Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Nuit Noire

Auteur Sujet: Nuit Noire  (Lu 1833 fois)

Hors ligne ashtorath

  • Tabellion
  • Messages: 49
Nuit Noire
« le: 11 juin 2015 à 22:47:13 »
Bonjour à tous.

C'est humblement que je poste ma première nouvelle ici.
Je suis, comme à mon habitude, sévère quand au style qui ne me satisfait pas tout à fait. Mais cela me tenait à cœur d'écrire sur ce sujet et j'y ai pris pas mal de plaisir.  :)

Vous constaterez des liens musicaux. Bien qu'il ne soit pas nécessaire de les écouter pour comprendre et apprécier cette histoire, je les proposes, la musique étant ma première source d'inspiration durant mes heures d'écriture, et plus particulièrement pour cette nouvelle.
Il ne me reste plus qu'à vous souhaitez bonne lecture !

*
* *

NUIT NOIRE

Je suis ce qu’on peut appeler un « nostalgique ».
Mais entendons nous bien, j’ai allégrement dépassé le stade du sentiment romantique, pour sombrer dans une recherche effrénée et pathologique d’un passé qui résonne comme une douloureuse sensation d’idéal perdu.
J’aurais pu faire autrement ce soir-là, laisser de côté mon égocentrisme et me concentrer sur ce qui est réellement important. Mais j'ai lâchement cédé à ma curiosité, ai perdu une amitié, et je traîne depuis lors ce lourd fardeau qu’est la culpabilité.
Tout n’avait pas si mal commencé…

C’était un vendredi soir, je ne me souviens plus du  mois exact, mais il avait fait très chaud cette journée-là et la nuit s’annonçait douce et agréable.
Je m'étais préparé avec soin, cette soirée, je l'attendais depuis pas mal de temps.
J'avais réussi à convaincre César d'aller dans cette boite rue Saint-Denis. Ok l'adresse craignait un peu, mais à la limite, on s'en fout, on mettrait cinq minutes à peine à la traverser.
Je passai un temps certain à me préparer : ma coupe de cheveux était parfaite – un carré lisse et noir corbeau –, un peu d'eye-liner, et bien entendu toute une panoplie de bijoux fantaisies dont une « bague armure » qui faisait ma fierté ; j'étais fin prêt.
J'enfilais mon trench-coat et démarrais ma voiture : direction Paris. J'avais trois quarts d'heure de route pour aller chez César.
La circulation était plutôt fluide et j’arrivais aux portes de Paris au coucher du soleil.
Il faisait suffisamment bon pour que je roule la fenêtre ouverte et, à la fin de ma cigarette, je respirais avec délectation un vent frais qui me caressait les joues.
La chaleur accumulée au cours de la journée s'échappait lentement du bitume et donnait à l'air une odeur sucrée ; cette fragrance était si particulière et agréable qu’elle m'euphorisait plus que n'importe quelle drogue.
Je conduisais alors avec un demi-sourire d’extase, roulant paisiblement vers cet horizon sanguin.

Je me suis garé sans difficultés au pied de l'immeuble de l'ami César, une résidence cossue des années trente en plein seizième arrondissement.
Il habitait encore chez ses parents, comme moi remarque, sauf que lui n'avait ni diplômes, ni boulot – il y était encore pour quelques années.
À l'époque, je passais chez lui une à deux fois par semaine et jamais je ne les ai croisés.

Quand je débarquais, je le retrouvais en général seul, assis sur la moquette de sa chambre. Il ne faisait rien de particulier et avait le regard vide.
Il me saluait, la tête basse, et semblait faire des efforts désespérés pour communiquer.
Sa chambre reflétait un curieux conflit entre deux âges : son petit lit et le mobilier enfantin côtoyaient les posters de metal extrême et les revues pornos.
Je dois avouer que de le voir dans cet état végétatif me faisait peur, à chaque fois que je le laissais seul pour aller « squatter ses chiottes », j'appréhendais d'entendre subitement une détonation – il me semble que son père possédait un fusil de chasse.
Je me voyais alors accourir, finissant de me pisser dessus pour contempler le désastre.
Son corps sans vie et sa tête explosée aux quatre coins de la chambre ; la cervelle et le sang mélangés en une bouillie se retrouvant projetée sur son lit et sa collection de bouteilles de bière.
Un tel drame ne s’est cependant jamais produit et je le retrouvais toujours dans la même position ; terne et absent.
J'exagérai certainement à l'époque, mais il allait indéniablement très mal, et ce, malgré l'énergie que je déployai à lui changer les idées.

Nous commençâmes l'apéro dans sa chambre : un pack de six Adelscot agrémenté de quelques chips.
Puis on est sorti de chez lui vers 20 heures, pour prendre la direction de Bastille et tester un restaurant goth : « Le Comte Dracula ». Ce fut histoire de se mettre dans l'ambiance, et César n'était pas contre.
Les pires difficultés pour se garer et on s’est pointé au restaurant vers 21 heures.
La salle était sombre et éclairée aux chandeliers. Pour toute décoration, on pouvait admirer une tapisserie kitsch représentant la « chaîne des Carpates » et quelques portraits de Vlad Tepes accrochés aux murs.
Il n'y avait que deux tables occupées : l'une par un couple forcé de parler à voix basse vu le silence des lieux et l'autre par deux types qui nous ont jeté un regard taquin à notre arrivée – des habitués très certainement.
L'ensemble, qui formait une sorte de repère très conventionnel mélangeant tous les clichés assimilables à la scène gothic, a fini par me mettre mal à l'aise. On était en plein reportage M6.

Je commandais un Ricard pour commencer et César un bourbon. J'ai enchaîné par la suite sur un super faux-filet saignant accompagné de pommes de terre sautées à l'ail. Rien à redire, la cuisine était de qualité.
César ne mangea presque rien, son assiette était restée pleine et il ne faisait que boire des verres de vin tout en inspectant la décoration de la salle.

Les deux habitués continuaient leurs petits coups d’œil amusés et leurs sourires narquois. On faisait un peu tache je l’avoue, le couple et les deux gars étaient lookés à l’extrême : corset bicolore mauve et noir, « platform shoes », pantalons vinyles… Toute la panoplie.
De mon côté, je n’avais guère que mes bagues et autres bijoux en toc achetés un prix d’or pour me démarquer de la masse. César, lui, n’avait fait aucun effort. Il portait toujours sa chemise para-militaire et ses cheveux sales étaient négligemment attachés en catogan.
Il se gratta son bouc hirsute avant de me lancer, l’air blasé :
« — J’arrive même plus à me bourrer la gueule.
— Avec tout ce que tu as bu ? m’étonnais-je la bouche pleine d’un excellent fondant au chocolat accompagné d’une « boule de glace vanille saveur des îles »
— Non, c’est pas ça... Je ressens les symptômes physiques de l’ivresse, mais mon esprit reste enfermé. Je ne ressens plus cette sensation de liberté et de partage que procure l’alcool. Tu sais, à force de rester seul, enfermé, à ne voir personne… Je fous rien de la journée pour dire la vérité. Je reste le cul assis par terre dans ma chambre qui pue le moisie. ».

Avec cette dernière phrase, il me lança un regard qui me fit poser immédiatement ma cuillère.
Ses yeux, plantés dans les miens, semblaient me dire : « Et oui, je vais aussi mal que ça… En as-tu seulement quelque chose à foutre ou vas-tu continuer à t’empiffrer devant moi ? ».
Je restais abasourdi quelques instants, ne sachant trop que dire. Son âme venait de me hurler toute sa peine en une seconde et me glaça sur place.
Je répondis d’un ton faussement rassurant : « Mais non mon César ! T’inquiètes, on va passer une bonne soirée. Je suis sure que tu vas même te trouver une petite goth là-bas. ».
Il ne répondit pas, détourna le regard et lâcha un soupir de dépit.
Il but cul sec son verre de vin remplit aux trois quarts, secoua la tête pour accuser le coup et tapa des deux mains sur la table comme pour accepter ce climat de fête, que je tentais maladroitement d’instaurer.
« Bon vas y là, t’as pas encore fini là ? » me lança-t-il avec un clin d’œil.
Je m’exécutai et enfournai dans ma bouche le reste de mon dessert en une seule cuillerée.
Le contact froid de la crème glacée m’obligea à recracher très vite le tout dans l’assiette, ce qui formait une sorte de bouillie marron, luisante, s’affaissant lentement sur elle-même.
César éclata de rire : « Oh, c’est gore ! ».

Sur le chemin nous ramenant à la voiture, nous nous sommes raconté des petites blagues, des vieux souvenirs qui nous faisaient à coup sûr partir en crise de rire. Enfin, nous étions deux potes de vingt ans se faisant une virée dans Paris.
En démarrant la voiture, je me demandais bien comment j’allais faire pour me garer là-bas, le quartier n’est pas réputé des plus faciles d’accès pour les véhicules.
Peu importe, on verra bien, je rigolais avec mon pote qui avait réussi à « se mettre dans le bon esprit » – c’était bien là le principal.

Mon auto radio diffusait « I Against Me » du groupe Agonoize, et nous roulions dans une humeur insouciante.
Arrivés aux abords de la rue Saint-Denis : aucune place.
Nous avons tourné une bonne demi-heure avant que je ne trouve un trou de souris pour y glisser ma citadine.

Nous traversions la fameuse rue sans trop se presser, intrigués par cette véritable cour des miracles où personne ne faisait attention à nous.
César s’est mit en devoir de rentrer dans un sex-shop. « Attends, je suis jamais rentré dans un truc comme ça moi ! » me sorti-t-il surexcité.
Je le suivis en pouffant de rire et, à notre arrivée, le patron nous jaugea du regard avec méfiance – nous ne correspondions visiblement pas à son profil d’habitués.
Le reste de la clientèle nous fit également comprendre du regard que nous étions visiblement en train de troubler la quiétude de ce temple du sexe artificiel.
Après s’être calmés, nous fîmes le tour de l’énorme bac à DVD central et nos regards s’attardèrent sur la jaquette d’un porno gay.
L’acteur principal était le sosie parfait de Ned Flanders des Simpsons, et était déguisé en femme de chambre sexy des années 30.
Le fou rire devint très vite incontrôlable et nous sortirent hilares du magasin, sous les injonctions du gérant.

Arrivés devant la boite, il devait être aux alentours de 23h30, et la file d’attente n’excédait pas une dizaine de personnes – tout juste le temps de fumer une clope.
Le tarif d’entrée m’a semblé plus que raisonnable : 14€ ; le prix comprenant deux boissons alcoolisées.
Une fois passé les deux armoires à glace et s’être acquitté des frais d’entrées, un long escalier plongeant dans une cave nous mena dans une salle obscure, illuminée à intervalles réguliers par quelques jets de lumières multicolores.
La pièce était bondée et nécessitait quelques bousculades pour quiconque voulait se frayer un chemin.
Nos « pardon » et « excusez-moi » ne nous étaient d’aucuns secours, la sono fonctionnait à un volume assourdissant et passait un remix dancefloor du titre « Im ich » de Das Ich.

Nous arrivâmes péniblement à nous traîner jusqu’au comptoir pour prendre notre première boisson.
Au choix : vodka-orange ou whisky-coca.
J’optais pour la vodka-orange et César un whisky-coca.

Nous prenions le temps d’observer la salle ; il y avait moins de monde aux alentours de la piste de danse que vers le bar et l’air y était plus respirable.
Nous nous arrachions les cordes vocales pour communiquer et choisissions les phrases les plus concises possibles afin de nous économiser.
Il s’agissait le plus souvent d’un seul mot : « jolie » en pointant du doigt une fille sur la piste ou « défoncé » en montrant un type, affalé sur une banquette, un filet de vomis séché sur la joue.
Nous nous amusâmes comme ça une bonne partie de la soirée, enchaînant les boissons qui étaient au prix imbattable de 2€.

Au bout de ma dixième vodka-orange, je ressentais un certain écœurement, dû à ma grande consommation d’alcool, certes, mais aussi par la faute de ce gala permanent de fanfreluches sombres, surmontées de faciès hautains.
Ces visages étaient à la recherche des regards et, lorsqu’ils les trouvaient, les rejetaient avec un snobisme des plus déconcertants.
La déception et la tristesse me gagnaient au fur et à mesure des minutes passées en cet endroit déshumanisé. Je m’imaginais rencontrer d’autres personnes autrement plus intéressantes que ces êtres froids, ne misant que sur leurs fringues excentriques pour se donner une contenance.
Je devais absolument prendre l’air et faire part à César de ma déconvenue.

Une fois dehors,  il me fit une réponse avec un ton des plus cinglants : « Mais qu’est-ce que tu croyais ? Tu t’attendais à quoi ? Ça ne reste que des gens effroyablement normaux et conventionnels qui se fringuent en noir. Ils se pensent être à la marge et se targuent d’incarner une contre culture, mais ils sont animés par les mêmes réflexes grégaires et consuméristes que n’importe quel ado en crise. Ils dansent sur de la musique de merde qui n’a pas pris plus de 10 minutes à produire, s’enivrent et baisent pour se sentir exister, comme les autres ! Toi, tu t’imagines toujours un idéal, avec une communauté éclairée et bienveillante, qui t’accepterait sans concessions, tel que tu es. Mais ça ne marche pas comme ça… ».
Putain, j’avais oublié que picoler, ça le faisait réfléchir ; le César.

Je terminais ma clope en l’écoutant religieusement et en acquiesçant avec un sourire de gratitude,  je devais avoir l’air fin.
« Bon, moi, je vais y aller, dit-il pour conclure. Qu’est-ce que tu fais toi ? Tu me raccompagnes ou tu veux rester un peu ? ».
Je ressenti cette question comme un ultimatum.

César affichait toujours ce même regard incroyablement perçant depuis le début de la soirée ; il me toisait et attendait une réponse honnête de ma part.
« — Je vais rester un peu, si ça te dérange pas. balbutiais-je d’un air gêné.
— Non, non… Pas de soucis ! Je vais marcher un peu. Ça va m’aérer la tête, j’en ai besoin de toute façon ! ».

Bien sûr que si qu’il y avait un problème César !
Et j’aurais fait n’importe quoi pour ravaler mes mots à la vue de ta mine déconfite.
Il a fait plus ou moins semblant de shooter dans un mégot de cigarette et m’a sorti la tête basse : « Allez, à plus. ».
Inconsciemment, je savais que je ne le reverrai sans doute plus jamais.
Des années d’amitié peuvent se défaire comme ça, sur une mauvaise décision. C’est assez affligeant à y repenser, mais l’être humain est ainsi fait et peut, sur du tout petit détail, trouver matière à justifier une décision qui couvait – l’émotion gagne toujours sur la raison.

Je redescendais seul les escaliers, il devait être dans les 3 heures du matin et la boite fermait à 4 heures ; il me restait une heure pour ne pas rendre cette nuit totalement inutile.
En fouillant dans ma poche, je tombais sur une pièce de 2€, la dernière en ma possession.
Installé sur un fauteuil, ma dernière vodka-orange à la main, je me mis à observer les gens autour de moi.
La salle s’était considérablement vidée et n’était plus composée que de petits groupes épars. Il restait tout de même quelques personnes sur la piste de danse, une poignée de téméraires qui se dandinaient comme des possédés.
C’est là que je l’aperçus.

Une véritable beauté qui dansait sur « Tourmented In Grace » d’Ice Ages, sans se soucier du reste.
Le stroboscope photographiait chaque geste de cette créature enchanteresse et me servait des instantanés de son corps, duquel je ne pouvais plus détourner le regard.
Elle exécutait une chorégraphie travaillée qui sensualisait d’une adorable manière ce rythme froid et industriel. Bougeant avec harmonie ses bras graciles et son bassin, elle se déhanchait, les yeux clos, et c'était tous ses gestes qui semblaient diriger la musique.
Je la regardais sans cligner des yeux et, je ne sais encore de quelle manière, la sentais m’observer à son tour.
C’était une sensation des plus étranges à dire vrai ; nos regards ne ce sont pas une seule fois croisés, mais j’avais l’étrange impression qu’elle m’épiait.
Sur l’instant, je ne m’en souciais pas et c’était avec une certaine complicité que je me laissais envoûter par cette danse sombre et nostalgique.

Le morceau fini, elle quitta la piste pour se diriger vers le bar.
Je terminai mon verre d’un seul trait et pris mon courage à deux mains pour l’aborder.
Elle attendait, j’en suis persuadé maintenant, mon arrivée du coin de l’œil et avait un sourire satisfait.
Elle se prénommait Carmilla ; je n’oublierai jamais son visage : ses grands yeux émeraude étaient deux gemmes qui pouvaient transpercer l’âme de quiconque se sentait suffisamment imprudent pour les défier, et ses longs cheveux souples ramenés en un chignon désordonné dansaient autour de ses pommettes saillantes, lui donnant un aspect poupon diablement séduisant.
Ses lèvres rose pâle étaient naturellement figées en une moue sérieuse, mais avaient l’étonnante agilité de pouvoir se mouvoir en un sourire éclatant, laissant apparaître ses deux fausses canines de vampires, prothèses très à la mode chez une partie du public goth.
C’est la seule excentricité qu’on pu bien lui trouver, elle n’avait pas de bijoux particuliers et ses habits, bien que plutôt sexy, se composaient d’un bustier ajusté prêt du corps et d’une mini-jupe – c’était assez conventionnel dans ce type de soirée.

Lorsque je lui demandai si son nom était un hommage au roman de Le Fanu, elle s’exclama : « Oh, mais quelle culture jeune homme ! ».
C’était décidément un personnage étrange et fascinant ; outre sa grande beauté, elle dégageait une personnalité profonde, comme si elle avait traversé les âges dans ce corps d’adolescente.

Je lui proposais un verre, alors que j’oubliais totalement avoir dépensé ma dernière pièce quelques minutes plus tôt – j’avais vraiment trop bu.
Elle lâcha un rire taquin : « Quel charmant gentleman que voilà ! Un brin fauché, certes, mais l’intention y est, c’est indéniable. ».
Je me renfrognais à cette blague que je trouvais un peu familière et aussi parce que je sentais mes jambes commencer à flageller dangereusement – j’avais décidément trop bu.
Elle considéra ma mine effarouchée, se ravisa et proposa : « C’est très généreux, mais je ne bois pas d’alcool. En revanche, je ne serais pas contre un peu de compagnie pour aller prendre l’air. ».
J’acceptais volontiers, et c’est en montant les escaliers que je pris véritablement conscience de mon état d’ébriété avancé.

Une fois dehors, nous marchâmes lentement côte à côte, sans trop parler.
L’air s’était rafraîchit et me permit de reprendre un peu mes esprits.
Elle prit une grande inspiration : « Ah... Cette petite fraîcheur matinale me donne envie de... Courir ! ».

Aussitôt, elle détala et ne devint très vite plus qu’une lointaine silhouette, à peine perceptible dans l'obscurité.
Je me mis aussitôt à sa poursuite : « Hé, mais qu'est-ce que tu fais ? Attends-moi ! ».
J’eus comme toute réponse l'écho de quelques rires moqueurs et c'est tant bien que mal que je pouvais encore l’apercevoir au loin, sur la rue de Rivoli.
Elle attendit de me voir avant de s'engouffrer dans le square de la tour Saint Jacques.
Je fis des efforts désespérés pour tenter de la rattraper, mais ce fut tout juste si j'arrivais à accélérer mes pas sans tomber.

Arrivé dans le square, je m’arrêtai quelques instants pour reprendre mon souffle.
Il faisait très sombre et seuls les éclairages publics de la tour me permettaient de mettre un pas devant l’autre.
Je marchai en sa direction lorsque je sentis une main autour de mon poignet m'attirer avec force à l'arrière d'un buisson.

Je me retrouvai plaqué sur l’herbe et Carmilla, à califourchon autour de ma taille, me regarda quelques secondes avant de plonger sa tête au creux de mon cou.
Elle me léchait avec gourmandise ma jugulaire et je frémissais face à cette agréable mais néanmoins inquiétante sensation : « Tu m’as attiré ici pour me sucer le sang, c’est ça ? Mais t’es qui au juste ? ».
Elle gloussa et me chuchota à l’oreille d’un air amusé : « Ne t’inquiète pas, ton sang est bien trop altéré par l’alcool, je dois reprendre la route pour rentrer chez moi, pas sure que je puisse, vu ton état ! ».
Puis, tout en me saisissant avec fermeté la mâchoire, elle m’immobilisa la tête et plongea son regard de prédatrice dans le mien pour me dire d’un ton exalté : « Non… Je vais t’offrir plutôt un baiser dont tu te souviendras toute ta vie, mon beau petit romantique. ».
Elle m’embrassa langoureusement, pendant de longues minutes.
C’était un moment dont je me souviendrais effectivement toute ma vie ; ses cheveux dégageaient un enivrant parfum de mûre et de musc, et sa peau était d’une incroyable douceur. Ma tête me tournait de plus en plus, les images se faisaient imprécises et les sensations se brouillaient ; je sombrais sans pouvoir lutter dans un sommeil profond.

Je me réveillais, seul, au petit matin.
L’aube commençait doucement à éclairer le ciel.
Je devais m’être assoupi quelque temps, pas plus d’une heure ou deux.
Je n’étais plus saoul, mais ressentais une grande fatigue physique, c’est avec les pires des difficultés que je me mis debout et que je sortis du square, en traînant des pieds.

Après de longues minutes d’errance dans les artères de la capitale en plein éveil, je retrouvais, presque par hasard, ma voiture.
Je rentrais chez moi, groggy par cette curieuse expérience, mais changé à tout jamais.
Je m’emmanchais sur l’autoroute A4, presque déserte à cette heure-là, sur le son de Jessica93 et de leur titre « Now » ; il était 5h00 du matin.
J’ouvrais la fenêtre en grand, le vent était froid et me permettait de chasser un peu l’odeur entêtante de Carmilla. Sa présence était néanmoins gravée dans ma mémoire et l’est encore au moment où j’écris ces lignes.

La nuit de mes fiançailles avec la Nostalgie s’effaçait devant un lever de soleil gris et glacial…
« Modifié: 12 juin 2015 à 10:25:35 par ashtorath »
«Plus la civilisation est avancée et complexe, plus elle engendre d’esprits inquiets, troublés, dévoyés et malades.»

Alexandre Cullerre, Les frontières de la folie

maanilee

  • Invité
Re : Nuit Noire
« Réponse #1 le: 11 juin 2015 à 22:52:54 »
Je dois avouer que l'aspect "bloc" m'a dissuadé de rentrer dans ton texte, aerer un peu pour faciliter l'accès au lecteur serait pas mal !

A+ + et bon gibet !

Hors ligne ashtorath

  • Tabellion
  • Messages: 49
Re : Re : Nuit Noire
« Réponse #2 le: 12 juin 2015 à 09:29:46 »
Je dois avouer que l'aspect "bloc" m'a dissuadé de rentrer dans ton texte, aerer un peu pour faciliter l'accès au lecteur serait pas mal !

A+ + et bon gibet !

Bonjour Maanilee.
Merci pour cette remarque qui, effectivement, était plus que nécessaire.
J'étais un peu fatigué hier soir, et je ne me suis pas rendu compte que mon texte était illisible...

J'espère que mon reformatage arrivera à te convaincre d'accorder un peu de ton temps à mon texte  :)
«Plus la civilisation est avancée et complexe, plus elle engendre d’esprits inquiets, troublés, dévoyés et malades.»

Alexandre Cullerre, Les frontières de la folie

Hors ligne Ambriel

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 498
Re : Nuit Noire
« Réponse #3 le: 12 juin 2015 à 21:02:49 »
Salut,

Alors, je dois dire que j'ai pas plus que ça accroché  :-X. Ca se lit bien, etc, mais à mon sens il ne se passe pas grand chose au final. La relation entre les deux potes pourrait être intéressante mais n'est pas tellement exploitée. Tu dis qu'il ne le reverra plus jamais. Pourquoi ? Parce qu'il a pas voulu le raccompagner ? Sans rire ? Ou alors tu sous-entends que César est parti faire "une grosse connerie" ?

Et quel rapport avec la fille après ? Perso j'attendais une explication un peu. C'est pas mal le fait qu'on sache pas trop qui elle est, il y a un certain mystère autour d'elle, mais là encore c'est pas tellement exploité je trouve  :-[.


Après c'est pas un univers que je connais, Paris, les boîtes de nuit, etc, donc ça me parle pas trop ^^

Après ça se lit bien, mais j'ai pas trop compris où tu voulais en venir, j'attendais un peu une chute, ou un épilogue d'explication ^^


Au plaisir !  ;)
Et s'ils prenaient ta mère comme otage ou ton frère,
Dit un père béret basque à un jeune blouson d'cuir
Et si c'était ton fils qu'était couché par terre,
Le nez dans sa misère,
Répond l'jeune pour finir

- Renaud, les charognards -

Hors ligne ashtorath

  • Tabellion
  • Messages: 49
Re : Re : Nuit Noire
« Réponse #4 le: 12 juin 2015 à 23:00:32 »
Salut,
Salut et merci d'avoir prit le temps de me lire et de poster ton commentaire  :)

Alors, je dois dire que j'ai pas plus que ça accroché  :-X. Ca se lit bien, etc, mais à mon sens il ne se passe pas grand chose au final.
Ah, en effet c'est du contemplatif.
Ne penses tu pas que rencontrer une femme comme Carmilla n'est pas en soit quelque chose d'extraordinaire ?  ;)
Mais bon, je comprends la remarque, j'ai orienté cette nouvelle du point de vue du regret, le narrateur avoue du bout des lèvres qu'il a merdé et reste prostré dans sa nostalgie chérie.

La relation entre les deux potes pourrait être intéressante mais n'est pas tellement exploitée. Tu dis qu'il ne le reverra plus jamais. Pourquoi ? Parce qu'il a pas voulu le raccompagner ? Sans rire ? Ou alors tu sous-entends que César est parti faire "une grosse connerie" ?
Et quel rapport avec la fille après ?
Et toi, qu'en penses tu ?
Je ne souhaite pas apporter de réponses. Je sais, on aime ou on aime pas, mais dans cette histoire, je me refuse de guider le lecteur.

Après c'est pas un univers que je connais, Paris, les boîtes de nuit, etc, donc ça me parle pas trop
Après ça se lit bien, mais j'ai pas trop compris où tu voulais en venir, j'attendais un peu une chute, ou un épilogue d'explication ^^
Le milieu gothic parisien surtout, qui reste particulier.
J'avoue m'être fait un peu plaisir sur cette nouvelle et je ne me suis pas assez soucié de le rendre accessible.
J'essaierai de faire plus court et moins stéréotypé la prochaine fois.

Encore merci à toi pour ta contribution.
«Plus la civilisation est avancée et complexe, plus elle engendre d’esprits inquiets, troublés, dévoyés et malades.»

Alexandre Cullerre, Les frontières de la folie

 


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