône désormais en plein milieu de l’avant-bras de Lisa. La jeune demoiselle contemple cette partie de son corps : elle a l’impression de ne plus s'appartenir.
Avant de sortir des toilettes, Lisa se contemple un dernier coup dans le miroir. Sa coiffure semble convenable, mais du mascara a coulé sous ses grands yeux bleus. Lisa frotte délicatement le contour de ses yeux, essayant d’enlever totalement la substance noire. La jeune fille connaît déjà les conséquences de son geste. Elle décide, néanmoins, de sortir des toilettes afin d’aller rejoindre ses meilleurs amis.
Pour accéder à l’avant-dernière fenêtre du couloir réservé aux trois terminales scientifiques de l’établissement, Lisa doit pour cela marcher pendant cinq minutes. A l’entrée du corridor, elle respire un bon coup et bombe le torse. Elle ouvre la porte rapidement, et prend la décision de fixer un point imaginaire sur le mur le plus lointain. Tout au long de son périple, elle sent les regards de ses camarades. Elle entend leur voix, leurs chuchotements et se doute pertinemment que certains la pointent du doigt. Le contour de ses yeux la brûle. Elle a l’impression de passer dans un four, d’être à deux mètres du soleil.
Arrivée à bon port, elle s’attend déjà à une réaction de la part de ses amis. Comme d’habitude, Emma se tourne vers elle et désigne son visage avec un air affolé. Vladimir et Nathan ricanent tandis que Jacques la contemple d’un air médusé. Lisa se sent mal. Cependant, elle est habituée à ce genre de réactions. Les garçons ont, d’ailleurs, essayé de lui faire passer des tests car cela les amusait de voir comment réagit sa peau. Hier encore, Nathan a tenté de tracé le drapeau du Japon sur le front de la jolie blonde. Et ça n’a pas loupé. De toute façon, plus Lisa se débat, plus il y a de marques qui apparaissent sur son corps.
Les garçons rigolent devant le visage défiguré de leur amie. Vladimir tente d’aggraver la chose, mais Emma le lui interdit d’un regard. Lisa serre les poings. Soudain, Jacques sort de son silence, se tourne vers la jeune fille et lui demande d’un air très sérieux :
- En fait, tu ne pourras jamais avoir de petit-copain. Dès qu’il voudra te toucher, t’embrasser, il aura peur de te faire du mal et de te blesser. Ça ne te rend pas trop triste ?
Lisa contemple le sol. Ses amis rebondissent sur les propos de Jacques. Ils sont curieux. La jeune fille sait que son ami ne voulait pas lui faire de la peine. Cependant, un poids énorme semble s’être déposé sur son cœur. Elle a de la peine à avaler sa salive. Elle contemple l'autre bout du couloir, à la recherche de celui qui ne quitte pas son esprit depuis quelques temps. Lisa sait que cette maladie ne joue pas en sa faveur. De plus, ce problème dure depuis plus d’un an.
Enfoncée dans ses pensées, la demoiselle n’entend pas Vladimir qui lui pose des questions. Le jeune Russe la prend alors par le bras et la secoue délicatement. Lisa réagit violemment, arrachant son bras et reculant de quelques pas. Elle ne veut pas avoir les traces de ses doigts. Le jeune garçon comprend sa réaction. Il passe sa main dans ses cheveux et répète calmement :
- Mais au fait Lisa, tu sais pourquoi tu as ça ?
A côté d’elle, Lisa sent la respiration d’Emma ralentir. Encore une fois, son camarade a posé la mauvaise question. Mais la jeune fille relativise. Un sourire amer parcourt son visage. Elle s’éclaircit la voix et répond d’une voix très douce :
- Personne n’est capable de détecter la cause de cette maladie. Les dermatologues ne peuvent qu’émettre des hypothèses et prescrire des anti-hystaminiques. Certains disent que les facteurs sont psychologiques. En fait, j’ai ça depuis que Grégoire m’a embrassée et traitée comme un déchet. Depuis qu’il m’a dit que notre baiser l’avait aidé à comprendre qu’il aimait vraiment de sa copine, que j’étais qu’une pauvre conne et que jamais personne ne voudra de moi. Je suis malade depuis que l’abruti que j’aimais depuis trois ans a détruit toute la confiance que j’avais en moi. Il ne m’a pas seulement brisé le cœur, il a déprogrammé chacune de mes cellules. T’es content de ma réponse ?
Suite au récit de Lisa, un silence s’installe. Ses amis avaient toujours pris son problème de peau à la dérision. Les plus gentils disaient que c’était sûrement le stress des examens, les plus taquins accusaient une allergie aux mathématiques. Mais Lisa ne souhaite plus réagir à ce genre d’attaques. Si elle est un mutant, elle le sera à sa façon. Lisa est humaine, Lisa est banale, Lisa est dermographe.