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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Neptune (réalisme 1)

Auteur Sujet: Neptune (réalisme 1)  (Lu 785 fois)

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Neptune (réalisme 1)
« le: 04 Décembre 2015 à 14:59:25 »
Larmoyant sourire, laisse moi m’enivrer du rythme de tes bercements.
Je me noie dans une flaque de sanglots, tandis que le navire de mes émotions, sans capitaine, dérive au gré de la tempête ruisselant de chagrin.
Survient alors l’accalmie, totale contradiction de ce mugissement révolu. Plus aucun souffle dans mes voiles, plus aucune brise dans mes cheveux. Rien.
Le soleil tape, et se reflète dans l’eau. Entre le ciel et l’océan, je flotte, trop léger pour sombrer, trop lourd pour m’envoler.
L’horizon au loin s’étale, et dessine le contour de mon agonie.


La dépression de mademoiselle Genevis apportait de la joie à son entourage indirect. Il n’était pas une âme dans son immeuble qui ne s’était interdit, au moins intérieurement, de rire de son attitude si déplorable qu’elle en devenait burlesque.
Monsieur Ricard, le plus acariâtre des locataires, lui avait, par un incongru accès de gentillesse, tenu la porte de l’ascenseur juste après son déménagement. Elle ne l’avait même pas remarqué et avait commencé à emprunter l’escalier, de sa démarche interminable, pendant que trainait au sol le cabas de tissu usé rempli de pelotes de laines. Il lui avait presque crié dessus : ‘Madame, hé madame ! Madame !’. Elle avait haussé un sourcil, à peine consciente que c’était à elle qu’on s’adressait, tandis que le cabas sautait d’une marche sur la suivante. Monsieur Ricard s’était renfrogné, puis avait observé le spectacle pitoyable. Un sourire s’était alors dessiné sur ses lèvres, et il avait appuyé sur le bouton du premier étage. Lorsque la porte s’était ouverte, il avait jeté un œil en contrebas, et son sourire s’était raffermi. Mademoiselle Genevis avait à peine progressée, et se trainait toujours d’un échelon à l’autre. C’est la première fois que monsieur Ricard faisait preuve d’un peu de gaité en la compagnie d’un autre résident.
La mère Céline avait bien eu pitié d’elle au début, mais lorsque son mari était rentré de son voyage en tunisie, elle lui avait parlé d’elle sur un ton qui, s’il ne se voulait pas moqueur, était tout de même souriant et un brin espiègle. ‘Tu la verrais, hihi, toute rabougrie, les yeux mi clos, la bouche béate ! Elle ressemble à la première gueule de bois d’un adolescent ! Non vraiment, elle doit se droguer, ou je ne sais pas.’ Elle parlait des gens selon ses intuitions et ressentis, et elle était sincèrement indifférente à la teneur insultante de ses propos, car elle ne voulait que faire passer l’émotion de son âme ; et bien sûr, elle se serait abstenue d’en causer de la sorte devant l’intéressée. Néanmoins elle riait, inconsciemment, de cette démarche pataude et démotivée, qui caractérisait mademoiselle Genevis.
Les adolescents de la résidence, qui n’avaient rien d’autre à faire que fumer dans le hall, la voyaient passer lorsqu’elle sortait. La première fois, ils avaient eu une mine de dédain dégouté, puis étaient passés à autre chose. Mais à force de la voir, ils avaient développé un petit jeu bête et méchant. ‘Madame ! On a retrouvé votre peigne’, disaient-ils lorsque sa chevelure grisonnante était plus embrouillée que d’habitude. ‘On a reçu une lettre de votre mari, il se sent bien mieux avec la nouvelle’, lui confiaient-ils lorsqu’elle avait au contraire eut le courage de se coiffer. ‘Alors, on promène sa chienne ?’ Lui lançaient-ils d’autres fois, bien conscient qu’elle n’avait pas le moindre petit animal à sortir. Ils avaient collé sur sa boite aux lettres un autocollant demandant ‘Oui à la pub, sinon je ne reçois pas de courrier’, qu’elle n’avait jamais décollé.
La vieille Gertrude, qui habitait au rez-de-chaussée, se ravit de son arrivée, car elle se sentait plus belle en sa présence. Elle se montrait néanmoins gentille avec mademoiselle Genevis, lui demandant comment ça allait, écoutant les réponses brèves à voix basse d’une oreille satisfaite. Intérieurement, elle pensait : ‘Oui, vous n’avez pas envie de me raconter votre vie et moi je n’ai pas envie de l’écouter, mais ça me fait tellement de bien de vous voir plus décrépite que moi que je vous sourirai tous les jours où je vous croiserai.’
Même le concierge, qui se devait d’être sympathique avec tout le monde, ne pouvait s’empêcher de rire au fond de lui-même lorsqu’il la voyait. ‘Vous êtes ravissante aujourd’hui’, disait-il au début pour faire bonne figure, puis ensuite parce qu’il ne trouvait rien d’autre à lui communiquer.
Mademoiselle Genevis ne parlait à personne, ou presque, et en baragouinant d’une petite voix qui ne pouvait aligner que deux ou trois mots tout au plus. Elle trainait sa phobie sociale depuis sa plus tendre enfance. Prise en charge par les allocations, elle avait passé sa vie à sortir tous les jours s’acheter son billet de loto. Mais comme beaucoup de joueurs, elle n’avait jamais envisagé ce qu’elle ferait si elle gagnait. Aussi avait elle été prise au dépourvu lorsque c’était arrivé. Et comme beaucoup de joueurs, elle avait sombré encore plus dans la dépression après l’événement, parce que cela l’avait coupé de la réalité. Elle n’avait pourtant pas souhaité dépenser son gain, et l’avait gardé pour elle en attendant de décider quoi en faire.
Derrière son caractère déprimé, se dévoilait une bonne volonté de faire le bien. Aussi après quelques mois à se faire une idée de ses nouveaux voisins, elle décida d’acheter l’immeuble et de donner leurs appartements aux locataires.
Ils furent initialement surpris, puis reconnaissants. Puis la routine s’installa, et ils recommencèrent à rire de mademoiselle Genevis. Rien n’avait changé pour elle, elle déprimait toujours autant, et continuait à jouer au loto tous les jours.
« Modifié: 11 Décembre 2015 à 15:47:02 par Dot Quote »
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Hors ligne Véronika

  • Plumelette
  • Messages: 14
Re : Neptune
« Réponse #1 le: 05 Décembre 2015 à 21:30:22 »
Bonsoir
J'aime le poème du début
Je trouve ton récit plutôt fataliste même si je n'ignore pas la cruauté du monde...parfois de jolies fleurs parsèment pourtant le chemin...comment pourrions-nous vivre sans leur présence?
Une remarque concernant l'emploi des mots "intuition" et "âme" qui à mon sens ne sont pas à leur place. L'intuition, l'âme sont au-delà des commérages et des passions humaines; toutefois, c'est ainsi que je le ressens
Bonne continuation
Véronika

 


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