Est ce que c' est parce que je suis trop heureux, je ne ressens plus rien.
Juste à côté de moi je sens son souffle et mon ouie acérée perçoit avec effroi chaque battement de son coeur, mon cerveau égrène les secondes.
Elle caresse mes épaules, j' ai froid. Le silence se poursuit.Si le silence se poursuit, si rien ne se passe elle se lassera, j' en suis sûr.
Des gouttes de sueur perlent sur mon front.
«Ma douce, la lune est belle tu ne trouves pas?»
Elle hoche la tête sentencieusement et je pense avoir commis un impair.
La lune, pour une créature comme elle a une signification très particulière et mes phrases d' humain la salisse.
Je me recroqueville mais d' une caresse elle apaise mes tourments.
C' est le bonheur, c' est la morsure du bonheur
Elle siffle dans mes oreilles puis m' embrasse de sa langue serpentine, déversant dans ma bouche un torrent de sensations enivrantes.
Sa langue s' enroule autour de la mienne et la retient prisonnière.
La plus belle des prisons.
Mais un nuage obscurcit la lune et ma belle se détache. Lorsque la lune s' éclipse elle se sent nauséeuse, comme tous les siens.
«Chérie, tu veux un peu de mon sang?»
Elle accepte d' un geste, c' est une femme de peu de mots. Je passe ma main sur ses écailles tranchantes et d' un geste sec je m' écorche. Comme il est bon de se sacrifier pour celle qu' on aime.
Elle lèche mon poignet et trouve le nectar à son gout, je ne peux m' empêcher de sourire.
«Chérie, tu garderas quelque chose de moi ? Une fois que tu auras ... tu sais, à la fin de notre nuit de noce»
Elle tapote ma tête tendrement, comme l' aurait fait un chaton joueur.
«Mon crâne, tu garderas mon crâne?»
Je n' en peux plus, je suis sur le point de fondre en larme, tellement de joie que mon pauvre petit coeur risque d' exploser.