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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Maurice et Ginette (ou le grand renversement)

Auteur Sujet: Maurice et Ginette (ou le grand renversement)  (Lu 2397 fois)

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Maurice et Ginette (ou le grand renversement)
« le: 06 Octobre 2015 à 04:26:08 »
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MAURICE ET GINETTE
ou le grand renversement.


Samedi 3 octobre 2015, 13h :
Hugo entame la page treize du journal de Mickey. Tout est paisible. Comme d'habitude, Maurice a les deux pieds posés sur la table basse et regarde le journal télévisé. Ginette débarrasse tranquillement. Alors qu'elle s'applique à aligner parfaitement les assiettes dans le lave-vaisselle, Maurice l'interpelle :
— Vindiou ! C'est qu'ils y sont encore, ces migrants ! On va pas accueillir tout ça, quand même ! Et on fait quoi de notre misère à nous, déjà ? T'en penses quoi, Ginette ?
Ginette n'en pense pas grand chose : son cerveau est embourbé par la télévision qui hurle ses informations au sonotone défaillant de Maurice. Si elle devait en penser quelque chose, elle dirait qu'à l'époque où ses parents italiens ont décidé de venir en France, ça l'aurait pas mal emmerdée de se retrouver face à un grillage. Mais, par habitude et convenance, elle dit tranquillement :
— Mais oui, mais oui, tu as raison. Pour une fois qu'on a Hugo - et pour une fois que ses parents ont pu s'offrir des vacances-, tu veux pas plutôt l'emmener jouer un peu ?
— Si, je vais y aller, teh. Mais peuchère, c'est fou, quand même. Tu sais ce que disait un grand homme ? Il disait "On ne peut pas accueillir toute la misère du monde", Ginette. Et m'est avis que ces abrutis de dirigeants devraient écouter le passé et les grands hommes qui ont protégé et tenu la France jusqu'ici. Alors quoi ? Sous prétexte que c'est la guerre ailleurs, on va changer l'inclinaison judéo-chrétienne de la nation ?
— Mais chacun doit en prendre sa part.
— Hein ?
— La phrase de Rocard, c'est "On ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais chacun doit en prendre sa part."
— Beh ils l'ont pas dit à la télé. Et puis j'accueille déjà ma part de misère, Ginette.
Ginette regarde l'écran plasma cent-cinquante centimètres, la piscine du jardin, et le 4x4 qui trône sous le porche impeccable.
— Ta part de misère ?
— Beh oui, Ginette : je t'accueille toi, dans ma vie. Si c'est pas de la bonté, ça, je sais pas ce que c'est.
Ginette est retournée au lave-vaisselle, Hugo à la page treize, et Maurice à géopolitiser devant la petite lucarne.

Samedi 3 octobre 2015, 17h :

Hugo est rentré trempé. Tout comme Maurice. Ginette l'apostrophe :
— Qué fadas !  Regardez-vous ! Vous auriez pas pu vous abriter ?
— Je crois qu'il pleut comme troupeau de vache qui pisse, surtout. S'abriter où ? Sous la bruyère ?
Ginette s'approche d'Hugo, et, d'un coup de doigt mouillé à l'aide de sa salive, lui débarbouille les joues en maugréant.
— Quand même... il va prendre froid.
— A son âge, j'allais déjà chasser par moins trois degrés avec mon père, qu'il neige, qu'il pleuve ou qu'il vente, va ! C'est pas une petite bruine qui va lui flinguer la santé, à ce jeune gaillard. Puis j'y crois pas, moi, à leur connerie d'aquaphobie. On peut pas avoir peur de l'eau. Hein, mon grand ?
Hugo est si gelé que la tape que son grand-père lui donne sur l'épaule le fait vaciller un peu. Il ne sait pas quoi répondre. S'il pouvait vrai dire, Hugo, il dirait que ce qui lui flingue la santé, surtout, ce sont les épinards qu'on a servi à midi, et le fait qu'on l'empêche de lire tranquillement son journal de Mickey pour aller marcher pour de rien sur des chemins sans bâtiments. Et surtout, que l'eau le terrifie. Mais connaissant son grand-père, Hugo ne dit mot.
— Allez, Hugo, tempère Ginette, rassurante. File à la douche, mets toi un bon coup de chaud, et je te prépare un bol de lait-cacao. Je sais que tu adores ça.
Hugo s'exécute. Ginette file vers la cuisine, et jette un oeil par la fenêtre.

La pluie dessine maintenant d'épais traits d'eau qui tombent depuis la gouttière. Sous le porche caillouteux, des flaques se forment doucement. Pour tout ciel, un unique nuage gris semble plomber la terre entière, écrasant les maigres espoirs de revoir le soleil sortir avant la soirée.
Ginette file vers la tasse vide et y verse du Poulain. Le lait chauffe sur la casserole.

— Ginette, viens voir ça !
Elle s'exécute.
— C'est fou ! Regarde : des hippies !
Ginette cherche dans les coins du salon, et comprend qu'elle doit en fait - et encore - regarder la télé.
— Je pensais qu'ils étaient tous devenus cadres, depuis leur connerie de soixante-huit, là ! Comme les Cohn-Bendit et compagnie !... Révolutionnaires à vingt ans, carriéristes à trente, contribuables à quarante !
Ginette regarde la télévision. Elle y voit des jeunes gens, affublés comme des miséreux, qui montent des barricades et luttent contre la police venu défendre le chantier que les jeunes écologistes militants appelés zadistes ont squatté pour endiguer toute construction.
— C'est fou, quand même. En démocratie ! Des projets votés, passés en revus par des organismes de contrôle, supervisés par l'assemblée, et v'la qu'une poignée de hippies drogués qui vivent de nos impôts peut tout foutre en l'air. Faut du tonfa, là, un grand coup de tonfa!
— Hier ils ont parlé d'un escroc à la tête de la société de régulation et de la préfecture... ils ont manifesté. Porté plainte je crois, mais le mal était fait. Alors ils anticipent. Ils montent dans les arbres avant de porter plainte. Enfin, c'est ce qu'ils disent.
— Quand même ! S'ils font ces chantiers sur les forets, c'est pas pour le plaisir, il doit bien y avoir une raison. Je ne suis pas ingénieur, mais quand même !
— Tu as raison, Maurice, tu as raison...

Alors qu'un zadiste explique exceptionnellement aux médias que le barrage de Fourogues est reconnu illégal mais que malgré les recours légaux et les conflits, les travaux ont eu lieu et que le préfet est aussi le bras droit du principal commanditaire de l'organisme de contrôle urbaniste, un flash info spécial interrompt le programme.

La présentatrice apparait, l'air grave :
— Alerte météo ! Depuis une heure maintenant, de fortes pluies sévissent sur les Alpes maritimes et dans le Var. La plus grande prudence est requise, ne sortez pas de chez vous, et...

— Rho, chaque année c'est pareil. Faudra leur expliquer qu'il tombe chez nous autant d'eau en un mois qu'en bretagne en une année ? C'est pas nouveau quand même !
— Oui, enfin... a cause des dernières constructions, nous sommes passés en zone inondable, Maurice. Je suis inquiète.
— Comme d'habitude, Ginette. Tu es la peur et je suis la raison. Je te dis que tout va bien se passer.
Le lait déborde de la casserole.
— Oh fat'ché !
Ginette court - du moins autant qu'elle le peut - jusqu'à la cuisinière et enlève le lait qui déborde maintenant sur la gazinière. Tandis qu'elle s'affaire à le nettoyer, un bruit à l'extérieur attire son attention.

L'eau bloque maintenant l'ouverture de la porte. On ne voit plus le porche. Une inondation atteint maintenant la moitié des jantes du 4x4... et la panique s'installe.
— Maurice ?
Pas de réponse autre que celle de l'eau : des traits d'une épaisseur dramatique continuent de tomber.
— Maurice ?
"Il faut dire que certaines zones sont déjà impraticables et qu'on parle déjà de morts en voitures..."

— MAURICE !
Le sonotone de Maurice grésille et ce dernier vient lentement dans la cuisine. L'eau se glisse maintenant depuis le pas de la porte jusqu'aux pieds de Ginette.
— Crénom de... Serpillères ! Serviettes ! Il faut réagir vite ! Condamner les portes, les fenêtres !
C'est le moment où Hugo décide d'arriver nu dans la cuisine, la peau pleine de savon, pour dire :
— C'est normal qu'y'a plus d'eau chaude dans la baignoire ? J'ai froid !
Un silence.
— Laisse tomber pour la douche, Hugo. Prend une serviette, va t'habiller, et viens nous aider : nous sommes inondés !

Si l'ancienne maison familiale avait été placé de plein pied sur un sol plat, personne ne se serait inquiété outre mesure. Oh, bien sûr, l'eau aurait certainement atteint les 40 centimètres dans la cuisine, on aurait râlé contre l'assurance, puis on serait passé à autre chose. Or, Maurice et Ginette habitent au creux d'un petit vallon mignonnet, isolé, au charme irréfutable. Et ce petit vallon est justement situé entre deux coteaux massifs qui l'étreignent amoureusement. Les coteaux, maintenant garnis de béton et de villas barricadées, ne retiennent plus rien. Et l'eau glisse, glisse, glisse... jusque sur le porche de nos infortunés.

L'eau à l'extérieur atteint presque la fenêtre. Hugo essaye tant bien que mal d'éponger le sol avec sa serviette déjà complètement imbibée, mais dans sa petite tête d'enfant, la seule question qui vaille tient en quelques mots : "Comment enlever de l'eau avec une serviette alors qu'on se croirait déjà dans une grande pataugeoire ?" Dans un éclair de génie, et à la surprise des deux mentors qui paniquent complètement, Hugo lance :
— Ca serait pas mieux avec un seau ?
— Vindiou, il a raison, ce drôle ! Ginette, un seau !
— Je vais me tuer si je bouge trop, j'ai les genoux en feu !
— Toujours à moi de tout faire, ici !
Maurice s'absente quelques instants et revient avec deux seaux imposants. Il en donne un à Hugo, garde l'autre, et reste bloqué.
— Heu.. je veux bien écoper comme si nous étions dans une barque, mais comment j'ouvre la fenêtre, si la flotte y rentre ? La porte, je n'en parle pas ? Ca commence à glisser dans le salon !
—Dans l'évier ?
— Vindiou, quelle famille de génies !

Alors qu'à peine trois mouvements d'écopage ont été exécuté et qu'Hugo renverse le seau trop grand pour lui, la fenêtre laisse apparaitre une épaisse ligne d'eau. En fait, pour tout vous dire, la fenêtre se transforme en aquarium, petit à petit. L'évier refoule maintenant plus d'eau qu'il ne peut en recevoir, puis déborde à son tour.
— C'est.. une blague ?
Et cela n'a rien d'une blague, puisque les serpillères autour des joints de la porte ne servent plus à rien. Imbibées en quelques secondes, elles se décalent puis laissent passer d'épais courant d'eau qui se jettent dans la maison comme dans une baignoire.

Quelques instants - parus secondes - plus tard plus tard, tout casse. Les fenêtre du salon, de la cuisine, et même celle de la porte d'entrée se brisent simultanément. Les tonnes de pression accumulées en une heure sous la force de l'eau rejetée par les vallons pèsent et ont raison de tout. Maintenant, la question n'est plus de comprendre comment Ginette et Maurice vont pouvoir écoper l'eau à temps et sauver les meubles du rez-de-chaussée, mais elle consiste surtout à savoir comment atteindre l'étage principal sans finir engloutis ou piégés par des eaux montantes.

Et c'est Hugo, de l'eau jusqu'aux genoux, et affrontant une per grandissante, qui s'attelle à guider sa grand mère paniquée vers les escaliers. Lentement, tout en la tenant par le bras, il l'amène vers l'étage, puis se retourne pour son grand-père. Orgueilleux, ce dernier les a suivi, difficilement. Il essaye de cacher qu'il a glissé et qu'il s'est trempé le cul à en trembler de froid, mais c'est peine perdue.

A l'étage, Ginette est d'abord traumatisée par le bruit. Un mélange de craquèlement de bois, de douche diluvienne, de chocs et fracas en tout genre. Sans trop savoir si c'est la bonne solution, Ginette se demande s'il ne vaut pas mieux chercher à fuir la maison puisqu'elle semble maintenant craquer et vaciller comme un bateau qui tangue.
Maurice, lui, ne dit mot. Peut-être parce qu'il sait que c'est le mur porteur à droite qui est le plus exposé - face au coteau. Que c'est parfaitement illogique d'être placé ici et d'avoir construit ça comme ça, en passe-droit. Il pense aux trente-mille euros d'économisés, et au prix de sa vie. Quant à lui, Hugo se demande s'il va pouvoir un jour revoir le journal de Mickey qu'il a oublié en bas, ouvert à la page treize.

Alors que Ginette ouvre la fenêtre de la chambre d'ami à l'étage - celle qui donne le plus sur la rue et les voisins, elle jure. C'est dire la force de la scène : Ginette ne jure jamais, encore moins en présence d'Hugo. Et pourtant, elle dit :
— Nom de Dieu !
Et si Ginette jure, c'est qu'on ne voit plus la route. On ne voit que des voitures qui se déportent chaotiquement pour s'encastrer où l'eau leur dit d'aller. D'un rapide coup d'oeil, elle aperçoit la maison de ses voisins. La ligne d'eau cache maintenant complètement les fenêtres, et Ginette se rend compte que les murs semblent se plier sur eux-mêmes. Tout va ployer ! Et il doit en être de même pour leur maison.
— Maurice, il faut partir d'ici.
Maurice s'approche de la fenêtre. La première chose qu'il ne voit plus, c'est le petit carrefour giratoire qui distribuait le quartier. Ce qu'il voit, c'est un perchoir encerclé d'eau menaçante, avec un homme au milieu. L'homme - un voisin, un ami, il est trop loin pour le savoir - fait des vas et viens désespérés d'un bout à l'autre, au dessus d'une route devenue liquide. La force des courants est ahurissante. Des bouts d'arbre, des voitures.. et même des morceaux de toits passent maintenant sans le moindre souci. Et alors l'eau dépasse le terre-plein de fortune, l'ensevelit... et emporte l'homme avec. On entend un léger cri. Hugo, jusque là inconscient de la réalité de la situation, se met à pleurer subitement.
— Ginette, il faut partir d'ici.
Et c'est ce qu'ils auraient surement fait d'une manière ou d'une autre si le mur est de la maison n'avait pas cédé d'un coup. Une parcelle importante se disloque et laisse un pan énorme ouvert, laissant passer plus d'eau, qui grimpe maintenant inexorablement vers l'escalier et le premier étage. Tout en bas flotte.
— Mais c'est du délire ! En deux heures à peine ! Sur le toit, vite !
Ginette ne dit mot. Elle suit Maurice, le regarde attraper une échelle, y cale Hugo, et monte en seconde sur le toit. Maurice s'ensuit.

Samedi 3 octobre 2015, 19h30 :

Les quatre voisins ont fait de même : se réfugier sur les toits. Une heure a passé, sans rien faire. L'eau a continué de monter, et menace maintenant directement les maisons les plus basses. Des traits énormes s'abattent sur les têtes des pauvres gens désemparés. Autour, tout est chaos. Mouvement. Choc, fracas, écoulement, et destruction.
— Y annos a uka emin !
— HEIN ?
— Y nnonc a ska emain !
Maurice débranche son sonotone trempé et comprend qu'il ne marche plus.
— PLUS FORT !
— ILS ANNONCENT CA JUSQU A DEMAIN !
— Demain ? Mais tout aura cédé !
— Il faut appeler des secours ! Faire quelque chose !

Maurice ne sait que faire. Hugo aperçoit, aux abords de la première maison du quartier - ou ce qu'il en reste - un gyrophare éclatant.
— Là bas !
— Le bas ?
— LA BAS ! LES POMPIERS !
Comme pour confirmer sa bonne vue, un mégaphone hurle :
— Mesdames et Messieurs, pas de panique ! Restez sur vos toits : nous secourons les personnes les plus en détresse. Dans quelques minutes, une seconde équipe arrivera et vous emmènera en lieu sûr. Ne tentez rien, ne bougez plus !
Maurice maugrée :
— Alors que le mur Est de la maison vient de céder ? Le prochain c'est le porteur ! On ne peut pas rester ici !
— Ils ont dit de ne rien faire ! Il faut les écouter !
— Non ! Ca va céder ! Il faut qu'on puisse sauter jusqu'à ce terre plein, là, en face, et là, on sera en sécurité. Lui ne cédera et ne nous emportera pa...
Alors le mur lâche, et le toit avec. L'eau avale une partie de la maison, et s'entasse par dessus sa nouvelle conquête. Alors Maurice, Ginette, et Hugo - ainsi que le journal de Mickey - rejoignent les courants ensemble comme dans un mauvais film catastrophe.

Une gorgée d'eau. Des bras qui moulinent, cherchent. Un recrachement d'eau. Respirer. Comprendre. Où va le corps ? Où sont les murs ? Où est le sol ? Combien de dépouilles de voitures, de débris, combien de choses ensevelis peuvent scier, aplatir, ou déchiqueter un corps en quelques secondes ? Une gorgée d'eau. Respirer. Chercher un point d'appui. N'importe quoi.

C'est en fait le point d'appui qui trouva Maurice. Sous la forme d'un garage placé sur le coteau opposé du vallon, Maurice percute quelque chose. Miraculé, il se cramponne au toit, puis s'y hisse pour s'y dresser. D'abord, il crache. Ou bien il pleure. Quelques secondes à peine, puis vient la raison. D'un oeil affolé, il regarde partout autour de lui. Ginette sait nager, mais pas Hugo... Et de toute façon, tout va trop vite. L'eau défile à une vitesse folle, accompagnant avec elle des bouts de bois qui pourraient tout aussi bien être des têtes en détresse. Il hurle des prénoms, appelle à l'aide, implore son seigneur, en vain. Rien. Et cette eau qui continue de monter, ce vallon démoniaque et le diable dans la nature qui lui chatouille les pieds ! Dans quelques instants, le toit sera inutile. Il aura de l'eau jusqu'aux genoux et finira emporté comme par avant.

— Maurice !
Sa tête trouve instantanément d'où vient le bruit. Malgré les problèmes d'audition, Maurice entend. La panique, le stress, l'adrénaline, il ne pourrait le dire, mais il entend parfaitement. Il peut donc voir Ginette qui a suivi le même mouvement de courant que lui, accrochée à ce qui semble être le reste d'un panneau de signalisation encastré dans autre chose. Pour le moment, il tient. Pour le moment...

Maurice s'apprête à se jeter à l'eau pour la sauver. Il se souvient encore de l'armée, de sa force physique, mais sait qu'il ne l'a plus. Pourtant, son âme tient encore sa parcelle de courage et de valeur. Alors il fait taire sa peur, oublie son âge, et se tend au dessus du courant pour se jeter au secours de...
— Monsieur, ne faites pas ça !
Maurice lève la tête. Un homme, sur un toit d'une maison d'au moins trois étages, l'appelle en remuant les bras.
— Ne bougez pas !
— Mais ma femme !
— Ne bougez pas !
Héroïquement, l'homme tient un bout de planche ridicule. Il s'affaisse, semble faire quelque mouvement sur le sol, puis se relève. Une planche s'envole, jetée, puis atterrit dans le courant. D'épaisses cordes l'empêchent de partir avec les débris qui accompagnent le torrent.
— C'est arrimée au mur ! Elle ne bougera pas ! Attrapez-là !
— Ma femme !
— Pour le moment, c'est vous ! Elle ne pourra pas attraper la planche en tenant son appui !
Maurice réfléchit, tant bien que mal. Furieux, il maugrée.
— Lancez-moi ça !
La bouée de fortune arrive à sa portée alors que la pression l'obligeait à se pencher en avant pour maintenir son appui. Intelligemment, il la glisse sous ses fesses, puis se jette dans le torrent.
— Monsieur ! C'est complètement démen...
Si la panique peut faire d'un génie le plus sombre abruti qui soit, l'inverse est tout aussi vrai : elle peut rendre n'importe quel imbécile incroyablement génial. Sans peur ni reproche, Maurice se jette dans le torrent urbain, à la merci des débris, et il mouline dans la direction de Ginette alors que seule la planche tient sa vie en respect. Au bout d'un moment, et tandis que l'homme sur le toit pensait voir en direct deux personnes âgées mourir, Maurice atteint Ginette. En larmes de peur, il s'accroche au panneau, recale la planche sous ses fesses, et agrippe sa femme fortement devant lui.
— Ne me lâche pas ! Je dois tenir les cordes ! Tiens moi !
Ginette pleure, hurle, ne respire plus.
— REMONTEZ !
L'homme hurle quelque chose, et deux autres personnes s'approchent du bord. Elles tirent, tirent... et ramènent miraculeusement les deux retraités sur le toit salvateur.

Samedi 3 octobre 2015, 22h12 :

— L'eau stagne, c'est fou, je pensais qu'elle s'écoulerait, dit Maurice.
— Dans la nuit, surement..., répond un homme du toit. On a déjà de la chance qu'ils se soient trompés et que la pluie soit arrêtée !
— On va passer la nuit ici ? Et mon Hugo ? Il est peut-être mort à l'heure qu'il est !
— Non, les pompiers nous ont dit tout à l'heure qu'un gymnase allait nous être alloué. Le temps que tout ça se tasse...
— Un gymnase ?
— Oui, un gymnase avec des lits et des premiers secours, de la nourriture, une recherche de disparus...
— Et ils arrivent quand, les pompiers ?
Ginette pleure, assise sur le toit haut-perché de la plus haute maison du quartier, en répétant "petit bout d'chou, gamin, p'tit bout de chou..."
— Vous aviez pas un moyen de le rejoindre plus vite, vous disiez ?
— Si, maintenant que l'eau est stagnante, nous pouvons nager jusqu'à là-bas et rejoindre le versant de la vallée. Là bas, l'inondation a du être moindre, et nous pourrions marcher. Mais c'était sans compter sur vous deux. On ne vous fera pas subir ça.
— Ecoutez, je dois trouver mon Hugo. Je sais que ma femme est d'accord : restez ici avec elle jusqu'à ce que les pompiers arrivent, s'ils arrivent un jour. Moi, je dois aller chercher mon Hugo.
— C'est de la folie... Vous ne retrouverez rien ici ! Pas aujourd'hui !
— Folie ou pas, je ne veux pas avoir à pleurer lorsque mon fils me demandera ce que j'ai fait pour sauver son enfant !
— Et lorsqu'il viendra vous voir au cimetière, mort noyé ou d'épuisement, il en pensera quoi ?
— Que j'ai essayé de sauver son petit quoi qu'il en soit. Que je suis un homme !
— C'est de la folie...
— Ce qui vient d'arriver est de la folie. Je ne fais que suivre la nature.
Et, comme pour confirmer ses dires, Maurice se tourne vers Ginette profondément choquée, lui murmure quelques mots, puis s'élance vers le versant de la vallée. Il nagera, grimpera, s'arrêtera pour souffler quelques minutes, puis continuera encore un long moment qui paraitra interminable.


Dimanche 4 octobre 2015, 00h16 :

Maurice marche. Le jeune avait raison : ce côté de la vallée a mieux tenu - et c'est logique. Oh, bien sur, l'eau a ruisselé, renversé, cassé, mais elle n'est pas montée comme au vallon. Là où elle est devenue stagnante, ici, elle a laissé place à une petite pataugeoire et de la boue visqueuse. Ici et là, des voitures, des façades, des poubelles, et même des corps...

Mais pas celui d'Hugo. Maurice avance encore, et aperçoit un homme qui marche devant lui au-devant. Il l'interpelle.
— On fait comment là ?
— Les pompiers sont passés mais ils ne m'ont pas vu. Un autre homme ici est parti, en disant qu'il faut aller au gymnase de Villecroze. Des secours se tiennent prêts. On fait la route ensemble ?
— D'ici jusqu'à Villecroze ? Vindieu, y'a un bout !
— Mais y'a de la nourriture et de quoi dormir un peu. Et un tableau des disparus. Je cherche ma femme. Je crois que je ne la retrouverai jamais seul, ici, de toute façon.
— Je cherche mon petit-fils. Et je pense de même.
Il ajoute principalement pour lui-même
—  Ils ne peuvent être que là bas...
Compagnons d'infortune, sans un mot mais solidaires pourtant, les deux hommes prennent la direction de Villecroze.


Dimanche 4 octobre 2015, 01h36 :

Maurice aperçoit enfin le gymnase. Sec, allumé. Inespéré !

Il marche péniblement, puis atteint le gymnase. Première surprise : un énorme grillage l'entoure maintenant et tout semble quadrillé, cadenassé, et verrouillé. Seule une entrée est ouverte, avec des stations d'accueil à l'entrée, et leurs lots de désastrés qui s'entassent devant dans l'espoir d'un refuge. Au bout de quelques instants, épuisé mais porté par la terreur d'apprendre la mort d'Hugo, Maurice arrive devant le premier interlocuteur, en la personne d'un secouriste.

— Au secours ! J'ai marché jusque là. Je suis épuisé. C'est la terreur de l'autre côté de la vallée. Tout stagne, maintenant. En quelques heures, j'ai tout perdu. Ma femme a du arriver, ou va arriver avec les secours. Mon petit fils est.. il a disparu. Où dois-je me rendre pour les recherches ou les enfants retrouvés seuls ?
—  Je suis navré, Monsieur, mais ici, c'est le gymnase des villecroziens : vous auriez du être orientés vers celui de votre ville.
— Mais toute ma ville est ensevelie, il n'y a plus rien !
— Ca n'est pas mon problème. Ici, c'est pour les villecroziens : nous avons suffisamment de demande d'aides et nous sommes engorgés, déjà. On ne va pas accueillir toute la...
Les oreilles de Maurice - qui avaient déjà du mal à tout entendre - vrombissent.
— Vous êtes sérieux, là ?
— Absolument. Déjà, ce gymnase servait de refuges aux sans-abris, avec qui nous avions déjà fort à faire. Maintenant, il est rempli : la nourriture ne suffira pas si nous permettons à tout un chacun de venir migrer ici.
— Migrer ? Mais vous êtes fou, ou est-ce une mauvaise plaisanterie ? Je ne migre pas, je suis réfugié !
— Réfugié dans une ville qui n'est pas la votre.. votre quartier est-il vraiment enseveli, déjà ? Puis quelle idée de partir avec un gamin pour trouver un abri ! Bien sûr qu'il allait mourir ! Il fallait rester dans votre maison.
— Elle est complètement détruite !
— Alors, sur un toit. Les pompiers vous auraient trouvé et convenablement orienté. Faut être fou pour croire à un abri potentiel et quitter sa seule terre de survie ! Non, c'est impossible, Monsieur. Les plans drastiques de secours nécessitent une grande rigueur et parfois, la raison l'emporte sur le coeur. Bien sûr que je veux vous aider, mais je ne peux pas.
Ahuri, comme si Dieu venait de lui faire tomber la foudre sur la tête, Maurice s'évanouit.


Dimanche 3 octobre 2016, 13h :

— Bon, gamin, on va jouer un peu sur les chemins ? Et arrête de lire Mickey, tiens : prends plutôt ce livre-là.
Hugo lève la tête et regarde la couverture. "L'ile au trésor", R.L Stevenson.
— C'est quoi ?
— Un livre d'aventure. Avec des mots qui te rendront puissant, et des histoires qui te rendront plus fort. C'est mieux que Mickey, même si je n'ai rien contre. C'est bien de se divertir, mais il faut que tu deviennes plus grand maintenant.
— Comme toi avec ton journal à toi ? T'es devenu plus grand depuis que tu le regardes plus ?
Maurice s'arrête, puis apprécie le parallèle. Ce gamin tient bien de son sang, c'est chose sûre.
— Comme moi et mon journal, oui. Tu sais, l'expérience... on ne finit jamais de grandir.
— Beh oui, je sais, même que moi j'ai appris à plus avoir peur de l'eau dans l'aventure !
— C'est surtout cet homme qui t'a sauvé la vie et qui t'a appris à nager. Ce qui est bien, Hugo, c'est que tu aies eu le courage de passer au-dessus de tout ça. Ta peur de l'eau aurait pu s'amplifier...
— J'suis un grand garçon. L'eau de la piscine est bien moins dangereuse que l'eau de l'inondation ! J'ai plus peur, j'ai compris.
Hugo semble avoir une idée, se gratte la tête, puis lance :
— Un peu comme toi avec les réfugiés ?
— Que je disais, Hugo, que je disais... Je me trompais lourdement sur les migrants.
— On dit réfugiés, papi. Pas migrants.
Maurice regarde son petit-fils, tailladé entre fierté parentale et honte personnelle. C'est alors que Ginette arrive avec un dessert fait maison. Elle s'immisce dans la conversation.
— J'ai eu la plus grande peur, et la plus grande leçon de ma vie, ce jour-là. J'ai compris que je vous aimais plus que tout au monde. J'ai compris pourquoi je t'avais aimé un jour, Maurice... et pourquoi je t'aime à nouveau.
— On peut arrêter un peu cette avalanche de bons sentiments ? J'ai fait des erreurs, et je les ai comprises. Ca m'a servi de leçon.  Toujours est-il que ce moment avant mon évanouissent m'a paru légèrement...
Il hésite un moment. Sa femme s'interroge.
— Légèrement quoi ?
— Surréaliste, je dirais. Si je me souviens bien...
- Je suis ravie que ce soit arrivé, moi.
Elle regarde la télé éteinte, paisiblement. Afin de combler un blanc dû à son moment de réflexion, Maurice s'exclame :
— Et puis, on n'a pas tout perdu :  je préfère largement cette nouvelle maison ! On n'a plus de vallée, certes, on l'a payé plus cher, mais au moins elle n'est pas inondable. Ici, pas de passe-droit, nous sommes en sécurité ! Pas d'inondation en vue !
Un silence. Hugo engloutit son dessert. Ginette tousse, et avance prudemment :
— Et, justement, je sais que tu n'aimes pas ça, mais moi j'aime la presse écrite. J'ai lu ce matin dans le journal qu'ils... enfin, non, rien.
— Qu'ils quoi, Ginette ?
— J'ai lu que la zone humide si propre à Villecroze va surement être détruite pour faire un Center Parks pour relancer l'emploi et la croissance. Que les terres alentours n'auront plus leur niveau d'absorption convenable des intempéries.
Le sang de Maurice ne fait qu'un tour.
— Je.. je crois que ce n'est pas sûr, tempère Ginette. Mais ils en parlent, et il me semble bien que c'est justement le terrain qui est tout à côté du nôtre.
Entre deux "crénom de vindiou" et "qué fadas ow", Maurice se lève, se dirige vers l'ordinateur, en demandant de l'aide à Hugo. Ce dernier pianote sur internet à la demande de son grand-père, et sort un numéro de téléphone. Maurice prend le téléphone, compose, et, la révolution dans la voix :
— Allo, Fred ? Vous êtes bien un des dits-zadistes ? Dites, j'ai peut-être un terrain et une mission pour vous, là...
« Modifié: 29 Octobre 2015 à 12:19:45 par Psykokwak »

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Re : Maurice et Ginette (ou le grand renversement)
« Réponse #1 le: 06 Octobre 2015 à 16:07:15 »
Salut !

J'ai ouvert ton texte ce matin pour lire un peu au p'tit dej', et en fait j'ai tout lu  :mrgreen:

Alors, dans le détail :

Citer
Je te rappelle qu'il développe une aquaphobie inquiétante... Impossible d'essayer de le faire nager.

La phrase n'est pas naturelle. L'aquaphobie, je pense qu'on sait tous ce que c'est ; inutile d'ajouter qu'il peut pas nager. :huhu:

Citer
Il me semble qu'ils parlaient d'un précédent chantier sur lequel un forcing a été fait : il a été reconnu illégal et entaché de nombreux conflits d'intérêts, reconnu par la commission européenne... mais c'était trop tard. Le mal était fait. Alors ils anticipent. Enfin, c'est ce qu'ils disent.

Ça non plus, c'est pas DU TOUT naturel, comme discours. Trop soutenu, pas assez oral, surtout vu la façon dont tes papi-mamie utilisent le patois.

Citer
Alors qu'un zadiste explique

C'est quoi un zadiste ? Je veux dire, moi je sais, mais c'est parce que tu m'as expliqué directement :mrgreen:

Citer
"Comment enlever de l'eau avec une serviette alors qu'on se croirait déjà dans une grande pataugeoire."

Point d'interrogation à la fin de la phrase

Citer
En fait, pour tout vous dire,

Ce "vous" me plaît pas. Le lecteur était pas impliqué jusque-là, et ça m'a sortie de ma lecture.  :/

Citer
Quelques instants - parus secondes - plus tard plus tard, tout casse.

Bugs : je comprends pas ces mots entre - - . Des instants, c'est même plus court que quelques secondes, pour moi.  :/ Et y'a deux fois "plus tard".

Citer
C'est dire la force de la scène :

Idem ici. Le mot "scène" m'a sortie de ma lecture, c'est typiquement un mot "technique".

Citer
se dit qu'il se passe la même chose lorsqu'il joue dans son bain avec les playmobils. Il rigole doucement.

Heu... Je sais pas quel âge il a, Hugo, mais il a pas l'air attardé ni très jeune. Il vient de voir un homme mourir, en gros, et je doute que la plupart des enfants rient en voyant ça...  :/

Citer
Tout en bas flotte.

??

Citer
En deux heures à peine !

J'ai pas l'impression qu'il s'est passé deux heures  :mrgreen: A peine 30 min tout au plus.

Citer
En quelques heures, j'ai tout perdu.

Pas convaincue. "J'ai tout perdu", c'était suffisant.

Citer
Où dois-je me rendre

Trop littéraire

Citer
— Réfugié dans une ville qui n'est pas la votre.. votre quartier est-il vraiment enseveli, déjà ? Puis quelle idée de partir avec un gamin pour trouver un abri ! Bien sûr qu'il allait mourir ! Il fallait rester dans votre maison.

Heu... Il est vraiment volontaire, ou payé pour être secouriste ? Parce qu'il a aucun cœur Oo Impossible qu'il soit volontaire : on est pas volontaire quand on a aussi peu de cœur. Impossible non plus de vouloir faire un métier comme ça.
Bref. Ce personnage n'est pas du tout crédible ><

Citer
et la plus grande leçon de ma vie, ce jour-là

Tout se passe sur la même journée  :mrgreen:



Voilà pour les corrections, entre deux dossiers au boulot. Je donnerai mon ressenti plus tard (pas le temps  :mrgreen: )
Je crois qu'il y a dans le coeur des hommes une place créée pour l'émerveillement, une place endormie qui attend de s'épanouir ~ Les Aventuriers de la mer


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Re : Maurice et Ginette (ou le grand renversement)
« Réponse #2 le: 06 Octobre 2015 à 16:20:55 »
Parce que tu crois qu'autant d'eau et des maisons qui s'emportent facon nouvelle orléans dans le var c'est crédible toi ? ;p
Arrêtez de vouloir de l'ultra réalisme partout et de vouloir que tout soit crédible, carré, ça fait deux fois :pour shhtt c'est la femme qui est trop possessive (venez je vais vous présenter des couples que je connais si vous voulez) et là c'est le secouriste qui est trop clivant sur les migrants... J'applique un procédé "il m'arrive ce sur quoi je crachais au début"... rien à foutre de la crédibilité. je l'ai dit au début : c'est une fable et une allégorie des huit jours qui viennent de passer politiquement.... C'est un semi cauchemar, une sorte de truc onirique. Bien sûr que le secouriste n'aurait jamais dit un truc pareil en cas de vraie catastrophe...

J'pense pas que Charlie Hebdo foute un topo à chaque fois qu'ils dessinent Morano ou un Zadiste... je fais pareil. Comme dit dans la phrase :" Jeune militant écologiste."
« Modifié: 06 Octobre 2015 à 16:28:15 par Psykokwak »

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Re : Maurice et Ginette (ou le grand renversement)
« Réponse #3 le: 06 Octobre 2015 à 16:28:47 »
Je parle pas de réalisme, je parle de crédibilité du personnage  :-\

Une fable dans l'espace c'est pas réaliste, et pourtant on peut y trouver des personnages crédibles...
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Re : Maurice et Ginette (ou le grand renversement)
« Réponse #4 le: 06 Octobre 2015 à 16:33:51 »
Un instant est plus long qu'une seconde, pour moi. Le discours du secouriste est composé de 90% de mots déjà prononcés par des politiques pour des gens internationaux, mais ce coup-ci, appliqué à un homme patriote voire devenu facho. Je retiens les deux formulations non patoises, c'est très juste, mais pour le reste, nan, une seconde c'est pas un instant, et oui, la castafiore est un cliché, Haddock est un cliché, et pourtant, ça marche... Je veux pas dresser de fresque prise de tête facon Mila à chaque fois : ici ce qui m'intéressait c'est d'appliquer politiquement un drame et de faire refouler un mec contre l'accueil des refugiés à la porte de sa propre ville.

M'enfin, raté, tant pis. Je me doutais que ça allait être un des soucis si je lachais la bride : le truc est trop bédé, pas littéraire. :'(
« Modifié: 06 Octobre 2015 à 16:42:24 par Psykokwak »

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Re : Maurice et Ginette (ou le grand renversement)
« Réponse #5 le: 06 Octobre 2015 à 17:08:52 »
(bon en fait, j'ai plus de temps que prévu, ça s'est calmé d'un coup au boulot).

Non, ton texte est pas raté, loin de là.  :\?
Le récit est très bien monté, on s'attache aux trois personnages, j'ai tout lu d'une traite, c'est super bien écrit et tout...

C'est juste que j'ai pas trouvé le personnage du gars du gymnase crédible, et du coup y'a un ton moralisateur au texte que j'arrive pas à apprécier...  :/

Ton texte est très plaisant, mais c'est le ton de morale que j'aime pas trop (mais de toute façon, j'aime pas qu'on me serve une morale dans un texte, de manière générale, alors ne le prends pas pour toi  :huhu: )
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Re : Maurice et Ginette (ou le grand renversement)
« Réponse #6 le: 06 Octobre 2015 à 17:41:35 »
Ouais, le ton morale peut mal passer, même si au fond, c'est pas plus une morale qu'une retranscription d'un argumentaire nauséeux appliqué au niveau local.

Ce que je voyais, en fait, c'est une sorte de "WTF", genre "Putain mais c'est pas possible, il est con le kwak ou quoi, un secouriste qui réagit com.. hey mais attends, c'est exactement le discours que tiennent certains mecs sur les réfugiés, et Maurice en parlait au début pour se voir tenir le même type de propos dans sa détresse...". Donc oui, en fait, pour moi c'est une sorte de wtf politique... P't'être pas intelligent dans un texte, mais bon.
Citer
On ne peut pas accueillir toute la...
Cette phrase a vraiment été sortie (en oubliant la seconde partie dont Ginette parle) par Estrosi.
Citer
— Absolument. Déjà, ce gymnase servait de refuges aux sans-abris, avec qui nous avions déjà fort à faire.
Hierarchisation des priorités de secours humains qui n'a pas lieu d'être et a pourtant été faite par de nombreux ""élus" et hommes politiques, et par pas mal de citoyens.
Citer
— Réfugié dans une ville qui n'est pas la votre.. votre quartier est-il vraiment enseveli, déjà ? Puis quelle idée de partir avec un gamin pour trouver un abri ! Bien sûr qu'il allait mourir ! Il fallait rester dans votre maison.
Allusion à l'enfant mort sur les plages dont certains ont dit "Quelle idée de traverser le danger en barque quand on sait qu'on peut en mourir !" alors que, comme dans la nouvelle, le départ n'est pas vraiment un choix.
Citer
— Alors, sur un toit. Les pompiers vous auraient trouvé et convenablement orienté. Faut être fou pour croire à un abri potentiel et quitter sa seule terre de survie ! Non, c'est impossible, Monsieur. Les plans drastiques de secours nécessitent une grande rigueur et parfois, la raison l'emporte sur le coeur. Bien sûr que je veux vous aider, mais je ne peux pas.
Sarko, avec sa métaphore de la salle de bain qui fuit etc.

L'histoire du sauvetage de la planche est également réel et a vraiment eu lieu dans le var, pas depuis un toit, bien sûr. A vrai dire, je pensais surtout que l'enchainement des horaires (exagérer le fait de l'inondation pour créer une catastrophe mortelle et générale qui oblige à créer des refuges, ce qui n'est pas le cas dans les alpes maritimes actuellement) poserait problème. Le ton moraliste, je sais pas... La nouvelle ne fait que dire "4 inondations en deux ans dans cette région, urbanisation totale, mépris des militants qui laissent parfois leur vie pour faire valoir le droit commun... on les méprise et pourtant une fois devant le drame et une fois devant l'évidence (à savoir la construction des zones humides pour des Center Park etc, qui sont pourtant impératives à l'équilibre écologique de la Terre), c'est à dire la mort, les idées changent.

On a notamment vu des retraités devant la ligne LGV prochainement construire être d'abord contre les zadistes... puis retourner leur veste en comprenant le discours lobbyé et mercantile des gros bras du dossier, les appeler et se mettre avec eux.

Bref, je sais pas trop si j'aurais du légitimer tout ça de façon vraiment plus réaliste, avec moins de morale, ou accentuer le côté BD pour lui donner un côté fable. J'vais réfléchir à la façon dont j'amène les personnages et leur crédibilité, vu que ça fait deux fois, mais perso, ça se base toujours sur des gens que je connais (C'est pour ça que le texte s'appelle Maurice et Ginette : ce sont des gens lambdas, classiques, avec leurs idées bien arrêtées depuis la télé et leur vécu qui bloque toute remise en question de grande ampleur, sauf devant la mort). Je vais refiler le côté patois varois des deux vieux, mais pour le secouriste, je peux rien faire : c'est une allégorie du contre-fachisme, une sorte de miroir violent qu'il se prend dans la gueule. ^^

Citer
La phrase n'est pas naturelle. L'aquaphobie, je pense qu'on sait tous ce que c'est ; inutile d'ajouter qu'il peut pas nager. :huhu:
J'ai eu peur, en fait, que ce soit interprété comme "a même peur de l'eau de la douche", alors que c'est le fait de nager qui terrorise Hugo.

Merci pour ton retour, en tout cas. Je check les dialogues et je vire les "Ginette", et "Maurice" à chaque incise, j'avais pas vu non plus >_<
« Modifié: 06 Octobre 2015 à 18:54:57 par Psykokwak »

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Re : Maurice et Ginette (ou le grand renversement)
« Réponse #7 le: 06 Octobre 2015 à 22:50:17 »
Yo mon poto !

T'as vraiment une chouette plume. Y a des passages où j'ai été à fond dedans.

Quelques notes :

Citer
Ginette regarde l'écran plasma cent-cinquante centimètres, la piscine du jardin, et le 4x4 qui trône sous le porche impeccable.
— Ta part de misère ?
— Beh oui, Ginette : je t'accueille toi, dans ma vie. Si c'est pas de la bonté, ça, je sais pas ce que c'est.
belle ordure  :mrgreen:

Citer
— Je te rappelle qu'il développe une aquaphobie inquiétante... Impossible d'essayer de le faire nager.
quel rapport avec la choucroute ? J'veux dire pourquoi cette info à ce moment là ?

Citer
votéspassés par l'assemblée,
votéspassés ?

Citer
S'ils font ces chantiers sur les forets,
forêts
(il me plait ton Maurice)

Citer
Alors qu'un zadiste explique exceptionnellement aux médias que le barrage de Fourogues est reconnu illégal
c'est clair que c'est exceptionnel qu'on leur donne la parole dans de bonnes conditions.
Mais le "explique exceptionnellement" fait zarb, l'idée passe moyen

Citer
— Oui, enfin... a cause des dernières constructions,
à cause

Citer
à éponger les traces passagères,
bizarre aussi les "traces passagères"

Citer
Si l'ancienne maison familiale avait été placé de plein pied sur un sol plat, personne ne se serait inquiété outre mesure. Oh, bien sûr, l'eau aurait certainement atteint les 40 centimètres dans la cuisine, on aurait râlé contre l'assurance, puis on serait passé à autre chose. Or, Maurice et Ginette habitent au creux d'un petit vallon mignonnet, isolé, au charme irréfutable. Et ce petit vallon est justement situé entre deux coteaux massifs qui l'étreignent amoureusement. Les coteaux, maintenant garnis de béton et de villas barricadées, ne retiennent plus rien. Et l'eau glisse, glisse, glisse... jusque sur le porche de nos infortunés.
passage explicatif... changement de style de narration

Citer
En fait, pour tout vous dire, la fenêtre se transforme en aquarium,
ici tu interpelles le lecteur, encore une évolution de la narration

Citer
L'évier refoule maintenant plus d'eau qu'il ne peut en recevoir, puis débord à son tour.
déborde

Citer
qui marche devant lui au-devant.
répét

Citer
vous auriez du être


Citer
— Allo, Fred ? Vous êtes bien un des dits-zadistes ? Dites, j'ai peut-être un terrain et une mission pour vous, là...
là on sent que tu veux nous passer l'info, faudrait la passer autrement. (avec tes potes zadistes, j'aurais une mission...) un truc un poil plus subrile quoi.


Et la fin en "conte"...

Bon, alors je relis l'affaire et te donne mon avis. Mais en première lecture, ce que je dirais c'est qu'il y a du très bon : le contraste des persos au début, le Maurice qui est un bel enfoiré... Du touchant concret aussi avec ton gamin et son Mickey parade, on vit le truc. Ensuite, la scène de l'inondation est très forte, surtout la deuxième partie. La fin en happy end fait vraiment conte (tout est bien qui finit bien aussi, genre certaines pièces de Molière).
Ce qui me semble perfectible, c'est la cohérence de narration ou plutôt l'homogénéité entre les différents passages.

Relecture donc :
I/
Citer
Samedi 3 octobre 2015, 13h :
Première partie, le vieux est à gerber, mais c'est pas un caricature, c'est malheureusement réaliste
Style de narration "normal" si je puis dire

II/
Citer
Samedi 3 octobre 2015, 17h :

Citer
Ginette s'approche d'Hugo, et, d'un coup de doigt mouillé à l'aide de sa salive, lui débarbouille les joues en maugréant.
l'est pas assez mouillé ? plus logique qu'elle le sèche

Citer
pour aller marcher pour de rien sur des chemins sans bâtiments.
pourquoi des chemins "sans bâtiments" ? tu veux dire qu'Hugo voudrait des magasins, de l'animation ? (intérêt de cette précision pour ton perso ?)
Citer
— Je te rappelle qu'il développe une aquaphobie inquiétante... Impossible d'essayer de le faire nager. Allez, Hugo, file à la douche, mets toi un bon coup de chaud, et je te prépare un bol de lait-cacao. Je sais que tu adores ça.
sérieux je pense que c'est pas nécessaire cette histoire qu'aquaphobie... enfin là, c'est cheveu sur la soupe...

Citer
— Ginette, viens voir ça !
Cette dernière vient voir ça.
mouif, pas fan de cet effet de style

Citer
il a été reconnu illégal et entaché de nombreux conflits d'intérêts, reconnu par la commission européenne...
t'as deux reconnu (et le deuxième devrait prendre un "s")

Citer
— Bilan spécial. On annonce de fortes pluies dans les Alpes maritimes et dans le Var.
flash spécial ? bulletin spécial ?

Citer
Si l'ancienne maison familiale avait été placé de plein pied sur un sol plat,
elle est de plein pied, sur un sol plat ; (elle est pas sur pilotis ni sur un sol en pente) à reformuler je dirais

Citer
Si l'ancienne maison familiale avait été placé de plein pied sur un sol plat, personne ne se serait inquiété outre mesure. Oh, bien sûr, l'eau aurait certainement atteint les 40 centimètres dans la cuisine, on aurait râlé contre l'assurance, puis on serait passé à autre chose. Or, Maurice et Ginette habitent au creux d'un petit vallon mignonnet, isolé, au charme irréfutable. Et ce petit vallon est justement situé entre deux coteaux massifs qui l'étreignent amoureusement. Les coteaux, maintenant garnis de béton et de villas barricadées, ne retiennent plus rien. Et l'eau glisse, glisse, glisse... jusque sur le porche de nos infortunés.
Ici, on a une rupture de style : une explication un peu longue sans dialogue et une interpellation du lecteur (nos infortunés)

Citer
— Heu.. je veux bien écoper comme si nous étions dans une barque, mais comment j'ouvre la fenêtre, si la flotte y rentre ? La porte, je n'en parle pas ? Ca commence à glisser dans le salon !
—Dans l'évier ?
— Vindiou, quelle famille de génies !
c'est réaliste qu'il agissent de façon aussi "bête" mais cela fait un peu gag quand-même.
ça avec ce qui précède donne un flottement dans le style je trouve

Citer
laisser passer d'épais courant d'eau qui se jettent
courants

Citer
Quelques instants - parus secondes - plus tard plus tard, tout casse.
dobble !

Ensuite, la fin de cette partie, la monté à l'étage, on entre dans un style plus cohérent avec le début.

Citer
Maurice, lui, ne dit mot. Peut-être parce qu'il sait que c'est le mur porteur à droite qui est le plus exposé - face au coteau. Que c'est parfaitement illogique d'être placé ici, d'avoir construit comme ça, mais que c'était un passe-droit. Il pense aux trente-mille euros d'économisés, et au prix de sa vie. Quant à lui, Hugo se demande s'il va pouvoir un jour revoir le journal de Mickey qu'il a oublié en bas, ouvert à la page treize.
là par exemple, on "vit" l'explication par rapport au paragraphe que je citais au-dessus

Citer
et même des morceaux de toits passent maintenant sans le moindre souci. Et puis c'est le drame : l'eau dépasse le terre-plein de fortune, l'ensevelit... et emporte l'homme avec.
pas fan du "sans le moindre souci" ni de "c'est le drame" (ça fait France 3 ou Groland)

Citer
Hugo, qui s'est doucement approché en sachant que Ginette l'empêcherait de regarder si elle s'apercevait de sa curiosité, se dit qu'il se passe la même chose lorsqu'il joue dans son bain avec les playmobils. Il rigole doucement.
je capte pas que tu veuilles faire rigoler Hugo ici... vu son âge (6/8 ans ?) c'est possible qu'il soit décalé, mais là à ce moment du texte, quel intérêt de montrer ce décalage à la réalité ?


III/
Citer
Samedi 3 octobre 2015, 19h30 :
le démarrage avec Maurice qui n'entend pas fait un peu gag... je vois pas trop l'intérêt dans ce contexte
Pas de blem, c'est bien écrit et tout, mais pourquoi t'as fait ce choix ?
Citer
Une heure a passé, sans rien faire.
une heure, en tant que telle ne fait rien (sans rien y faire, sans qu'ils ne fassent rien ? sans qu'ils puissent faire quoi que ce soit ?)

Citer
combien de choses ensevelis
ensevelies

Citer
Il aura de l'eau jusqu'aux genoux et finira emporté comme par avant.
bizarre "comme par avant"

Citer
alors que seule la planche tient sa vie en respect.
je sais pas si "tenir en respect" est la bonne expression
Mais ce passage est très fort !

IV/
Citer
Samedi 3 octobre 2015, 22h12 :
Citer
— On va passer la nuit ici ? Et mon Hugo ? Il est peut-être mort à l'heure qu'il est !
— Non, les pompiers nous ont dit tout à l'heure qu'un gymnase allait nous être alloué. Le temps que tout ça se tasse...
chelou la réponse à "il est peut-être mort"

Citer
Là bas, l'inondation a du être moindre,
là-bas


V/
Citer
Dimanche 4 octobre 2015, 00h16 :

VI/
Citer
Dimanche 4 octobre 2015, 01h36 :
Citer
Première surprise : un énorme grillage l'entoure maintenant
des barrières de sécu ça serait plus logique (ils ont eu le temps de mettre un énorme grillage ?)
Citer
Seule une entrée est ouverte, avec des stations d'accueil à l'entrée,
répét

deux dû ensuite

Citer
— Réfugié dans une ville qui n'est pas la votre
vôtre

migrant/réfugié... bien ouéj

VII/
Citer
Dimanche 3 octobre 2016, 13h :
(préciser "un an après" pour les étourdis comme moi qui lisent un peu vite ?)
Citer
Maurice s'arrête, puis apprécie le parallèle. Ce gamin tient bien de son sang, c'est chose sûre.
dans cette partie "conte", ou le Maurice devient moins con, le "tenir de son sang" c'est dommage...

Citer
— C'est surtout cet homme qui t'a sauvé la vie et qui t'a appris à nager.
je virerais ça, on apprend pas à nager en quelques minutes et dans ces conditions, si ?

Citer
- Je suis ravie que ce soit arrivé, moi.
un peu maladroit, on pourrait croire qu'elle est ravie de la catastrophe... Faudrait être plus précis.

Citer
— Allo, Fred ? Vous êtes bien un des dits-zadistes ? Dites, j'ai peut-être un terrain et une mission pour vous, là...
en fait, ça passe bien par rapport à ma première remarque, vu qu'ils viennent de chercher sur internet er qu'ils appellent quelqu'un qu'ils ne connaissent pas.

Bon clairement, cette dernière partie fait presque conte, la transformation de Maurice est assez radicale. En relecture, ça passe bien finalement, et ma remarque sur l'homogénéité porte en fait sur de tous petits passages.



Bon, désolé pour le pavé et le pinaillage, tu me connais, je suis perfectionniste, alors sur un "one shot" forcément...
Il est très fort ton texte, porteur d'espoir et tout, c'est cool. Beaucoup d'intensité, un message passé sans lourdeur, des perso attachants.
Malgré mes remarques, je trouve que l'écriture est chouette (après, sur 5000 mots en premier jet, évidemment y a des trucs à dire).
J'espère que tu feras une V2 (pas comme sur shhht hein ! coquin !).
Bref, même sans gros taf de relecture, tu fais des textes qui déchirent alors bon, moi je voudrais bien voir ve que ça donne si tu t'impliques à fond  :-¬?

Bécots mon poto !
Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

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Re : Maurice et Ginette (ou le grand renversement)
« Réponse #8 le: 07 Octobre 2015 à 09:45:46 »
Citer
— Mais oui, mais oui, tu as raison. Pour une fois qu'on a Hugo - et pour une fois que ses parents ont pu s'offrir des vacances-, tu veux pas plutôt l'emmener jouer un peu ?
+
Citer
Hugo entame la page treize du journal de Mickey.
Maurice et Ginette sont les parents d’Hugo, c’est indéniable. Je ne sais pas dire pourquoi, mais pour moi, ils sont ses grands-parents.

Citer
Hugo est si gelé que la tape que son grand-père lui donne sur l'épaule le fait vaciller un peu.
Je ne m’étais pas trompé finalement.

Citer
— Beh oui, Ginette : je t'accueille toi, dans ma vie. Si c'est pas de la bonté, ça, je sais pas ce que c'est.
Je ne vais pas être le copain de Maurice. C’est certain aussi ça.

Citer
Hugo est rentré trempé. Tout comme Maurice. Ginette l'apostrophe :
Remplacer un des points par un virgule. Il m’est en l’état impossible de savoir si Maurice est trempé comme Hugo. Ou si Maurice l’apostrophe comme Ginette.

Citer
Ginette s'approche d'Hugo, et, d'un coup de doigt mouillé à l'aide de sa salive, lui débarbouille les joues en maugréant.
Avant, Hugo n’était que mouillé. On comprend cette action que plus tard dans le texte quand il est question de chasse.

Citer
S'il pouvait vrai dire, Hugo, il dirait que ce qui lui flingue la santé, surtout, ce sont les épinards qu'on a servi à midi, et le fait qu'on l'empêche de lire tranquillement son journal de Mickey pour aller marcher pour de rien sur des chemins sans bâtiments.
J’ai dû relire plusieurs fois pour comprendre, phrase trop longue.
Citer
Ginette file vers la tasse vide…
Ginette exécute deux fois la même action sur un intervalle très court. Répétition.

Citer
Comme les Cohn-Bendit et les machins
Je préfèrerais et ces machins, là…

Citer
— C'est fou, quand même. En démocratie ! Des projets votés, passés en revus par des organismes de contrôle, votéspassés par l'assemblée, et y'a une poignée de hippies drogués qui vivent de nos impôts qui peuvent tout foutre en l'air.
Passer en revue ? votéspassés (manque un espace) par l’assemblée. Je préfère « voté à l’assemblée… »

Citer
—Dans l'évier ?
— Vindiou, quelle famille de génies !
Cela ne marchera pas. Le niveau d’eau atteint à la fenêtre. Il est donc largement au-dessus des canalisations d’évacuation des eaux usées. L’eau peut même entrer par l’évier dans la maison. Comme elle peut entrer par le plancher si les fondations ne sont pas hermétiques. (Je sais j’ai vécu 10 ans en zone inondable).

Citer
L'évier refoule maintenant plus d'eau qu'il ne peut en recevoir, puis débord à son tour.
Bien vu. Ignore ma remarque précédente. Juste pour information, à cause de la pression d’eau dans les canalisations, l’évier refoule bien avant le principe des vases communicants.

Citer
Que c'est parfaitement illogique d'être placé ici, d'avoir construit comme ça, mais que c'était un passe-droit. Il pense aux trente-mille euros d'économisés, et au prix de sa vie.
Je n’ai pas compris. D’un côté je comprends qu’il à payer un bakchich et j’ai loupé le pourquoi de l’économie. D’un autre côté pourquoi l’aurait-il payé pour pouvoir construire sa maison en zone inondable. Puisque cette zone l’est devenue après la construction de la maison ?

Citer
Des traits énormes s'abattent sur les têtes des pauvres gens désemparés.
Dans cette situation, je ne comprends pas ce que veut dire traits.

Citer
Dans quelques minutes, un second équipage arrivera et vous emmènera en lieu sûr.
Équipe me parait mieux qu’équipage.

Citer
— Non ! Ca va céder ! Il faut qu'on puisse sauter jusqu'à ce terre plein, là, en face, et là, on sera en sécurité. Lui ne cédera et ne nous emportera pa...
Euh, en plein inondation qui nécessite de monter sur le toit. Il y a encore des terres pleins praticable ?

Citer
— Si, maintenant que l'eau est stagnante, nous pouvons nager jusqu'à là-bas et rejoindre le versant de la vallée. Là bas,
Il y a un changement de décor. Précédemment c’était une vallée, le courant dépend du niveau d’eau. Donc ne peut-être stagnante du tout. Comme elle est stagnante, alors le décor est une cuvette dont l’eau ne peut plus s’échapper.

Citer
— Allo, Fred ? Vous êtes bien un des dits-zadistes ? Dites, j'ai peut-être un terrain et une mission pour vous, là...
Comme quoi tout peut arriver.

J’ai bien aimé le texte qui touche différents aspect de la vie en une fois.
Immigration, média, politique, bref une photographie de notre monde d’aujourd’hui.

EDIT:

Concernant le gars du gymnase.
Son discours ne m'a pas dérangé, malgré qu'il m'a parut un peu surnaturel.
Car Maurice à cause de ce gars est en train de vivre ce qu'il pensait en regardant la TV précédemment.
Et du coup, roule ma poule ça passe sans problème.
« Modifié: 07 Octobre 2015 à 11:52:39 par Kanimp »

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Re : Maurice et Ginette (ou le grand renversement)
« Réponse #9 le: 07 Octobre 2015 à 13:43:53 »
Salut,

Je m'attarde pas trop, juste pour dire que j'ai kiffé, comme d'habitude, cet engagement que tu prends dans l'écriture. Je ne vois pas non plus le problème avec le secouriste. Ce n'est pas crédible pour un texte réaliste, mais comme on n'est pas dans un texte réaliste mais dans un genre de fable, c'est on ne peut plus crédible pour une fable, je trouve ;)

Ah, et j'tavais reconnu dans l'AT bien évidemment, comme tous ceux qui ont lu Saint-Poète jusqu'au bout, j'imagine :)

Bye

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Re : Maurice et Ginette (ou le grand renversement)
« Réponse #10 le: 07 Octobre 2015 à 18:48:35 »
Yo !
 A propos de  :
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Arrêtez de vouloir de l'ultra réalisme partout et de vouloir que tout soit crédible, carré, ça fait deux fois :pour shhtt c'est la femme qui est trop possessive (venez je vais vous présenter des couples que je connais si vous voulez) et là c'est le secouriste qui est trop clivant sur les migrants...
dans shhtt, le pb (pour moi) c'est que les persos n'étaient pas assez hypocrites et disaient trop facilement les conneries ou saloperies qu'ils pouvaient penser.

Dans les deux cas, les deux textes sont achement bien !  ;)

(ma dulcinée vient de lire, elle a bien aimé, rigolé à plusieurs reprises - sur les références à l'actu et au discours ambiant).

A+
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Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

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Re : Maurice et Ginette (ou le grand renversement)
« Réponse #11 le: 29 Octobre 2015 à 11:42:25 »
Yoyo !

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    — Je te rappelle qu'il développe une aquaphobie inquiétante... Impossible d'essayer de le faire nager.

quel rapport avec la choucroute ? J'veux dire pourquoi cette info à ce moment là ?
Une sorte d'envie d'évolution mal calée, je dirais ;D En fait, je l'ai rajouté après : il me fallait un trait d'Hugo qui soit "renversé" grace à la catastrophe.
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    Alors qu'un zadiste explique exceptionnellement aux médias que le barrage de Fourogues est reconnu illégal

c'est clair que c'est exceptionnel qu'on leur donne la parole dans de bonnes conditions.
Mais le "explique exceptionnellement" fait zarb, l'idée passe moyen
C'est vrai que c'est moche :' L'idée en fait c'est que les zadistes refusent l'idée de commandement hirarchique ou pyramidal, et vu le rapport qu'ils entretiennent avec les médias, ils les réfutent et les chassent, préférant parler de leur "automédias" que de répondre à une journaliste de BFMtv.
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Ce qui me semble perfectible, c'est la cohérence de narration ou plutôt l'homogénéité entre les différents passages.
Tout a été écrit en rush, avant je relisais des semaines et des jours pour poster un truc ici... là j'ai un peu lâché la bride, en particulier avec l'aide des soirées dico du dimanche. Du coup je suis complètement d'accord et conscient de ça : mon plus gros point faible, quand je me lance dans l'écriture, c'est de tenir l'haleine : rythme, dialogues, narration, ton d'explication. Je pense avoir à chaque fois des personnages assez denses et exploitables (Mr piétater, Mila, Maurice, etc) mais j'ai un mal fou à garder une narration précise entre les chapitres. C'est un peu pour ça que je fais des rushs en ce moment : pour voir mes zones de confort et les difficultés. Gros boulot à faire sur la concordance des temps si je n'écris pas au présent, par exemple... donc ouais, tout à fait. J'ai arrêté les rushs (je crois être le plus à l'aise dans un style assez épuré qui focalise sur les gestes, les paroles et peu d'éléments concrets de décor pour laisser place aux lecteurs) et je suis sur un texte plus long, un genre de thriller en asile psychiatrique (on se refait pas), et je vais essayer de faire ce que tu m'as conseillé : m'attaquer à plus construit, plus lourd. J'te filerai le plan par MP si tu veux !

Je corrige selon toutes tes remarques qui sont très justes pour la plupart. C'est vrai que je ne l'avais pas fait et que j'ai accordé moins d'importance à des textes récents du genre "Rush" parce que selon moi ils n'ont d'intérêt que sous l'angle d'un travail pour progresser. En tant que texte je doute de pouvoir en faire un jour quelque chose. C'est pas le cas de Mila, Strangulation ou destextes que je peaufinne à la loupe au jour le jour selon vos retours. Désolé !;)
La bise

@Kanimp : merci pour ton passage !
Tu pointes de bonnes incohérences (Hugo mouillé etc) que je vais corriger aussi sans toutes y répondre. En fait, il me fallait un côté beaucoup plus "dramatique" qu'une inondation basique, et j'ai utilisé cette histoire de vallée en cuvette pour justifier une telle montée d'eau (et donc un tel danger). Par la suite, une fois qu'il quite son genre de hameau pour retrouver le gymnase, il part sur des terrains plus plats, qui n'ont pas vu l'eau monter jusqu'aux toits, quoi. J'ai eu beaucoup de mal à retranscrire cet aspect géographique du terrain :'x D'où tes remarques géologiques assez justes ;) Merci en tout cas.

@Champdefaye : Merci beaucoup. Cool si ça l'aspect "fable rigolote" passe bien ;) Merci beaucoup pour ta lecture (mais il est vrai que pointer quelques incohérences de la part des autres ça m'aide à tenir le lecteur encore plus en confort) ^^

@Extasy : Pareil, cool, merci si ça t'a fait marrer ;D En fait c'est là que l'écriture devient la plus cathartique, mais aussi la moins professionnelle je crois... On va essayer de trouver un juste milieu ^^ En tout cas merci pour ton passage ;)

Des bisous à vous tous, je vais corriger tout ça ;)

Ps : Pareil, j'ai oublié :' J'ai foutu des "C'est le drame", "Comme dans un mauvais film catastrophe", et des côtés très... superflus, très show surfait (l'eau qui monte à la fenêtre comme l'aquarium, tout ça) pour donner cette impression de mauvais rêve cynique, de mise en abyme de la vie de Maurice comme s'il la voyait lui même devant une télévision. J'ai corrigé ça parce que ça passait un peu trop bizarrement ^^
« Modifié: 29 Octobre 2015 à 12:14:28 par Psykokwak »

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Re : Maurice et Ginette (ou le grand renversement)
« Réponse #12 le: 29 Octobre 2015 à 18:30:07 »
Bon, je voulais te répondre par MP, mais comme souvent... ta boîte est pleine.

Donc :

Yo mon poto !

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J'ai arrêté les rushs (je crois être le plus à l'aise dans un style assez épuré qui focalise sur les gestes, les paroles et peu d'éléments concrets de décor pour laisser place aux lecteurs) et je suis sur un texte plus long, un genre de thriller en asile psychiatrique (on se refait pas), et je vais essayer de faire ce que tu m'as conseillé : m'attaquer à plus construit, plus lourd. J'te filerai le plan par MP si tu veux !
Bah oui je veux, bien sûr que je veux, je réclame même !
Si tu veux un relecteur aussi, je suis ton homme.

La bise et à soon !
(et gratt' à Indy)
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Siegrid

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Re : Maurice et Ginette (ou le grand renversement)
« Réponse #13 le: 30 Octobre 2015 à 22:18:02 »
Bon, tout a été dit, je ne vais pas en rajouter :noange:
Juste que Bidochon, qui se transforme en héros, et qui se met à penser, ça fait vraiment plaisir. Pour une fois ! :)

 


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