- Poule !
Mais rien ne se passe. L'homme au fusil se tourne vers le lanceur :
- Poule, j'ai dit !
L'homme nie de la tête.
- J'ai dit : pou-leuh !
L'homme continue de nier. Il s'explique :
- D'abord, quand on joue au ball-trap, on dit pull .
Mesdames, messieurs, voici la dernière poule du MdE !
Gretch’/Le narrateur : Oeuvre : Et moi au milieu, de Marygold
Description :
Gretch est tueur à gages. Un jour, il est affecté l’Ennemi N°1, sur lequel nombre d’agents et d’agentes se sont cassés les dents (ou autre chose). Pour une raison incompréhensible, ce dernier le laisse en vie. C’est alors que Cilly le prend en charge pour lui éviter de se faire dézinguer…
Gretch’ est un jeune agent un peu idéaliste — bien que blasé — et surtout complètement paumé après son échec. Il se laisse un peu porter par les événements (et par Cilly) à qui il n’ose pas vraiment dire non.
Extrait :
Mais ce soir, Cilly attend, sans son fils qui doit dormir dans sa soupente humide. Quand elle me voit, il y a comme une lueur dans ses yeux ; cette lueur, je ne l’aime pas du tout parce que la seule chose que j’y vois, c’est de la pitié. Et Dieu sait que je hais ce sentiment.
« Tu crois aller où comme ça ? » me demande-t-elle parce que je la dépasse sans faire mine de la voir. Elle pointe du doigt la porte qui mène à la seconde salle. « Ils sont au moins dix là-dedans. Et si tu crois qu’ils vont te laisser passer, sans demander pourquoi tu reviens en ayant l’air de t’être fait prendre une raclée, et que t’es pourtant vivant, c’est que t’as déjà la tête au ciel, idiot ! »
Elle sait, ils le savent déjà tous ici. Tout se sait, d’ailleurs, je me demande même pourquoi je suis étonné qu’elle sache ma mission : quand l’Ennemi n°1 est refourgué à un énième clampin, chacun se réjouit de ne pas être l’élu, et tous parient sur la durée de vie du pauvre gars.
« Allez, viens là. Tu passeras pas cette porte. »
« Cilly, lâche-moi. » je souffle en essayant de dégager mon bras qu’elle a agrippé. « J’irai dans la deuxième salle, et puis dans la troisième, et j’irai jusqu’à ma salle. »
« T’es con, Gretch’. Tu peux pas appeler ça un ‘salon’, une ‘cuisine’ et une ‘chambre’, comme tout le monde ? Tant qu’à faire, t’as qu’à dire que tu vas dans ta cellule ! »
« C’est une idée » je grince, et je continue de boitiller jusqu’à la porte.
« Putain, Il t’a même enlevé le cerveau, ma parole ! Fais pas l’idiot, Gretch’, viens avec moi. »
« Pourquoi ? Qu’est-ce que ça peut te faire que j’aille là-bas ? De toute façon, si c’est pas eux, ça sera Lui quand j’y retournerai, n’est-ce pas ?! C’est quoi le problème, t’as parié que je ne survivrai pas à une sortie, et tu veux m’achever à sa place pour gagner ? »
« Non » fait-elle calmement. « J’veux juste comprendre pourquoi Il l’a pas fait à la première occasion. »
Elle m’agace. Ma jambe ne me tiendra bientôt plus, tout mon corps me fait souffrir, et je suis à la limite de la nausée – l’air suffocant de la pièce n’arrange pas grand chose. Je veux me reposer, je veux mon lit, et je veux qu’on me foute la paix.
« Pourquoi ? » je lui lance, exaspéré. « Pourquoi tu veux savoir ça ? Pourquoi ça te préoccupe ? Et pourquoi tu es si sûre qu’ils vont me lyncher si je passe cette porte ? »
« Parce qu’un survivant, c’est la moitié d’un vendu. »
Je déglutis. La phrase me glace le sang. Je l’ai déjà entendue, elle m’horrifiait déjà à l’époque. Le Chef la répétait à qui voulait l’entendre, à l’époque où il vivait encore, avec un œil et une oreille en moins mais il vivait. Aujourd’hui on ne l’entend plus, mais l’idée est restée : quiconque survit à un combat sans tuer l’adversaire peut être soupçonné de s’être vendu pour sauver sa peau. Une fois sur deux, affirmait le Chef, c’est le cas. La dernière chose qui me serait utile, serait d’être considéré comme un traître. Merde.
« Ça y’est, ton cerveau s’est remis en route ? »
« Va te faire voir. »
« Je t’emmène avec moi. » réplique-t-elle, et elle reprend mon bras en me faisant passer par une autre porte, à gauche, qui mène à la ruelle. « Qui t’a vu comme ça ? »
« Cerbère évidemment. Mais il n’a rien dit. »
« Idiot. Bien sûr qu’il a rien dit, mais il a vu. Et il a retenu. Et il va faire son rapport. » Elle soupire. « On dirait que tu n’as jamais vécu ici, on dirait que tu ne connais rien à la Maison. »
« C’est pas une maison. » je marmonne pour moi-même.
On marche vite dans les petites rues du Quartier Est, on tourne furtivement dans les angles, en marchant bien dans l’ombre. Je remarque, en m’étonnant, qu’on a la même manière de dresser la tête d’un coup sec quand on entend un bruit.
« Oh, c’est bon. » chuchote-t-elle vivement. « Epargne-moi le couplet. Si tu oses seulement appeler mon entrée ‘la première salle’, je te casse la gueule. »
Le pire, c’est qu’elle en serait capable. Je ne ferais pas le poids ce soir face à elle.
« Pourquoi tu fais ça, Cilly ? »
« T’as pas fini avec tes questions ? »
« Je veux savoir. »
Elle ne répond rien, mais j’attends, je sais qu’elle finira par parler. Elle continue de me guider dans les rues, me tirant par la manche quand il faut s’engager dans une traboule pour ressortir sur une autre rue, toujours aussi minable. Je pense qu’on est passé dans le Quartier Sud, mais je ne me retrouve pas dans tous ces détours. Elle le fait à dessein.
« Tu voudrais tout savoir, mais t’as pas compris que tu ne peux plus. Il est fini ce temps-là. »
« Alors disons que je veux comprendre. On ne s’est jamais vraiment parlé, on ne connaît rien l’un sur l’autre. Je sais juste que t’as un gamin, et que les gars te croient à moitié dingue. Et là, tu veux m’aider. Je suis même pas certain que tu vas pas me couper la gorge dans un coin sombre. »
« Pourquoi tu m’as suivie, alors ? »
« Parce que je suis fou ce soir. »
Elle ralentit son rythme et s’arrête pour me regarder droit dans les yeux. Je sais que j’ai l’air bizarre en disant ça, je ne voulais pas mais c’est sorti tout seul. Je ne veux pas qu’elle sache. Mais elle doit être plus perspicace qu’elle ne le laisse penser. En soupirant, elle me prend le bras, et sans autre forme de procès, me pousse derrière une porte cochère anonyme.
Fiche par Loïc
Henry :Œuvre : Tapage nocturne et neiges précoces, de Trompette sournoise
Henry, il a une mère culpabilisante...
— Sais-tu qu'il était trop tard pour une péridurale lorsque je suis entrée en salle de travail ? me demanda-t-elle
...mais qui a cru en lui à l'époque du lycée.
— Mon pauvre, pauvre couillon, conclut-elle. J'aurais aimé que tu signes un vrai roman digne de Monsieur Douglas Kennedy, plutôt que de perdre ton temps avec ces bêtises. Nous ne t'avons pas inscrit en première L pour ça. T’es qu’un pauvre couillon, va. Comme ton abruti de père. Les couilles en moins.
Henry, il a une haute estime de sa personne au réveil.
Je ne suis que bave, haleine putride, courbatures et cheveux gras.
Henry, il a une épouse qui manie l'art du télégramme...
« Henry. Voisins. Sont cons. Six heures du mat. Henry. Hey. Lève-toi. Sont trop cons. Va gueuler s’il te plait. Sérieusement. » Elle oscille au-dessus de moi, assise en tailleur au milieu du lit, enroulée dans la couette, frappée de télégraphisme, les yeux en trous de pine. Chloé. Momie apocalyptique. Mon sacrifice à la monogamie. Mon contrat de confiance
...et de la persuasion.
Elle est sublime, au demeurant, plus tard dans la journée : articulée, troublante et tellement femme. J’essaie de me poser sur un coude. Il ne fait aucun doute que Chloé continuera à me secouer tant que je ne serai pas descendu répandre la terreur et verser le sang dans l’appartement des voisins du dessous.
Henry, il a 32 ans...
Pour la première fois de ma vie, je vais me plaindre du bruit auprès de mes voisins. La vieillesse me tombe dessus sans prévenir, comme on découvre son jardin blanc de neige un matin d’automne. La vieillesse n’est pas un combat, c’est un massacre. J’ai trente-deux ans. L’agonie commence. Une frontière est franchie. Un truc en moins. Maintenant, il faut que je focalise sur la colère, le préjudice subi, l’image de mon âme sœur déliquescente aux yeux en trous de pine, bouleversée par l’interruption brutale d’un sommeil qu’elle entretient méthodiquement à grands renforts d’infusions Nuit Calme. Rien n’est laissé au hasard, chez nous.
...et il est un peu nostalgique.
Six marches me séparent encore du pallier inférieur et je me souviens de toutes ces soirées à la con auxquelles j’ai participé depuis ma puberté. Je servais des bouchons de rhum aux voisins qui osaient venir se plaindre.
Pour conclure, Henry n'est pas tout à fait en accord avec lui même, mais pas complétement en désaccord non plus. En fait, il est humain. (et vous lui ressemblerez peut-être quand vous aurez 32 ans

(ou pas) )
Fiche par MillaNox
Nina :Oeuvre : L'étoile de Dankar, Writter77
Description :Nina vit à Dankar, dans une grande maison. Tout va bien, jusqu'au jour où des envoyés de la Grande Assemblée tuent ses parents sous ses yeux. Elle se retrouvera alors braqueuse de fourgons...
Extrait : - Nina ! Nina !
Elle se réveilla en sursaut. Un homme l’observait d’un air moqueur.
- Qu’est-ce que tu veux Tom ?
- Qu’est-ce que je veux ? répondit Tom, l’air surpris. Sais-tu quelle heure il est ?
- Comment pourrais-je le savoir vu que, à peine réveillée, je t’ai déjà sur le dos ? répondit-elle.
Tom éclata de rire.
- Toujours aussi accueillante à ce que je vois ! dit-il. Bref, c’est bientôt l’heure d’y aller. Tout le monde est prêt, sauf toi.
- Donne-moi une minute, dit Nina.
- OK. Mais grouille-toi !
Elle attendit que Tom soit partie pour rassembler ses idées. Ce n’était pas la première fois qu’elle faisait ce rêve, mais jamais auparavant il n’avait été aussi vivide.
Ce n’est pas le moment d’y penser Nina.
Elle se mit debout. Aujourd’hui était un grand jour. Ils allaient braqué un fourgon. Le sourire aux lèvres, elle décida qu’il était temps de rejoindre ses amis.
Fiche par Milora
Bernard Poincarré :
Œuvre : Les autruches insomniaques de Krapoutchniek
Description :Bernard a perdu son nœud papillon en duvet d’autruche, ses souliers, et sa montre, alors même que doit arriver pour dîner son ami d'enfance, Alphonse Aldus, qui est « accessoirement le beau-frère de la demi-sœur du petit-fils du troisième cousin au second degré de l’oncle du prêtre du village où [il a] grandi ». Malheureusement pour lui, ce n’est que le début des inconvénients qui vont venir ponctuer cette soirée : le facteur vient récupérer le képi qu’il a oublié le matin même, les invités amènent avec eux un « antiquaire » russe qui ressemble diablement à un clochard, la bonne, Anna, fait des calembours douteux sur les noms de leurs invités, le docteur passe pour s’occuper du facteur qui est tombé inanimé devant leur porte… Mais tout ça, finalement, c’est la faute des autruches qui ne s’accouplent plus lorsqu’il pleut !
Extrait :(un coup de sonnette retentit, suivi d’un autre qui dure jusqu’à ce qu’Anna ouvre la porte en essayant de se boucher les oreilles)BERNARD POINTCARRE : Ce sont eux cette fois.
ALPHONSE ALDUS : (avançant, bras tendus) Ce cher Bernard !
BERNARD POINTCARRE : Ce cher Alphonse !
ALPHONSE ALDUS : (se dirigeant vers Madame Pointcarré) Cette chère Elise !
BERNARD POINTCARRE : (vers Madame Aldus) Cette chère… Heu… Madame.
PENELOPE ALDUS: (tirant Monsieur Zebriewitch par le bras) Nous vous avons apporté quelque chose.
BERNARD POINTCARRE : (souriant) Ho, un clochard ! C’est gentil, il ne fallait pas.
PENELOPE ALDUS: Ho, ce n’est rien, vous savez.
BERNARD POINTCARRE : Non mais il ne fallait (insistant) vraiment pas !
ALPHONSE ALDUS : (à sa femme) Tu es vraiment pénible.
PENELOPE ALDUS: Non. Mon nom est Pénélope.
ALPHONSE ALDUS : (offrant une boîte de pralines aux Pointcarré) Bref. (insistant) Voici (normal) un petit quelque chose pour vous.
BERNARD POINTCARRE : Et le clochard ?
ALPHONSE ALDUS : Ha, lui. Il nous faisait rire alors on l’a emmené.
MONSIEUR ZEBRIEWITCH : (fort accent russe) Je pas clochard ! (montrant avec ostentation un samovar) Je vendre beaux samovars !
ALPHONSE ALDUS : (ravi) Ha, il recommence !
ELISE POINTCARRE : Vous l’avez trouvé où ?
ALPHONSE ALDUS : Ho, pas loin d’ici. Il y avait un genre de réunion de loqueteux dans son genre. Ils essayent de vendre des bibelots qu’ils trouvent dans des bennes à ordure, je crois.
BERNARD POINTCARRE : Oui, donc il s’agit d’un antiquaire, quoi.
ALPHONSE ALDUS : Un anti quoi ?
ELISE POINTCARRE : Caire.
PENELOPE ALDUS: Non, nous revenons de Tunis.
Fiche par Mary