C'est vrai que j'avais dit que j'arrêterais d'écrire. Je pensais sincèrement que ça serait mieux d'être loin du pessimisme de mes mots. Mais ma réalité est telle qu'elle est ; et aujourd'hui après un temps d'abstinence, je me sens comme un verre qu'on n'a cessé de remplir sans boire. J'ai compris certaines choses, répondu à des questions pendant ce moment. Si je ne lâche pas mes sales idées sur un papier je les garde en tête, il paraît que c'est plus dangereux encore. Les mots sont ma musique, et si je ne rythme pas ma vie, je me retrouve spectateur ennuyé. Alors c'est décidé, j'y replonge. Je retrouve mon nom, je m'appelle de nouveau Soñadoré.
Durant ces quelques jours, - car il faut l'avouer, je n'ai pu me retenir bien longtemps – je me suis confirmé une idée qui me hantait depuis plusieurs années. En ce qui concerne l'écriture, je ne suis pas un adolescent comme les autres. Néanmoins, je sais que je ne suis pas seul. A des échelles diverses, l'Homme (avec un grand ''H'') en construction se confronte souvent à l'écriture, que ce soit par la lecture ou par la création personnelle. Il semble que les mots me viennent plus facilement, bien que je sois souvent dépourvu d'idées pour les mettre en scène. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : la théâtralisation de mes pensées.
La musique accompagne toujours mes écrits. Seule une voix mélodieuse peut débloquer mes meilleurs textes. Elle n'est pas non plus une garantie impériale, j'ai écris nombre de déchets en écoutant les plus beaux morceaux. Elle est toutefois mon aide la plus précieuse. Je m'imagine alors composer des phrases endiablées, ou au contraire calmes. Et quelle frustration de penser que le lecteur peut les ressentir différemment. Alors que dans mon esprit se dessine mes personnages, résonnent mes/leurs pensées, se créent des scènes fortes, j'angoisse de ne créer dans le leur qu'ennui et indifférence ; mépris.
Quand enfin l'inspiration me vient, j'ai le sentiment de partir dans d'immenses fuites dans lesquelles je ne rencontre que poésie, magie, émerveillements. Et pourtant, inlassablement, alors que j'y prends un grand plaisir, je ne relis ensuite que pessimisme, satires, désillusions. Je ne sais encore si je suis trop ancré dans une réalité morose, ou si ma poésie est destinée à ne s'exprimer que dans le malheur. Puis je raye, corrige, relis, déchire. Et l'éternel dialogue intérieur.
-La vie me déçoit beaucoup.
-Bien sûr que non je crois en plein de choses.
-L'amour d'accord, la lutte aussi. Mais le reste ? Tu as quinze ans.
-Je suis prétentieux. Mon esprit en a plus.
-Ton esprit est mort, corrompu par la recherche du succès.
Hey Soñadoré, tu n'es pas chez le psy.
-Tu n'écris pas pour un épanouissement personnel. Tu te mens.
-Mais non, seuls le sport et l'écriture m'apaisent.
-Et les gens ?
-Quelques-uns peut-être mais ce n'est pas le sujet de l'histoire.
-Les autres sont le sujet de toutes les histoires.
Victime d'une aversion sévère envers ces discussions qui n'aboutissent jamais, je réécris mon brouillon déchiré. Je me convainc un temps. L'enregistre. Le jette.