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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Mathilda

Auteur Sujet: Mathilda  (Lu 971 fois)

Hors ligne Vykk3rs

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Mathilda
« le: 10 Juin 2015 à 16:59:18 »
"Alors Dédé, qu'est ce que tu nous sers aujourd'hui ?
-Comme d'hab' et ça va pas changer ! Avec ses troussiers qui nous pinaillent la bourse pour un rien, on devine bien que ce qui remplit les auges se chasse d'abord dans la cave. Peuah ! Mais vous allez pas faire les fines bouches, hein Messieurs les Barons, non ?
-Pour un peu mon Dédé, avec toi, on a la garantie du quatre étoiles,  sûr de trouver de la viande sous l'os et peut-être même un ver ou deux si on a de la chance ! Un vrai gastreunomique ! Ah ah, sacré Dédé, ressers nous un peu de ta pisse, ce soir je me sens d'humeur à tourner les grand ducs !"

Les trois mendiants ricanèrent grassement, dévoilant leurs horribles chicots, alors que "Dédé" leur servait un morceau de rat frais de trois jours.  Le premier "Baron", qui avait parlé, portait une plume de pigeon noircie par la pollution. Son compère, gamin maigrichon aux yeux cernés par la faim, restait muet, comme toujours, et  regardait le rat cuit avec avidité. Le Baron le mit en garde :
-Hé Gavroche ! Tu t'crois ou a baver sur ma came ? C'est pas le salon de l'agroculture là, tsé donc !
Gavroche avait tendu la main au dessus du rat qui fumait encore sur le feu de baril, pour finalement se la faire retirer par le Baron. L'oeil noir, le mendiant à plume lui mit une claque qui résonna sec dans le froid alentour.
-Ces jeunots, ça connait plus rien de la respectance. Une terrible époque mon Dédé, trop d'ordinateurs qui rend maboul, avant on disait s'il vous plait.
Dédé n'avait pas d'avis a donner, tout ce qu'il voulait, c’était le briquet que le Baron se proposait d'offrir contre le rat cuit. Peut être avait il encore assez de gaz pour tenir peut être deux jours. Ou par miracle, une semaine.
Il faut dire que l'hiver était froid cette année, et avait déjà commencé à faire son lot de victimes : Gillot le fanfaron, qui souriait toujours quand il mendiait parce que "ça faisait payer les passants". Retrouvé sec comme un mandrin sous le pont St Amand. Arno et ses canettes vides a la consigne, qu'on entendait bringuebaler avant de le voir. Coup de tesson contre une bouteille de rouge. Sale. Phillou et son accordéon, sa seule richesse, qui mettait le coeur et l'âme en sanglots dans les trop rares rassemblements au squat Impasse Morlot. Pas de bol, une troupe de gitans concurrents qui l'avait coincé près de la gare des bus. Lame de rasoir, sourire de l'ange, et tchao le musico gadjo. Et c’était sans compter les attaques cannibales, les bandes de jeunes qui s'amusaient a casser du clodo pour s'occuper d'un hiver trop morne, les flics frustrés et leurs perquisitions qui finissaient dans le sang, rumeurs effrayantes dont tout le monde entendait parler sans oser en prononcer un mot.
Ouais, c’était un sale hiver. Et le papier journal, seule richesse face au froid pénétrant les vêtements troués, et bien ce papier était destiné a être brulé par soucis écologique.
"L’écologie, t'entends ça mon gars, avait un jour dit le Baron en s 'adressant au Gavroche, les vestons noirs pensent à la nature alors que la misère crève sous ses balcons. Foutus cravates et jupes secrétaires. Le kolkhoze avait du bon, moi j'dit."
Le Gavroche avait alors acquiescé, sans savoir ce que kolkhoze voulait dire.

Le Baron dévorait désormais son rat trop cuit, carbonisé parfois même a certains endroit. Dédé avait assuré que c’était pour pas attraper de saloperies, que "Si c’était noir, c'est que c’était mort". Tantôt la peau craquait sous la dent, pareille a un pain trop rassi, tantôt elle couinait comme un bout de plastique trop mou.
Le Gavroche comprit qu'il n'allait pas manger pour cette fois, le Baron avalant goulument les moindres morceaux de chair, suçant la maigre moelle de la carcasse, croquant les yeux avec avidité. Peut-être qu'en léchant les os retrouverait-il le gout salé de la viande..

Le "repas" fini, il se dirigèrent vers le squat Impasse Morlot, espérant trouver suffisamment de place et d'hospitalité pour passer une nuit à l'abri du gel. Le Baron n'aimait pas le squat, il criait a qui voulait l'entendre que c’était un repaire de junkies et de sous-êtres qui avaient abandonnés leur humanité. La bas, les seringues s'accouplaient avec la pisse chaude et l'odeur âcre de vomissures toujours tièdes. "Clodo mais pas trop, mon Gavroche, la jungle c'est survivre avec ce qui fait d'nous des hommes, la dignité, j'te l'dheuark..." Son discours se finit dans un rot sonore.
Gavroche écoutait, en pensant au squat et a ses résidents. A l'une d'elle en particulier.
Mathilda.
Elle semblait un peu plus âgée que lui, environ dix-sept ans, et était arrivée au Printemps prétextant une fugue, comme toutes les autres avant elle. Mathilda avait une voix douce, comme si chacun de ses mots s'expulsaient dans un chuchotement. Marius le black avait prédit qu'elle ne passerait pas l'hiver, que les gens qui respire pas choppaient facilement le mal dans la gorge, et toussaient jusqu’à ce que le sang remonte. Mais elle avait toussé, et avait tenu. Elle ne touchait pas aux seringues, malgré les mauvais types de l'Impasse Morlot qui passaient le poison comme on passait le pinard, et se contentait de grappiller un bol de soupe, un quignon de pain, ou une canette de bière de temps en temps. Et elle racontait des histoires au Gavroche, des histoires ou il y avait des gens avec des capes qui faisaient des trucs qui se passent comme dans les rêves, et d'autres ou des héros en jupe tuaient des femmes a cheveux de serpents. Gavroche aimait beaucoup Mathilda.
Beaucoup.

Le squat était ouvert ce soir là, et le Baron malgré son tempérament de cabot se résigna à rester pour la nuit au moins. Le gel commençait à peser sur les articulations : mauvais signe. Saluant de la tête les habitués de l'immeuble, le Gavroche chercha la jeune fille : sans succès. Il regagna la pièce principale, faisant attention a ne pas marcher sur les débris jonchant le béton. Là, un sofa aux coussins défoncés par l'usure, trophée des plus anciens, récompense des plus vifs. Le Baron s'installa confortablement, tandis que le Gavroche prenait place dans son coin de mur, cherchant toujours Mathilda et ses histoires.
Le froid ou la fatigue l'enveloppa dans un sommeil trouble. Il lui sembla entendre l'accordéon de Phillou au loin, et le sourire de Gillot. Pourquoi Mathilda n’était pas la, avec lui ? Il voulait une histoire de héros et de rayons de feu. Ses membres s'assoupirent, l'odeur du rat cuit lui mit l'écume aux lèvres. Il sentit encore cette sensation de piqure à son pied, comme une seringue, mais non, il avait fait attention sur la dalle, malgré l'engourdissement.

Mathilda, juste Mathilda, et tout irait bien.

Hors ligne Milora

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Re : Mathilda
« Réponse #1 le: 11 Juin 2015 à 11:36:33 »
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ressers nous un
ressers-nous

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Le premier "Baron", qui avait parlé, portait une plume de pigeon noircie par la pollution.
Tu en dis trop ou pas assez, niveau description : il la porte où ? Sur la tête ?

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Tu t'crois ou a baver sur ma came ?
où à

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une claque qui résonna sec dans le froid alentour.
joliment dit !

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trop d'ordinateurs qui rend maboul,
rendent

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Dédé n'avait pas d'avis a donner,
à (et à plusieurs autres endroits aussi)

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qui mettait le coeur et l'âme en sanglots
joliment dit :)

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et bien
eh bien

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moi j'dit."
dis

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que les gens qui respire pas
respirent


Eh ben, c'est pas joyeux  :(
Je vais pas être très constructive : j'ai trouvé ton texte bien monté, bien écrit et l'ambiance bien campée. On se sent avec Gavroche. J'avais peur que la fin soit en queue de poisson mais finalement, elle se suffit à elle-même...
Je crois que j'ai pas trop accroché parce que c'est un peu trop désespéré à mon goût, mais c'est purement subjectif.

Merci pour ce texte ! :)

Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

 


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