Bonjour à tous,
Texte légèrement modifié suite aux remarques de Calegal et Manilee. Merci à eux !
Je soumets à votre sagacité
et à vos critiques
ce prologue du roman que j'ai quasiment achevé (plus que 3 chapitres à écrire). Je ne savais pas trop dans quelle catégorie le classer (il y a du fantastique et un monde avec des aspects "mythologiques"). On est plus sur de la littérature "jeunesse", quoiqu'écrire "littérature" en évoquant l'un des mes textes me donne l'impression que mes chevilles enflent à vue d'oeil ! 
Pour en revenir à ce prologue, je désirerais savoir si cela fonctionne ou pas, si l'accroche est réussie (ou pas), bref si vous vous dites après ces quelques lignes "Tiens, ils ont inventé un nouveau somnifère !" ou "Voyons voir plus loin !".Si cela ne "fonctionne pas", n'hésitez pas à me dire pourquoi !
Merci !Prologue
Les ombres se glissèrent au pied de la barre rocheuse. Lokan leva le poing et tous s’arrêtèrent. Plus bas, noyé dans l’obscurité, le village étalait ses maisons jusqu’à la mer endormie. Les barques amarrées au ponton roulaient doucement, dans un léger bruit de clapotis. Aucun rai de lumière aux fenêtres closes, une simple fumerolle au faîte d’une cheminée. Les cendres étaient froides et les hommes dormaient.
Au centre du village, les murs courbes de la maison royale évoquaient un animal assoupi. Une lanterne était suspendue sur le côté droit de la porte à double battant. Lokan distingua deux soldats dans le halo lumineux. Ils jouaient aux dés en riant. Dans les hautes vallées, ces gardes auraient été exécutés sur le champ, mais, après tout, ce n’étaient que des hommes.
Les guerriers se déployèrent dans les ruelles. Cinq d’entre eux suivirent Lokan. La demeure se dessina à nouveau dans le clair de lune. Lianis dégagea une flèche du carquois et l’encocha. Ses soldats l’imitèrent. A soixante pas, l’un des deux gardes rit bruyamment et lança une bourrade à son acolyte. Les six flèches volèrent en un bref sifflement et les deux hommes s’effondrèrent.
Les guerriers se rassemblèrent au bas de la poterne.
Lianis fit glisser son épée hors du fourreau.
— Trouvez l’enfant, et tuez-le.
Dans la chambre, le dogue sommeillait sur le plancher. Il ouvrit des yeux inquiets et se redressa. Le Maître et son épouse dormaient. Le molosse s’approcha du berceau. Le petit, réveillé, saisit à pleine main une bajoue du chien et babilla en souriant. Le dogue se dégagea en douceur. Un cri, dans la maison. Un grondement monta dans le poitrail du chien.
— Stac, que se passe-t-il ?
Le molosse se tourna vers son maître puis il trottina jusqu’à la porte et aboya.
Tilias, le vieux serviteur, ouvrit la porte à la volée et le chien fit un bond de côté.
— Théos ! On nous attaque. Il y a des morts.
— Hélène, cria le Maître en se précipitant vers le coffre, occupe-toi d’Elias.
La femme fut en deux bonds près du berceau. Théos bascula le couvercle du coffre et sortit deux épées. Il lança la plus courte à son épouse qui la rattrapa d’une main. Le serviteur referma la porte et fit glisser le loquet.
— Mais ouvre donc ! hurla le roi en l’écartant.
— Maître, j’ai reconnu Lokan.
— Lokan ?
— Oh non, mon bébé ! gémit la femme.
Le roi parût s’affaisser sur lui-même.
— Elles ne le permettraient pas, dit-il. Elles ne le permettraient pas.
— Elles n’en sauraient rien, reprit son épouse. Souviens-toi, il est sans destin.
Un coup sourd fit trembler la porte. Puis un autre. Le chambranle se fissura en grinçant.
— Hélène, emmène-leur Elias. Elles seules pourront le sauver, jusqu’au jour…
— Non ! hurla la femme.
Le bébé commença à pleurer. Elle lâcha l’épée et le prit dans ses bras.
— Tilias le conduira, dit-elle. Il connaît tous les chemins, les forêts, et il s’est déjà rendu à leur maison. Nous les retarderons.
Théos avait coutume de dire qu’il connaissait mieux sa femme que lui-même. Elle ne reviendrait pas sur sa décision.
Un choc affreux fit trembler le panneau de bois. Le dogue, tous poils hérissés, s’approcha encore de la porte.
La femme enveloppa le bébé d’un lange.
— Tilias, dit-elle, ne les laisse pas te rattraper.
Elle tendit le garçon au vieil homme et fit glisser le coffre d’une poussée. Un anneau de fer brilla sur le parquet de chêne. Elle tira dessus et la trappe s’ouvrit.
La porte se fissura à nouveau. Le molosse gronda, presque impatient.
— Tilias, fit Théos, que personne ne te voit. Mène-leur Elias, elles doivent le cacher - Il s’approcha du serviteur et embrassa le bébé qui pleurait - Vite, maintenant !
La trappe se referma sur le vieux serviteur. Théos fit glisser le coffre sur l’ouverture puis enlaça son épouse. Un autre choc et le bois craqua. Une main se glissa entre les planches disjointes et tira le loquet. Le dogue se jeta en avant et planta ses crocs dans l’avant-bras. Théos et Hélène bondirent vers la porte en hurlant.