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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le suicide. (ou Le-garçon-heureux-à-ce-qu'il-paraît.)

Auteur Sujet: Le suicide. (ou Le-garçon-heureux-à-ce-qu'il-paraît.)  (Lu 1444 fois)

Hors ligne EmelyneMCS

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Le suicide. (ou Le-garçon-heureux-à-ce-qu'il-paraît.)




Le 25 mai 2015.

Aujourd’hui, journée banale pour les autres, journée un peu plus spéciale pour moi.

Aujourd’hui, je n’avais pas envie de rentrer chez moi. Je n’avais pas envie de rentrer dans cette piscine de fumée de cigarette, dans ce nœud de conflits, dans cette rivière d'épines. Ça faisait quelques temps que j’envisageais d’en finir, de toute façon. Je regardais les crochets aux plafonds et je m’y imaginais  pendu, ou bien je m’imaginais me planter un couteau de la cuisine dans le ventre. J'avais imaginé ma mort tant de fois. J’imaginais beaucoup, mais je n’agissais jamais.

Aujourd’hui, je n’ai dit à personne qu’en rentrant chez moi, j’avais prévu de, finalement, prendre une bonne dose de médicaments et d’attendre sagement sur mon lit que la Mort, armée de sa grande faux, vienne me chercher.

Aujourd’hui je savais que rien ne se finirait si je ne décidais pas d’en finir moi-même, alors j’ai pris une décision : mourir. Quand les gens se demanderont pourquoi j’ai fait ça, je sais déjà ce qu’ils diront, ils n’auront pas tord : « Oh, lui ? Tu sais, son père le battait, on m’a dit. Tu te souviens de ce jour où il est revenu avec un gros coquard ? il avait dit que c’était au foot, mais je suis sûre que c’est son père. »

Les gens savent, pourtant personne n’agit. Les gens connaissent la violence mais n’agissent jamais. Les gens savent qu’il y a cette femme qui se prend des gifles tous les jours, où cet enfant qui subit de violentes agressions physiques en rentrant des cours. Les gens savent, mais apparemment, ils s’en foutent. Les gens ont pitié du malheur mais ils sont très peu à faire quelque chose.

Tous les jours, je rentre à pieds de l’école pour rentrer chez moi. Je n’ai que trois rues à descendre. Parfois, je prends un détour pour rentrer plus tard et voir mon père le moins longtemps possible. Aujourd’hui, je n’ai pas pris de détour car j’étais pressé d’en finir avec tout ça.

Je suis sorti de l’école, j’ai dit « à demain » à Lorenzo, mais il ne m’a pas répondu car il était sur son portable. Il sort avec Lisa, donc il est heureux. Tant mieux pour lui.

J’ai marché plusieurs dizaines de mètres, le long des élèves attendant leurs bus et des parents attendant leur enfant dans leur voiture. Puis, plus loin, dans le bas de l’avenue, la foule s’estompait et il n’y avait alors que quelques passants. Il ne me restait plus que le passage pour piétons à traverser. Et… je ne sais pas, j’avais la tête ailleurs, probablement déjà dans les nuages. Je pensais, je pensais, je pensais… je marchais, la tête baissée, et je n’ai pas eu le temps de relever la tête quand j’ai vu cette bagnole se ruer vers moi. Elle m’a heurté de plein fouet, m’envoyant valser plusieurs mètres vers l’arrière. Je suis mort sur le coup.



Le 26 mai 2015.

Le lendemain, les élèves de mon école s’étaient tous réunis autour d’une photo, de quelques fleurs et de quelques bougies en souvenir de moi. Certains étaient présents par contrainte, d’autres par pure sincérité. Ils pleuraient si fort ! Jamais je n’aurais pensé qu’on pleurerait autant pour moi.

-   Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
-   Il s’est fait écrasé par une voiture.
-   C’est injuste de mourir à cet âge là, surtout qu’il avait la santé, les amis, la famille… comme c’est malheureux…

Les plus curieux parlaient, les plus sincères se taisaient, le regard fixé droit sur cette photo de moi.

-   Un garçon heureux, à ce qu’il paraît.
-   Oui, ça se voyait sur son visage.

Quelques murmures dans l’assemblée, puis un long et lourd silence.
Un silence qui restera si personne ne parle.




Pour Guillaume.
Happiness can be found even in the darkest of times if one only remembers to turn on the light. -Albus Dumbledore.

Hors ligne EmelyneMCS

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Re : Le suicide. (ou Le-garçon-heureux-à-ce-qu'il-paraît.)
« Réponse #1 le: 26 Mai 2015 à 21:14:45 »
Bonjour, alors je mets ce petit mot ici car je n'ai pas envie de le mettre au-dessus, par respect pour le texte.

Ça fait quelques temps que je n'ai pas écrit ou commenté sur ce forum, et croyez-moi, vous saurez bientôt pourquoi. J'ai terminé un gros projet, je n'ai plus qu'à en faire la correction et vous serez les premiers à le lire.

Plein de bisous mes amis! ^^
Happiness can be found even in the darkest of times if one only remembers to turn on the light. -Albus Dumbledore.

Hors ligne tim gab

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Re : Le suicide. (ou Le-garçon-heureux-à-ce-qu'il-paraît.)
« Réponse #2 le: 27 Mai 2015 à 14:19:33 »
Salut. C'est donc à moi que reviens la première critique de ton texte.
C'est fluide, bien écrit et ça se lit facilement. Mais je trouve un peu dommage que tu n'investisse pas ton personnage d'une charge émotionnelle plus forte. Ce n'est que mon opinion mais on ne sait pas grand chose de ton héros. On sait que son père le bat, mais on ne sait pas avec quel importance, quel régularité, depuis combien de temps. Du coup on est pas vraiment impliqué et sa mort nous touche moins.

je pense que si tu  donnais quelque anecdotes, un ou deux souvenirs de ton héros repensant à tous les coups que lui à mis son père. ça ferait une bonne charge émotionnelle et ça expliquerait son mal être. Parce que là du coup on ne sait pas trop si c'est lui qui voit le verre à moitié vide ou si vraiment il a de bonne raison d'être désespéré.
voila, j’espère avoir était assez clair, sinon n'hésite pas à me demander un complément
"I am the bone of my sword
Steel is my body and fire is my blood
I have created over a thousand blades
Unknown to death
Nor known to life
Have withstood pain to create many weapons
Yet those hands will never hold anything
So, as I pray, Unlimited Blade Works."


archer FSN

Hors ligne Pan

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Re : Le suicide. (ou Le-garçon-heureux-à-ce-qu'il-paraît.)
« Réponse #3 le: 27 Mai 2015 à 14:34:38 »
Bien le bonjour :D. J'ai lu ton texte parce-que je trouvais le titre drôle. /out
Globalement, je trouve qu'il manque de substance et d'émotion. Le personnage principale n'a pas de consistance, et même si les grandes idées sont là ( sa sensation d'isolement, son vague dégoût envers les gens qui se taisent, mais son acceptation, aussi, le fait qu'il semble porter un masque afin de paraître plus ou moins bien en face des gens qui ne veulent pas voir ), je pense que tu ne les as pas assez développé. ^^ En bref, je pense que tu as le fond qu'il faut, et que le texte est bien orienté, mais que la forme reste à travailler, à étoffer surtout !

Je regardais les crochets aux plafonds et je m’y imaginais  pendu, ou bien je m’imaginais me planter un couteau de la cuisine dans le ventre. J'avais imaginé ma mort tant de fois.

Je pense que la formulation "un couteau de cuisine" suffirait :D. Pas besoin de "la" !
Heureux que tu ais bouclé un gros projet ! Et bon courage.
"Nous n'avons pas peur que la nuit vienne... nous n'avons pas peur..."

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
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Re : Le suicide. (ou Le-garçon-heureux-à-ce-qu'il-paraît.)
« Réponse #4 le: 27 Mai 2015 à 17:09:49 »
Salut Emelyne !

Alors déjà :

Citer
piscine de fumée de cigarette [...] dans cette rivière d'épines
Je n'ai vraiment pas compris ces deux images

Citer
imaginais  pendu
Une espace de trop

Citer
couteau de la cuisine
de cuisine ?

Citer
j’avais prévu de, finalement, prendre une bonne dose de médicaments et d’attendre sagement sur mon lit que la Mort, armée de sa grande faux, vienne me chercher.
Premièrement, la première virgule me dérange, elle me semble mal placée. Puis l'image de la Mort avec sa faux, c'est quelque chose de tellement connu qu'à mon avis, en écrivant ça, on décroche. J'aurais aimé lire quelque chose de plus personnel, de plus adapté à cette situation précise que tu retranscris. A moins que tu n'aies volontairement voulu souligner le manque d'originalité dans les idées de ton personnage ?

Citer
ils n’auront pas tord
tort

Citer
où cet enfant
ou

Citer
Parfois, je prends un détour pour rentrer plus tard et voir mon père le moins longtemps possible. Aujourd’hui, je n’ai pas pris de détour car j’étais pressé d’en finir avec tout ça.
J'aime bien la répétition du mot "détour" et ce passage en général. Ça me semble très naturel et ça a l'air de passer sans problème, comme si on entrait dans les pensées du personnage.

Citer
Je suis sorti de l’école, j’ai dit « à demain » à Lorenzo, mais il ne m’a pas répondu car il était sur son portable

Encore une fois, j'aime bien cette phrase. j'aime le "car", et l'explication qui suit. Je trouve que ce passage en dit beaucoup sur la souffrance de ton personnage.
Personnellement, j'aurais aimé que tout le reste du texte ressemble à ces bouts que j'ai cités.

Citer
Il s’est fait écrasé
écraser

Citer
Un silence qui restera si personne ne parle.
Oui, je comprends, c'est la raison pour laquelle tu as écrit ce texte. Bien amené.

Alors en gros, mon avis sera l'exact opposé de celui de mes camarades. Je n'ai pas apprécié la forme, comme tu as pu le constater au vu des remarques que je t'ai faites. Mais le fond, personnellement, m'a assez touché. Quand je lis un texte, j'ai tendance à l'interpréter, à rejeter mentalement ce qui ne me plait pas, et à me concentrer sur l'impression qu'il dégage du fond. Et l'impression générale que j'ai eue en terminant ma lecture, c'est celle d'un garçon malheureux et terriblement seul. Donc oui, j'ai aimé le fond.
Et surtout (j'ignore si c'est une histoire vraie ou si ce détail est de ton invention) je trouve que la manière dont tu tues ton personnage est artistiquement superbe. Après avoir passé tout ce temps (tu ne précise pas, mais ça doit probablement se compter par années) à désirer la mort et à imaginer tout un tas de moyens très techniques d'en finir, ce sera finalement un accident, tout simple et indépendant de sa volonté, qui mettra fin à ses jours. Très créatif, vraiment.
Et puis il y a le titre qui prend tout son sens vers la fin du récit ; ça aussi, c'est le genre de petites attentions qui me plaisent beaucoup chez un écrivain.

Bref, le style, toujours selon moi, est vraiment à revoir en première partie du texte. Pas besoin, je pense, de rajouter plus de détails concernant l'état mental de ton personnage.

Merci pour cette lecture  :)

Hors ligne Yöda

  • Calame Supersonique
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  • Il a une serviette ! Replions-nous !
Re : Le suicide. (ou Le-garçon-heureux-à-ce-qu'il-paraît.)
« Réponse #5 le: 27 Mai 2015 à 17:55:35 »
Salut !
Et bien ton texte a eu de l'impact sur moi. Il est effectivement simple de forme, mais très efficace dans le fond. J'ai particulièrement apprécié le décalage entre les deux parties, ce décalage entre cette mort voulue et cette mort inattendue, entre le mal-être caché et le bonheur apparent, entre l'inattention des gens du début et leur attention à la fin. J'ai trouvé ça bien dosé et bien amené. On se prend en pleine face la surprise de l'accident et le sentiment d'injustice qui en découle quand on se rend compte, qu'en plus, la mort du garçon est mal interprétée.

Du coup, je vais certainement suivre ton gros projet quand il arrivera dans les parages !  :mrgreen:
Damn

Hors ligne Calegal

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Re : Le suicide. (ou Le-garçon-heureux-à-ce-qu'il-paraît.)
« Réponse #6 le: 27 Mai 2015 à 21:02:55 »
Salut Emelyne  ;D

Citer
me planter un couteau de la cuisine dans le ventre
Pas très joli comme formulation, je dirais plus "un couteau de cuisine". De plus se le planter dans le ventre je trouve ça un peu étrange, ça provoquerait un suicide long et douloureux, mieux vaut se tailler les veines  :D

Citer
J’imaginais beaucoup, mais je n’agissais jamais
L'adverbe "jamais" rend la phrase un peu moins percutante que si il y avait le mot "pas".

Citer
où cet enfant

ou

Citer
Parfois, je prends un détour pour rentrer plus tard et voir mon père le moins longtemps possible
J’enlèverais "longtemps"

Citer
le long des élèves attendant leurs bus et des parents attendant leur enfant dans leur voiture

Répétition

J'ai bien aimé ton texte mais comme les autres je trouve que ton perso manque de consistance, on ne ressent pas assez sa douleur. Il parle de son suicide très posément ce qui est  assez dérangeant. Donc je pense qu'en  étoffant un peu la personnalité de son personnage ton texte deviendrait très bon. D'autant plus que j'ai vraiment aimé la fin, je ne m'y attendais pas du tout.

A+, Cal'
"Le livre n'appartient plus à celui qui l'a écrit, mais à ceux qui le lisent." Modiano
"L'abus des livres tue la science. Croyant savoir ce qu'on a lu, on se croit dispensé de l'apprendre. Trop de lecture ne sert qu'à faire des présomptueux ignorants." J.J Rousseau

 


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