Le "fœtus en fleur de sang contre les fantômes" est en effet une référence qui ne peut être comprise que par les khmérophiles (qui je suppose, comme moi, frisent la khmérophobie en apprenant la profondeur malsaine de ce genre de superstitions) :
On sait que la méchanceté d'une femme morte en couches s'augmente de celle du foetus irrité de n'avoir pu naître. On sait aussi que les os de femme enceinte sont de redoutables talismans. Ainsi, les mauvais garçons, bandits et militaires, recherchaient les foetus dans le ventre des mortes afin de s'en faire de sinistres amulettes, le kône krok, rendant puissant et chanceux, préservant son maître des maladies et des dangers. L'homme qui désire se procurer un kône krok doit, trois jours après l'enterrement d'une femme en couches, aller, de nuit, réclamer le foetus à la mère grâce à un rituel magique et des invocations. Ensuite il doit le faire griller sur un feu, devant du riz et des oeufs de poule. Le foetus carbonisé sera verni et cousu dans un petit sac afin d'être porté comme amulette. Si le propriétaire prend soin de lui offrir du riz à chaque repas, le kône krok le mettra en garde contre tout danger et le fera gagner au jeu.
Il est un kône krok plus sinistre et plus puissant mais plus compliqué à se procurer. Il faut être marié depuis peu, engrosser sa femme, attendre le 5ème mois de grossesse et l'entraîner faire une promenade en forêt. Là, tout en badinant, il faut l'amener à dire "mais tu sais bien qu'il est à toi cet enfant" ; alors on peut la tuer, lui ouvrir le ventre et procéder au rôtissage du foetus.
Ces pratiques, qui ne furent jamais courantes (sauf pendant la guerre), semblent toujours présentes, surtout dans le nord-ouest du royaume...
Dans Parler le cambodgien, comprendre le Cambodge
De Pierre-Régis Martin et Dy Dathsy
(Bible des francophones intéressés par la langue et la culture du pays.)