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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Bathysphère

Auteur Sujet: Bathysphère  (Lu 1992 fois)

Hors ligne barnacle

  • Grand Encrier Cosmique
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Bathysphère
« le: 03 Janvier 2016 à 16:51:47 »
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Edit en juin : V1.5 postée en douce. J'arriverais pas à être assez satisfait des choses pour une vraie V2.

   La bathysphère, engin ridicule, se fit tonneau, puis bulle lourde.
   Henri s'y sentit d'abord petit, et étroit, le calfeutrement de la cabine sous-marine ne rendant que plus bruyante l'activité silencieuse, inquiète, de l'équipage sur le pont, veillant à la bonne descente de l'appareil. Puis, quand le roulis des vagues vint s'échouer en vacarme contre la sphère, il se crut fou, descendant des rapides en tonneau, et se sut suicidaire, aventurier inconscient.
   Il n'était pas un aventurier – il était l'homme de cette bulle lourde que la bathysphère devint quand le câble l'eut enfin portée sous les flots, l'homme de ce poids patient que la touée laissait tomber, par un clic, retenait, par un clac ; objet de science toujours amarré, descendu suivant une constance minutée.
   Il se risquait patiemment, par nécessité, au fond de l'océan, pour que l'Homme y découvre enfin l'envers des cieux. Il respirait sans nervosité, malgré l'ampleur de l'acte. Cette ambition folle, se dit-il, peut être traitée comme un acte scientifique raisonné. La déjà-monotonie des claquements du câble l'apaisait, flattait son sens de l'exactitude.
   Il aurait seulement voulu que John soit là. Sa mort restait impensable, une irréalité cruelle que le temps n'avait pas encore dissipé. John, l'homme de toutes les aventures, à sauter en parachute une semaine avant la descente ; John – « Il me sauvera un jour, parce qu'il sait prendre des risques » disait souvent Henri. « C'est ma prudence qui me tuera ; il viendra un moment où j'hésiterai trop, et lui seul saura prendre le risque qui nous sauvera. »
   John, mort bêtement, et Sylvia qui avait vite surmonté la surprise, le choc, et annoncé qu'il faudrait faire sans lui. Elle était en charge des comptes, savait la contrainte de l'argent supérieure aux aléas : les financements ne les tiendraient pas à flot bien plus longtemps. L'équipage, le bateau étaient payés ; tout réorganiser, tout reporter était hors de question.
   John, mort. Henri devait faire sans lui, poursuivre seul leur rêve de connaître et faire connaître le monde en-dessous du monde.
   « On s'approche, fit remarquer Hans, brisant le silence.
   -Il nous reste onze minutes encore, normalement. »
   Hans n'avait pas tort, cependant : l'obscurité autour d'eux, telle qu'ils la devinaient par le hublot, s'était renouvelée, alourdie. La lumière de bathysphère en était comme assourdie ; pour ainsi dire réduite à son propre écho, elle ne reflétait aux passagers que l'étroitesse de leur véhicule.
   Hans était un inconnu pour Henri, mais il lui inspirait suffisamment confiance. Ils étaient ensemble dans cette – galère – descente, compagnons forcés à la camaraderie : la bathysphère trop étroite pour deux le manifestait par ce partage exigu de l'espace, ce contact constant – le scaphandre de l'un immobilisait presque l'autre. Hans n'avait pu placer ses bras que derrière sa tête, dans une pose courbée et coincée à la fois, parodie de détente.
   Il paraissait pourtant calme, déjà arrivé.
   « Huit minutes, compta Henri, mécaniquement.
   – Qu'espères-tu trouver, là-bas ?
   – Je ne sais pas. L'éblouissement d'un sommet de montagne. Voir et raconter.
   – Tu vas faire plus que voir, tu vas y marcher. Poser ton pied au fond du monde.
   – C'était l'idée de John. » Pousser un peu plus loin ; oser toujours plus. Pourquoi seulement descendre, si l'on peut aussi parcourir ?
   « John te manque. Je sais que je ne suis pas John. »
   Hans sourit. Il parlait parfaitement cette langue étrangère, mais la maniait toujours avec un peu de distance. Henri hocha la tête, rare mouvement qui lui était permis, et sourit en retour. Il se demandait, tranquillement, si cette distance tenait de la langue, de la nationalité ou du caractère ; mais il fallait descendre, et Hans était son compagnon.
   Sylvia avait rendu la situation limpide : c'était maintenant ou attendre un an de plus, tout recommencer avec moins de moyens, s'exposer à l'échec évident en plus de la ruine. Un accident ne devait pas arrêter l'expédition.
   « Cinq minutes, reprit Henri.
   – Quatre.
   – Quatre ? Je...
   – Nous y sommes presque. Est-ce que tu as déjà vu le sommet d'une montagne ?
   – Non.
   – John a. Je suis sûr qu'il ne t'en veut pas.
   – Trois minutes », ne sut que répondre Henri. Il était perturbé, convaincu d'avoir perdu le compte en chemin, que Hans le corrigerait encore.
   « J'espère seulement que je serai un bon compagnon pour toi. C'est ton moment. Ta découverte. »
   Il y eut un clic plus mou, amorti dans la longueur, sans clac pour lui répondre. Ils avaient touché le fond.
   « Je ne vois rien. » Leurs deux corps serrés les empêchaient de se pencher au hublot. L'obscurité ne s'ouvrait pour eux qu'à l'horizontal.
   « Tu espérais que ça suffirait, fit remarquer Hans. Ne pas avoir à sortir.
   – Il faut sortir, au moins pour voir.
   – Tu as peur, mais tu sais que l'important n'est pas de voir le sommet de la montagne, mais d'y mettre le pied.
   – Je suppose. C'est risqué, mais raisonnablement risqué. Ça devrait aller. Je lance. »
   Il connaissait l'opération. La folle dangerosité de l'expédition s'y révélait clairement : , avant de pouvoir ouvrir la bathysphère, il fallait en noyer l'intérieur pour que pressions interne et externe s'ajustent. Cette même pression briserait la coque, ou leurs scaphandres, à la moindre erreur de calcul.
   Il avait refait ces calculs le matin même et se les représentait physiquement, dans leurs cahiers, devant ses yeux ; ils n'étaient qu'une couverture, une certitude où se replier plutôt que de prier directement, plutôt que d'affronter l'immensité du risque avant celle de l'océan.
   La procédure était simple. Un levier ouvrait les valves – tous les ajustements avaient été faits à la surface. Il n'y avait qu'à l'actionner. Le reste avait été décidé à la surface, ils ne faisaient qu'en accomplir le destin.
   Dans l'étroitesse de la nacelle, Henri avait tout juste la place pour attraper le levier, pour prendre le risque le plus grand dans le geste le plus restreint, pour John.
   Il retint sa respiration, naïvement.
   L'eau fit son entrée, chatouilla ses bottes plombées. Ils pataugeaient, sans dommage visible.
   « Tu vas bientôt être le premier homme à marcher au fond de l'océan, dit Hans.
   – Rien n'est encore joué, répondit Henri, l'eau déjà jusqu'aux genoux.
   – Tout ira bien.
   – J'aurais dû préparer une phrase, je suppose. Quelque chose à dire au moment de mon premier pas.
   – Tu ne pensais pas avoir à le faire.
   – J'inventerai quelque chose, sur le trajet du retour. »
   Hans sourit pour toute réponse, le pli de ses lèvres brouillé par l'écume qui touchait aux casques. La bathysphère était presque noyée.
   « Allumons nos lampes », intima Henri. L'eau avait libéré leurs mouvements en les faisant flotter ; ils purent tous deux atteindre leurs casques et enclencher le petit projecteur qui y était vissé. Hans s'écarta vers le fond de l'habitacle, laissant à Henri la place pour tourner la manivelle qui ouvrirait la porte.
   Le soulagement, l'appréhension, l'impossibilité de penser pleinement le moment le laissaient rêveur s'observant rêver. L’apesanteur partielle, irréelle, de l'eau était autant lui-même que la simplicité à peine gênée du mouvement de son corps.
   Tourner trois fois, pousser. Découvrir le fond de l'océan. Y mettre le pied.
   C'est pour toi, John, pensa-t-il.
   La bathysphère éclairait le sol à un mètre autour d'elle : un gravier noir, surpris d'être déplacé par des masses solides, l'obscurité silencieuse au-delà. Hans sortit à son tour, se tint à ses côtés.
   L'exploration elle-même ne serait pas aussi risquée. Ils avaient cinq cents mètres de câble et deux heures devant eux ; ils ne pouvaient pas se perdre, puisqu'ils pouvaient toujours remonter leurs tuyaux d'oxygène comme deux fils d'Ariane, et sa conscience aiguë du temps était la seule montre qu'il lui fallait. Même en cas de défaillance, ils pouvaient courir à la bathysphère, activer le signal de rappel.
   Mais ils avaient sous-estimé la puissance de l'obscurité, son règne complet ici-bas. L'espoir de découvrir une forme de vie dans ce monde austère en devenait absurde : la bête la plus énorme pourrait leur passer à côté sans qu'ils la voient. Malgré leurs lampes, ils se devinaient à peine l'un l'autre, et le sol sous leurs pas.
   Il fallait se dépêcher, couvrir le plus de terrain possible, avant d'envisager des prélèvements. Hans s'était déjà avancé et faisait signe à Henri de le rejoindre. Il remontait une légère pente, se retourna pour vérifier qu'Henri le suivait, lui sourit.
   Ils gravirent peut-être quelques dizaines de mètres, le pas appesanti mais flottant, enthousiastes, jusqu'à atteindre un petit promontoire depuis lequel ils pouvaient deviner, en contrebas, l'éclat brouillé de plusieurs lumières. Hans les vit le premier et les indiqua du bras.
   Certains scientifiques avaient théorisé la luminescence comme mécanisme d'adaptation à l'obscurité ; c'était peut-être les formes de vie qu'Henri cherchait. Il se précipita vers elles, aussi  vite que son câble le lui permettait. L'apparence des lumières se précisait : elles étaient espacées régulièrement. Rectangulaires. Exactement rectangulaires.
   C'étaient les cinq fenêtres de la façade d'une maison.
   Ma maison, reconnut aussitôt Henri. Hans l'avait suivi, souriait. Il poussa la porte sans hésitation et entra. Henri ne put que le suivre.
   L'ouverture de la porte ne laissa pas passer d'eau ; l'espace semblait parfaitement étanche, des résidus d'humidité sur le papier peint mis à part.
   Il y avait eu un débordement, se souvint Henri. Les toilettes de la salle de bain, à l'étage, s'étaient bouchées, et l'eau avait ruisselé sur les murs du salon, au rez-de-chaussée. Ils n'avaient jamais eu le temps de changer le papier peint.
   Il avait cinq ans à l'époque. Il s'était cru coupable : il n'avait pas tiré la chasse la veille, et il fallait toujours tirer la chasse.

   Hans retira son casque, se débarrassa entièrement de son scaphandre – ils pouvaient respirer parfaitement ici – et commença à circuler lentement entre les meubles, regardant chaque objet avec attention.
   « Tu reconnais l'endroit ? » demanda-t-il. Henri n'ôta que son casque, le gardant sous le bras, et répondit encore abasourdi :
   « C'est ma maison. Là où j'ai grandi, d'abord. »
   Des détails qu'il avait oubliés, comme les visages sur les photos accrochées au mur, rendaient l'expérience plus vive qu'un simple délire, qu'une hallucination. Et Hans était bien là, avec lui. Il ne rêvait pas.
   « Ta chambre d'enfant doit être à l'étage, alors. Tu n'es pas curieux ?
   – Où sommes-nous ?
   – Chez toi certainement. Moi je suis curieux. Montons voir. »
   Non, ça n'est pas possible, se dit-il, suivant machinalement Hans. La maison ne peut pas être là.
   Elle a brûlé.

   Sa chambre était là, avec son lit de bois, les jouets en désordre sur le sol. Par la fenêtre, il aurait pu voir la rue où il jouait parfois, lorsque sa mère oubliait de le lui interdire, si la rue avait été là, s'ils n'étaient pas au fond de l'océan.
   Elle a brûlé. À cause de mon père.
   Par sa faute. Il allait toujours parier, il dépensait toujours tout en paris : salaires, bijoux jadis offerts, dettes. Il avait finalement perdu auprès des mauvaises personnes, sans pouvoir les repayer ; elles avaient fait un exemple.
   Je rêvais d'abord. L'odeur de brûlé s'était immiscée dans mon sommeil, le transformait en cauchemar. Puis ma mère m'a secoué, m'a réveillé. La chambre était déjà en feu.
   Elle m'a attrapé et a couru vers l'escalier, au milieu des flammes.
   Je me souviens de la chaleur, et de l'odeur, de mes gémissements dans ses bras, puis le fracas, l'instant : la poutre.
   Les pompiers m'ont retrouvé sous elle. Je me souviens à peine des pompiers.
   Je ne m'en suis pas souvenu depuis longtemps.

   « Alors, c'est ta chambre comme tu t'en souviens ?
   – Elle a brûlé.
   – Mais tu la reconnais ? C'est là où tu as été enfant.
   – Je suppose. Oui. Je n'y repense pas souvent. Je crois que j'ai oublié les bons souvenirs.
   – Oh. »
   Hans sembla confus un instant, puis sourit à nouveau. Il souriait beaucoup.
   « Ne restons pas ici, alors. Allons voir ailleurs.
   – Mais il faudrait rester, comprendre...
   – Non, il faut continuer à avancer. Couvrir le plus de terrain possible. »
   Et Hans sortit, laissant Henri seul à errer près du lit. Il avait presque oublié que cette pièce avait un jour été en vie, avec cette légère odeur de renfermé – « de fauve » disait sa mère –, le désordre des jouets sur le sol. Il avait oublié jusqu'à cette peluche, au nom ressuscité dans son esprit : Babou.
   Elle fera un prélèvement comme un autre, se dit-il, l'attrapant. Il retrouvait un visage oublié de plus dans ses yeux-boutons. L'incendie avait pris le pas sur cette enfance, sa fumée en avait encombré les souvenirs... Et pourtant tout ici lui était reconnaissable. Tout était solide, étanche, conforme.
   Il fit le tour des autres pièces, sans résultat. Hans avait probablement raison. Ils avaient découvert un mystère ici, mais ils n'y trouveraient pas les réponses. Il fallait explorer les environs, regarder la maison au moins depuis l'extérieur.
   Il remit son casque et ouvrit une fenêtre, s'attendant à tout – il ne se passa rien. Pas une goutte n'en profita pour entrer, inonder l'ouverture béante, et l'océan extérieur n'en fut pas plus éclairé. Il glissa ses doigts dans l'eau, sentit le poids différent, presque écrasant par contraste, des abysses sur sa main.
   Du bras, il tâta les rebords de l'embrasure à la recherche d'une anomalie, d'un élément remarquable quelconque, mais n'y découvrit rien. Selon toutes apparences, ce n'était qu'une fenêtre, la simple fenêtre de son ancienne maison.
   Il est temps de partir.
   Tu peux la quitter
, se dit-il, descendant les marches. Elle a déjà brûlé.
   Hans l'attendait dehors. Il fallut plusieurs secondes, presque une minute, à Henri pour se réhabituer aux alentours, recoudre le familier à cette autre profondeur : la nuit des fonds marins ; ni souvenir ni rêve, simple présent. Il fallait explorer.
   L'expérience était réelle ; il fallait la traiter comme telle. Suivre Hans, qui contournait déjà la bâtisse, faisait signe. D'autres lueurs naissaient plus loin.
   La maison d'Hans, peut-être.
   C'est réel si Hans est là, et Hans est réel.

   Mais chaque pas le détrompait : il ne s'agissait pas d'une maison. L'éclairage en était trop plat, trop allongé. C'était une portion de couloir, sans toit, où un seul mur donnait sur une dizaine de portes.
   Henri y reconnaissait le carrelage, la peinture sur le mur, vert fade rayé d'une seule ligne blanche, à hauteur de cheville. Il reconnaissait la lumière du couloir, malgré l'absence de plafond pour soutenir les lampes néons, malgré l'eau.
   Hans passait la main sur le mur, s'approcha d'une porte, l'ouvrit, y passa la tête. Sourit : rien derrière cette porte, voulait-il dire. Henri s'en doutait ; il n'y avait qu'une porte qui comptait, qu'une pièce.
   Chambre 205.
   La chambre d'hôpital, après l'incendie.
   Elle aura un plafond, sans aucune tache, mais avec de légers reliefs, marques de coups de pinceaux mal lissés, aux angles avec les murs.

   Le plafond était là, comme dans son souvenir.
   « Tu as grandi ici, aussi ?
   – J'y ai passé moins d'un an, mais oui. J'ai parfois l'impression d'y avoir passé toute une vie. Cette horloge, là... »
   Les brûlures sur la moitié du corps, jusqu'à la joue, l'oreille.
   L'année du silence, qui avait fait la plus grande impression. Il ne pouvait presque pas bouger sous l'effet de la douleur et des médicaments, personne ne venait le voir. Maman était morte, le père disparu.
   Il avait laissé seul, avec pour seul compagnon la plénitude du temps, le tic-tac de l'horloge.

   « C'est là que tu as appris à compter chaque seconde. »
   Il avait appris à compter chaque seconde gagnée, la vie dans ce qu'elle tenait de plus réduit, égrenée à chaque tic.
   L'importance de chaque seconde, qu'il devait à une autre.

   « Oui, mais l'horloge... Elle... »
   Il s'était fait lui-même horloge, conscience du temps précieux. Et pourtant...
   « Elle marque quinze heures. Si elle est à l'heure, alors on est en retard. Ça fait plus de deux heures. La bathysphère...
   – Ne t'inquiète pas pour ça. Il faut explorer, couvrir du terrain. »
   Hans.
   Henri le vit enfin tandis que Hans quittait la pièce : il n'avait jamais remis son scaphandre en sortant de la maison. Il avait dû mentalement faire cette correction, sans cesse : non, Hans n'est pas en maillot de corps – il respire et donc porte un casque, il marche et donc porte un scaphandre. Mais l'impossible était là : il ne nageait pas, n'étouffait pas. Il était un camarade souriant, improbable.
   Je suis descendu seul, après la mort de John.
   Hans n'était pas avec moi, jusqu'à ce qu'on approche du fond.
   Et pourtant, Hans est réel.

   Hans lui était plus que réel : il apparaissait digne de confiance, presque un vieil ami malgré son étrangeté, son apparition soudaine dans la bathysphère, plusieurs heures plus tôt. Henri ignorait leur prochaine destination mais suivait sans hésitation. Allait-il voir l'école, le pensionnat ? Ces années-là semblaient si insignifiantes.
   Il était curieux, mais ne fut pas surpris de distinguer progressivement, sur son écrasante largeur, la bibliothèque de Cambridge, sa tour centrale, ses baies vitrées comme autant de colonnes brutalistes : usine anglaise et temple classique, fourmilière dépeuplée.
   La ruche du savoir est vide. Nos deux voix ne suffiront pas à la faire bourdonner.
   Sans la foule, la trace de l'humain, le désordre au moins laissé, elle n'est qu'une pâle copie. Et pourtant, quelle copie.

   Il y reconnaissait chaque rangée d'étagères, mais chaque livre était à sa place, chaque chaise rabattue sur les tables. C'était la bibliothèque telle qu'elle aurait été si elle n'avait été qu'à lui, comme il l'avait parfois rêvé, pendant ses huit années d'études.
   « Je suis parti étudier en Angleterre, raconta-t-il spontanément. Au début, je m'intéressais avant tout au savoir que je pensais pratique – chimie, physique ; tout ce qui me permettrait de mieux connaître le monde, pour moins risquer le temps qui m'avait été offert, ce cadeau marqué sur ma peau. Mais cette bibliothèque, et les cours – ils m'ont ouvert à tellement plus. La soif du savoir, son plaisir. L'envie de faire plus encore : d'étendre le domaine de la connaissance, d'en explorer les limites.
   – C'est le dernier endroit où tu as grandi.
   – J'ai pu enfin élargir mon petit cocon d'enfant brûlé, peureux, trop prudent.
   – C'est là que tu as connu John.
   – John, oui. »
   John.
   Descendu seul, parce que je n'avais pas osé l'accompagner.
   Remonté mort. Son scaphandre brisé par la pression, au moment de noyer la bathysphère.
   Sa dernière escapade, mon seul vrai ami.
   Mais Sylvia avait fait les comptes.
   S'il fallait faire une seconde descente, c'était maintenant, et c'était moi.
   Alors, pour John...

   « Nous avons à peine connu John, dit Hans. Nous ne savions pas comment l'approcher. Nous n'avons pu que l'observer, en garder un écho.
   – C'était l'erreur dans mes calculs, la descente que je n'ai même pas osé faire.
   – Il t'a sauvé la vie, en prenant le risque que tu ne pouvais pas prendre. »
   Ils avaient pu corriger le dysfonctionnement dans les valves, espérer que cette fois-ci ça marcherait.
   Alors, pour John...

   « Qui êtes-vous ?
   – Je vis ici, au fond de vos océans. Nous étions si excités, de voir John. Nous vous connaissions, mais seulement par vos épaves, vos cadavres. Toujours morts. C'était si excitant de pouvoir connaître l'un d'entre vous en vie. Nous savions à peine quoi faire, comment entrer en contact. Mais John est mort si vite.
   – Puis je suis descendu.
   – Et nous avions une forme sous laquelle nous présenter, en qui vous auriez confiance. »
   John.
   Il l'avait rencontré ici, dans cette bibliothèque.
   C'était lui qui lui avait montré que cette prudence chez lui, le devoir qu'il avait de protéger chaque seconde, pouvait être lâcheté chez un autre.
   « Chez un autre oui, reprit Hans. Chez John, par exemple. C'est ce que nous n'avions pas compris. Nous pensions qu'en observant l'un d'entre vous, nous pourrions vous connaître tous. Mais vous êtes si différents de nous. Je suis toujours en nous, et nous sommes toujours en je. Vous êtes disjoints. Vous n'existez pas réunis.
   – Non, bien sûr que non. Mais... »
   L'horloge.
   « Combien de temps... ?
   – Plus de deux heures. La bathysphère est déjà remontée. C'est ce que nous n'avions pas compris.
   – Vous m'avez condamné.
   – La bathysphère n'est pas remontée vide. La part prudente de vous y est restée. Elle n'a fait qu'observer par le hublot, a compté les heures, n'a jamais tenté de sortir. Puis elle est remontée. »
   Je suis là pourtant.
   « Une part de vous est là, oui. C'est ce que nous n'avions pas compris. Si une partie de nous est quelque part, j'y suis. Mais vous n'êtes jamais qu'une partie de vous-mêmes. Nous pensions que tu pourrais te rejoindre, là-haut, quand nous aurions fini.
   – Je dois remonter.
   – C'est mon erreur. Il nous fallait la partie de toi qui oserait sortir ; nous pensions... Nous ne vous comprenions pas.
   – Il faut que je remonte. Le monde doit savoir. C'est ce que John...
   – C'est impossible. »
   Hans sourit.
   « Mais nous pouvons te garder en vie ici, te protéger. Peut-être qu'un autre de vous viendra et...
   – Non, il y a une autre solution.
   – Je ne comprends pas. »
   Alors Henri lui expliqua.
   Il demanda à Hans de faire ce que John aurait fait : prendre le risque pour s'en sortir. S'il pouvait recréer tous ces espaces où il avait vécu, grandi, alors il pouvait recréer la bathysphère.
   « Mais seulement jusqu'à un certain point, jusqu'à une certaine distance. Nous n'arriverons jamais jusqu'à votre surface, n'avons jamais pu monter si haut. Nous n'existons qu'ici-bas. »
   Mais c'était la sortie.
   Alors Henri retourna à la bathysphère, telle qu'il l'avait connue. En ferma le sas, laissant Hans, lui souriant, derrière le hublot.
   Hans, l'écho de John.
   La part de moi sans prudence, celle que John a forgée.
   Donner à savoir au monde la forme de vie qui existe ici-bas.

   Il tira le cordon de rappel et le câble s'enclencha. Par clics et par clacs prudents, la bathysphère commença sa remontée.
   Il n'avait aucune conscience du temps. Cet Henri-là ne savait pas compter ; il ne pouvait que regarder impatiemment par le hublot, attendre d'être en haut, dire au monde.
   M'étudier en me voyant grandir. La maison, l'hôpital, la bibliothèque.
   Mais je n'ai jamais été ces trois personnes à la fois. La première est morte, la deuxième déjà remontée. Je la rejoins.
   Je lui ramène même cette peluche. Nous serons peut-être réunis, enfin.

   Il revit ce pallier où Hans était apparu. Où il s'était senti plus proche du fond. Quand l'obscurité avait changé.
   Il le revit, et la bathysphère disparut, et son scaphandre cessa d'être.
   Il le revit, et le Henri remonté sauf sur le bateau, le Henri prudent, au temps précieux, sentit ses poumons s'emplir d'eau, se débattit contre une noyade absente, en vain.
   Henri mourut noyé.
   Sylvia déclara l'expédition un échec.
« Modifié: 29 Juin 2016 à 18:56:09 par barnacle »

Hors ligne Luna Psylle

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    • Ma page perso du Monde de l'Ecriture
Re : Bathysphère
« Réponse #1 le: 04 Janvier 2016 à 08:42:30 »
Je confirme aux plus réfractaires, ça se lit bien ;).

Par contre, tout au long de ma lecture, une impression de flou complet et total.
Je me dis que c'est l'ambiance qui veut ça : la découverte de l'inconnu, en dire assez sans en dire trop, laisser à chacun imaginer cet univers tout en y glissant ce qu'on veut qu'il voit (comme une maison brûlée au fond de l'océan :???:).
La fin, elle, nous laisse vraiment dans le vague, mais s'explique quand même toute seule.

Verdict : j'ai bien aimé être portée par les eaux profondes sans chercher à m'expliquer ce qui se passe :).

Hors ligne barnacle

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : Bathysphère
« Réponse #2 le: 04 Janvier 2016 à 18:41:03 »
Merci Luna :)
Le flou est un parti pris oui, au sens où je préfère rester dans le juste-assez. Ne pas ancrer les choses dans une réalité trop précise.
Idéalement, il reste une part de mystère mais c'est un mystère aux frontières connues.

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
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Re : Bathysphère
« Réponse #3 le: 04 Janvier 2016 à 21:51:54 »
Woah putain, ça c'est un texte :)
C'était un plaisir de s'enfoncer dans ce mystère, avec comme toujours ce style, ces pensées et cette intention délicieusement troublants, j'adore :)
Je n'ai pas le temps de faire un commentaire plus fourni, mais je devais passer te dire que c'était super comme texte.
Et oui je confirme aussi, ça se lit très bien.

A plus :)

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
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Re : Bathysphère
« Réponse #4 le: 05 Janvier 2016 à 17:31:40 »
Salut Barnacle,

J'ai été littéralement embarqué par ton texte. Bel effet intentionnel de faire plonger ainsi le lecteur (durant la première partie) vers l'abysse, à l'intérieur de ta bathysphère. Puis de le faire plonger encore plus profondément (durant la seconde partie) vers les abysses (du grec ábyssos signifiant d'une profondeur immense, puisque nos anciens étaient persuadés que l'océan était sans fond.)
Première portion sous oxygène donc. Et seconde portion en insidieuse apnée onirique. Un très beau procédé qui demande beaucoup de doigté et de subtilité pour nous faire perdre progressivement tous les repères de nos sens. Et c'est là malheureusement que peu à peu j'ai commencé au fil de ma lecture à voir des bulles entre mes deux yeux, comme les bulles d'un aquarium si magnifiquement agencé qu'on finit par beaucoup plus remarquer le décor du décorateur que les petits poissons japonais. Et d'un coup, je me suis dit : "Ah quel dommage, il en fait trop". Du moins pour ce texte. Il s'est lui-même laissé envahir par le syndrome des profondeurs. C'est simplement une histoire de dosage, je t'assure. Tout est là, il n'y a plus qu'à rabioter ici et là pour faire un machin parfait. Tout ce que je te dis là est un ressenti hyper subjectif, mais je suis convaincu de ne pas me tromper. Laisse peut-être reposer quelques semaines, et reviens passer la tondeuse pour affiner les pattes et atténuer les accroches-coeur, et le visage de ton texte, à coup sûr, passera de celui d'un éphèbe à celui d'un Apollon.
Cher Barnacle, je ne te connais pas, mais il est indéniable que tu as un style raffiné et que tu sais tenir un récit de bout en bout.  A mes yeux, cette nouvelle est un superbe thriller que n'aurait pas renié d'écrire un Stephen King ou un Donald Westlake. Ne t'égare donc pas dans la fausse littérature et les facilités superfétatoires. Sois simple et fais confiance à l'intelligence du lecteur. Il adore qu'on le noie, mais ne veut pas mourir noyé.

Très cordialement.
Et encore bravo pour cette belle idée venue de ton cerveau sans doute reptilien.
Kokox
« Modifié: 05 Janvier 2016 à 17:35:20 par kokox »

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Re : Bathysphère
« Réponse #5 le: 05 Janvier 2016 à 17:59:16 »
Exta, merci pour ta lecture. Même un retour rapide est toujours appréciable :)

Champdefaye, quelques réponses points par points :
Citer
C'était la tache blanche que les cartes conservaient et il allait contribuer à la remplir
L'image du remplissage d'une tâche ne me parle pas beaucoup
J'ai un commentaire marqué "bof" sur cette partie depuis le départ, parce que je sais que ça n'est pas parlant. La connexion entre cartographie et exploration est un peu perdue de nos jours ; j'ai fait des tests autour de terra incognita qui ne plaisaient pas.
C'est la phrase par défaut qui est restée faute de mieux. J'aurais peut-être un déclic un autre jour.

Citer
Elle tenait les comptes, les avait faits
La "mise en facteur commun " du sujet "elle" ne me paraît pas utile, même plutôt nuisible à la lecture. Par ailleurs, quelle différence y a t il entre tenir les comptes et les faire ?
"Elle tenait les comptes, en tira les conséquences :" est une variante plus lourde mais plus explicite.
Honnêtement je ne vois pas de gros problèmes sur cette phrase, elle est un peu expéditive parce que le personnage l'est (implicitement), mais sinon...

Citer
qu'il devait rencontrer l'abysse, faire la dernière poussée scientifique.
Faire la dernière poussée, vraiment pas joli.
D'accord. J'ai remplacé "faire" par "mener" pour adoucir, mais c'est vrai que "poussée" n'est pas génial non plus.

Citer
Ils ne pouvaient y deviner qu'une obscurité horizontale.
Pourquoi horizontale ? Voient-ils mieux vers le haut ou vers le bas ?
Ils n'ont pas la liberté de mouvement pour regarder en haut ou en bas, d'où cette formule mi-pratique mi-poétique. Ça n'était pas clair auparavant ?

Citer
des marques d'humidité étaient remarquables sur le papier
Marques et remarquables, même racine.
En quoi ces marques étaient elles remarquables ?
On pouvait remarquer des traces d'humidité sur le papier...
J'ai changé la phrase entière : "l'espace semblait parfaitement étanche, des marques d'humidité sur le papier peint mis à part."
Mais la réponse au "en quoi sont-elles remarquables" était déjà dans la phrase d'origine.

Citer
Il dépensait toujours tout en paris, perdait toujours en paris.
La répétition volontaire passerait mieux sans doute en l'accentuant encore avec :
Il dépensait toujours tout en paris, perdait toujours tout en paris.
Il manquait un mot, oui.

Citer
l fallut plusieurs secondes, presque une minute, à Henri pour se réhabituer à ses environs
Une ville, un village a des environs. Pas un homme.
C'est pas faux, mais tous les synonymes ont le même problème (si je veux garder le pluriel). Mais je garde ça en tête pour plus tard.

Après je suis un peu en désaccord d'intention sur d'autres points que tu soulèves. Pour moi le réalisme de la première partie est déjà fragile, et montre des fissures progressives à partir de l'arrivée de Hans. Donc certaines choses qui te choquent comme étant là trop tôt sont dans mon intention là pour faire glisser, anticiper, etc.
Et c'est vrai que c'est un style probablement moins surprenant que d'habitude, tout simplement parce que c'est beaucoup plus ancré sur les dialogues (ou les pensées) que ce que je fais d'ordinaire. C'est plus flottant.
Merci pour ton commentaire détaillé, en tout cas.

kokox, merci pour ton commentaire et tes compliments.
Mais je dois avouer ne pas être sûr de voir là où "j'en fais trop" à ton goût.
Est-ce que c'est dans le travail d'expliciter sur la fin ? Parce que c'est justement un texte où j'ai voulu prendre soin de faire une histoire à réponses, plutôt que de ne donner que des énigmes.
Est-ce que c'est dans les "Pour John" ? Il y a peut-être un pathos qui ne te plait pas ? Je n'en suis pas certain non plus.

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Re : Bathysphère
« Réponse #6 le: 06 Janvier 2016 à 11:11:13 »
Eh bien j'ai été surpris je dois dire.  :)

Pas motivé par le début de l'histoire  :/, étonné par la tournure des dialogues en cours de route  :???:, un peu perdu dans l'exploration  :-\ puis l'explication est venue sur la fin  :D. Bravo, je me suis fait baladé et je dois dire que j'ai aimé ^^.

Autant j'ai aimé la ballade autant je n'ai pas été touché par l'histoire :huhu:. Un peu traumatisé par l'énorme quantité de livres de Stephen King (Auteur qui adorait créer ce genre de récit mêlant réel et irréel de façon onirique) que j'ai lu étant jeune, je n'adhère donc plus vraiment à ce type de récit. Donc ceci expliquant cela, il ne s'agit alors que d'un pur critère personnel qui ne réduit en rien ton texte de qualité très bien écrit.  :)

J'ai découvert une autre facette de ton style d'écriture que je trouve un peu différent ici que dans le texte du Chat de verre^^

Est-ce le cas où juste moi qui débloque  :???:
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Re : Bathysphère
« Réponse #7 le: 06 Janvier 2016 à 17:32:13 »
Merci pour le retour :)
La grosse connexion avec Stephen King est l'écriture à la troisième personne avec pensées en italique à la première personne. C'est un truc narratif bien pratique que j'ai emprunté parce que ça me permettait d'en faire un récit à trois voix bien propre, plutôt que d'avoir des "Il se souvenait de...".
Après il manque la partie horreur, quand même. Je sais qu'il a écrit d'autres choses, c'est vrai. Et c'est vrai qu'il a un style donc on peut se lasser, entre autres parce que ses moins bons bouquins sont (d'après mes souvenirs) plus des enchainements d'automatismes stylistiques qu'autre chose.

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Re : Bathysphère
« Réponse #8 le: 06 Janvier 2016 à 22:19:19 »
Citer
La grosse connexion avec Stephen King est l'écriture à la troisième personne avec pensées en italique à la première personne. C'est un truc narratif bien pratique que j'ai emprunté parce que ça me permettait d'en faire un récit à trois voix bien propre, plutôt que d'avoir des "Il se souvenait de...".
Cela ne m'a pas déranger car tu t'en est très bien servi.
Citer
Après il manque la partie horreur, quand même
Ca on s'en fout  :D enfin moi, je ne m'attendais pas à ça en soit  :)
Citer
Et c'est vrai qu'il a un style donc on peut se lasser, entre autres parce que ses moins bons bouquins sont (d'après mes souvenirs) plus des enchainements d'automatismes stylistiques qu'autre chose.
C'est exactement ça !  :P Le technique prend le pas sur le narratif et du coup on se focalise là dessus. Je n'en n'ai plus relu depuis et je n'en n'ai pas envie. mais rassure toi, ce n'est pas le cas pour toi  :D
Citer
Merci pour le retour :)
Je t'en prie avec plaisir, j'appréhende un peu mieux ton univers désormais. c'est plus simple maintenant pour moi  ^^
(Que veux tu la blonditude demande du temps  >< )
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Re : Bathysphère
« Réponse #9 le: 12 Janvier 2016 à 21:18:28 »
Salut Barnacle,

Citer
   – John a. Je suis sûr qu'il ne t'en veux pas.
Veut
(John a : c'est une façon de s'exprimer d'un non francophone ? Genre John did)

 
Citer
La première seconde, le premier battement de cœur était le plus vital.
? formulation : que veux-tu dire ?

Citer
Ils avaient cinq cents mètre de câble
Mètres

Citer
Presque incapable de bouger sous la douleur et la médecine,
bouger sous la médecine ?

Citer
   Il s'était fait lui-même horloge,
Je ne comprends pas (il a fabriqué une horloge ?)

Citer
– Et nous avions une forme sous laquelle nous présenter, qui vous ferait confiance. »
   
la forme fait confiance ? C'est pas l'inverse, une forme qui donne confiance ?

En arrivant à la fin, je me suis dit "mais Hans, il existe non ?". Et comment se fait-ce qu'Henri soit inconscient de la mort de John dès le départ ?
Au tout début :
Citer
Mais John n'était pas là
et pas "plus là".

Citer
John, l'homme de tous les aventures, à sauter en parachute une semaine avant la descente ;
Et puis là, tu nous fais comprendre que John s'est cassé la jambe en sautant en parachute...
(formulation pas top d'ailleurs)

Concernant le procédé :
Bon, faut que je relise une troisième fois pour voir où je buggue, mais en l'état, le mélange ou choix entre SF et onirique me pose un problème de cohérence à cause du début.
Sauf à considérer que dès le début on est dans un rêve, ce qui serait moins intéressant du coup. Un délire du gars en train de se noyer quoi.
Mais si l'on considère que Hans apparaît lors de la descente, en mode SF, alors certains éléments du début me semblent trompeurs.

Concernant l'écriture :
Encore une fois une histoire forte bien servie par ton écriture et les choix de narration.

Voilà, le texte me plait mais me frustre d'une certaine façon.
Tu dis :
Citer
Idéalement, il reste une part de mystère mais c'est un mystère aux frontières connues.
le problème pour moi c'est que le mystère est flou...

Au plaisir,
Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

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Re : Bathysphère
« Réponse #10 le: 12 Janvier 2016 à 22:48:49 »
Bon, faut que je relise une troisième fois pour voir où je buggue, mais en l'état, le mélange ou choix entre SF et onirique me pose un problème de cohérence à cause du début.
Sauf à considérer que dès le début on est dans un rêve, ce qui serait moins intéressant du coup. Un délire du gars en train de se noyer quoi.
Mais si l'on considère que Hans apparaît lors de la descente, en mode SF, alors certains éléments du début me semblent trompeurs.
Le texte est absolument trompeur quand au sort de John initialement, oui. Henri n'ignore rien, sait que John est mort et comment, etc. Il n'y a pas de mensonge direct, mais beaucoup de coups bas dans les tournures.
Avec le recul, laisser entendre qu'il est vivant est peut-être une complication de trop, et si je trouve le temps de reprendre dans le détail, ça giclera. Le dire mort sans préciser comment c'est arrivé suffit. Le niveau de tromperie est probablement excessif en l'état.
Pour moi, le texte est de la SF qui se déguise en/prend un détour par l'onirique, mais de la SF tout du long.

Pour d'autres petits points :
Citer
Citer
Il s'était fait lui-même horloge,
Je ne comprends pas (il a fabriqué une horloge ?)

La phrase entière ("Il s'était fait lui-même horloge, conscience du temps précieux.") est elliptique mais à prendre au pied de la lettre. Il a appris à connaître l'heure précisément, chaque seconde : l'idée en est introduite deux fois auparavant (quand il décompte, et commence à se tromper avec l'apparition de Hans, mais c'est vrai qu'il n'est pas dit explicitement qu'il mesure le temps sans support visuel, juste sous-entendu ; et quand il est dit "son cerveau était la seule montre dont il avait besoin.") et reprise sur la fin, vu que cet Henri partiel se rend compte progressivement du dérèglement puis de l'absence de ce décompte, qui appartient à l'Henri-prudent.
Il y a sans doute matière à le rendre plus explicite plus tôt.

Citer
Citer
La première seconde, le premier battement de cœur était le plus vital.
? formulation : que veux-tu dire ?

(...)

Citer
Presque incapable de bouger sous la douleur et la médecine,
bouger sous la médecine ?

Le mot "vital" est mal choisi. Le sens est "le moment où tout se joue". Ça mérite reformulation
Idem pour l'autre phrase, mal formulée, trop comprimée.

Merci pour ton commentaire en tout cas. J'ai fait quelques petites corrections en fonction, mais il en reste de plus lourdes à faire. Il faudrait que je me pose avec le texte pour le revoir en détail.
« Modifié: 12 Janvier 2016 à 22:50:25 par barnacle »

Hors ligne Rémi

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Re : Bathysphère
« Réponse #11 le: 12 Janvier 2016 à 23:17:56 »
Citer
La phrase entière ("Il s'était fait lui-même horloge, conscience du temps précieux.") est elliptique mais à prendre au pied de la lettre. Il a appris à connaître l'heure précisément, chaque seconde : l'idée en est introduite deux fois auparavant (quand il décompte, et commence à se tromper avec l'apparition de Hans, mais c'est vrai qu'il n'est pas dit explicitement qu'il mesure le temps sans support visuel, juste sous-entendu ; et quand il est dit "son cerveau était la seule montre dont il avait besoin.") et reprise sur la fin, vu que cet Henri partiel se rend compte progressivement du dérèglement puis de l'absence de ce décompte, qui appartient à l'Henri-prudent.
Il y a sans doute matière à le rendre plus explicite plus tôt.

non, en fait j'avais capté le sens (mais pas en première lecture, j'ai tiqué). C'est la formulation poétique qui me chagrinait.
Oui, cette horloge dans sa tête est sa conscience de l'aspect précieux du temps.

Citer
beaucoup de coups bas dans les tournures.
coquin ! Effectivement, le niveau de tromperie est à doser.

Citer
Le mot "vital" est mal choisi.
bah oui, parce qu'avoir le coeur qui bat, c'est effectivement vital...

Je repasserai pour la V2, c'est un chouette texte qui peut devenir vraiment classe après peaufinage.

Au plaisir,
Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

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Re : Bathysphère
« Réponse #12 le: 13 Janvier 2016 à 13:42:15 »
Cette allégorie qui nous plonge doublement au cœur des abysses nous embarque et malmène notre raison : l'accident de parachute de John nous trompe au départ ou nous confirme dans une lecture onirique de la nouvelle.
On est tenu en haleine jusqu'au bout et la fin brutale nous laisse pantois.

 


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